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mon stress et moi

 

 

  dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 16 (26/06/04)

 

Nous sommes nombreux à nous dire « stressés » et à en accuser le rythme trépidant de notre vie moderne.

C'est ignorer que nos ancêtres des temps préhistoriques ont connu le stress avant nous : il les aidait à échapper aux multiples dangers qui les menaçaient. Les menaces d'aujourd'hui sont de natures différentes mais la réaction de stress est restée la même, inadaptée aux tourments du monde moderne. Le stress au travail, avec ses conséquences humaines, sociales et économiques, est considéré comme l'un des grands problèmes de notre temps.

Le stress n'est pas un concept vague, il a été scientifiquement étudié et compris. Que ce soit au travail ou dans notre vie privée, nous pouvons «apprivoiser» notre stress, apprendre à le contrôler et en faire notre allié !

 

Stress : des origines lointaines, un concept scientifique

 

Le mot stress, de même que le mot détresse, tire son origine du verbe latin stringere (tendre). Stress est utilisé par les physiciens pour désigner la contrainte exercée sur un matériau.

Un médecin, Hans Selye, a étudié dès les années 1930 le comportement d'animaux soumis à des conditions difficiles. II est le premier médecin à avoir employé scientifiquement le mot stress.

Aujourd'hui, stress définit l'ensemble des réactions normales d'adaptation d'un être vivant à une stimulation. II est employé de façon impropre pour désigner soit les facteurs de stress (stresseurs) eux-mêmes, soit les manifestations pathologiques qui peuvent apparaître.

 

Le stress, c’est la vie !

 

Le stress n'est pas une maladie mais une réaction normale d'adaptation de notre organisme à notre environnement. Lorsque nous sommes soumis à des facteurs de stress (stresseurs), notre cerveau réagit notamment en stimulant la libération d'hormones du stress, avec en première ligne la fameuse poussée d'adrénaline. L'action de l'adrénaline augmente l'apport d'oxygène au cerveau (vigilance accrue) et aux muscles (prêts à fonctionner). La réaction de stress nous prépare ainsi à affronter une situation, en fuyant ou en attaquant par exemple : c'est le fameux « fight or flight » (combat ou fuite). Si le stresseur persiste, d'autres hormones sont produites (les glucocorticoïdes) qui augmentent le fonctionnement énergétique de notre corps et nous rendent physiquement plus «endurants» face à l'agression.

De nos jours, nos stresseurs sont plus souvent psychiques que physiques et cette réaction de stress peut devenir encombrante.

On sait aujourd'hui que le stress est une interaction complexe entre une personne et son environnement un même facteur de stress n'a pas un effet identique sur chacun d'entre nous et notre sensibilité au stress se modifie au cours de notre vie.

 

Le stress au travail en Europe

 

28 % des salariés (41 millions) signalent des problèmes de santé liés au stress.

Second (en fréquence) problème de santé lié au travail signalé par les salariés.

Absentéisme : plus de 50 % découlerait du stress lié au travail.

Coût annuel du stress au travail (temps de travail perdu, coûts de santé) estimé à 20 milliards d'euros. Maladies cardio-vasculaires : 16 % (hommes) et 22 % (femmes) seraient liées au stress professionnel.

 

Le travail n'est pas toujours la santé !

 

En France, les conditions de travail se sont améliorées pour la majorité des salariés : meilleur environnement physique (bruit, température, produits irritants ou toxiques, etc.), diminution de la pénibilité des tâches, jours de repos plus nombreux. L'augmentation du stress perçu pourrait étonner, mais le cadre professionnel actuel est source de nombreux facteurs de stress appartenant au registre psychologique.

 

Ÿ         Pression du travail

“Toujours plus, toujours mieux, toujours plus vite” : quantité de travail excessive, culte de la performance, absence de droit à l'erreur, course contre le temps. Fonctionnement en «zapping» obligeant à interrompre souvent sa tâche et gênant la programmation du travail.

Développement des moyens de communication générant une masse inextricable d'informations.

 

Ÿ         Changements incessants

Le changement caractérise la vie moderne, or même positif, comme une promotion, il nécessite une adaptation et entraîne forcément un stress, surtout s'il est imprévisible ou non choisi.

 

Ÿ         Frustrations

Matérielles : salaires insuffisants, plans de carrière aléatoires. Emotionnelles : les travailleurs doivent « aimer » leur travail... mais la réciproque est rare, avec souvent un manque de reconnaissance.

Ce sont plus souvent les aspects négatifs qui sont pointés, le positif est considéré comme normal («vous êtes payés pour cela»).

