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s'épanouir au travail

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

"Aucun travail n'est intéressant ou inintéressant en soi,

ce qui est intéressant c'est la manière de l'appréhender."

(Eric Albert)

On y passe au moins trente-cinq heures par semaine. Souvent dans le stress, parfois dans la frustration. Pourtant, ce lieu de contraintes peut devenir celui de notre épanouissement, affirment Pierre Blanc­-Sahnoun * et Eric Albert *. Témoignages et conseils pour changer d'avis sans changer d'employeur.

Vouloir être heu­reux au travail est une curieuse as­piration, si l'on se réfère à l'étymo­logie latine du mot, tripalium, qui désignait un instrument de tor­ture. « Depuis qu'Adam et Eve furent chassés du paradis et condamnés à gagner leur pain à la sueur de leur front, le travail a toujours été perçu comme une malédiction », résume le coach Pierre Blanc-Sahnoun. « Pour la plupart des gens sur la planète, la question d'être heureux au travail ne se pose pas, note-t-il. Aujourd'hui, on se réjouit déjà quand on a un emploi.» Est-ce une invitation à se résigner lorsque l'on souffre d'occuper un poste sans intérêt ?

« Pas du tout. Avoir la possibilité d'être exigeant par rapport à sa car­rière est un réel progrès. Sim­plement, on avance d'autant mieux en étant réaliste. » Autre­ment dit, en cessant de croire que « le métier que je n'exerce pas est forcément plus intéressant que le mien », comme le constate le psychiatre Eric Albert a tra­vers les doléances récurrentes de ses clients. Comment amélio­rer son sort sans pour actant repartir de zéro ? Les conseils de nos deux spécialistes.

 

MA VOCATION ? QUELLE VOCATION ?

Au début d'une démarche de coa­ching, une interrogation revient souvent : « Je voudrais savoir pour quel métier je suis fait. »

Pour Pierre Blanc-Sahnoun, « la vocation n'existe pas, c'est une erreur de représentation ». Certes, nous connaissons tous quelqu'un qui nous assure avoir toujours voulu être médecin, comédien ou pompier. « Rien de mystique à cela, assure le coach. C'est juste une stratégie que l'on se fabrique pour pouvoir exister psychologi­quement dans sa famille. » Vou­loir exercer tel métier me garan­tit la reconnaissance de mes proches ou me permet à l'inverse d'entrer en conflit avec eux, le métier n'étant qu'un prétexte à un contentieux plus profond. « La vocation, poursuit le coach, cor­respond souvent au déplacement du désir d'un objet interdit vers un métier dans lequel il peut s'ex­primer. » En résumé, faute de pou­voir aimer papa, on aime le mé­tier qu'il aime. «La vocation se construit souvent en réponse à la détresse d'un membre de la fa­mille, que l'on soigne imaginai­rement en exerçant ce métier.»

 

ÉRIC LEPLEUX, CADRE DIRIGEANT UNE COMPAGNIE AERIENNE, 38ANS

Un travail ne doit pas être une simple occupation professionnelle, nous y passons tout de même une grande partie de notre vie ! Je m'efforce donc d’insuffler à mes équipes l’idée d’un supplément d’âme déconnecté de la performance pure. Après plusieurs années passées à l’étranger, je me retrouve devant un nouveau challenge : défricher de nouveaux pays et de nouveaux marchés. Ce qui répond à ma conception de l’épanouissement personnel : s’ouvrir à l’inconnu, à la nouveauté, à l’aventure…

 

ANALYSER SES BESOINS...

Vous n'avez pas de vocation ? Ne vous désolez plus, vous êtes peut-être moins névrotique que d'autres. Plutôt que de s'échiner à traquer une vocation que l'on ne possède pas, on gagne à réfléchir à sa propre représen­tation de l'épanouissement pro­fessionnel. « Lorsque l'on réflé­chit à cela, on convoque une imagerie familiale: ce que notre famille nous a appris à regarder comme une vie professionnelle réussie, commente Pierre Blanc­-Sahnoun. Et ce qui est amusant, c'est que les critères de réussite que l'on vise, ce sont le plus sou­vent ceux qui caractérisaient le métier... d'un grand parent.» L'idée n'est pas de s'affranchir de cette imagerie, mais de com­prendre qu'elle pèse sur nous pour pouvoir décider de la re­prendre à notre compte ou de l'abandonner à ceux qui nous l'ont transmise.

