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Pour une sophronisation avec écho

 

 

dernière modification de cette page le 19-sept.-2015

journal n° 17 du 10/12/2004

Pour une sophronisation avec écho

Luc AUDOUIN, Directeur du Centre d’Etudes et d’Applications de la Sophrologie (Paris). Pour une sophronisation avec écho ou comment faire pour construire une séance utile, comment proposer des suites à intégrer au fil des jours, comment improviser sur un thème sophrologique où chacun pourra jouer son corps à sa façon.

 

Double mouvement :

1- Ne prenez pas de notes, car le thème de l’écho : qu’est-ce qu’il dit et qu’est-ce que cela fait en moi ? Prendre des notes, c’est suivre le discours mais ce n’est pas un temps réflexif qui est rarement pris.

2- Un moment de sommeil prévu n’aura pas lieu. Vous pouvez dormir devant moi, car on ne dort qu’avec les gens qu’on aime…

 

Le thème de l’écho, c’est une préoccupation personnelle sur la gestion d’un exercice. On part souvent du principe, juste, que l’exercice  en lui-même se suffit. La personne a fait une relaxation, a senti son corps, a respiré, a fait telle image ou tel mouvement et en a le bénéfice.

 Ainsi on obère les conséquences, le projet, le vers quoi ça va aller, les annotations qui vont se faire un peu comme le ricochet d’un galet dans l’eau. Ce qui fait un joli geste c’est quand le ricochet est prolongé. Et parfois je me demande si une sophronisation ne tombe pas dans l’eau du premier coup. C’est plus joli, ça éclabousse, mais ça dure moins.

Ne faut-il pas choisir d’inventer une sophronisation pour sa durée, son usage, et du coup ne faut-il pas la bâtir autrement ?

 

Quand on prend le mot écho : si je veux faire un écho dans la montagne, si je fais A ou O il y a un écho très fort ; si je fais E ou I il y a un écho très faible. Le i et le e ont autant d’intérêt, mais sur le plan de l’écho, ils en ont moins.

Donc quand je veux faire un exercice, si je veux ensuite qu’il ait des suites, est-ce qu’il ne faut pas que je le fabrique pour qu’ensuite il ait des suites ? Je suis frappé : parfois on peut faire un merveilleux voyage par exemple aux Seychelles et revenir finalement comme avant sans grand changement. On peut faire une sophronisation et en sortir aussi bête qu’avant…

Ca t’a tout de même marqué, ça t’a influencé. Il y a quelque chose qui supprime la notion de pédagogie. Quand on emmène des enfants dans les musées, sans cesse on les fait dialoguer avec les tableaux. « Alors qu’est-ce que tu penses de ce paysage, qu’a voulu faire le peintre, pourquoi ne peint-il pas comme le monsieur précédent ? Et tout d’un coup l’enfant s’éveille à la lecture du tableau. C’est ce que je souhaite.

 

Cela nous met devant cette notion : la sophronisation est une conversation. Tu es totalement opposé à cette conception, mais on discute ensemble. C’est une conversation avec soi et avec le sophrologue. Si on prend ça comme une conversation, ça va changer complètement parce qu’à l’intérieur de la sophronisation, on va converser avec soi, se demander ce qui se passe, à quoi ça sert, pourquoi on fait ça, ce qui semble être le contraire de la sophrologie puisqu’on veut sans cesse que votre cerveau soit mis de côté. Mais à force de lui dire de ne plus penser, on finit par ne plus penser tout court. Il y a un moment donné où la sophrologie, ce recours au corps ?

A un moment donné, la sensation n’exclue pas le retour à la pensée.

 

Cette notion d’écho peut se faire à différents niveaux. Si on parle d’un exercice : Avant on peut dire qu’un exercice est bâti en écho de la préoccupation de l’autre, de son besoin, de sa demande. Il est réponse à quelque chose. Là encore, est-il suffisamment explicité ? On reste assez souvent dans le « ça te fera du bien mon pote ».

