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schéma / pathologies oral et écrit

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 31 / journée du 05/04/2008

 

Schéma corporel et schéma existentiel dans les pathologies en lien avec le langage oral et écrit

 

Début d’atelier par une pratique activant « mon lien avec le monde extérieur » au travers de l’exploration de la bouche (voir à la rubrique « Séances » une pratique intitulée « Mon lien avec le monde extérieur »).

« La parole est l’un des premiers jouets : c’est aussi un jouet qui se prête à une créativité infinie ». J.M. Caré et F. Debyser

« Voir l’au- delà des mots des choses, entendre le chant profond des mots, chercher plus loin que la source de la source, c’est ouvrir à l’infini un éventail d’arc-en-ciel »… G. Vattier.

« Le plaisir partagé est le fondement de toute expérience sociale, l’origine du langage. Il permet la découverte de soi- même et des autres, le développement par l’apparition de désirs nouveaux. Il est le moteur du changement » M.Pagès.

« Il n’était qu’à voir certains enfants écrivant. Si la torture fait jouir, voici un spectacle de choix.

Le geste même faisait mal. Des mains tordues dans des positions imprévisibles, aucune détente dans le mouvement, une contracture douloureuse.

Dans quel état se trouvait donc, intérieurement le petit scripteur. Ceux- là même que, sur le terrain de jeux, je voyais accomplir des prouesses, semblaient dépenser, plume en main, une énergie hors de proportion avec l’effort physique réel. L’oscillation douloureuse en eux entre la nécessité de poser chaque lettre et l’impérieux désir de sortir hors des barreaux de leurs hampes et jambages épuisait toute leur énergie dans la contradiction ». M. Pagès.

 

Schéma corporel et schéma existentiel dans les  troubles du langage.

D’abord, remercions Michel qui nous permet de travailler ensemble aujourd’hui.

C’est en tant qu’orthophoniste et sophrologue que j’interviens aujourd’hui.

…C’est aussi grâce à un long travail auprès de pathologies très diverses : travail en cabinet libéral, avec sa diversité de rencontres, à la Fondation Richard, et au Centre Léon Bérard.

C’est grâce à ces expériences que j’ai pris le chemin de la sophrologie. Quoiqu’il en soit je n’ai rencontré que des « patients » et jamais de « clients » !!! Et j’utilise encore avec difficulté ce dernier mot ! Parfois je parle simplement de « rencontres », car je pense que chacune d’elle n’a pas été le fruit du hasard.

I. L’orthophonie : L’Orthophonie : techniques de rééducation du langage, qui s’appliquent sur la bouche, le nez, la gorge, l’oreille, la main et le cerveau. « Parler correctement, ortho=rails »… il y a l’idée de « la normalité », et de ses règles, l’idée du paraître.

Certains patients jeunes ou vieux sont conduits en orthophonie mais sans savoir pourquoi ils viennent. Ils n’ont pas d’objectif particulier soit parce qu’ils n’ont plus conscience ou pas encore conscience ? qu’ils sont dans l’impossibilité de communiquer clairement ce qu’ils souhaitent exprimer, soit parce qu’ils en sont conscients mais ne l’ont pas intégré comme étant bon pour eux dans le lien qui se crée avec le monde extérieur par le langage.

II. Qu’est-ce que le langage ?

+ Le langage est constitué : de l’articulation, de la parole, et du langage proprement dit.

En ce qui concerne le langage écrit il n’est possible que si le langage oral est constitué.

+ Comment se structure le langage ? :

    - à travers la constitution du schéma corporel, non seulement la perception des possibilités motrices (depuis le Areu- Areu, jusqu’à la phrase porteuse de sens), mais aussi dans la perception de l’échange possible c’est-à-dire la perception que « l’autre est différencié, différent de lui ».

    ° Depuis le moment, où l’enfant fait de son pied qu’il attrape, un objet extérieur à lui- même, jusqu’au moment où apparaissent les premiers mots.

    ° Et dans les premiers mots « signifiants » : le « NON ». Pas de langage sans cette étape. Se mettre face à l’autre, dans sa propre individualité et dans son propre désir pour se constituer (expérience de Spitz). 

    - à travers la notion de plaisir.

