P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

précision sémantique de michel guerry

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012  

Thème : « La découverte de la conscience tissulaire et de la tridimensionnalité unitaire de l’être, par cette praxis de la « phénoménologie de la vie » qu’est la sophrologie caycédienne,

afin que dans notre rencontre, « le verbe parle la chair »

 

Introduction :

Je voudrais, pour commencer, formuler deux souhaits :

Le premier c’est que, pendant ces deux jours, la vie humaine s’éprouve et se vive dans l’existence de chacun d’entre nous, dans une réalité consciente, avec toutes les potentialités dont elle est porteuse, et toutes les capacités qu’elle nous donne.

Le deuxième souhait, c’est qu’entre nous, une grande et profonde alliance sophronique puisse se nouer, de sorte que chacun puisse repartir demain soir en se sentant grandi par notre rencontre, avec un sentiment d’espérance et un peu plus de foi en soi, et un peu plus conscient de la valeur de son existence.

Le thème de notre symposium devrait faciliter cela puisqu’il s’agit cette année de la tridimensionnalité unitaire de l’être.

Permettez cependant qu’en prémices je prenne un peu de temps pour apporter quelques précisions sémantiques, et faire quelques remarques importantes concernant la sophrologie, la phénoménologie qui l’a inspirée, la tridimensionnalité unitaire de l’être, thème de ce symposium. Ces précisions me paraissent en effet indispensables afin que ceux qui ne sont pas des sophrologues chevronnés, et je sais qu’il y en a ici, puissent participer à notre rencontre sans être gênées par des problèmes sémantiques.

Pour les sophrologues, vous savez comme moi, le passé le prouve, que les confusions sémantiques sont faciles. C’est pourquoi il me paraît utile, pour maintenir le niveau scientifique de ce symposium, de rappeler les bases. D’ailleurs, le Pr Caycedo ne manque jamais de rappeler que la sémantique est un des piliers de la sophrologie, et c’est pour avoir méconnu cette sémantique qu’il y a eu tant de déviations de la sophrologie. Alors je voudrais faire quelques rappels, tout d’abord :

 

PRÉCISIONS  SÉMANTIQUES

·        La phénoménologie

Qu’est-ce que la phénoménologie ? Alors il y a « logos », et « phainomenon » (ce qui apparaît), l’étude des phénomènes.

Seulement voilà, la phénoménologie n’étudie pas les phénomènes comme le font les sciences de la nature qui essaient de décrire l’apparence avec laquelle les phénomènes se montrent, avec les modalités et les attributs qu’ils empruntent pour se montrer.

La phénoménologie décrit la « phénoménalité ».

C’est-à-dire leur apparaître, leur découverte, leur dévoilement, leur révélation, les termes qui emploient des termes comme « entrer en apparition », se manifester dans une présence.

Tous ces termes sont un petit peu équivalents, et vous voyez bien, quand on parle de la phénoménologie, ce n’est pas quelque chose qui est équivalent aux sciences de la nature, on n’étudie pas les même choses.

Ce n’est pas non plus équivalent à la psychologie. Il y a une grande différence que l’on va voir avec précision.

La phénoménalité du phénomène. Comment les choses apparaissent.

Je dis « les choses », parce que la grande ambition de Husserl, créateur de l’école de phénoménologie, était de faire quelque chose qui serait la science première, c’est-à-dire la connaissance première, celle qui, pour lui, devait présider à toutes les autres sciences, parce que, une science est une connaissance, un ensemble de connaissances.

Et il disait : « Avant de pouvoir dire « je connais ceci ou je connais cela », eh bien la première chose à faire est d’abord de savoir ce qu’est connaître. Parce que si on ne sait pas ce que c’est connaître, et ce que c’est qu’un savoir vrai, on peut bien dire « je connais ceci ou je connais cela, je connais les choses objectives, je connais les choses subjectives », cela ne veut rien dire du tout puisqu’on ne sait pas ce que c’est, ce que veut dire connaître. »

Mais malheureusement, malgré tous les efforts qu’il a fait pour cela, il a échoué. Il a échoué pour une raison très simple, c’est qu’il y a quelque chose qui est indispensable pour pouvoir faire une démarche dite de caractère scientifique. C’est que les a priori qui président à cette démarche doivent être élucidés, éclairés, apportés à la lumière. Toutes les sciences ont leurs a priori, on ne leur donne pas toujours les mêmes noms, en mathématiques, on les appelle des axiomes, des postulats. Mais en tous cas, ça doit être apporté à la lumière, ce qui est difficile, parce que le propre d’un a priori, c’est qu’on ne se rend pas compte que c’est un a priori. Si on savait, on n’aurait plus d’a priori.