A l’intérieur de l’exercice : exemple on fait un geste (les griffes). Personne ne sait exactement à quoi ça sert, à quoi ça correspond. On dit : c’est bien, c’est du 1er degré. C’est le 1er ou le 2ème ? Pas important. Mais si vous demandez à la personne « à quoi ça sert », la majorité ne le sait pas. L’écho chez l’individu nous est ignoré. Est-ce qu’il travaille sur un geste, sur une image d’appropriation ? Est-ce un exercice du schéma corporel qui fait que simplement il sent ses bras ? Est-ce que l’explication préalable va permettre à la personne au moment où elle fait l’exercice, de se l’approprier par une compréhension qui est en somme l’écho dans sa propre histoire de l’exercice qu’on est en train de faire ?

Ca change considérablement les choses.

 

Je n’aime pas quand on dit j’ai fait du RDC. Ca veut dire j’ai fait quelque chose et c’est tout. Mais l’autre il n’a pas fait du RDC : il a bougé, il s’est tordu le nez, il a fait quelque chose. Si on lui disait de se tordre le nez, il faudrait qu’on sache pourquoi : pour vider les narines, sentir son nez ?… S’il y a une clarté du propos, l’autre sait ce qu’il fait. S’il sait ce qu’il fait, il peut réfléchir sur ce qu’il fait. S’il peut réfléchir sur ce qu’il fait, il peut se demander à quoi ça va servir. Car toute mon idée c’est que ça rentre après dans le quotidien, parce que sinon on va faire des exercices, et sans voir de changements dans le quotidien. Cela veut dire qu’on peut vivre des moments, et peut-être qu’il se passait des choses importantes, mais la façon de le remettre en place dans la vie quotidienne n’est pas faite. L’absence de pédagogie des suites de l’exercice, parce que la personne n’est pas amenée à réfléchir, elle est amenée à reproduire.

Il faut se méfier. La loi de l’entraînement est la loi fondamentale, d’accord, mais si l’entraînement est reproduction et répétition, ce n’est pas un entraînement. C’est une répétition et une reproduction qui a un effet d’entraînement, mais qui n’a pas derrière une dynamique au niveau de la personnalité elle-même.

 

Alors cela suppose plusieurs niveaux.

 

- D’abord cette notion d’écho, je sais qu’un certain nombre de personnes ne sont pas d’accord avec ce point de vue.

Par exemple la notion de comparaison est très critiquée en sophrologie. Certains d’entre vous ne souhaitent pas qu’on dise « je sens mon front lisse ». Lisse, ils trouvent ça de trop, et front ils ne le disent plus, ils parlent de la forme et encore ils parlent du système, alors il n’y a plus ni front ni lisse ni forme ni rien du tout, il n’y a plus qu’un truc qui devient théorique alors qu’on parle du corps. A un moment donné, vous dites à quelqu’un « je sens mon front lisse », et comme on avait l’habitude de dire dans une sophrologie très caycédienne à ses débuts, « comme un galet ou comme… ». Alors : « tu t’imposes dans l’univers de l’autre, tu lui imposes tes comparaisons ». Mais l’autre il essaie de sentir son front, il ne sent rien, même le front il ne sait plus où c’est. Alors voulez dire faire écho à votre propos… « Tiens il a raison mon front je le sens lisse, ou tiens c’est vrai… ».

Voyez, vous l’aidez par une réflexion à rentrer dans son monde, sinon on croit que quelque chose se passe, et les gens disent des petites choses mais très faibles, parce qu’il ne s’est pas passé tellement de choses, parce que quelque part l’accès n’a pas été mordancé comme une explication l’aide.

 

La comparaison n’est pas faite pour être toujours répétitive, elle est faite pour lancer quelque chose, elle est peut-être faite pour ce que j’appellerais « des sophrologies expérimentales ». C’est-à-dire de temps en temps faire un exercice qui n’est pas de la vraie sophrologie, qui est de la sophrologie appliquée, inventée, qui est à côté de la « vraie sophrologie ». Vous aidez la personne parce qu’elle ne sait pas ce que c’est que se détendre. Les personnes handicapées qui n’ont pas de mots, pas de langage… Quand on dit « vous sentez cela, vous sentez votre coude », l’autre ne sent rien. Il peut plier, il sent un peu mieux après le coude, l’huile de coude…

On va essayer d’aider la personne.