Sinon il n’y a pas de langage ou perturbations. (F. Etienne).

Syndrome de l’hospitalisme.

    - à travers la notion de principe de réalité : celui des réalités extérieures. La nécessaire adaptation au monde réel qui permet à l’enfant devenant homme de construire sa mémoire, son jugement, et d’apprendre à différer sa satisfaction, à renoncer à un plaisir immédiat pour éviter une souffrance et obtenir une satisfaction bien meilleure, et de le formuler… Progressivement l’enfant apprend à intégrer le principe de réalité parallèlement à celui de plaisir.

    - dans un temps déterminé : les 7 ans.(expérience de l’enfant Loup : Victor de l’Aveyron : dressage de Jean Itard). La symbolique est nécessaire pour intégrer le langage. Sans langage on ne peut pas faire naître des sentiments (recevoir des compliments, réagir à l’injustice, etc.)

    Il existe un certain nombre de structures qui sont prêtes à fonctionner mais quand on ne les fait pas marcher elles s’éteignent…

 

III. Le schéma corporel et schéma existentiel:

           « Pas de bon schéma existentiel sans bon schéma corporel ».

        « Tous sont qui ont un mauvais schéma corporel sont stressés ».

J’ai pu en déduire que tous les patients traités en Orthophonie étaient stressés. Et il est vrai que la limite de capacité d’adaptation des patients suivis en Orthophonie est très basse.

Le schéma corporel : « C’est l’image que nous formons de notre propre corps image totale ou segmentaire, à l’état statique ou dynamique, dans le rapport de ses parties et surtout dans ses rapports avec l’espace et les objets environnants ». Cette image est enregistrée au niveau cérébral, elle y a son empreinte.

Celle-ci se modifie au fur et à mesure de la croissance. Depuis le bébé qui cherche à attraper son pied comme si c’était un élément différent de son corps, jusqu’à l’adolescence, ce schéma évolue à travers des étapes essentielles:   nommer les différentes parties de son corps, choisir sa main préférentielle, aller seul aux toilettes, se mettre en équilibre sur un vélo, apprendre à nager, faire les nœuds des lacets, atteindre les hauts des placards et toucher les interrupteurs.

« Le schéma corporel, quand il est constitué devient ce référent, cette représentation qui permet de situer notre corps dans l’espace et dans le temps, de repérer à tout moment et dans n’importe quelle situation, les parties qui le composent, ainsi que de l’articuler les unes aux autres et avec la totalité corporelle. Il fonde notre sentiment d’unité et d’individualité, espace personnel et espace extérieur étant clairement distingués » B.Erchellecon.

Ce schéma est en évolution incessante tout au long de la vie en fonction des lésions visuelles, auditives ou autres. Ce schéma peut donc se modifier pour améliorer et s’adapter à la réalité corporelle : c’est ce qui se passe au niveau du vieillissement aussi.

En Orthophonie, lorsqu’on parle du schéma corporel, on évoque le choix d’une main préférentielle pour l’écriture, les possibilités de nommer les parties de son corps et sur celui qui est en face et la possibilité  de les dessiner.

On observe la constitution de ce schéma corporel à travers le dessin du Bonhomme, utilisé par les psychologues, mais qui nous renseigne sur la perception que l’enfant a de son corps :

     - positionnement dans la page.

     - taille.

     - choix du personnage.

     - l’épaisseur du trait depuis le fil jusqu’à l’épaisseur des membres, de l’existence du cou qui rattache la tête au corps, ainsi que de l’existence du corps auquel se rattachent les membres.

On apprécie sa configuration générale et surtout la tenue du crayon, l’habileté de la main droite ou gauche.

Or dans tous les troubles que nous allons évoquer ce schéma corporel est perturbé, car il existe toujours une adaptation erronée de ce schéma à la réalité.

Le schéma corporel ne se limite pas à la prise de conscience de son corps propre. L’Orthophoniste détecte ces troubles et des corrections sont souvent apportées ailleurs par les psychomotriciens, les ergothérapeutes, les kinésithérapeutes.

En Sophrologie nous savons que la perception que nous avons de nous comprend trois niveaux de la Conscience :

   + Le niveau physio- organique.

