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Rencontre phéno avec mon kiné

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 30 (23/03/2008)

Pourquoi phénoménologique ?

J’ai accepté cette expérience de massage de bien être (je préfère au terme de bien être, celui de mieux être qui contient déjà pour moi, une idée de cheminement), dans l’intention très claire d’être réceptive pour recevoir et donc vivre le plus pleinement possible le « phénomène ».

C’était une collaboration que je voulais installer, non seulement avec la personne qui devait me guider dans ce parcours, mais surtout avec moi-même.

Une disponibilité pour aller vers le mieux être, certes, mais surtout une résolution préalable pour me libérer, me débarrasser de tous les clichés, de tous les aprioris.

C’était un retour à la notion même du toucher que je voulais réinventer pour moi et ce, très loin de toute théorie ou rationalisation.

Pourquoi mon kiné ?

L’adjectif possessif qui précède le mot kiné n’est là que par défaut, « le kiné » paressant doter la personne en question d’une qualité de gourou qui me semble un peu excessive et « un kiné » sous tendant que cette rencontre n’a été que le fruit d’un pur hasard, ce qui n’est pas le cas.

Alors va pour mon kiné !

 Je vais donc essayer, sans entrer dans les détails extérieurs d’une séance de massage de bien être qui était une expérience tout à fait nouvelle pour moi, de vous faire partager mes sensations, mes sentiments, ce que j’ai senti et ressenti en ces circonstances un peu particulières.

Dire que j’avais le trac avant de commencer n’est pas le terme exact, c’était plutôt un recueillement, une concentration nécessaire avant de vivre un basculement vers le disponible, l’espace de l’inconnu.

Pourtant les éléments de la pièce qui allait être interprétée étaient familiers pour moi, le décor, les bruits du dehors, la température, les odeurs…et même la personne qui devait me masser et que je connaissais.

Lorsque je suis entrée dans la salle, une lenteur pesante m’habitait même si les gestes que j’effectuais restaient rapides, car un décalage s’était installé entre ce que je vivais à l’intérieur et les mouvements extérieurs de mon corps.

Je me suis donc déshabillée très vite comme lors d’une visite de routine chez le médecin, me débarrassant du superflu, déjà dans une perspective d’allègement et d’abandon de l’inutile.

J’ai regardé la table de massage qui m’a semblé à ce moment précis, non pas menaçante, mais froide et impersonnelle, indifférente.

Et puis j’ai remarqué la serviette bleue qui la recouvrait et tout a changé… Cet objet tout à fait ordinaire s’est peu à peu imprégné des émotions recroquevillées que je retenais jusqu’à présent, et que j’ai laissé alors poindre en moi. La serviette bleue engageante et familière m’a offert sa complicité…

Je me suis retrouvée à plat ventre, le buste en contact étroit avec le tissu de la serviette bleue, pendant que la personne qui m’accompagnait dans cette expérience, me recouvrait doucement d’une couverture ample et accueillante. Plus qu’une protection, ce revêtement souple et chaud me semblait une sorte de fourreau pour mieux me vivre du dedans.

Dans cette position pourtant confortable, je ne savais que faire de mes mains, où les poser, elles sont devenues tout à coup étrangères, menant leur vie propre, en désaccord avec la situation. Peut être se sentaient-elles inutiles, mises au rebut puisque délivrées des occupations quotidiennes…

Mes jambes et mes pieds ont cherché à retrouver une contenance naturelle, ayant la tentation de la position habituelle dans le lit avant le sommeil puisque j’étais couchée, la recherche d’une position de repliement sur soi plus que d’ouverture sur le monde extérieur, mais çà n’allait pas.

J’avais l’intuition que pour rester disponible à ce qui allait advenir je devais m’abandonner certes, mais sans glisser dans un relâchement trop fort. Il me fallait entrer dans la détente avec mon corps, me laisser porter mais aussi garder toute ma personne dans une vigilance confiante.

 « Être dans une perméabilité sereine ».

Assez vite pourtant, je me suis réunifiée, mon corps s’est réapproprié ses quatre membres et je me suis coulée avec un profond sentiment de gratitude et de jubilation dans un moule souple et chaud.

La musique ne fut pas une intrusion dans le monde du silence … Je ne sais plus qui a dit « Toute musique entre d’abord en compétition avec le silence. Il faut qu’elle soit meilleure que lui pour avoir le droit de vivre ».

Et bien, les vibrations sonores qui arrivaient jusqu’à moi pour m’irradier tout le corps n’entraient pas en compétition avec le silence qui s’était installé en moi, elles se coulaient en lui plutôt, pour rendre la qualité de ce silence encore plus palpable.

Évoquer aussi la voix de la personne qui me massait, que je ne recevais pas du dehors mais que je percevais du dedans, que je n’écoutais pas avec mes oreilles mais que j’entendais très clairement dans une imprégnation progressive...

Les mots prononcés dans un murmure faisaient musique et leurs sens m’atteignaient dans une vibration légère et profonde en même temps, c’était un impact mélodieux et apaisant comme le ressac de l’océan.

Le monde extérieur tout à coup n’existait plus puisque j’intériorisais tout ce qu’il m’envoyait…

Des mains douces et fermes ont commencé à me toucher le haut de la tête, des mains précises dans la forme et le geste, présentes mais non intrusives, des mains prêtes à m’accompagner dans un voyage dont elles connaissaient l’itinéraire mais pas les péripéties…

Comment dire ?

Comment dire l’évanescence sans barricader avec des mots ?

Comment me dire et vous dire en restant en contact avec ce que j’ai vécu, avec ce que j’étais, ce que je suis, sans me laisser abuser par le clinquant et la facilité de phrases préfabriquées ?

Comment être phénoménologique !!!

