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visualisation

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 1 du 11/01/1997

Lorsqu’une balance est déséquilibrée, ajouter un poids au plateau le plus léger suffit à rétablir l'équilibre. Voilà ce que j'essaie de faire dans cet ouvrage. Je peux sembler parfois aussi partial que les théories que je dénonce. J'ai cependant tenté de garder à l'esprit la structure organiciste (doctrine biologique selon laquelle la vie est le résultat de la coordination de différents organes et non d’un principe vital animant ceux-ci) complète et de jeter mon poids dans le plateau négligé. Pour moi, l'analyse de l'instinct de faim est fille de la psychanalyse, cela sans pour autant sous-estimer le rôle analytique de l'instinct sexuel. Si j'insiste sur le comportement actif de notre cerveau sensitif, c'est pour faire contrepoids au concept mécaniste passif. En réalité, on n'a jamais affaire à un individu ou à un environnement. Ils sont une entité inséparable, dans laquelle on ne peut dissocier par exemple le stimulus de la facilité ou la capacité à être stimulé. Les rayons lumineux existent, mais c'est le cadre d'une situation organiciste (intérêt) qui les fait exister.

Nous voulons bien comprendre que notre organisme joue un rôle très actif dans la consommation et l'assimilation de notre nourriture, mais nous avons beaucoup de mal à accepter l'activité correspondante de nos sens. Nous avons tellement l'habitude de penser en terme d'arc réflexe, nous sommes tellement persuadés qu'un stimulus externe fait réagir notre organisme de façon mécanique, qu'il nous faut faire un effort pour admettre que la perception est une activité et non une attitude purement passive. Ce n'est pas parce qu'elle le veut que la nourriture pénètre dans notre système, et il en est de même pour les ondes acoustiques d'un concert symphonique.

Prenons ce dernier exemple. Nous ne restons pas inactifs pour amener notre organisme dans le champ acoustique désiré. Nous prenons des billets, nous nous rendons dans la salle de concerts ; durant l'exécution même du concert, notre activité n'a pas de cesse. Croyez-vous que les centaines d'auditeurs conçoivent la même musique, entendent les mêmes sons ? Un passage chaotique pour l'un représentera une Gestalt précise pour l'autre ; le basson, qu'une oreille attentive découvre derrière la contrebasse, échappera à l'amateur. Votre capacité d'absorption des ondes acoustiques dépend de facteurs nombreux : de votre approche musicale, de votre identification émotionnelle, de votre entraînement et, par dessus tout, de votre pouvoir de concentration.

Si vous êtes fatigué, si écouter implique un effort trop important ou si l'orchestre ne sait pas vous intéresser, votre esprit s'échappe et perd le contact avec la prestation. La musique a cessé d'être une figure et vous n'avez pas la moindre idée de ce qu'on vient de jouer. Vous conviendrez donc avec moi de l'importance du phénomène de figure-fond et de ses rapports avec la concentration, ainsi que de la dose d'activité qu'implique l'emploi des sens. Nos illusions sur la passivité des sens se trouvent renforcées par notre connaissance de l'appareil photographique ; nous sommes prêts à admettre que l'organisme prend simplement des photos et que les rayons lumineux s'impriment sur la plaque tandis que les images s'emmagasinent quelque part dans le cerveau. C'est oublier qu'un photographe déploie une activité considérable avant de prendre une photo et quelle quantité de travail recèle une seule plaque photographique. C'est oublier que notre organisme se doit d'être en permanence une usine chimique et un photographe dont le travail est déterminé par l'intérêt (qu'il soit amateur, professionnel ou élève).

Chez l'homme, les sens, de simples signalisateurs se sont transformés en organes de « l'estomac mental » et d'un second et troisième mondes humains. Au deuxième niveau (le monde de l'imagination), plans et simplifications, absorption et assimilation jouent un rôle fondamental. Nous avons déjà traité des souvenirs (morceaux non digérés), des hallucinations et de la confusion du monde imaginaire avec le monde réel. Le troisième niveau est le monde des évaluations (M. Scheler). Ce chapitre étudiera comment organiser au mieux l'emploi de nos sens afin d'en retirer un profit maximal pour notre organisme tout entier.

