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dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 13 / journée du 19/10/2002

Un organisme vivant ne fait pas n'importe quoi n'importe quand. II est en quelque sorte «programmé» et soumis à des horloges internes qui commandent les rythmes biologiques. Ces rythmes varient dans le temps, essentiellement sur une période de 24 heures, passant alternativement par des temps forts et des temps faibles. Au battement de son horloge interne, chaque homme a ainsi ses moments privilégiés pour travailler, pour se reposer, et même pour aimer.

LA CHRONOBIOLOGIE OU LE RYTHME DE LA VIE

La chronobiologie est l'étude des rythmes biologiques auxquels sont soumis les êtres vivants. Les différents pics et creux de ces rythmes ne sont pas distribués au hasard, mais relèvent d'une véritable programmation dans le temps des nombreuses activités: métaboliques, nerveuses, endocriniennes..., permettant un ajustement de l'organisme au mode de vie. Cette adaptation n'est pas individuelle ; elle est spécifique de l'espèce. Ainsi l'humain, Homo sapiens, est un «animal» à activité diurne, et tous ses rythmes biologiques, son organisation temporelle, répondent à la nécessité de faire face, physiquement et intellectuellement, à son activité diurne. Ses performances nerveuses et musculaires, sa fréquence cardiaque et respiratoire, atteignent donc leur maximum au cours de la journée ; par contre, d'autres variations biologiques, comme la défense anti-infectieuse de l'organisme, sont au maximum au milieu de la nuit.

Un rythme biologique se reproduit et oscille de manière régulière. II connaît un maximum d'activité, situé au sommet de la courbe sinusoïde ; ce pic d'activité s'appelle l'acrophase. A l'inverse, il présente un minimum d'activité situé au plus creux de la courbe, nommé bathyphase. La moyenne des deux s'appelle le mésor.

II est également pourvu, ce qui est essentiel, d'une fréquence de reproduction qui lui est propre : on l'appelle période.

Les rythmes biologiques sont donc classés selon la longueur de leur période :

les rythmes de durée moyenne (circadiens) sont des rythmes dont la période tourne autour de 24 heures. Ce sont les plus familiers et les plus étudiés (veille-sommeil, sécrétions hormonales, nombre de globules blancs, température du corps, pression artérielle, attention, mémoire, coordination motrice, force musculaire...) ;

les rythmes de courte durée (ultradiens) durent quelques minutes ou quelques heures, quelques secondes pour le rythme cardiaque, 90 minutes pour le rythme du sommeil...

les rythmes de longue durée (infradiens) ont une période qui va de quelques jours à plusieurs années : cycles menstruels chez la femme, syndrome dépressif saisonnier, variations annuelles des maladies ou de la mortalité.

LE CYCLE VEILLE-SOMMEIL

Le sommeil occupe un tiers de notre vie : à 60 ans, nous avons passé vingt ans à dormir, dont cinq à rêver... Le sommeil n'est pas une interruption d'activité, une «petite mort», mais un autre type d'activité du cerveau et de l'organisme tout entier.

Comme tous les rythmes circadiens, le rythme du sommeil est commandé par une horloge biologique centrale. Mais l'environnement a également son mot à dire, notamment en ce qui concerne les perturbations des horaires de sommeil.

Schématiquement, la courbe veille-sommeil se décline en cinq temps :

le matin au réveil, nous sommes en pleine forme, actifs, efficaces, prêts à apprendre, à mémoriser, à effectuer un travail physique important ;

en milieu de journée survient une phase moins efficace, marquée sans doute pour beaucoup d'entre nous par le fameux «coup de pompe de 11 heures». II s'agit non pas d'une fatigue hypoglycémique, mais bien d'un moment de fatigue biologique fondamental, avec refroidissement corporel, identique pour tous ;

vers 17 heures, nous commençons une nouvelle phase de grandes performances physiques et intellectuelles ;

vers 23 heures, nouvelle période de faible vigilance : nous commençons par sentir le froid, nous nous étirons, nous bâillons, écoutons avec moins de lucidité les conversations environnantes, et sommes proches de l'endormisse ment. Si nous dormons, c'est d'un sommeil lent et profond ; si nous continuons à veiller, nous serons «ivres de sommeil», instables sur nos jambes, peu réactifs, nous aurons froid et envie de fermer les yeux. Notre tension artérielle sera basse et notre force physique très diminuée ;

pourtant, même si nous n'avons pas dormi, tout ira mieux après 5 heures du matin, et si nous tardons encore à nous coucher, nous ne pourrons plus nous endormir. Pour ceux qui ont dormi une nuit normale, vers 45 heures, le sommeil devient plus léger, plus fragile, plus riche en sommeil paradoxal. Les éveils sont plus fréquents et parfois perceptibles.