De notre représentation de la réussite professionnelle découle une série de besoins. Pour les uns, il s'agira d'exercer un métier utile, d'être reconnu pour sa dé­votion à la tâche. Les autres as­pireront à être indépendants, à exercer leur créativité ou à tra­vailler dans l'urgence. Ces be­soins, nous les connaissons de manière intuitive, mais nous pre­nons rarement le temps de les formaliser. Il suffit pourtant de dresser la liste des « j'aime/je n'aime pas » pour les voir appa­raître. Sur le papier, on couchera tout et n'importe quoi, puis l'on tâchera de chercher ce que chaque élément recouvre de be­soins. Par exemple, si l'on aime la montagne, on peut s'imaginer dévalant une piste en godille ou arpentant des sentiers isolés. Dans le premier cas, cela signi­fie peut-être que l'on a besoin d'être admiré pour ses prouesses, dans le second, que l'on a besoin de solitude. A chacun d'inter­préter sa liste en fonction de sa personnalité.

 

CHRISTIAN BRETON, PARFUMEUR, 63 ANS

Pour moi, l'épanouissement au travail est impossible sans la passion et le rêve! II faut rêver à ce que l'on fera demain, rêver à son évolution personnelle, aux loisirs que nous procurera notre travail. Travailler est devenu un luxe et représente malheureusement le rêve de beaucoup. Dans une période économique particulièrement difficile, le fait de penser chaque jour à ceux qui sont au chômage peut être une recette d'épanouissement pour celles et ceux qui n'ont peut-être pas eu la chance de choisir leur parcours professionnel.

 

... ET ACCEPTER D'Y RENONCER

Lorsque notre occupation professionnelle respecte l'essentiel de nos besoins, nous nous sen­tons dans un état de fluidité et de bien-être. Nos tâches et nos re­lations professionnelles nous pa­raissent aisées et plaisantes. Mais s'ils sont contrariés, nous entrons dans un état de stress. « C'est pourquoi il est important de se donner le droit de les satisfaire et de réfléchir régulièrement puisqu'ils changent selon les étapes de notre existence - aux aménagements qui pour­raient être faits pour augmenter notre satisfaction », recommande Pierre Blanc-Sahnoun.

C'est en tout cas le principe gé­néral. Ensuite, il faut bien sûr né­gocier avec les contraintes de la réalité. Par exemple, on peut as­pirer à prendre davantage de res­ponsabilités, mais il sera difficile de prétendre également à da­vantage de temps libre. C'est pourquoi Eric Albert insiste sur « l'importance d'accepter le fait que l'on ne pourra jamais tout avoir », la sécurité de l'emploi et la liberté, plus de pouvoir et plus d'amis... « Etre bien dans son travail, ajoute le psychiatre, c'est aussi sortir une fois pour toutes de l'ambivalence qui consiste à vouloir une chose et son contraire. Si l'on ne veut pas être en per­manence frustré ou tiraillé, il faut être capable de renoncer de ma­nière apaisée à réaliser une par­tie de ses envies. »

 

BÉATRICE MARIOTTI, DIRECTRICE GÉNÉRALE ET DE CRÉATION D’UNE AGENCE DE DESIGN, 47 ANS

Je me suis toujours placée en position d'être passionnée par mon travail. Une autre façon de s'épanouir est de voir son talent reconnu, comme lorsque nous remportons une compétition. Je pense qu'il ne faut jamais chercher à atteindre un objectif d'épanouissement, cette notion est trop instable. Mais il faut se ménager la possibilité de se mettre en « jachère » pour se ressourcer hors de la sphère professionnelle, où la concurrence et la rapidité obligent à être constamment aux aguets.

 

DÉFINIR LE NON ACCEPTABLE

Il s'agit donc de poser des limites à ses exigences pour mieux se réjouir de ce que l'on obtient. « II est aussi important de définir ce que l'on n'est pas prêt à accep­ter en termes de conditions de travail, de tâches ou de relations humaines », recommande Eric Albert. A ce propos, outre les be­soins propres à chacun, il existe des besoins relativement uni­versels. « C'est le besoin que l'on nous dise à quoi sert notre travail et en quoi il consiste, précisé­ment et sans injonctions contra­dictoires, énumère Pierre Blanc­-Sahnoun. Mais aussi le besoin d'être reconnu, qui suppose no­tamment d'avoir un lieu à soi, que l'on nous dise bonjour le matin, d'être félicité de temps en temps. » A chacun d'ajouter les conditions qui lui paraissent in­dispensables. Citons, pêle-mêle, le fait d'être sollicité à hauteur de ses compétences, de ne pas être poussé à agir à l'encontre de ses valeurs, la possibilité de progresser ou de voyager...