J’étais généraliste 22 ans auprès de la vie des gens. Un généraliste c’est un type de terrain qui voit sans cesse que ce qu’il dit n’est pas compris. Sans cesse il faut qu’il aide les gens dans leur propre chemin d’acquisition et leur propre envie de bouger. Ce que je dis fait écho chez les gens, et est-ce que je peux les aider à ce que ça fasse écho dans un imaginaire qui est très loin ? Le problème en sophrologie, c’est qu’on a trop d’élèves sophrologues. C’est un peu incestueux on se reproduit entre nous…

Attention à qui on s’adresse. C’est le premier écho pour leur permettre d’arriver en écho à leurs sensations.

 

- Le 2ème écho, c’est ce que j’appelle un temps de silence. J’ai fait un geste. C’est parfois un geste où j’ai tendu mon bras. On va faire un truc et après on arrête. Pause d’intégration, je suis d’accord, mais on pourrait dire aussi pause d’étonnement, d’imagination, d’invention.

A quoi sert un geste ? Il faut que je réfléchisse. Il peut servir à beaucoup de choses. Je mets quelqu’un dans la noblesse de son corps. Je ne le mets pas dans la détente de son schéma corporel uniquement.

C’est pour qu’après ça serve à quelque chose sinon c’est comme des gens qui se remettent dans leurs frontières. Je suis très bien dans mon corps. C’est pour cela que les gens ne changent pas en sophrologie. Au lieu de s’ouvrir ils se ferment. Plus ils sont là, plus ils se posent. Plus ils ont de sensations, moins ces sensations explosent dans un imaginaire et un changement. Il faut s’aider mutuellement à cela. Donc à un moment donné qu’est-ce qu’un geste ? La personne en relaxation se dit « qu’est-ce que je fais avec mes bras ? Quel geste je pourrais modifier ? »  Qu’est-ce qu’un geste ? Qu’est-ce que ce mot geste ? C’est un mot mystérieux. Il faudrait travailler la sémantique du mot….

 

Tout d’un coup la personne est en train de faire quelque chose qui prend écho dans un imaginaire antérieur dans un métier dans une culture dans une histoire. C’est laisser du temps pour que cela se mette en place. Ce moment-là, ce temps de silence est très important. Pause d’intégration, après on pourra appeler cela élaboration, interrogation etc.

Ce qui se passe là, que peut-on en faire ? En fait la respiration, ouverture. On respire mieux, mais on pourrait dire qu’est-ce que l’ouverture dans la vie, qu’est-ce que la respiration dans la vie etc. à chaque fois essayer de relancer la dimension des choses à l’intérieur même de l’exercice.

 

- Et après, on peut dans un dernier temps, à manipuler dans l’exercice, qu’est-ce que vous pourriez en faire dans la vie pratique ? Un temps d’imaginaire d’élaboration de sémantique : qu’est-ce que cet exercice peut faire dans mon quotidien, comment est-ce que je peux le décliner au quotidien puisque je ne vais pas le refaire pareil sauf si je m’entraîne chez moi à certains moments. J’ai travaillé un geste, une image mentale, une projection. Comment je vais réintégrer ça dans ma vie quotidienne. A un moment donné j’ai fais quelque chose, j’ai enrichi quelque chose, mais où ça va aller dans mon quotidien ?

Attention, parfois plus l’exercice est réussi moins il est actif. Il peut y avoir une érotisation des choses qui nous empêche de les approprier ou nous en éloigne. Je ne dis pas que c’est dans tous les cas, je fais un exposé sur une optique, et sur ces bases c’est différent.