Environ deux heures avant le réveil spontané, la température remonte, les modifications métaboliques liées à la sécrétion de cortisol, hormone de vigilance sécrétée par les glandes surrénales, sont stimulées, et nous nous réveillons en pleine forme.

On dit d'un individu qu'il est en phase lorsqu'il vit et travaille aux moments de meilleure performance, et se repose et dort dans les moments de faible performance. Cette notion est essentielle pour comprendre certaines pathologies du sommeil.

LES PHASES DU SOMMEIL

Le sommeil est une activité cyclique passant toutes les 90 minutes par des creux et des vagues, prolongeant les rythmes vigilance-récupération de la journée.

Les études ont montré qu'il est constitué de cinq cycles, divisés en deux états différents : le sommeil ordinaire, dit aussi «sommeil lent» en raison de l'activité électroencéphalographique (EEG) ralentie ; le sommeil paradoxal, ainsi baptisé car il est extrêmement difficile de réveiller un sujet endormi durant cette phase alors que son tracé EEG est un tracé d'éveil, de vie active. Chaque cycle de sommeil dure environ 1 h 30 : d'abord le sommeil lent, léger qui se poursuit par le sommeil profond.

Enfin, le sommeil paradoxal, qui occupe 25 % de la durée totale du sommeil, est une période unique sur le plan psychologique : le moment des rêves. La première partie de la nuit permet surtout la récupération physique. La seconde est plus favorable à une récupération psychique et nerveuse.

24 HEURES DANS LA VIE D'UN HOMME

La température diminue le soir, passe par un creux à 3 heures du matin et atteint son pic vers 16 heures.

Les battements cardiaques sont plus rapides vers 17 heures.

Le rythme respiratoire est à son maximum vers 16 heures.

La douleur est plus durement ressentie vers 18 heures.

La pression artérielle est au plus bas vers 3 heures du matin et maximale vers 16 heures.

Les performances sportives sont meilleures entre 14 et 17 heures.

La capacité à mémoriser est plus importante vers 18 heures.

L'excrétion rénale est maximale en milieu de journée.

Les capacités intellectuelles (attention et vigilance, mémorisation, prise de décisions...) diminuent entre 3 et 5 heures du matin.

DES EXPERIENCES HORS DU TEMPS

Depuis plus de dix ans, les expériences en isolement temporel total, par exemple dans les milieux de la spéléologie, se sont multipliées. L'individu devient un véritable laboratoire vivant, équipé de sondes, d'électrodes, de brassards et d'enregistreurs. Ces expériences ont pour but d'étudier le comportement des horloges internes de l'organisme : sont-elles autonomes et innées ? Continuent-elles à fonctionner hors du milieu habituel ? Elles ont d'ores et déjà permis de confirmer deux hypothèses.

l'homme a un lien réel avec le temps, mais celui-ci lui est strictement personnel, au point que l'on peut parler pour chaque individu d'une " identité temporelle " comme il existe une identité anatomique ; un enfant ne vit pas le temps comme un adulte par exemple, ni une femme comme un homme.

Les horloges biologiques peuvent varier avec les signaux extérieurs de l’environnement, comme l’alternance du jour et de la nuit. Preuve est donc faite que l’organisme humain, même s’il est influencé dans la plupart de ses rythmes temporels par l’environnement et la vie sociale, possède une horloge interne qui lui est propre et qui fonctionne en permanence, indépendamment du monde qui l’entoure.

EN PRATIQUE

Les applications pratiques de la chronobiologie sont induites par les connaissances sur les rythmes du sommeil. On sait par exemple que l'heure idéale de la prise d'un poste du matin est 6 heures, et que la sieste est un excellent moyen de récupération de la dette de sommeil.

