P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

mindfullness

 

 

dernière modification de cette page le 19-sept.-2015

DAR CONSTITUTION HALL WASHINGTON DC NOV 8-10 2005

Les conférences Mind & Life commencèrent il y a 13 ans. En 1987, à l’initiative de Francisco Varela, Matthieu Ricard et Adam Engle, le Dalai Lama reçu dans son salon de Dharamsala un panel international de chercheurs en sciences cognitives. Son but : s’informer sur l’état des dernières recherches occidentales et amorcer un dialogue entre la neuroscience et le bouddhisme.

Depuis, le processus s’est développé graduellement ;  Les livres des actes des rencontres (en anglais)  ont connu un large succès et ont été traduits en plusieurs langues (dont le français), l’intérêt de la communauté scientifique est allé croissant. La liste des chercheurs et cliniciens ayant participé aux initiatives de Mind & Life comprend certains des tout premiers scientifiques mondiaux dans les diverses disciplines concernées: Richard Davidson, Paul Ekman, Steve Kosslyn, Antonio Damasio, Owen Flanagan, Wolf Singer, et bien d’autres. Les conférences Mind & Life s’ouvrent à présent au grand public. Installé sur une scène évoquant son salon, le Dalai Lama reçoit les scientifiques qui viennent présenter leurs travaux au milieu d’un rassemblement de leurs pairs et de « contemplatifs ».

Après le MIT en 2003, la conférence de cette année s’est tenue à Washington DC, co-organisée par la John Hopkins School of Medicine et le Georgetown University Medical Centre.

L’intérêt soutenu de la communauté scientifique pour ce processus est en grande partie dû à l’attitude du Dalai Lama. Il ne manque jamais de répéter que s’il y a conflit entre la science et le bouddhisme, le bouddhisme est libre – et même a le devoir – de changer. Il ne se prive d’ailleurs pas de souligner que la très élaborée cosmologie bouddhiste est - au mieux - naïve.

Cependant, en matière de psychologie et de mental, les bouddhistes pensent qu’ils ont leur contribution à apporter. De fait, voilà plus de 2000 ans qu’ils élaborent une psychologie introspective sophistiquée, précise au point de lister quelques 52 états mentaux distincts.

 A l’aube du siècle nouveau, Richard Davidson invita donc un lama dans son laboratoire d’imagerie cérébrale à Madison. Les premiers résultats révélèrent deux choses remarquables. D’abord le lama semblait en mesure de maintenir des états mentaux stables sur de longues périodes et d’en faire des rapports précis. Et justement, la question de la fidélité des rapports subjectifs et la capacité de maintenir des états mentaux figurent en bonne place au rang des problèmes de l’imagerie mentale. Ensuite, les moniteurs révélèrent une configuration consistant en l’activation préférentielle de l’aire corticale préfrontale gauche du lama, associée avec une attitude positive envers la vie et ses aléas (Goleman 2003, pp. 446-9).

Quant au lama, il déclara que l’entraînement mental du bouddhisme et la pratique méditative visent à la libération de la souffrance mentale. De quoi intriguer nombre de neuroscientifiques et psychologues qui depuis se pressent aux événements de Mind & Life.

La psychologie n’est devenue scientifique qu’en se libérant des limites de sa dépendance initiale à la méthode introspective. L’essentiel de ses avancées au cours des 100 dernières années sont dues à l’opérationnalisation objective de son objet d’étude, en particulier au moyen de l’observation comportementale, de l’anatomie cérébrale et de la neurophysiologie. Récemment on a vu une réintroduction partielle de la méthode introspective en provenance de deux directions. D’abord la philosophie de la conscience dans sa version neurophénoménologique a défendu la position selon laquelle l’introspection peut, en certaines circonstances, constituer une méthode acceptable d’exploration des phénomènes et processus mentaux.  Deuxièmement, certaines recherches en imagerie cérébrale dépendent des rapports donnés par les sujets sur leurs états mentaux et/ou de leur capacité à respecter certaines procédures mentales qu’on leur demande d’opérer pendant les sessions d’enregistrement. C’est le cas des recherches sur les corrélats neuronaux des processus cognitifs générés « de l’intérieur » (par opposition aux réactions aux stimuli extérieurs). Il existe donc un terrain de rencontre fertile entre des pratiquants d’états mentaux contrôlés et des chercheurs armés de la rigueur de la méthode expérimentale -.