   + Le niveau affectif- émotionnel- sensitif.

   + Le niveau psychique- intellectuel- intuitif (Docteur Chéné).

Nous savons que cette image de soi est aussi fonction de notre environnement, de ce qu’il nous renvoie comme image et de ce qu’on en reçoit, c’est   l’histoire de chacun. Au niveau psycho- affectif  ce schéma existentiel se modifie aussi : le sujet aura au non une piètre image de lui- même, manque de confiance en lui... (enfants hyperactifs et les traitements à la Ritaline).

Il existe aussi des enfants qui se surestiment et qui se cassent la figure…. etc.

Ainsi un individu qui présente un trouble du schéma corporel peut garder une bonne image ou se trouver en dévalorisation massive. Heureusement, la sophro permet de constituer un bon schéma corporel et une bonne image de soi dans l’adéquation parfaite

Quoiqu’il en soit ce schéma existentiel, évoqué en Sophrologie, est la base de la conscience. C’est l’harmonie…. Et dans les troubles du langage nous sommes toujours face à des dysharmonies : dento- faciales, langagières, motrices…

Il existe une autre » image de soi » selle dont parle la psychanalyse : l’image inconsciente de son propre corps.

 

IV. Les troubles rééduqués :

Je vais partir des différentes pathologies « rééduquées » en Orthophonie, et à vous de voir ce qu’elles sous-tendent au niveau du schéma existentiel et d’imaginer qu’elles seraient les types de séances à faire avec des clients porteurs de chacun de ces troubles. Dans le temps d’échange qui est réservé en fin d’exposé nous choisirons des exemples de pathologies que vous avez rencontrées dans vos séances de Sophrologie.

- La surdité. Lecture labiale.

- Le trouble d’articulation. Nasonnement. Dysarthrie (ensemble de tous les troubles de l’articulation résultant d’une atteinte du système nerveux). Elle inclut les troubles de la respiration, de l’articulation, de la phonation, du débit de parole, les troubles de la déglutition qui peut rester « infantile » comme apparaître chez la personne âgée(fausses routes alimentaires), ou chez le patient porteur d’une pathologie neurologique.

- Le retard de parole- langage.

- Chirurgie maxilo- faciale. Les becs de lièvre. Chirurgie de la mâchoire ou de l’articulation temporo- maxilaire.

- Le trouble de la voix ou dysphonie : « altération du timbre de la voix consécutive à une perturbation de la fonction vocale » : polypes, nodules, larynx, paralysie récurentielle, aphonie pythiatique … Ex : de dysphonie hyperkinétique : l’effort vocal frappe le registre (difficile à fixer), le timbre (rauque, éraillé, serré, avec des désonorisations), l’intensité(plus forte), la mélodie (pauvre), les attaques ( en coups de glotte), le débit (rapide), l’articulation (réduite). Le sujet a souvent le ventre crispé, dur, et se plaint d’une sensation d’effort permanent, d’une impuissance vocale. Dysphonie spastique  caractérisée par l’existence de spasmes laryngés ou respiratoires perturbant l’émission vocale et entraînant des efforts considérables dans un contexte d’anxiété. Trouble de la mue. Voix oesophagienne.

- Le bégaiement.

- La dyslexie : « c’est un trouble sélectif portant sur l‘apprentissage de la  langue écrite et qui ne peut être imputé ni à un retard dans le développement intellectuel, ni à un trouble grave du caractère, ni à une anomalie sensorielle ou motrice » Diatkine. On a tendance aujourd’hui à ne plus parler de dyslexie, mais à distinguer plus précisément des dyslexies (il y en a de plusieurs types) ou mieux de troubles spécifiques d’acquisition du langage écrit.

- La dysphasie : trouble développement grave du langage se manifestant par une structuration « déviante », lente, et disharmonieuse du langage, entraînant des perturbations durables dans l’organisation du langage à différents niveaux, lexical, phonologique, syntaxique, sémantique, sans qu’il semble exister de causes apparentes(6 ans). Troubles qui mettent cet enfant en difficulté sur le plan scolaire, familial, social.

- Les troubles logico- mathématiques. (Les manipulations d’objets).

- La dyspraxie.

- Les dysgraphies.