Les études chronobiologiques permettent en fait de comprendre toute une série d'anomalies de coordination des rythmes et les difficultés d'adaptation physique et intellectuelle de l'organisme qui peuvent en résulter.

L'ORGANISATION DU TEMPS COLLECTIF

À l'évidence, nous ne sommes pas tous égaux quant à nos possibilités de réponse en fonction du temps. Or, la répartition des espaces de temps consacrés au travail, aux activités de loisir, au repos, etc..., s'est faite, et se fait toujours, en fonction d'impératifs sociaux et économiques, sans jamais tenir compte des impératifs relevant de la biologie humaine. La fragmentation du temps de travail par exemple peut entraîner des dérives nuisibles : superficialité, dispersion et perte de la capacité de réflexion.

Cette méconnaissance des réalités chronobiologiques conduit à des dysfonctionnements dans l'organisation des individus et des entreprises, comme c'est le cas dans le travail de nuit ou le travail posté dont la tolérance ne se rencontre peut-être que chez un tiers des individus. Selon certains spécialistes, l'aptitude à ce genre d'activité n'est appréciée qu'à l'usage, sur le tas, après un essai de plusieurs mois. II s'agit bien de variations individuelles de tolérance, tributaires de la structure (ou de l'identité) temporelle évoquée ci-dessus.

Autre élément à prendre en compte, le découpage horaire journalier, qui n'est plus suffisamment adapté à la fatigue nerveuse.

Les médecins du travail le constatent d'ailleurs de plus en plus : aux troubles psychopathologiques liés à la charge et aux rythmes du travail s'ajoutent aussi le développement d'horaires atypiques qui génèrent de nouveaux risques.

DÈS LE PREMIER AGE...

C'est au cours de la première année que s'élabore le tempo qui orchestre, par la suite, toute une vie. C'est à ce moment-là que se mettent progressivement à l'heure nos horloges internes, que les états de veille se prolongent, que le sommeil devient plus stable.

C'est entre un mois et demi et quatre mois que s'installe ainsi chez le bébé l'alternance entre jour et nuit. C'est également pendant la première année que se mettent en place tous les rythmes biologiques de 24 heures, qu'il s'agisse des modulations du rythme cardiaque, de la température, de la sécrétion de cortisol en seconde partie de nuit ou de celle de certaines hormones (hormones de croissance notamment).

LES ALTÉRATIONS DE RYTHME

Les altérations de phase d'origine externe. Ce sont les difficultés rencontrées par les personnes soumises à de nombreux changements d'horaires: les vols transméridiens des personnels navigants par exemple, ou tout simplement les changements d'horaire saisonniers (heure d'été-heure d'hiver). Au cours de ces changements, le cycle veille-sommeil se trouve brutalement déphasé par rapport à l'environnement habituel. Le sujet va rapidement adapter sa vigilance : en deux ou trois jours, il se réveillera et s'endormira en fonction du rythme de soleil du nouveau lieu. Par contre, la température corporelle, la sécrétion de cortisol, moins dépendantes de l'environnement, vont mettre beaucoup plus longtemps pour s'adapter aux nouvelles conditions de vie. Pendant plusieurs jours, voire des semaines, il y aura désynchronisation interne, responsable d'une impression de malaise, d'une fatigue, de difficultés d'endormissement. La sensibilité des individus à ces modifications extérieures reste cependant très variable.

Les altérations de phase d'origine interne. II s'agit soit des avances de phase qui correspondent à des horaires anormalement précoces d'endormissement, fréquents chez les sujets dépressifs ou âgés, soit des retards de phase qui simulent une «insomnie d'endormissement» et qui s'accompagnent souvent d'une privation chronique de sommeil. Le sommeil nocturne est alors troublé et la vigilance diurne perturbée.

SE SOIGNER À LA BONNE HEURE

La chronobiologie a une autre utilité pratique essentielle qui repose sur le fait que notre organisme ne réagit pas de la même façon aux médicaments selon l'heure où ils sont ingérés. L'étude des effets des médicaments sur l'organisme en fonction du moment où ils sont pris s'appelle la chrono-pharmacologie. Elle explique la variation liée au temps de disponibilité du médicament dans le sang et les autres liquides qui viennent irriguer les cellules. Elle permet donc d'obtenir de meilleurs résultats thérapeutiques.