 

BENOÎT RENARD, GUICHETIER À LA RATP, 30 ANS Cela fait quatre ans que je travaille comme guichetier à la RATP. Je me sens utile, à mon niveau, au bon fonctionnement et au rayonnement de mon entreprise. Mon métier est très varié. Chaque jour, on se demande ce qui va se passer. Du pire, les suicides, au meilleur, les relatons humaines. Un bémol : le contact avec les usager, trop fugace, et le fait qu'ils ne sont pas toujours de bonne humeur.

 

LUTTER CONTRE LE STRESS...

On sait à présent que le stress surgit lorsque l'un de nos besoins fondamentaux n'est pas respecté. Que faire ? « Il y a plusieurs so­lutions, propose Eric Albert. Se résigner - à ses dépens -, lutter ou partir. » Si vous choisissez de lutter, mieux vaut agir avant que le surmenage ne vous fasse en­chaîner erreurs et conflits et que cela n'aboutisse à un licencie­ment ou à la maladie. « A moins d'avoir affaire à un caractériel, il est toujours constructif de solli­citer un rendez-vous avec sa hié­rarchie pour faire le point, sug­gère Pierre Blanc-Sahnoun. On en profite pour établir un contrat de relation, que l'on révisera ré­gulièrement. » Il s'agit, pour les deux parties, de définir ce que chacune attend de l'autre : da­vantage de soutien, d'implication, de marge de manoeuvre... « A cette occasion, chacun dira ce qu'il peut apporter de plus, mais aussi ce qu'il ne peut pas donner. Cette démarche permet de lever des malentendus, dans la mesure où bien souvent on donne à l'autre ce dont on a soi-même besoin, sans le connaître réellement. » Par exemple, un chef de service qui aime être encouragé viendra ré­gulièrement jeter un oeil sur le travail de l'un de ses collaborateurs, qui, pour sa part, aura la désagréable impression qu'or ne lui fait pas confiance... « Le stress est inhérent aux condition de travail puisqu'il s'agit pour l'en­treprise d'être compétitive, donc de demander au salarié le plus qu'il puisse produire, note par ailleurs Eric Albert. Par rapport à cela, le mieux est d'admettre avec détachement que l'on ne pourra pas forcément tout faire. »

 

PATRICK BITAN, MÉDECIN GÉNÉRALISTE, 50 ANS

J'exerce une profession qui est valorisante, reconnue et utile à la satiété. Même si mes horaires sont difficiles, je ne m'ennuie jamais. Ma grande satisfaction est de voir revenir les patients, preuve que la confiance s'est instaurée entre nous. Autre motif de satisfaction : je suis mon propre patron, je ne me voyais vraiment pas faire des courbettes aux mandarins hospitaliers tout au long de ma carrière ! Le point noir : l'inflation des tâches administratives qui mobilisent temps et énergie.

 

... ET CONTRE L'ENNUI

Aussi pénible que le stress, l'en­nui ne surgit pas seulement quand on n'a rien à faire. Il est lié à un manque de motivation qui peut avoir plusieurs causes : le carac­tère répétitif de la tâche, son ab­sence d'intérêt a priori ou le peu de considération que l'on a pour l'entreprise dans laquelle on tra­vaille. Ce dernier cas mis à part, il est toujours possible de rega­gner de l'enthousiasme à la tâche sans avoir à quitter l'entreprise. « L'important est de sortir du mythe selon lequel il y aurait des boulots plus intéressants que d'autres, affirme Eric Albert. Aucun travail n'est intéressant - ou inintéressant - en soi. Ce qui est intéressant, c'est la manière de l'appréhender. » Pour sortir de l’ennui, il convient d'abord de sor­tir de la position de passivité dans laquelle on se trouve et de (re)de­venir créatif par rapport à la tâche qui nous est confiée. « On peut toujours produire de l'intelligence sur son travail, trouver une autre manière de faire, plus rapide, moins absurde ou encore plus es­thétique, encourage le coach. La première chose, c'est de voir sur quoi l'on peut agir pour retrou­ver de l'intérêt à ce que l'on fait. Et la seconde, c'est de "challen­ger" sa hiérarchie. » A savoir, lui dire: « Laissez-moi vous montrer de quoi je suis capable ou essayer autre chose. »