Quand je prononce le mot « toucher », sans essayer d’en saisir le sens profond, sans me poser vraiment, ma pensée réagit souvent, il me semble, comme une sorte de réflexe conditionné et circonscrit immédiatement la réalité de ce mot au contact extérieur physique peau contre peau même si ce contact génère des émotions et des sentiments.

Mais lors de cette expérience, j’ai repris contact avec une réalité qui n’était sans doute pas nouvelle pour moi, mais que j’ai redécouverte. Mon corps a reçu le toucher non seulement sur l’épiderme mais s’est permis de l’accueillir aussi dedans, mon corps s’est réveillé à des sensations très physiques qui sont nées sur ma peau et ont continué à se manifester de plus en plus profond, sans rien perdre de leur acuité.

Dans ce vécu si juste et si fragile, j’ai pu entrevoir une vérité toute simple. La personne qui vous masse et vous touche par l’intermédiaire de ses mains dans des gestes techniques peut à certains moments être touchée en retour par la personne massée qui lui renvoie le contact qu’elle reçoit, dans un écho.

Je recevais le geste actif du masseur et percevais très clairement, dans une attitude d’acceptation, la texture, la chaleur des doigts, de la paume de la main et en même temps j’allais à la rencontre de ce geste dans un mouvement plus volontaire, une énergie puissante mais mesurée, un élan du corps non perceptible mais bien réel.

J’ai même eu l’impression fugitive l’espace d’un court instant, que les sensations peuvent être dues, par un phénomène d’expansion de la conscience à un toucher moins charnel, un toucher qui dépasse les limites du corps.

Peut- on toucher quelqu’un sans le toucher par un contact purement physique ? Mais peut être que le terme toucher entendu dans un sens plus émotionnel vient de là…

La séance s’est poursuivie, je m’installais de plus en plus profondément dans ma vivance et lorsque j’ai changé de position pour me retrouver sur le dos, mon corps dans sa totalité recevait les sensations naissant de la partie massée si petite soit-elle, comme dans une résonance.

Parfois c’était une onde qui partant d’un point précis parcourait tout le corps mais parfois aussi, le contact sur une zone particulière faisait réagir le corps dans une réaction instantanée, les cellules communicant entre elles dans un lien secret et immédiat.

Le mot qui me vient spontanément alors que j’écris, est le mot « hologramme », j’étais un hologramme, dont chacun sait que ses différentes parties contiennent la totalité de l’image ou l’image de la totalité…

Je voudrais aussi évoquer une découverte qui m’a percutée dans le cadre précis de cette expérience. J’ai parlé du toucher du corps dans son ensemble comme si c’était une réalité unique et indissociable, ce n’est pas le cas.

J’ai senti mon corps comme cloisonné avec une logique d’acceptation des sensations propre à chaque compartiment que sont la tête, le corps et les membres et les mains.

Si j’ai vécu le déroulement de cette séance presque comme allant de soi au niveau du corps et des membres, l’expérience m’a ménagé des surprises lorsqu’il s’est agi du toucher de la tête et celui des mains.

La séance a débuté et a fini par un massage du cuir chevelu, puis de la tête et du visage. Ce sont les deux seuls instants du « parcours » où j’ai ressenti de l’inconfort et presque de la gêne, une porte qui claque et se ferme sur une entrée par effraction dans mon intimité la plus profonde.

Et puis il y a le toucher des mains du masseur dans et sur vos mains à vous. Alors là, surprise, encore !!!

C’était un tout petit peu plus pour moi que le toucher professionnel et précis du masseur au massé. Nous étions à égalité en quelque sorte. J’ai vécu ce contact comme la matérialisation d’un lien bref mais très puissant, une rencontre furtive entre deux êtres humains.

Vous pouvez toucher quelqu’un de maintes façons mais lorsque vous lui prenez la main, il se passe quelque chose de différent, c’est le geste le plus pur, le plus désintéressé que je connaisse lorsqu’il est spontané et sans possessivité.

C’est un élan en même temps qu’un abandon, pas de dominant dominé, pas je te donne et tu reçois, non je te rejoins plutôt dans un contact intime et chaud, geste de confiance et de lâcher prise.

Je vais essayer de condenser ce ressenti très spécifique pour moi en l’exprimant de la manière suivante : La conscience que je vivais dans ma tête au moment du toucher était une femme boudeuse et rétive, elle devenait rieuse et enjouée telle une enfant, à l’instant du contact sur le corps et les membres et s’abandonnait pour être tendre et affectueuse, dans les mains…

Pour terminer la description de ce ressenti sur une image technologique encore une fois, je peux dire qu’avant cette expérience, j’étais un vieux poste de télévision et qu’à la fin par miracle, j’étais un écran plat !

L’image corporelle et émotionnelle que je vivais et ressentais était devenue d’une netteté irradiante, le nombre de pixels ayant considérablement augmenté !!!

La séance s’est poursuivie et terminée sur un échange, une expression « à chaud »des sensations et impressions engendrées par cette expérience.

Cette première étape spontanée, à fleur de peau si j’ose dire voile une autre vivance dont l’expression ne prend forme qu’après décantation, elle surgit par la suite comme une évidence des profondeurs.

C’est la restitution que je vous livre ici.

Un massage de bien être, oui sans aucun doute...

Peut être un peu plus …

« Il n’y a pas d’action, quel qu’en soit le but extérieur,

 qui ne contienne la chance intérieure

de nous plonger davantage dans la vérité »

K.G.Dürckeim.

Geneviève J. (sophrologue) en février 2007

 

Merci à toi, Geneviève, pour cette restitution que tu m’as envoyée en retour de  la rencontre que nous avons partagée par cet acte du « toucher ». Michel (le « kiné »).

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