Le thème de Mind & Life 2005 était The Science and Clinical Applications of Meditation. (La science et les applications cliniques de la méditation). La majorité des présentations étaient centrées sur des études d’imagerie d’états contemplatifs ainsi que sur des rapports sur des protocoles cliniques et thérapeutiques contrôlés basés sur - ou comprenant un élément de - pratique méditative.

Coté recherche fondamentale, Richard Davidson présenta les résultats d’un protocole EEG (électroencéphalographie) mené par Antoine Lutz à Madison et indiquant que  les méditants de long terme s’induisent une synchronie gamma de haute amplitude au cours de leur pratique mentale  et publié dans les Proceedings of the National Academy of Science (USA - 2004). Il est intéressant de noter également que les sujets méditant étudiés présentaient des niveaux de synchronie standard plus élevés que les sujets contrôlés.

Wolf Singer, directeur de l’institut Max Plank pour la recherche cérébrale de Francfort, présenta son idée de solution au problème du “binding”. Son hypothèse est, qu’en l’absence d’une aire de convergence, la synchronie neuronale dans les fréquences gamma sert de code permettant aux neurones de se “serrer la main” et de communiquer au travers d’aires largement distribuées et de modules de traitement parallèles. Il propose encore que cette synchronie pourrait former le substrat des processus perceptuels, attentionnels et cognitifs de haut niveau. Wolf Singer remarqua que les indications selon lesquelles les méditants de longue durée sembleraient en mesure d’augmenter volontairement leurs niveaux de synchronie gamma pourraient ouvrir la voie à une amélioration des performances cognitives et attentionnelles, ce que les méditants bouddhistes nomment les états de « claire conscience (awareness) » et « se tenir prêt à l’action (readiness to action) ». Cela ouvre la perspective fascinante de la possibilité d’une plasticité neuronale contrôlée par l’entraînement mental et pouvant potentiellement à la fois d’améliorer certains fonctionnements cognitifs et de prévenir ou réduire nombre d’états psychologiques anormaux douloureux.

Les sessions suivantes furent consacrées à l’examen de protocoles cliniques intégrant une pratique méditative “laïque” dans un certain nombre de domaines, de l’immunologie à la cardiologie en passant par les rechutes dépressives ou le psoriasis. La composante méditative de ces protocoles appelée « mindfullness » consiste en un entraînement de base à « être là », dans l’instant présent, sans jugement ni attentes. Pour cet éventail de pathologies, les résultats présentés semblent indiquer qu’une telle pratique méditative peut substantiellement renforcer les résultats cliniques.

Sur le psoriasis, Jon Kabat-Zin, Professeur émérite à la Massachusetts Medical School, présenta les résultats d’une étude clinique indiquant que la thérapie en cabine lumineuse avec méditation et visualisation restaurerait l’ épiderme quatre fois plus vite que la cabine lumineuse seule.

Zindel V. Segal professeur de psychiatrie et directeur de l’unité de thérapie cognitive comportementale au Centre for Mental Health, de l’Université de Toronto, présenta une étude indiquant que la MBCT (Mindfulness-Based Cognitive Therapy) donnait les meilleurs résultats dans la prévention des rechutes  dépressives sur 12 mois (75%, contre 60% pour les anti-dépresseurs et 19% pour le placebo). Il est également remarquable que la MBCT semble avoir donné ses meilleurs résultats pour les patients ayant les plus mauvais prédicteurs de rechute, c'est-à-dire les patients ayant déjà souffert de nombreuses rechutes.