 

HÉLÈNE DARROZE, CHEF ET RESTAURATRŒ, 37 ANS

II n'y a pas un matin où je me rends à mon restaurant à reculons. Le métier que j'exerce est un métier de partage et de don, et donner et partager est très épanouissant. C'est la contrepartie d'un travail épuisant et stressant. Je ne peux m'accomplir dans mon métier qu'en adoptant une hygiène de vie et une discipline exemplaire: sport avec un coach, kinésiologie et régulièrement des massages relaxants.

 

STÉPHANE MARTIN, PROFESSEUR D'ECONOMIE DANS UN LYCÉE, 43 ANS

Je distingue le travail (l'activité salariée nécessaire pour vivre) de l'épanouissement (la possibilité d'être un peu plus soi-même). Dans une société comme la nôtre. On ne peut pas s'épanouir sans travail. Il nous fournit le socle et les droits nécessaires pour exister en tant qu'individu. En tant que professeur, mon épanouissement provient en grande partie de mon sentiment d'être utile à la société. Je me sentirais encore plus épanoui en exerçant un tiers-temps pour me consacrer à la peinture, l'une de mes passions.

 

OSER PARTIR

Parfois, il faut se rendre à l'évi­dence. On ne trouve plus son compte dans le poste que l'on oc­cupe, rien ne peut plus être amé­lioré et il ne reste qu'une solu­tion : partir. Pas évident dans le contexte actuel. « Il ne faut jamais perdre de vue ce qui nous rend désirable aux yeux d'un éventuel employeur », prévient Pierre Blanc-Sahnoun. L’idée est de pou­voir, tout au long de son parcours, répondre aux questions suivantes l'entreprise a-t-elle plus intérêt à me garder ou à me remplacer ? Quels sont mes points forts ? Mon niveau de conformité aux valeurs de l'entreprise ? Mes perspectives d'évolution ? « Ce qui nous rend désirable, ajoute Eric Albert, c'est un mélange de facteurs humains et techniques : le fait d'être sym­pathique, fiable ou créatif ; celui d'être performant, de se tenir in­formé, de connaître les outils les plus récents ou une langue sup­plémentaire. » Autant d'éléments qui nous permettront de conser­ver une certaine liberté de mou­vement sur le marché du travail. « Ceux qui osent quitter une po­sition qui ne leur convient plus y gagnent un énorme sentiment de liberté et de restructuration nar­cissique », assure Eric Albert. Car la vie professionnelle est un éter­nel recommencement.

 

* PIERRE BLANC-SAHNOUN EST COACH. FORME À LA PSYCHOTHERAPIE COCGNITIVE ET COMPORTEMENTALE. IL DIRIGE LA COMPAGNIE DES COACHS ET EST MEMBRE TITULAIRE DE LA SOCIETE FRANCAISE DE COACHING. DERNIER OUVRAGE PARU BUSINESS BLUES (EDITIUONS D'OR­GANISATION, 2004).

 

* ERIC ALBERT EST PSYCHIATRE, CONSULTANT ET FORMATEUR. IL EST LE CREATEUR DE L'IFAS (INSTITUT FRANCAIS D'ACTION SUR. LE STRESS). DERNIER OUVRAGE PARU : "L'ANXIETE AU QUOTIDIEN", AVEC LAURENT CHNEIWEISS (ODILE JACOB, 2003)

 

Sur le web Pour en savoir plus sur le coaching et trouver un coach.

  1. Le site de Pierre Blanc-Sahnoun : www. pbsh-coach.com
  2. La Compagnie des coachs: www. ciedescoachs.com
  3. La Société française de coaching www.sfcoach.org

Article de Laurence Lemoine - psychologie de mai 2004 - transmis par Paul Dufour

" La vocation, c'est d'avoir pour métier sa passion "

Stendhal

 

 

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