On peut dire qu’ensuite, on va avoir les consignes. C’est comme l’écho : A la fin d’un exercice, d’une séance, il y a les consignes dans la vie quotidienne. Si vous avez travaillé le déplacement du négatif, la présence immédiate, si vous revoyez la personne 15 jours après, vous pouvez lui dire « pendant les 15 jours, j’aimerais que vous notiez les propos positifs que vous tenez, les mots que vous avez entendus qui vous ont étonné sur ce monde là, qu’est-ce que vous avez fait : un compliment en rentrant, comment le positif est entré à travers cet exercice que théoriquement vous avez somatisé intégré dans votre corps. Est-ce que cela ressort ? » Et là vous avez dans cette fameuse anamnèse quelque chose de précis.

Je fais souvent cette comparaison, la psychologie est de l’ordre de l’histoire, la sophrologie de l’ordre de la géographie.

La sophrologie, il faut sans cesse recueillir une anamnèse corporelle. C’est un mot, un geste, un comportement qui va nous revenir, sinon je peux parler du positif comme ça en l’air. Il faut que ça se « charnélise ». Je crois que la consigne après la séance est importante. Dans la mesure où j’ai défini un exercice, où j’ai montré son sens, où j’ai rendu vivant, où j’ai laissé à la personne une interrogation sur ce qui se passe en elle, sur ce qu’elle pourra en faire, ses imaginaires, et où elle pourrait le mettre en place, et où après je dis « dans le temps qui vient, qu’est-ce qui va sortir, pousser après cette pluie qui vient de tomber, quelle est la petite fleur de positif qui va pousser à quel moment » je suis vraiment dans l’écho de l’exercice dans le quotidien.

 

Là où je veux vous amener : bien sûr tout cela vous le faites, mais souvent c’est induit, c’est intime, ça fait partie de ça. Je crois qu’on peut vivre parfaitement un bel exercice, et qu’il n’en reste rien. Ca reste un bon moment, mais il ne reste rien dans la vie quotidienne. Je suis peut-être excessif, mais j’essaie de pousser le propos pour amener la réalité du discours à votre oreille.

 

On va faire un exercice simple, un peu rapide mais ce n’est pas gênant.

 

On s’installe, on se pose. Quelques respirations et un peu d’installation. On repère des petites zones qui nous disent quelque chose du bonjour de la détente, et puis on enrichit, on passe rapidement le visage les épaules les bras le thorax le dos le ventre le bassin les fesses les jambes – et quelques instants encore à votre manière vous respirez, vous vous enrichissez, vous approfondissez la détente ---- ce petit moment où chacune chacun à sa façon ----

Voilà, et je propose un petit exercice : je vais vous proposer de serrer un poing. Fortement --- et puis vous le relâchez. Vous pouvez le rythmer avec la respiration, mais ce n’est pas obligatoire. Vous faites comme ça 3 fois -----------

Voilà. Il y a maintenant quelque chose dans le poing dans le poignet dans la main d’un peu plus vivant –

Et là, dans ce temps, pause phronique d’intégration. Nous, nous allons être un peu plus dans une pause phronique d’interrogation :

Qu’est-ce que serrer le poing, que se passe-t-il en nous, qu’est-ce que ça rappelle, éveille ----ça peut être une force, une violence, un resserrement, ça peut être quelque chose d’une densité, ça peut être très variable --------- Qu’est-ce que ce mot « poing » évoque ? Et là les orthographes sont mystérieuses ------------ Qu’est-ce que ce mot nous propose au-delà de la sensation ? ------------------- Et puis bien sûr, qu’est-ce que dans ma vie je peux faire de ça, serrer un poing ou le relâcher indépendamment d'un poing. – Est-ce que je suis en train d’apprendre en ce moment – lorsque je viens de faire, est-ce que ça peut changer de main -----------------------------

Et bien voilà, on peut toujours finir sur un point d’interrogation --- Et bien maintenant à votre manière, vous faites votre reprise, serrez les poings, mâchonner, s’étirer, respirer, et se frotter à son rythme avant d’ouvrir les yeux. --------------

Conférence de Luc Audouin (congrès de la C.E.P.S. du 16/09/04)

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