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sophrologie, théâtre, personnes âgées

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 3 du 01/09/1997

" mémoire d'amour "

Le premier temps de l'aventure : le désir. Pour moi, le désir de donner du temps aux personnes âgées, en souvenir de ma mère décédée peu auparavant, comme un dernier cadeau. Pour les participants, il y avait le rêve d'être "comme une star ", ou de déclamer des textes; pour d'autres, l'espoir d'être ainsi écoutés, entendus, pour d'autres encore l'envie de chanter, de danser, de parler du passé, de se sentir aimés, de vivre ici et maintenant.

Oui, vivre ici et maintenant pour conjurer l'attente de la mort (3 participants sont décédés au cours de l'année). Avec toute cette fragilité où la vague lentement se retire, mais nous offre sa musique pleine de bon sens et de sagesse.

Puis il a fallu entrer petit à petit dans la réalité objective de ce monde, créer un espace de rencontre entre leurs attentes et les miennes, c'était le temps de l'alliance. L'outil sophrologique a été une aide capitale dès ce moment-là. L'entraînement personnel quotidien de la méthodologie caycédienne a stimulé mon inspiration et m'a donné la confiance et l'énergie nécessaires à long terme pour dynamiser le groupe. J'ai aussi utilisé les techniques sophrologiques auprès des personnes âgées pour réveiller leurs souvenirs positifs (sophro-présence du positif) et animer leur corporalité (Dynamique 1). Je devais toujours les adapter en fonction de leur forme physique, par exemple : presque tous les exercices se faisaient dans la position assise. Je devais aussi faire appel à l'imaginaire et à des formes ludiques, comme pour les enfants, sinon elles me disaient : "On a déjà assez travaillé toute notre vie ! " Un autre outil précieux qui nous a accompagné dans la démarche est la musique; je jouais sur mon violon des mélodies anciennes, des chansons de leur jeunesse. Je les voyais parfois s'allumer à l'écoute de certains airs et les souvenirs d'amours et de mariages les entraînaient à chanter et à danser, doucement, et à raconter. C'est ainsi qu'avec leurs émotions et leurs associations, j'ai pu tisser la toile de notre scénario. Nous étions près de Noël et le projet était prêt à défendre ses chances auprès de sceptiques. Le spectacle fut baptisé " Mémoire d'amour ".

Alors a commencé le temps de la concrétisation, nos rencontres sont devenues de vraies répétitions. Dans la maison, l'ambiance avait changé, il y avait comme une émulation, l'atelier des activités manuelles nous a confectionné des accessoires. Dès lors, les acteurs ont " travaillé " plus ardemment. Ils acceptaient mieux les exercices de dynamique car ils sentaient bien qu'ils leur donnaient du courage et de la présence, leur jeu devenait de jour en jour plus juste et plus précis.

Enfin en juin 1996 est venu le temps de la représentation, il y avait les gens de la " maison ", les enfants, les petits-enfants et des villageois. Les acteurs ont été à la hauteur de leurs espoirs et les spectateurs surpris, émus et chaleureux. Ce fut une réussite. La directrice de l'établissement m'a immédiatement demandé de poursuivre l'expérience l'an prochain. Voici venu le temps de la récompense. Celle-ci fut grande lorsque j'ai montré à l'équipe du théâtre l'enregistrement vidéo réalisé lors de la représentation.

Mais là je voudrais laisser témoigner les acteurs de cette aventure :

" Mon fiston était là, ça m'a touchée (elle pleurait), les gens nous ont applaudis, j'avais une raison d'être "; Jeannette, 85 ans.

" Tu nous a donné un coup de main, nous étions ensemble sur le même bateau. " Christiane, 60 ans.

" Les gens ont vu la valeur que nous avons. Malgré les difficultés, on y est allé. Je suis touchée de voir que nous avons si bien joué, que quelqu'un d'âgé peut être utile, qu'il a encore une place dans l'existence. " Lisette, 88 ans.

" Sans toi Pascale, nous ne pouvions rien. Tu étais formidable, ça mérite des baisers... Tu as su installer un contact, on se connaît 100% maintenant. Tant que Dieu nous protège, nous serons ensemble, l'équipe du théâtre. " Edouard, 80 ans.

" J'ai appris que quelqu'un d'âgé peut être utile, qu'il a sa place dans l'existence, j'ai appris à accepter de vieillir dignement. Au début, je n'y croyais pas. Un jour j'ai cru en regardant les autres que moi j'étais capable, j'ai pris confiance, j'ai été émue de voir que les gens s'intéressaient à nous en tant qu'êtres humains vivant ici et qui ont envie d'échanger, de partager. Le théâtre et la sophrologie ont amélioré mes relations avec les autres, je sens plus de circulation entre l'intérieur et l'extérieur. " Chantal, 70 ans.

Il y aurait encore bien d'autres anecdotes à raconter mais j'ai voulu résumer l'essentiel de cette enrichissante rencontre. Aujourd'hui, une nouvelle saison a commencé avec peut-être la mise au monde d'un nouveau "bébé".

Pascale Biollaz

(article de la revue trimestrielle n°1 "Sophrologie" Suisse avec leur aimable autorisation)

 

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