 

Ÿ         Stresseurs « humains »

Augmentation du niveau d'exigence, montée de l'incivilité (une enquête menée auprès des chauffeurs de bus de la RATP a révélé que les relations avec les utilisateurs sont facteur de stress : «pas un bonjour, pas un regard»). Climat de compétition, manque de solidarité. Conflits entre les personnes (dates de vacances, agencement du bureau, contact avec des personnalités difficiles). Ordres contradictoires. Stress considéré comme un moteur dans certaines entreprises. Harcèlement moral et violence au travail.

 

Cadre de travail

Absence d'intimité des bureaux paysagers, salariés «sans bureau fixe», télétravail (disparition de la limite vie professionnelle/vie privée). Travail de nuit et du week-end dans de nombreux secteurs professionnels (service 7/7 jours et 24/24 heures). Trajets quotidiens, missions.

 

 

Quand le stress fait mal

 

Des troubles maladifs peuvent apparaître lorsque les capacités de l'organisme sont débordées par un ou plusieurs stresseurs, dans des conditions particulières. Si un stress aigu permet de réagir face à une situation de pression très forte, il peut être trop intense à la suite d'une stimulation dépassant les ressources d'un individu : par exemple après des prises d'otages. Le stress peut aussi entraîner une usure lente chronique qui se solde par un affaiblissement physique et moral.

 

Les troubles psychologiques

La réaction de stress peut activer certaines émotions : l'anxiété (mise en alerte), la dépression (détachement permettant d'endurer le stress) et la colère / l'agressivité (faire face au stresseur). Chez un individu soumis de façon régulière à des facteurs de stress, ces émotions peuvent être activées en permanence et évoluer vers d'authentiques troubles émotionnels.

Ÿ         Troubles anxieux

L'anxiété se manifeste par une sensation d'inquiétude, de tension physique (tension musculaire mais aussi accélération du rythme cardiaque) et des modifications du comportement (évitement des situations redoutées, conduites de réassurance). Elle peut évoluer vers des maladies handicapantes, les troubles anxieux : l'anxiété est alors

élevée ou chronique, très pénible, pouvant pousser à consommer alcool ou tranquillisants.

Ÿ         Troubles dépressifs

Le stress peut conduire à un véritable état dépressif qui associe une tristesse permanente, indépendante de notre environnement, une perte d'intérêt, un ralentissement général, des troubles du sommeil, une perte d'appétit, éventuellement des douleurs diffuses, une sensation de fatigue.

 

Les maladies cardio-vasculaires

Des cardiologues américains ont montré à travers une étude portant sur 3500 personnes que certains traits de personnalité pouvaient influencer la santé. Ainsi, ils ont mis en évidence que les personnes présentant un «schéma Comportemental de type A» (impatience, rapidité, compétitivité, ambition sociale, etc.) avaient deux fois plus de risque de survenue de maladies cardiaques et que les émotions d'hostilité

(colère, ressentiment, etc.) étaient les plus nuisibles à leur santé. Une étude menée chez 13 000 personnes a montré que les personnes très coléreuses avaient un risque 2,7 fois plus grand d'accident cardiaque ou de mort subite.

 

Les troubles musculo-squelettiques

Il s'agit de douleurs du dos ou des lombes, d'inflammation des poignets, coudes ou genoux, de tendinites. Ces troubles sont en augmentation et représentent environ 70 % des maladies professionnelles en France. Ils peuvent être liés à la réalisation de tâches mettant enjeu os, muscles et articulations mais surviennent aussi en dehors d'une sollicitation de l'appareil musculo-squelettique. Il semble que la tension musculaire liée au stress se produise même sans contrainte physique.

 

questions

 

Qu'est-ce que le syndrome d'épuisement professionnel au travail ou «burn out» ?

C'est une forme de stress qui s'installe sans qu'on y prête attention, après plusieurs années de mini-stress répétés, et entraîne des troubles émotionnels (crise de larmes, colère, refus d'agir, fatigue ne cédant pas au repos, hyper-contrôle de soi inhabituel... ).

Initialement, l'épuisement émotionnel, le sentiment d'incompétence («je suis mauvais»), accompagnés d'une envie brutale de changement, ne concernent que la vie professionnelle.

Les personnes en situation de responsabilité réagissent plutôt en faisant du «présentéisme» : elles travaillent de plus en plus, avec une efficacité médiocre, sans retirer de satisfaction professionnelle. Les autres réagissent généralement par le désinvestissement.

Qui est touché ?

Le burn out touche toutes les professions. Mais dans les professions d'aide, dont l'objet est l'être humain (soignants, assistantes sociales, enseignants, mais aussi gendarmes, policiers, gardiens de prisons, juges, avocats, etc. ), l'épuisement émotionnel et le désinvestissement du travail s'accompagnent d'une distance aux autres, une attitude déshumanisée, extrêmement délétère voire dangereuse pour l'exercice de ces professions. Ce sentiment de déshumanisation est souvent ressenti comme un échec personnel douloureux.