Il y avait un vieil a priori, qui n’est pas nouveau puisqu’il nous vient de la pensée grecque, qui a ensuite été adopté par toute la pensée et la philosophie occidentale, par la psychologie. Cet a priori a consisté à concevoir la conscience uniquement comme une sorte de lumière qui, en se projetant, venait éclairer ce qui est là devant, c’est-à-dire les objets, (c’est ce que veut dire le mot objet, « jeté là devant »), et qui sans elle resterait dans l’ombre, la nuit, l’insu, l’inconscient, appelez-le comme vous voulez. Ça, c’est un vieil a priori de la pensée grecque.

On voit bien que cet a priori ne peut aboutir qu’à une impasse, pour la simple raison, c’est qu’à ce moment-là, on ne pourrait jamais connaître vraiment la conscience, puisque si il faut une lumière pour éclairer ce que c’est que la conscience, c’est ce qu’on appelle en philosophie l’intentionnalité, cette lumière qui vient éclairer, pour connaître cette intentionnalité, il faudrait une deuxième lumière qui viendrait éclairer la première, et puis il en faudrait une troisième pour venir éclairer la deuxième, et puis une quatrième pour la troisième, et on voit bien qu’on est dans un processus sans fin qui aboutit à une aporie (dubitation), c’est-à-dire à une impossibilité, une absurdité.

C’est là tout le mouvement de la phénoménologie traditionnelle, qui ne pouvait avoir qu’une connaissance, une conscience de la réalité des choses. Parce que le propre des choses c’est d’être là devant, dans cet espace mondain, avec leur matérialité, leurs dimensions, leurs relations, etc.

 ·        La vie et le savoir et pouvoir premier

Mais si la conscience n’était que cela, nous nous trouverions devant une difficulté majeure, c’est que nous ne connaîtrions pas la vie qui est en nous, nous ne connaîtrions pas son savoir et son pouvoir, pour la seule raison que dans ce milieu de l’extériorité, de ce hors soi, la vie n’est pas et ne demeure jamais. Tout ce que nous pouvons en connaître, c’est la représentation que nous en avons. Mais la vie réelle n’est jamais là, la vie réelle n’est jamais dans le monde des objets perçus, dans le monde des objets imaginés, dans le monde de représentation de nos pensées, jamais dans ce monde extérieur.

C’est en soi qu’elle demeure. Et elle ne peut se révéler que si, au contraire, nous faisons ce retour en nous, car c’est en nous qu’elle habite, c’est en nous qu’elle est incarnée. Et elle va apparaître d’une manière qui lui est propre et qui n’a rien à voir avec la manière d’apparaître du monde, qui ne passe pas par une perception, mais par une aperception, avec le « a » privatif.

On l’appelle aussi interne parce que c’est en nous, en soi, qu’elle peut se révéler.

On l’appelle « transcendantale », « trans acendere », ce qui est au-dessus, ce qui est plus originaire, parce que ce savoir et ce pouvoir originaire de la vie, que tout bébé connaît sans l’avoir jamais appris, parce qu’il nous est transmis génétiquement comme à tous les petits de l’homme.

Quand on regarde un petit embryon qui a quelques semaines, qui n’a encore que quelques ébauches de membres, il suffit de le regarder, à l’échographie pour voir qu’il « sait » utiliser ce savoir et ce pouvoir que lui donne la vie, par exemple pour se mouvoir, un « se mouvoir » d’ailleurs qui est à l’origine de toutes nos sensations puisqu’il n’y a pas de sensations si on ne peut pas se mouvoir, et par conséquent à l’origine de toutes nos perceptions, et par conséquent à l’origine de toutes nos représentations, car on ne peut rien se représenter si ça n’a pas été présenté d’abord, et à l’origine par conséquent de toutes nos pensées, puisque sans représentations on ne peut pas avoir de pensées et images.