II a déjà été démontré que des médicaments sont plus efficaces et présentent des effets secondaires moindres s'ils sont administrés à une certaine heure. En cancérologie par exemple, des pompes sont aujourd'hui programmées pour injecter des drogues selon une modulation qui tient compte de l'heure de moindre toxicité et d'efficacité maximale. Les chercheurs scrutent maintenant la peau: d'après eux, il semblerait que l'épiderme soit plus sensible à la pénétration transcutanée d'agents anesthésiants après 17 heures.

QUAND LE TEMPS S'EMBALLE...

Tout en le servant, le progrès entraîne l'homme dans une spirale infernale, une perpétuelle fuite en avant. II change ses rapports avec son espace de vie et son travail, qui sont rentrés dans l'ère du virtuel.

Travail et valeur ajoutée s'installent dans les réseaux électroniques et s'échangent dans l'ensemble des sociétés. L'informatique a brutalement accéléré et désynchronisé les rythmes qui, de l'artisanat à la révolution industrielle, conditionnaient nos comportements collectifs et fondaient notre culture. L'ordinateur met en évidence un conflit entre deux univers temporels qui ont bien du mal à cohabiter: celui du temps séculaire, des biorythmes, et celui de la culture informatique. Cette opposition crée une nouvelle source de fatigue chronique, voire de dépression. Avec le développement des outils de communication personnels, les «commutants» équipent leur domicile, se branchent sur le «cyberspace» et entament une «télévie» en même temps que se développent les pratiques de télétravail. La virtualisation déstructure les espaces et les temps de travail traditionnels et modifie l'intensité des liens entre les acteurs: la machine ne se contente plus de gagner, elle contrôle électroniquement les faits et gestes d'un nombre croissant de travailleurs.

Ces organisations virtuelles permettent sans contestation possible de libérer l'homme des temps et des espaces contraints du travail collectif. Mais elles imposent des rythmes qui sont à l'origine de nouveaux risques pour notre psyché, ce qui nous obligera à réinventer des espaces et des temps de travail spécialisés afin de résister à la pression

actuelle. Finalement, avec les progrès techniques, la vie professionnelle implique des tensions nerveuses et des rapports plus étroits mais aussi plus difficiles avec les autres. Une des grandes différences du télétravail par rapport aux technologies précédentes tient à l'importance des réactions émotionnelles, affectives ou passionnelles qu'il engendre. Les «infotechnos» séduisent spontanément car elles s'adressent à l'intelligence et au cerveau. Mais la nature du travail est profondément transformée. Un concept plus fort, celui du réseau, se trouve au coeur de cette transformation. Résultat: le passé se compte en jours, voire en heures et toute mémoire est contenue dans les ordinateurs. Les hommes se privent ainsi de la compréhension de leur présent puisque plus le passé est oublié, plus le présent semble s'écouler rapidement. Les rythmes normaux deviennent donc atypiques. Et à rythmes atypiques correspondent repos atypiques.

Dans tous les cas, la recomposition du temps de travail, surtout lorsqu'elle prend la forme d'horaires décalés, limite la participation à des activités et à des loisirs collectifs. La réduction et l'aménagement du temps de travail, l'organisation de la flexibilité doivent concilier les exigences des entreprises et le respect des rythmes biologiques et sociaux, fondateurs de l'équilibre des individus.

NE VIVONS PAS À CONTRETEMPS !

Ce n'est sans doute pas un hasard si les catastrophes de Three Miles Island, Tchernobyl ou Bhopal ont toutes eu lieu au milieu de la nuit. Les accidents graves de la circulation se produisent également fréquemment la nuit. En effet, c'est entre 2 et 4 heures du matin que nos capacités intellectuelles et physiques sont au plus bas. La production de cortisol connaît alors un creux. On ne gagne donc rien à vivre à contretemps.

Dossier établi par Michel Billard à partir de la parution de " à votre santé "

communiqué par la mutuelle ALPTIS

 

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