La meilleure approche de ce problème passe par notre capacité de visualisation. Notre esprit se compose principalement d'images et de mots, l'inconscient ayant plus d'affinité avec les premières et la conscience avec les seconds. Pour atteindre l'harmonie entre le Moi et l'Inconscient, il nous faut apprendre à contrôler au maximum notre visualisation, contrôle auquel échappent très nettement les rêveries. Celles-ci surgissent si fréquemment au-delà de tout contrôle conscient que la plupart des gens savent simplement qu'ils ont rêvé tout éveillés, qu'ils étaient ailleurs, mais sans qu'il leur en reste la moindre trace. Ils sont d'autre part bien incapables de faire des efforts conscients pour visualiser, n'obtenant qu'un blanc ou une foule d'images chaotiques (ce qui est le cas avant de s'endormir par exemple).

Certaines personnes ne sont apparemment sujettes à aucune visualisation. Il s'agit là d'un symptôme de perturbation névrotique grave qui échappe à toute possibilité d'auto-traitement. Nous ne nous référons ici qu'à l'habitude inconsciente qu'on a, pour exclure les images, de contracter intensément les divers muscles oculaires. Grâce à la relaxation, les images pourront réapparaître (pour plus de détails, se référer au chapitre consacré à la concentration sur le corps). Derrière cette visualisation déficiente se cache bien souvent la peur de regarder ce qu'on veut éviter ou ce qui peut provoquer des émotions ou des souvenirs de toute sorte. Le refus de gratifier ses tendances au « voyeurisme » se propage parfois au point de s'interdire tout regard, considéré comme tabou. Celui qui regarde les choses sans les voir retrouvera la même déficience sur un plan interne lorsqu'il essaiera d'évoquer des images mentales, alors que celui qui s'emploie à observer, à scruter et à reconnaître les choses aura un regard intérieur très alerte, facilement porté sur la visualisation. Qui a le cerveau plein de mots, de rancœurs ou de rêveries ne regarde généralement pas le monde directement mais le traverse, sans intérêt véritable pour son environnement. Si nous ne créons pas, ou plutôt si nous ne recréons pas le monde avec nos yeux, il ne peut également y avoir aucune création à l'intérieur de notre personnalité.

Postulons que vous appartenez à la majorité de ceux qui peuvent visualiser. Essayez de découvrir comment fonctionne votre vision interne. Fermez les yeux et regardez l'image qui s'inscrit sur l'écran de votre esprit. Ici encore, vous allez peut-être retrouver une certaine tendance à la fuite, un désir de résister à l'image qui se présente. Ou bien vous allez rencontrer une foule d'images et vous vous verrez sauter de l'une à l'autre, incapable de vous fixer sur l'une d'entre elles plus d'une fraction de seconde. Ce « sautillement » caractérise ceux qui montrent dans leur vie un caractère instable, agité, incapable de se concentrer.

Prenez tout d'abord conscience que ce ne sont pas les images qui sautent, niais bien vous qui sautez de l'une à l'autre. Vous allez pouvoir remarquer que vos yeux font de minuscules mouvements à chaque fois que vous passez d'une image à l'autre. Acceptez cette mobilité sans y résister, sans l'entraver, jusqu'à ce que vous perceviez très nettement la nervosité de vos globes oculaires. N'en faites pas porter la responsabilité aux images, ce ne sont pas elles qui vagabondent, c'est vous. Essayez maintenant de découvrir ce qui vous rend nerveux. Est-ce la timidité, l'impatience, le manque d'intérêt, la peur, etc ? (Cette analyse importe beaucoup pour accroître les fonctions du Moi.) Quand vous aurez clairement défini votre attitude émotionnelle à l'égard de vos images internes, vous pourrez commencer à analyser vos résistances sensori-motrices. Si une image s'estompe au bout de quelques secondes, si vous sautez mentalement de l'une à l'autre, il doit vous être possible de découvrir ce qui est lié à cette image que vous tentez d'éviter. Ne vous contentez pas d'appeler ces bonds des « associations », cherchez à découvrir ce que vous voulez réellement. Concentrez-vous sur la même image jusqu'à prendre conscience de la raison et du propos de ces évitements, tâchez de découvrir ce qui vous sépare de vos images. Essayez enfin d'inverser la situation : maintenez votre intérêt, persévérez jusqu'à ce que vous cessiez de vagabonder et affrontez ces images.