Cela veut dire qu’il faut faire un renversement complet par rapport à tout ce que nous avons pu apprendre à travers cette philosophie occidentale et la psychologie, parce que maintenant il faut placer la pensée en dernier, alors que toute la philosophie occidentale l’avait pensée en premier.

Pour revenir à cette « aperception interne », et ça ne peut venir qu’à travers une « méditation », qui n’est pas une introspection.

Une introspection, c’est prendre pour terme de ses pensées, de ses représentations et de ses images, soi, mais un peu comme on pourrait prendre n’importe quel objet. Ce n’est pas de ça dont il s’agit. Il s’agit de « revenir au milieu de soi », « meditare », « être au milieu de », comme la Méditerranée est la mer qui est au milieu des terres, vous voyez l’origine du mot. C’est de ça dont il s’agit.

Et comme ce « savoir et pouvoir de la vie » est « originaire », c’est-à-dire, est l’origine de tous les autres savoirs acquis, parce qu’il en est la condition de possibilité et que ces savoirs acquis ne peuvent pas exister sans ce savoir et pouvoir originaire de la vie, il accompagne nécessairement tous les autres savoirs, et c’est pour ça qu’on lui donne aussi le nom de « phénomène de conscience », le « savoir avec », qui n’a rien à voir avec la conscience des psychologues, c’est d’autre chose dont nous parlons

Et tout petit gamin sait utiliser ce « savoir et pouvoir premier de la vie ». Il sait qu’il est vivant, il ne se pose même pas la question, c’est une évidence pour lui.

·        Michel Henry

Il était professeur honoraire à la faculté de Montpellier, et qui, malheureusement, a disparu en juillet 2002, disait que la vie, il la définissait, et je vous conseille de vous rappeler cette définition :

« La vie se sent et s’éprouve soi-même, et elle n’est pas autre chose que ce « se sentir » et ce « s’éprouver soi-même » dans l’immanence absolue de son pur pathos»

Qu’est-ce que ça veut dire « immanence », « immanere ». Dans le « jaillir » permanent, car la vie est sans cesse en train de jaillir dans notre existence, quoi que vous fassiez, dans le « jaillir » permanent de nos existences, dans son pur « pathos », c’est-à-dire en train de se manifester dans son « souffrir » et dans son « jouir ».

·        Le «  souffrir  »

Et quand je parle de « souffrir » et de « jouir », eh bien le « souffrir » n’est pas seulement la douleur corporelle aiguë localisée à telle ou telle partie du corps. Je parle de toutes les sortes de « souffrir ».

Je suis allé présenter, au mois d’octobre, la sophrologie caycédienne, en Sardaigne, où il y avait le 2ème congrès européen de soins palliatifs en carcinologie (cancer). Et là j’ai vu des souffrances, mais pas des souffrances de cancéreux. J’ai vu des souffrances de grands professeurs agrégés, de chefs de service de carcinologie, souffrant, c’est-à-dire vivant leur existence et leur existence professionnelle sous cette modalité du « souffrir » devant leur impuissance, eux qui ont passé des années à étudier pour arriver à soigner ces patients, et pas devant leur impuissance. Et vous savez que c’est quelque chose de très important, parce que, vous voyez, on en a eu un certain nombre d’exemples cette année, que cette souffrance peut être telle, qu’elle peut amener certains soignants à ne plus se « souffrir » eux-mêmes dans cette souffrance, et de ce fait, envoyer ad patres quelques clients ! Cette souffrance là peut être très forte.

En fait je parle de toutes les sortes de souffrances. Souffrance de celui qui est abandonné, vit abandonné de quelqu’un qu’il aime, je ne vais pas vous faire tous les types de souffrances parce qu’il y en a beaucoup.

·        Le « jouir »

Et quand je parle de la « jouissance », c’est exactement la même chose. Je ne parle pas seulement de la « jouissance » orgasmique aiguë, non, je parle de toutes les formes de « jouissances ».