Le hum out, trouble de l'adaptation à son environnement, survient chez des personnes « normales » il n'est pas signe de troubles psychiatriques sous-jacents mais peut faire le lit d'une anxiété ou une dépression.

Comment repérer le burn out ?

Il faut s'écouter pour détecter des modifications de notre comportement. Impossibilité de se détendre ou de se faire plaisir, inefficacité des vacances sur notre mal-être : on vit en apnée. Il faut repérer ces clignotants qui nous alertent et réagir.

Lorsque le burn out est détecté à un stade avancé, il faut d'abord soigner ses conséquences émotionnelles. Une éventuelle réorientation professionnelle n'est envisageable qu'une fois un certain équilibre retrouvé.

Peut-on prévenir le burn out ?

Prévenir les conséquences néfastes du stress professionnel, c'est prendre en compte ses grandes causes : surcharge de travail, manque de reconnaissance et de respect, manque de reconnaissance financière. A l'échelon individuel : se reconnaître un droit à l'erreur, admettre qu'on n'est pas un héros et que c'est normal.

Peut-on se protéger du stress ?

Certaines personnes présentent un trait de caractère protecteur : la hardiesse. Elles font mieux face aux situations stressantes car elles pensent que le changement, plutôt que la stabilité, est normal. A l'inverse de personnalités qui, face à un événement, se sentent d'abord incapables de réagir (même si ce n'est pas fondamentalement vrai), les personnes hardies ont confiance dans leur capacité d'influer le cours des choses. Elles développent des stratégies d'adaptation.

Devenir hardi, cela s'apprend aussi : penser autrement, changer notre conception du monde pour mieux nous y adapter.

 

Penser autrement, changer notre conception du monde pour mieux nous y adapter

 

« Dompter » le stress

 

Le stress est une réaction normale de notre organisme le supprimer est illusoire... et peu souhaitable. Limiter les facteurs de stress et contrôler son niveau de réaction permet de «doser» son stress.

En milieu professionnel, il faut agir au niveau de l'individu comme de l'entreprise.

 

Le rôle de l'entreprise

Faire un diagnostic

Idéalement, la première étape est de vérifier la réalité du stress et, le cas échéant, de déterminer ses sources : c'est l'objectif des audits de stress.

• Traiter, prévenir

Une organisation adéquate du travail réduit le stress : participation des employés aux choix concernant leurs missions, définition claire des tâches, appréciation sur la prestation fournie (pas seulement en termes de reproches), accompagnement des personnes concernées par les changements dans l'entreprise (un changement génère toujours un stress), prévention de la violence.

 

Contrôler son niveau de stress

Se relaxer

Le stress est une réaction innée. La relaxation nécessite en revanche un apprentissage. Les techniques les plus utilisées en «gestion du stress» sont des techniques de relaxation physique, visant notamment à détendre les muscles et à ralentir le rythme cardiaque. On peut les utiliser «en récupération» (à la fin d'une journée de stress) ou «en mini-relaxation» (séances d'environ 1 minute réparties tout au long de la journée).

• Penser autrement

Les penseurs grecs de l'école stoïcienne avaient déjà observé que « ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur elles ». En situation de stress, notre attention est focalisée sur le facteur de stress et l'émotion qu'il suscite chez nous. Les pensées et notre interprétation des faits accompagnant le stress passent inaperçues alors qu'elles génèrent le plus de stress. Prenons conscience de nos pensées «automatiques», et remplaçons-les par d'autres, plus en accord avec la réalité et moins stressantes. Bref, attribuons aux événements leur juste valeur !

S'affirmer, savoir dire non

Il est important d'exprimer claire

ment aux autres ses pensées, ses aspirations, ses émotions et que cette attitude soit réciproque. En particulier, il est toujours possible de dire non, sans être agressif.

 

• Avoir une hygiène de vie

Les comportements préservant notre santé aident à résister au stress : alimentation équilibrée, exercice physique régulier, sommeil préservé.

• «Cultiver son jardin», bien s'entourer

S'investir hors de son cadre professionnel, pratiquer des activités agréables, ne pas négliger les petits plaisirs (écouter un disque, s'arrêter sur un banc au soleil, etc. ). Tisser des relations sociales sources de réconfort, d'estime, de conseil.

 

Les thérapies d'affirmation de soi

Individuelles ou en groupe, avec un psychologue ou un psychiatre, ces thérapies initialement appliquées aux adultes, ont été développées chez les enfants. Elles leur permettent de prendre conscience des situations stressantes et de les analyser, puis de mettre au point des comportements permettant de développer ses habiletés sociales.