   Helen S. Mayberg, Professeur de Psychiatrie et Neurologie à la Emory University School of Medicine et pionnière de l’implantation d’électrodes profondes dans le cerveau de patients dépressifs multi résistants (Deep Brain Stimulation), souligna que la thérapie cognitive réduit l’activation des aires préfrontales et médiales (ces dernières associées avec les processus de pensée autocentrées) et active l’aire cingulaire CG25, cible de l’implantation d’électrodes. Par contraste, les anti-dépresseurs augmentent l’activation pariétale et préfrontale tout en réduisant l’activité en CG25. Son opinion est que les drogues réduisent le niveau de souffrance mentale ressenti alors que la thérapie cognitive, en réduisant la concentration sur soi-même et les pensées ruminatives, réduit les sources de souffrance mentale.

L’opinion des Bouddhistes sur la thérapie cognitive est qu’ils la pratiquent et l’affinent sur eux-mêmes depuis plus de deux millénaires ! Ils l’illustrent par l’analogie de la blessure de flèche : la douleur est inévitable et cependant, en s’attachant à cette douleur, il devient plus dur de la supporter et elle se transforme bien vite en souffrance inutile. Dans un argument qui pointe avec des dizaines de siècle d’avance le problème de la psychanalyse, ils suggèrent que c’est folie que de refuser d’en extraire la pointe de avant que de ne savoir qui l’a tiré, pourquoi, la composition de la pointe, qui la façonna, etc.

En plus des conférences et de la publication de livres et de DVD, l’institut Mind and Life organise un Summer Research Institute réunissant des étudiants de second cycle, doctorants, post doc, des membres de facultés de différentes disciplines et des contemplatifs pour instaurer un dialogue plus serré et surtout développer de nouveaux domaines de recherche et des protocoles expérimentaux rigoureux.

Le succès à long terme et les fruits éventuels du processus dépendent essentiellement de l’adhésion la plus rigoureuse à la méthode scientifique. Les résultats doivent continuer à être publiés dans des journaux à comité de lecture de haute tenue, comme c’est déjà le cas. Les hypothèses de travail postulent que la pratique méditative peut :

-         modifier les réseaux neuronaux ;

-         coordonner l’oscillation neuronale et en augmenter la synchronie ;

-         modifier les processus endocriniens et neurosécrétatoires ;

-         augmenter la conscience de et l’engagement dans l’instant présent et améliorer l’interaction sociale ;

-         améliorer le bien-être général ;

-         limiter la pathologie.

Ce sont là d’ambitieuses hypothèses et qui ne doivent surtout pas être acceptées sur leur seule bonne mine. Le Dalai Lama a initié un dialogue et catalysé l’intérêt des scientifiques dans la valeur possible de certaines pratiques bouddhistes. Le travail des scientifiques est à présent de s’engager pleinement à tester ces hypothèses ainsi qu’ils commencent à le faire. Les résultats préliminaires dans tous ces domaines sont intrigants. Ils doivent à présent faire l’objet de réplications contrôlées et certains ont été reproduits. Des hypothèses plus fines et des protocoles expérimentaux de plus en plus discriminants doivent être imaginés et appliqués avec rigueur. Le jeu en vaut la chandelle : à la clé, une meilleure intégration des philosophies occidentales et orientales, une pratique de la santé mentale et physique plus holistique tout en restant sur de fondements scientifiques solides, des méthodes efficaces d’entraînement mental, des pratiques thérapeutiques et cliniques améliorées et un moins large recours aux drogues psychiatriques. Ce dernier point étant particulièrement d’actualité dans le contexte français.

Pour ce qui est d’Estigma, Matthieu Ricard s’est proposé de participer à une éventuelle conférence sur la méditation et les sciences cognitives à l’été 2007. De nombreux contacts scientifiques ont également été pris et nous devrions être en mesure de réunir un ensemble de scientifiques français et internationaux de premier niveau préparés à débattre les questions proposées.

     P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

Retour au début de la page                                             parenthese2@wanadoo.fr