L’année dernière, j’ai été pour Noël à Lisbonne, et je ne sais pas s’il y en a qui connaisse, mais j’ai eu l’occasion d’aller visiter le cloître de San Géronimo, qui est un magnifique cloître qui a été construit entre le 9ème et le 11ème siècle, qui est d’une beauté magnifique et qui a résisté au tremblement de terre, bien que ses colonnes soient extrêmement frêles et toutes ciselées, il n’y en a pas une pareille, et il y avait le coucher du soleil avec des contrastes de lumière, c’était une beauté magnifique, et là les larmes sont venues aux yeux, c’était une « jouissance » esthétique extraordinaire !

Il y a la « jouissance » de celui qui a réussi à se dépasser, à se surpasser.

Et quand vous regardez bien, quand on parle du « souffrir » et du « jouir », ça revêt, en fait, toutes les tonalités affectives que peut éprouver un être humain.

C’est ce que l’on exprime en disant que la vie se manifeste comme une « chair », parce que c’est vrai qu’elle est toujours incarnée dans notre existence dans un corps, mais comme une « chair impressionnelle », ça veut dire une chair sensible, une chair affective, une chair qui peut être affectée, modifiée par toute présence, y compris la sienne.

Et vous voyez que ce n’est pas pour rien que Caycedo dit, avec ses mots à lui, il parle de « vivance ».

·        La  « vivance »

« La vie en train de se vivre ». Vous savez que le participe présent substantivé indique une action, comme quand vous dites qu’un train est en « partance », ça veut dire qu’il est en train de partir !

La « vivance », c’est la vie en train de faire l’épreuve de soi-même, dans son existence, dans son pur pathos, c’est-à-dire avec ses modalités « souffrantes » et « jouissantes », qui peuvent d’ailleurs se manifester ensemble, car on peut souffrir et jouir en même temps.

Quand cette épreuve peut se vivre dans une réalité consciente à l’intérieur de soi, forcément, puisqu’elle n’est pas à l’extérieur, eh bien, il l’appelle la « vivance phronique ».

·        Il y a la loi de la « vivance phronique », c’est la 1ère loi des sophrologues.

·        La réduction

Cela veut dire que si nous ne faisons pas cet effort pour rejeter un peu dans un horizon d’inactualité, détourner dans un horizon d’inactualité nos perceptions de l’extériorité, du monde, que ce soit le monde des objets perçus, mais que ce soit aussi le monde de nos représentations mentales, fantasmatiques, le monde de nos pensées, de nos a priori, de nos jugements, pour revenir à cette épreuve de la vie vécue dans une réalité consciente, il n’y a pas de transformation possible.

Parce que l’intérêt de revenir à cette « vivance phronique », c’est justement de nous libérer.

C’est pour cela qu’il a appelé sa méthode « Relaxation Dynamique », libération.

Nous libérer de tous ces mondes de représentations fantasmatiques, coupés de la vie que nous avons construit au cours des aléas de notre existence, pour revenir à cette épreuve de la vie. Et avec la conscience de cette épreuve de la vie, avec toutes les potentialités dont elle est porteuse, toutes les capacités qu’elle nous donne, à partir de cette « vivance phronique », nous projeter dans l’existence, « ex istere », « aller se situer dehors », dans la rencontre avec les gens que nous sommes amenés à rencontrer dans notre vie quotidienne, dans notre famille, avec nos enfants, avec nos parents, avec notre conjoint, avec nos amis, avec ceux que nous sommes amenés à rencontrer dans notre profession, un peu autrement. Un peu autrement, ça veut dire en faisant l’effort de le faire autrement qu’on le fait d’habitude, c’est-à-dire de faire l’effort de faire différemment de « d’habitude ».

  •   Et il y a une 2ème loi, c’est la loi de la répétition vivantielle

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Cela veut dire que si nous faisons cet effort de le faire différemment que d’habitude, et que nous le répétons souvent, cet effort, eh bien, petit à petit, cette autre façon de faire va devenir une nouvelle habitude, qui va petit à petit se substituer à la première. Et c’est seulement à partir de là que quelque chose comme une transformation de l’être peut se faire. S’il n’y a pas de nouvelles habitudes, on peut faire un effort une fois, mais, vous savez, les vieilles habitudes reviennent vite, il n’y a pas de transformation. La transformation implique la répétition vivantielle, d’où cette 2ème loi.