- Le trauma crânien (l’oubli du souvenir) qui modifie ce schéma corporel.

- La tumeur cérébrale.

- L’aphasie. Sous ses deux aspects, expression et compréhension.

- L’épilepsie.

- Les maladies neurologiques : SLA, parkinson, SEP, IMC,

- La maladie d’ Alzheimer.

- L’hyperactivité.

- Toutes les maladies génétiques qui sont enfin nommées et différenciées, depuis le travail de la génétique. (la trisomie et le syndrome de Williams) et qui comportent des perturbations d’ordre cognitif qui affectent les fonctions cérébrales ( apprendre, retenir, reconnaître, mémoriser, prévoir, évoquer etc.).

Tous ces troubles entraînent des perturbations du schéma corporel ou, ont pour origine une perturbations du schéma corporel. 

 

V. Limites de l’orthophonie :

Je ne veux pas ici, dénigrer ma profession, qui recrute beaucoup de femmes, (comme en Sophrologie), …car on fait un travail de besogne, de patience…

§ La rééducation ne consiste  pas à trouver les points forts pour s’y appuyer mais de faire du forcing sur les points négatifs pour essayer de les corriger….

§ Jamais on n’abordera une rééducation en demandant : « que souhaitez- vous de bon pour vous ? », les patients ont des plaintes mais pas forcément des objectifs bons pour eux, ils se remettent souvent entre vos mains et c’est votre objectif (celui de rééduquer) qui se met en route, ce qui explique les résultats « médiocres » ou « inexistants » dans certaines rééducations.

En Orthophonie on embraye très vite sur le système de plans, de répétitions, de bachotage : » il faudra bien que ça rentre !… ». Plus on répète, plus on « tripote les fautes », plus le fossé se creuse entre le rééduqué et le thérapeute. On envisage la rééducation comme une série de techniques à appliquer, pour combler des lacunes, et non en terme d’épanouissement personnel et de communication créative. Bien sûr il y a des rééducations qui se prêtent à ce type d’exercices de répétition ( la déglutition, la dysphonie, les rééducations de l’écriture), mais tant que ces exercices ne sont pas intégrés, comme étant bons pour  « soi », investis dans « le schéma » du corps, il n’y a pas d’évolution possible.

Par contre, comme en Sophrologie, la pratique, qui suit cet investissement personnel, devient indispensable. 

Quoiqu’il en soit l’Orthophoniste travaille rarement seule, elle est forcément dans un réseau de soins (libéral ou non), incluant des psy, des neurologues, des ORL, des pédiatres, etc…Et pourquoi pas les Sophrologues…Vous avez tout à faire dans ce domaine des troubles du langage.

 

Conclusion :

Le psychanalyste, le psychologue, le psychothérapeute disent : « la parole soigne ».

L’Orthophoniste dit qu’il existe un code de communication oral et écrite et que toute perturbation modifie la relation aux autres et au monde. Il faut donc « apprendre » et intégrer ce code.

La Sophrologie dit qu’il est indispensable que le schéma corporel soit constitué : « il devient alors ce « référent », cette représentation qui permet de situer notre corps dans l’espace (donc dans la relation de communication), et de repérer ainsi à tout moment et dans n’importe quelle situation, les parties qui le composent, ainsi que de les articuler dans la totalité corporelle.

La Sophrologie donne ainsi la capacité à voir que les évènements de la vie peuvent être sentis autrement.

Faisons la part des choses….

Quoiqu’il en soit le moment du feed- back est quand même un moment de « mise en mots »… paroles échangées.

Je souhaite que le travail d’aujourd’hui vous ouvrira des portes pour élargir votre champ d’action et permettre à la Sophrologie de s’inclure dans les thérapies dites « classiques ».

Votre présence en tant que Sophrologues, est indispensable dans l’aide que vous apporterez à des patients porteurs de troubles de Langage, quel qu’il soit. Sophrologie et Orthophonie sont complémentaires.

Votre champ de travail est donc très large.

Les pathologies du langage sont des troubles de la communication, et donc de la difficulté d’être.

                 Nous savons que la faculté de l’homme est d’être relié….

                                          Alors échangeons…

Madeleine Momège le 05/04/2008

 

 

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