Le groupe rassure et, surtout pour les enfants, valide les opinions exprimées, les décisions prises : on évite l'écueil du «vous ne pouvez pas comprendre, vous les adultes».

 

« Stressés au travail » nos enfants aussi !

Pression de la réussite, inquiétude des parents, violence, racket: le milieu scolaire peut devenir une source de stress. Les psychiatres reçoivent de plus en plus souvent en consultation des enfants victimes du stress lié notamment à l'école. Nous pouvons contribuer à diminuer le stress de nos enfants en contrôlant notre propre niveau de stress : le stress est contagieux. Nous devons aussi veiller à les valoriser, à leur témoigner notre confiance en leurs capacités. Accepter son enfant tel qu'il est et renoncer à un enfant idéal qui n'existe pas, l'autoriser à échouer, l'écouter, suivre son rythme : c'est simple et efficace. Si besoin, il ne faut pas hésiter à se faire aider (un étudiant, un autre membre de la famille, des amis) pour les devoirs ou tout simplement pour écouter l'enfant. Dans certains cas cependant, le recours à un psychologue ou un psychiatre est nécessaire pour débloquer une situation.

 

Les programmes de gestion du stress

Maîtriser son stress repose sur des mesures simples.

Cependant, pour avoir plus de chances d'être efficace, il est utile d'établir un programme personnel de gestion du stress en se posant les questions suivantes.

1.      Quel est mon niveau de stress ?

2.      Quels sont mes principaux stresseurs ?

3.      Quels sont les stresseurs que je peux modifier ?

4.      Quels sont mes modérateurs de stress ?

5.      Quels sont les modérateurs de stress que je peux augmenter ?

6.      Quelles techniques de gestion du stress vais-je apprendre ?

7.      Comment vais-je évaluer mes progrès en gestion du stress ?

 

Huit conseils pour mieux résister au stress

1.      Maintenir un niveau suffisant et régulier d'exercice physique (marcher, prendre l'escalier, etc...)

2.      Pratiquer une activité sportive (une ou deux fois par semaine, au moins une demi-heure)

3.      Limiter la consommation d'alcool

4.      Ne pas fumer

5.      Avoir une alimentation équilibrée

6.      Boire beaucoup d'eau (notamment en dehors des repas)

7.      Faire des pauses régulières dans son travail

8.      Préserver son sommeil

 

Quiz

1. Combien de travailleurs sont atteints de troubles psychiques

r   1/10                       r  1/100                r  1/500

2. Nombre de boîtes de tranquillisants, antidépresseurs et somnifères vendues en France en 2001 :

r   30 millions            r  180 millions r  240 millions

3. Nombre de journées de travail perdues par an à cause du stress : Etats-Unis ? Grande-Bretagne?

4. Nombre de personnes dans l'Union européenne touchées par : Le harcèlement moral ? La violence physique ? L'intimidation / la violence psychologique ?

5. Salariés touchés par le harcèlement:

r  moins de 1 %         r  3 à 10 %                r  22 à 30

6. Nombre d'agents de la SNCF agressés en 1999

r   24                         r  70               r  350             r  1200

7. Nombre de personnes vivant seules en France

r   2 millions                r  5 millions             r   7 millions  r  + de 8 millions

 

Pour en savoir plus

• Le stress au travail, Patrick Légeron. Editions Odile Jacob

• Le syndrome d'épuisement professionnel des soignants, Pierre Canoui et Aline Mauranges. Editions Masson

• Ces enfants malades du stress, Gisèle George. Editions Anne Carrière

• Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail : http://agency.osha.eu.int

• Ministère des affaires sociales, du travail et de la solidarité : http://sante-securite.travail.gouv.fr

• Organisation internationale du travail: http://www.ilo.org

• Organisation mondiale de la santé: http://www.who.int

 

Réponses du Quiz

(1 ). 1 travailleur sur 10 souffre de dépression, d'anxiété, de stress ou de surmenage, et risque de ce fait l'hospitalisation et le chômage (source : Bureau international du Travail).

(2). 180 millions ; 165 millions en 1995.

(3). 150 millions ; 40 millions.

(4). 3 millions ; 6 millions ; 12 millions.

(5). 3 à 10 % selon des enquêtes menées aux Etats-Unis et en Europe.

(6). 1200, avec arrêt de travail dans 549 cas.

(7). Plus de 7 millions (4,4 millions de femmes ; 3 millions d'hommes)

 

Michel Billard (15/01/2004) d’après “A votre santé” n° 97 d’Alptis septembre 2002

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