  •   La rencontre

C’est pour ça que je disais tout à l’heure, eh bien, je souhaiterais que, ici, nous faisions cet effort, aujourd’hui, comme nous l’avons fait hier, et comme, j’espère, on le fera demain, de nous rencontrer un petit peu autrement qu’on le fait d’habitude, et, en revenant un petit peu au milieu de soi, pour éprouver comment la vie se manifeste en nous, et pour la partager, afin d’être l’allié, et là, le mot « alliance » prend toute sa signification, l’allié de ce mouvement de la vie en train de se vivre là dans ces personnes qui sont en face de nous, de manière à ce qu’on puisse vivre une véritable rencontre. Parce qu’est-ce qui vient de la rencontre ? C’est nos existences. On n’a pas les mêmes existences. On n’a pas vécu les mêmes choses, on n’a pas eu les mêmes parents, on n’a pas assisté aux mêmes évènements.

Donc, quand on met l’accent sur les contenus de conscience et les évènements de l’existence, sur les mondes de représentations, il n’y a pas de véritable alliance et de rencontre possibles, parce que c’est justement ce qui nous sépare.

Ce qui nous unit et ce qui fait qu’on peut se reconnaître en tant qu’être humain, qu’on peut reconnaître l’autre comme un autre moi humain, unique, différent des autres, et de ce fait irremplaçable, comme nous nous sommes uniques, différents des autres et irremplaçables, c’est justement que nous sommes habités par cette présence de la vie en nous, avec toutes ses potentialités, toutes ses capacités.

C’est une chose très difficile, qui demande un grand entraînement.

  •   Dr Emmanuel Galacteros

C’est pourquoi une grande partie des après-midi vont être consacrées au Dr Galacteros, qui va animer ces séquences-là.

Le Dr Emmanuel Galacteros est un ami de trente ans, presque, qui a énormément travaillé, ça. Il a mis une pédagogie au point pour pouvoir l’enseigner. C’est cette pédagogie qu’il va vous présenter cet après-midi,

Puisque vous êtes des sophrologues, il faut que vous deveniez aussi des spécialistes de ça, de cette « alliance sophronique ». Et vous verrez que si vous entrez bien dans ce travail, qu’il vous expliquera en détail, eh bien, ce sera une manière de hausser votre niveau professionnel, parce que je vois que beaucoup de sophrologues sont en difficulté lorsqu’il s’agit de recueillir les vivances. Ils ne savent pas comment faire. Alors lui va vous montrer que ce qu’on peut faire de ces vivances pour être l’allié et venir renforcer la vie en train de se manifester dans l’existence de l’autre.

Alors je le remercie d’avoir bien voulu venir pour nous faire part un petit peu de ça, et de vous faire sentir un petit peu ça, parce que c’est plus à travers votre sensibilité, je pense, que vous allez pouvoir éprouver ça.

 

J’aimerais terminer mon exposé par d’autres précisions sémantiques.

  •   La phénoménalité

Quand on parle de la « phénoménalité », c’est-à-dire de l’« apparaître », on ajoute au mot la terminaison « ité ».

  •  La corporalité

Vous savez que le 1er degré de la méthode Caycedo, c’est la découverte de la vivance phronique de la corporalité. Qu’est-ce que ça veut dire ? Puisque c’est de la phénoménalité, le phénomène, la découverte, le dévoilement, l’apparaître de la phénoménalité du corps, je devrais dire de « ce corps qui est le nôtre », et ce corps qui est le nôtre, il a une particularité.

Et c’est pour ça que toutes les méthodes de sophrologie commencent par ça, du 1er au 12ème degré, que ce soit des méthodes complètes, abrégées, spécifiques, les techniques clés, peu importe, ça commence toujours par ça.

Parce que ce corps a cette particularité unique, c’est de nous apparaître, à la fois comme un objet du monde, que comme n’importe quel objet du monde, et que n’importe quel corps, a une étendue, une forme, des dimensions, une matérialité que je peux voir, que je peux toucher, que je peux sentir tactilement, que je peux goûter, que je peux respirer et sentir olfactivement, comme n’importe quel objet de la nature. Mais si nous n’avions que ça, c’est ce que font les médecins, eh bien, ce corps qui est le nôtre ne serait pas le nôtre, ce serait comme n’importe quel corps. Je peux toucher le corps de Gilles ou je peux toucher le corps de Martine ou je peux toucher le mien, quelle différence du point de vue du toucher ? Et d’ailleurs, il se montre comme tout objet, de manière toujours parcellaire, inachevée, par esquisses à partir de différents points de vue.