Une fois cet exercice maîtrisé (ou si vous êtes déjà capable de voir des scènes et de conserver des images durant quelques secondes), vous allez trouver la suite bien plus simple. Il suffit de pouvoir retirer une image ou deux de la série et de les fixer pendant quelques secondes. On peut tirer un maximum de profit des images statiques (similaires à celles que projette une lanterne magique) ou de l'analyse de rêves qui se répètent plusieurs fois. Ce sont des images introjetées, des éléments non digérés à l'intérieur de votre estomac mental. Lorsque vous aurez choisi votre image, prenez tout d'abord conscience de votre réaction émotionnelle à son égard. Aimez-vous ou non la personne ou la chose que vous voyez, ou vous sentez-vous indifférent ? Sentez-vous une quelconque résistance ? Si oui, exprimez-la. Injuriez votre vision si vous ne l'appréciez pas, et si c'est le contraire, n'ayez également pas peur de le manifester. Si vous êtes seul, exprimez (c'est-à-dire déchargez, débarrassez-vous de) votre résistance à voix haute. de façon aussi réaliste que possible.

Un organisme, souvenez-vous-en, répond à une situation. Votre réaction à cette situation-image artificielle coïncide grosso modo avec votre comportement véritable. En faisant entrer des images dans le laboratoire psychanalytique, vous obtenez un bon substitut à la réalité externe. Dans bien des cas, c'est la meilleure préparation à une approche réelle. Ceux qui éprouvent des difficultés de contact ont invariablement tendance à visualiser des choses inanimées, des peintures, des photographies ou des bustes de personnes au lieu de ces mêmes personnes en chair et en os. Cela n'est pas nécessairement - comme le prétendent les freudiens - l'expression symbolique d'un désir de mort inconscient, niais plutôt une projection dissimulant l'imperfection et la peur de la réaction - la momification émotionnelle du patient lui-même. Si donc vous êtes enclin à sélectionner des objets et des images inanimés, prenez conscience du fait que vous évitez les objets vivants, et, par là, vos réactions émotionnelles.

Essayez tout d'abord de procéder à ces exercices de concentration à partir des événements de votre vie quotidienne. Vous prenez peut-être des leçons de conduite : si vous vous contentez de celles-ci, vos progrès seront beaucoup plus lents que si vous tentez de revenir en imagination à ce qu'on vous a enseigné, en ne négligeant aucun détail. Imaginez-vous au volant, en vous souvenant de toutes les règles qu'on vient de vous apprendre. Vous serez surpris de voir combien votre confiance en vous et votre compétence s'améliorent. Si vous apprenez la sténographie, essayez de transformer ce qui vous vient à l'esprit en symboles, et cela particulièrement avant de vous endormir ; visualisez vos mots en signes et vous en verrez la justesse et la vitesse s'accroître. Finalement, agir avec votre esprit requiert autant de concentration qu'agir avec vos muscles, à cet avantage près que, si vous pouvez être distrait lors de vos leçons de conduite ou de sténographie véritables sans vous en apercevoir, en imagination vous êtes en revanche pratiquement obligé d'investir tout votre intérêt et par-là même de vérifier votre pouvoir de concentration. Vous devez, bien sûr, vous concentrer sur le moindre détail : on ne conduit pas une voiture, on ne sténographie pas « en gros ». Vous avez pris confiance en votre pouvoir d'imagination consciente et vous êtes parvenu à retenir une image pendant un certain laps de temps. Vous pouvez désormais développer les détails de votre description. Les rêves sont souvent de bons éléments qui contiennent énormément de matériaux non assimilés (c'est ce qui les rend pour la plupart si incompréhensibles). Penchez-vous sur leurs détails, mais revenez régulièrement à leur ensemble. Pour Freud, l'éclaircissement d'un rêve passe tout d'abord par celui de chacune de ses séquences, indépendamment du contexte global (c'est-à-dire la mise en pièces du rêve, l'emploi des dents de devant mentales pour en faire des morceaux, des bouchées). La seconde phase, celle de la mastication, de la dissolution des morceaux et de la libération des résistances, Freud l'effectue par l'intermédiaire des associations libres. J'ai déjà mentionné le danger que font courir ces associations, qui aboutissent à des dissociations libres, et voilà pourquoi je préfère la méthode masticatoire, qui reste au contact des morceaux du rêve. La résistance, l'évitement du contact, émerge beaucoup plus nettement. Cette mastication s'effectue par la description détaillée (toujours associée, bien sûr, à la concentration). Si le refoulement d'un détail rend les souvenirs écrans et les rêves inintelligibles, la description détaillée permet leur compréhension et leur assimilation. Dans une intrigue policière, le détective remarque les détails que les autres négligent ; la même technique doit s'employer pour résoudre l'énigme des rêves.

