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dernière modification de cette page le 25-mars-2018

Dimanche matin, quand Matthieu a commencé à nous parler de la Biodanza que nous étions venus découvrir, conquérir, peut-être pour être conquis et nous transformer, j’écoutais attentivement ce qu’il disait, assise sagement sur ma chaise dans la perspective de rendre compte de cette expérience, être le témoin de ce qui allait se passer. J’ai pris des notes, j’avais une mission à accomplir !

Dimanche soir, emplie de mes humeurs dansantes, je me suis demandé comment décrire l’impalpable. J’avais le cœur gros comme un pamplemousse prêt à éclater, trop gorgé de rayons de soleil et le jus qui en giclait par saccades ne pouvait pas sinuer en rigoles tranquilles pour former des mots. J’avais conscience aussi que je capitulais devant le souci de bien faire, d’être à la hauteur, de pondre quelque chose qui méritait d’être lu.

Puis un texte m’est tombé sous les yeux qui a donné un autre éclairage à mes agitations : « La quête du bonheur vous rend-t-elle heureux ? » en écho avec une phrase prononcée par Matthieu lors de son intervention « De quoi l’être humain a-t-il besoin pour être heureux ? »

Je me suis penchée une nouvelle fois sur la question car si elle me chatouillait, c’est que je n’avais pas assez gratté. Evidemment, ça disait que les choses qui nous rendent heureux ne sont pas celles que nous cherchons mais celles qui sont toujours là. Ce sont des carottes après quoi on court, la gueule grande ouverte, alors que l’herbe est verte dans notre pré, même si nous ne sommes pas des ânes !

Cette pensée me ramenait avec sa joyeuse vérité toute simple aux enseignements de la Biodanza qui nous invite à lâcher le faire pour rencontrer l’être. Mon souci d’attraper les mots avec l’appréhension qu’ils s’enfuient comme des lutins espiègles étaient à disposition si je les invitais humblement comme la Vie. Il suffisait que je les laisse remonter d’où ils étaient lovés, cet espace des possibles, évoqué plusieurs fois par Matthieu qui ne demande qu’à s’étirer, à se déployer lorsque nous abandonnons nos résistances.

N’empêche que j’étais un peu mal à l’aise car pour accueillir l’exigence qui voulait prendre forme, devais je écrire un compte rendu de la journée, me limiter aux faits qui pourraient dans leur rappel basculer le lecteur dans une autre vivance ? Devais-je tartiner la mienne avec derrière le sentiment diffus que ce n’était plus un partage mais peut être l’appropriation d’une parole qui n’avait pas lieu d’être ?

Puis j’ai tout laissé tomber. Décidément je me prenais au sérieux et je me suis dit que mes peurs avaient plus de pouvoir lorsqu’elles se terraient, embusquées, prêtes à l’attaque.  Je suis allé les chercher, étonnée de leur apparence. Prête à voir surgir un monstre hideux, je n’ai vu qu’un épouvantail miteux et grotesque. J’ai écrit ce qui venait….

Pour commencer, Matthieu nous a proposé de nous libérer par le mouvement, en nous abandonnant à la musique qui fut omniprésente pour permettre à l’âme de s’envoler, dégagée du carcan du corps. J’ai donc marché, bougé et je me suis aperçue avec ferveur que pour avancer, j’ai souvent cru qu’il me suffisait de suivre une autoroute toute tracée en ne perdant pas de vue un point sur l’horizon de mes espérances même si parfois une bretelle de sortie était la bienvenue. Ben non, ce n’était pas du tout de cette façon que ça marchait. (C’est le cas de le dire !)

Pour avancer, il était préférable de sentir la terre sous mes pieds, de laisser mes pas me guider, à droite, à gauche, en avant, en arrière, faire du surplace, sauter, me prendre pour un derviche tourneur car le corps ballotant de ci de là au gré de mes envies, créait à l’intérieur une vérité qui m’a prise par la main pour dénicher dans les broussailles, un sentier ignoré, familier dont je me souciais comme d’une guigne de la destination.

Nous avons dansé comme c’était prévu mais peut-être pas de la façon dont nous l’imaginions ! Pour me placer au centre de la ronde, après la brève hésitation de quitter un incognito confortable, j’ai sauté au-dessus d’un fossé large et profond presque glauque pour atterrir dans un espace improbable de lumière et de liberté. Si je me trouvais au milieu d’un cercle, je n’étais plus le centre du monde, j’étais. J’ai osé comme dans la chanson.

L’autre, les autres ont pris des contours plus précis et sont devenus présences vibrantes, accaparantes, timides, fuyantes lorsque nos yeux se sont cherchés, accrochés, accueillis et reconnus.  

Lorsqu’une personne s’approchait de moi ou que je faisais un pas vers elle, quel que soit la consigne, je revivais mes rencontres au quotidien avec les sensations très subtiles qui les accompagnent et auxquelles je ne fais pas toujours attention. Parfois c’était très facile, les corps même sans se toucher, s’épousant parfaitement dans un réflexe immédiat, parfois un temps était nécessaire pour nous couler dans un manteau ample et chaud, parfois mes articulations grinçaient atteintes d’une brusque crise d’arthrite, des contractures apparaissaient et je restais à côté ou en face de l’autre sans être avec.

Lors de ce croisement bref de nos destinées, un élan est apparu qui s’est intensifié peu à peu et est devenu si impérieux que je me suis permis de le suivre, celui de faire une révérence non pas pour me courber mais glorifier la personne devant moi, rendre hommage à son humanité.

L’invitation à toucher l’autre et d’être touché par lui, dos à dos de fin de journée sans qu’il n’y ait eu auparavant de Curriculum vitae ou mieux d’une installation progressive dans le temps d’un lien pour tisser une intimité une fois la confiance créée, fut le résultat d’une graduation progressive s’élevant vers cette apothéose. Nul besoin de protocole, de rituels familiers, de pudeurs à combattre pour se plonger ensemble dans la rencontre corps à corps mais surtout cœur à cœur, traversés par l’essentiel de ce que nous étions, non pas deux enfants innocents mais deux adultes retrouvant leur innocence.

J’ai parcouru en même temps que je m’appropriais l’espace, les âges de la vie. Petite fille, je ne me demandais pas si c’était bien ou mal ce que je me permettais de faire, adolescente, je laissais s’envoler des révoltes enfouies en volutes tendres, femme je jouissais d’un corps libre et heureux, vieillarde je fus surprise des essoufflements et raideurs insolites qui m’empêchaient de me glisser dans le mouvement.

Nous avons chanté avant de nous séparer que nous étions le monde. J’ai envie de dire que nous avons créé le monde, notre monde, le seul, le vrai celui qui nous ressemble. Nous avons dansé la Vie en martelant la terre, les bras accrochant les étoiles, nous fûmes une portion d’humanité en marche pour porter haut et fort l’étendard de la Vie.

« De quoi l’être humain a-t-il besoin pour être heureux ? »

 

Geneviève Josserand – en retour de la journée Biodanza du 25/01/2018

 

 

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