Chacun sait très bien qu’il n’a jamais vu un cube, parce que c’est impossible. On n’en a vu que certaines faces, et les autres, on est bien obligé de les imaginer, de s’en souvenir, à partir de différents points de vue, à partir de l’imagination, à partir des images souvenues, à partir des images perçues que nous constituons, ce monde des objets.

Mais il nous apparaît aussi, et c’est ce qui fait qu’il est notre corps et pas n’importe quel corps, ce corps qui est le mien, c’est-à-dire que justement, comme cette chair sensible, impressionnelle, vivante, affective, et par conséquent qui est modifiée par toutes ces rencontres que j’ai pu faire et qui font que je suis aujourd’hui Michel Guerry et pas Gilles Bosc, cet être unique.

Alors il nous apparaît avec cette dualité phénoménale.

Vous voyez, il y a la terminaison « ale ».

Quand il y a « ale », ça veut dire que l’on parle de ce qui est « transcendantal », de ce qui est originaire, de ce qui est constitutif.

Vous voyez, il y a la terminaison « ité », et il y a la terminaison « ale », et puis quelquefois il y a les deux, comme dans « tridimensionnalité », « temporalité ».

  •  La temporalité

Alors là, ce que ça veut dire, c’est qu’on parle bien de l’ « apparaître », mais de l’« apparaître » de ce qui est originaire et transcendantal.

Et je veux insister sur le fait, parce qu’on parle beaucoup des « paramètres de la temporalité », et il sont souvent confondus avec la « temporalité ».

Si vous ajoutez « ité » à « temporel », ça veut dire l’ « apparaître de ce qui est temporel », c’est-à-dire l’ « apparaître » de ce qui a un temps, un temps chronos, avec ses dimensions de passé, de présent, de futur, qui a d’ailleurs posé beaucoup de problèmes aux philosophes, parce que en toute réalité le présent n’existe pas puisqu’il est le glissement permanent du futur vers le passé, et pourtant, dans l’apparence, le choses ont une durée.

Mais ça, ça ne concerne pas la sophrologie, ça concerne les réalités du monde. Laissez ça aux sciences de la nature, elles sont faites pour ça. Etudier la relativité du temps, ça ne concerne pas le sophrologue.

Ce qui nous intéresse, c’est la « temporalité », c’est-à-dire ce qui est « transcendantal », ce qui est à l’origine, ce qui est la condition de possibilité pour que quelque chose de temporel nous apparaisse. Et puisque c’est à l’origine du temporel, ça ne peut pas dépendre du temps ! Ça veut dire qu’on parle de quelque chose qui justement est « intemporel ».

Donc quand on parle des paramètres de la temporalité, on ne parle pas du passé, du présent, et du futur, on parle de la vie, telle qu’elle est en train de faire l’épreuve de soi-même, à tout instant. Vous êtes ici maintenant, il y a dix minutes, la vie est toujours là, elle est toujours en train de se manifester, elle n’est pas passée, elle n’est pas future, elle est toujours là, elle est toujours actuelle.

Et on part donc de ce « savoir » et de ce « pouvoir de la vie» qui est toujours là, actuel, présent, à notre disposition, et dont nous allons pouvoir nous servir pour essayer de faire un peu autrement que d’habitude, en revenant à cette vivance première, c’est de ça dont il s’agit.

  •  Le paramètre de présentation

On ne parle pas du « présent », je suis désolé...

Quand il y a la terminaison « ion », qu’est-ce que ça signifie ?

Ça veut dire qu’on parle d’un « acte », d’une « action ».

Le « présent », ce n’est pas un « acte ». On parle d’un acte, c’est-à-dire d’un sujet qui fait un acte, une action.

Quand vous procédez à la « présentation » de deux personnes, en quoi ça consiste la présentation de deux personnes. Eh bien ça consiste à aider ces deux personnes à se connaître un peu plus.