La description détaillée n'est cependant qu'un « moyen », comparable à l'échafaudage qu'on ôte une fois la maison terminée. Avec nos observations traduites en mots, nous utilisons la description comme une méthode qui nous permet de fixer notre attention sur des détails qui se développeront grâce à la mastication. L'image elle-même peut se transformer, d'autres images et d'autres souvenirs ressortissant de la même sphère peuvent apparaître, l'essentiel est de ne pas s'éloigner de l'image centrale avant de l'avoir complètement assimilée, comprise et dissoute.

Par suite de leur similitude apparente, il sera très difficile au début de faire la distinction entre le matériau qu'apporte la concentration et les associations. La psychanalyse avancera probablement, pour avaliser la technique associative, les expériences freudiennes sur le retour des mots oubliés. Je prétends que ce ne sont pas les associations qui font resurgir ceux-ci, mais bien la concentration : ce n'est pas par l'association que vous retrouvez un mot, mais par la fascination (la plus haute forme de concentration) qu'exerce ce genre de « blanc » et qui vous oblige à y revenir incessamment. Peu de situations incomplètes exercent une pression aussi forte que les mots oubliés.

Là thérapie de concentration ouvre la voie au « revécu émotionnel » d'une façon bien plus rapide et plus efficace que n'importe quelle conversation ou que la technique des associations libres. Prenons l'exemple d'un homme qui parle de façon relativement peu flatteuse de son père. Demandons-lui de visualiser celui-ci et de se concentrer sur les détails de cette visualisation. Il va peut-être éclater en sanglots et sera surpris de ce brusque éclat émotionnel ; il va alors réaliser combien il lui reste de sentiment pour le vieillard. La valeur cathartique (purgative) de la concentration sur un être ou un événement avec lequel on est en relation émotionnelle s'apparente à celle de l'hypno-analyse ou de la narco-analyse, avec l'avantage supplémentaire qu'elle renforce la personnalité consciente.

Voici qui est plus difficile encore, mais qui est essentiel à l'obtention d'une vie mentale quadridimensionnelle, d'une vie recréant la réalité externe : c'est l'apprentissage des autres sens - l'ouïe, l'odorat et le goût. Pour obtenir cette mentalité plastique quadridimensionnelle, il vous faut compléter le plus soigneusement possible votre contact imaginaire, c'est-à-dire ne pas vous limiter à la simple visualisation des images. Si vous visualisez un paysage, vous devez d'abord en décrire chaque détail : les arbres, les prairies, les ombres, le bétail, les fleurs. Mais ce n'est pas tout. Vous devez vous y promener, grimper aux arbres, bêcher la terre, écouter le chant des oiseaux, jeter des pierres dans la rivière, observer les abeilles. Donnez libre cours à toutes les impulsions possibles, et particulièrement à celles (culbuter une fille par-dessus la haie, voler les pommes d'un verger ou uriner dans le fossé) qui vous gêneraient dans la réalité, mais peuvent fort bien se produire dans votre imagination. Cette approche sensori-motrice, et particulièrement celle du toucher, apporte une perception adéquate des choses et vous aide à concevoir les quatre dimensions. Elle vous permet de développer votre sens de l'actualité et vous aide à faire surgir votre mémoire eidétique (identité de la perception et de la visualisation) qui est toujours présente dans les rêves.

Auteur inconnu – texte servant de base de travail dans une formation en Gestalt-thérapie (Michel Billard)

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