Alors vous allez dire : « Eh bien voilà M. Gilles Bosc…. » Vous voyez comme moi… Mais je peux vous dire des choses de lui : « M. Gilles Bosc, c’est le directeur de l’école de sophrologie de Reims, il a fait tout un travail en sophrologie avec les enfants handicapés, ce qui lui a valu les palmes académiques (je n’ai rien dit, parce que, comme il est très modeste, il rougit, il n’aime pas ! Mais il faut quand même le dire, parce que ça indique la capacité d’adapter la sophrologie avec les enfants en difficultés ) », et puis je vais vous dire plein de choses comme ça, et du coup vous allez le connaître un peu mieux.

Alors, quand on dit « paramètre de présentation »…

Un « paramètre », qu’est-ce que c’est ?

Il faut comprendre aussi ce que veut dire le mot « paramètre » !

« C’est, dans une expérience, l’élément variable qui en variant vient modifier le résultat de cette expérience. »

Et quelle est l’expérience qui nous intéresse en sophrologie ?

Il n’y en a qu’une, il n’y en a pas trente-six, il n’y en a qu’un et une seule, c’est notre manière d’être présent au monde et de vivre notre existence, parce que la sophrologie a été faite, et c’est le seul intérêt de la sophrologie, et elle n’en a pas d’autre, c’est d’être une méthode pour essayer de nous aider à mettre en jeu ces pouvoirs de la vie pour vivre notre existence autrement, ça veut dire d’une manière qu’on estime préférable, c’est-à-dire encore, d’une manière qui a « sens » et « valeur » pour nous.

On pourrait dire autrement : « En nous aimant un peu plus ! »

C’est ça qui est important en sophrologie ! C’est la seule expérience qui nous intéresse.

Alors, déjà, on va « présenter » ce corps vivant à la conscience, c’est-à-dire, le faire « apparaître dans une présence », dans sa dualité phénoménale, c’est-à-dire à la fois comme corps-objet avec sa forme, mais aussi comme cette chair vivante et sensible, mais de manière à la connaître un peu plus qu’en conscience naturelle où nous sommes entièrement tournés vers le corps-objet.

C’est-à-dire « dévoiler » quelque chose, « découvrir » quelque chose qui est de l’ordre de l’ « invisible », parce que ça n’a pas de matérialité comme le corps-objet.

Saint-Exupéry disait dans « Le Petit Prince » : « L’essentiel est invisible pour les yeux, il ne se voit qu’avec le cœur ».

C’est de ça dont il s’agit.

Parce que ce qui est visible pour les yeux, tout le monde peut le voir, ça ne pose pas de difficultés.

Mais il faut beaucoup de renoncements pour arriver à revenir à cette « vivance phronique », mais c’est ça qui va faire qu’après on va pouvoir se projeter autrement dans l’existence.

  •  Paramètre de futurisation

Je dirais aussi, pour terminer, un mot du « paramètre de futurisation » qui est aussi très souvent mal compris, et de son « activation ».

La futurisation, qu’est-ce que c’est ?

C’est un acte, mais un acte actuel que l’on fait maintenant !

Ce n’est pas pour dans six mois ! C’est maintenant !

C’est mettre en jeu maintenant le « savoir » et le « pouvoir » que la vie nous donne pour agir autrement, et prendre cette habitude d’agir autrement.

Et comme toute « action » est faite « en vue de … » Il n’y a pas une action qui ne soit faite « en vue de… »

J’abaisse le loquet de la porte, c’est en vue d’ouvrir la porte. J’ouvre la porte, c’est pour sortir. Je sors, c’est pour rentrer chez moi. Etc., etc.

Notes : « Sos »,, qui est la première racine du mot sophrologie, qu’on traduit bêtement par « harmonie », mot que je n’aime pas, pour la simple raison c’est qu’il a été tellement galvaudé, alors on parle de l’harmonie de celui qui sort d’une relaxation au sens de la relaxologie, je suis bien détendu ! Ce n’est pas de ça dont il s’agit. Le « sos » de sophrologie, c’est tout autre chose ! Le sens du mot « sos », c’est cet état de bonheur profond et durable, qui n’est pas la joie éphémère de la satisfaction d’un besoin ou d’une pulsion, de celui qui peut donner un sens à ses actions passées, à ses actions présentes, à ses perspectives d’action, c’est-à-dire à la totalité de son existence.

Le paramètre de futurisation, l’élément variable ou variant qui va nous permettre d’agir, en vue de modifier quelque chose dans notre manière d’être et de vivre notre existence.

Et vous savez qu’il y a quelque chose dont tout le monde a l’expérience : c’est qu’il est capable de faire un effort. Qui n’est pas capable de faire un effort ? Parfois, de très gros efforts !

Oui mais, le faire dans la durée, c’est autre chose. Le répéter, c’est autre chose. Alors, comment faire autrement ?

On ne va pas commencer par dire qu’on va tout changer dans notre existence, dans notre manière d’être présent et de vivre notre existence, parce que ce serait trop difficile !

Alors, on va le faire très modestement ! Il faut être très modeste, quand on est sophrologue !

Bien déjà, tiens, on va le faire aujourd’hui, là, ensemble.

On va essayer d’être bien sur cette présence de la vie en nous, dans une réalité consciente, et de partager comment elle se manifeste entre nous, en étant avec le souci d’accompagner l’autre dans son mouvement de vie.

Oui, mais c’est déjà commencer à faire autrement ! C’est déjà activer le paramètre de futurisation ! Parce que si vous prenez le soin de faire ça, c’est que vous aurez compris quelque chose d’important ! Pour vous ! Qui a sens et valeur pour vous !

C’est que ce qui nous unit, c’est notre « humanicité », ce sans quoi nous ne serions pas des êtres humains, tous, ça veut dire tous les êtres habités par la vie.

Et vous savez que ça change tout !

Parce que si je fais des efforts avec le sentiment que ces efforts, ce n’est pas pour rien que je les fais, qu’en les faisant, je « peux », si je le « veux », mettre en jeu ce pouvoir que la vie me donne pour la vivre d’une manière qui a sens et valeur pour moi.

Alors, il y a quelque chose du « sentiment d’espérance » qui apparaît.

Si au contraire, j’ai l’impression que je fais des efforts mais que ça ne changera rien pour moi, que je continuerai à vivre mon existence misérable comme j’ai commencé à la vivre : métro, boulot, dodo, et puis voilà, c’est tout… Eh bien, à ce moment-là, à quoi bon faire des efforts. Et vous savez que cet « à quoi bon », eh bien, c’est la désespérance.

Que vous disent les gens qui sont en dépression ? Ils ne disent pas autre chose. « Ah ! Vous pourriez faire quelque chose pour voir la vie plus agréablement, sortez donc, allez voir des amis, au cinéma ! » « Ben ! À quoi bon même me laver, à quoi bon même me lever, qu’est-ce que ça changera dans mon existence ? »

Mais c’est la dépression.

Alors, activer le paramètre de futurisation, c’est permettre de passer d’une petite désespérance même minime au sentiment d’espérance.

Et on ne vit pas du tout les mêmes faits, les mêmes évènements et les mêmes rencontres si on les vit habité par un sentiment d’espérance que si on les vit habité par un sentiment de désespérance.

Remarquez que je ne parle pas d’ « espoir ». Ce n’est pas la même chose.

L’« espoir » est l’« espoir de quelque chose » : J’ai l’espoir d’attraper mon train alors que je suis en retard, j’ai l’espoir de réussir mon examen, j’ai l’espoir de ceci, j’ai l’espoir de cela, non.

Là, on parle d’« espérance », c’est-à-dire de ce sentiment qui nous habite et avec lequel nous pouvons faire les choses autrement. Parce qu quelque part nous savons que nous mettons en jeu les pouvoirs que la vie nous donne pour pouvoir donner un sens et une valeur à notre existence.

Texte introductif du 3ème Symposium National des Sophrologues des 18 et 19 Novembre 2006 à Tours.

Michel Guerry laisse une « trace » indélébile en moi et au lendemain de sa disparition, j’ai souhaité vous transmettre une partie de ce qui m’a touché chez cet homme intellectuellement brillant. Michel Billard

     P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

Retour au début de la page                                             parenthese2@wanadoo.fr