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l'instant

 

 

dernière modification de cette page le 19-sept.-2015

journal n° 1

Je goûte l'Instant et cet instant a pour nom forêt. Il est vert et or. Il est de feuilles et de lumière. Il a ses recoins d'ombre et ses lacis de force. Il sent la vie, la vie immense, la vie imprenable qui se silhouette d'apparences. Il est le coeur de mon rêve d'être.

Et je rêve de bonheur. Je rêve et en rêvant, je refais le monde ou plutôt le monde me construit, m'élargit. Tout autour de moi flotte ma vie. Elle tire sa force du mouvement de l'Instant. Je suis le noyau chaud de toutes les sensations.

Et l'Instant est si bon que j'aimerais le recueillir dans le creux de ma main et lui donner une forme... Une forme ouverte, une forme pleine de confiance, semblable à quelque nid d'oiseaux.

Oui, j'aimerais le tenir dans le creux de ma chaleur, cet instant, le caresser, l'emplir de mon regard et lui dire : " Reste, ne passe pas, reste toujours avec ce soleil, ces arbres qui flambent de puissance, ces chants d'oiseaux qui font scintiller l'espace. Reste ! Ne pars pas, tu es le vif de ma joie. "

Et l'Instant de danser en moi, d'ouvrir une profondeur dans ma poitrine. Il sent si bon dans sa floraison! Il fait la grandeur de ma conscience et il tire aussi son pouvoir de cette grandeur.

Il a parfum d'âme. C'est un parfum qu'on ne peut définir ; d'ailleurs on ne doit pas le définir sous peine d'en volatiliser l'essence.

Il me fait voir l'univers avec le revers de mes regards, parce qu'on a deux regards. L'un qui perçoit le glissement des apparences et l'autre qui sonde le dedans de son propre mystère. Et quand ces deux regards se rencontrent, s'agencent, s'ajustent, s'unissent pour ne faire qu'un seul et même regard, la vision du monde extérieur et celle du monde que l'on porte en soi deviennent une seule et même vision de la vie, une vision d'une seule respiration. On est alors dans l'extase du voir, la plus belle et la plus émouvante des extases.

Et je m'enfonce au coeur de l'Instant, je participe à son éblouissement : éclair de bonheur!... Mon âme chante. Elle chante les myriades d'années lumières qui ont tracé leurs cercles de vie dans son aubier. Elle a tout plein d'étoiles, de planètes, de nuits et de jours avant la voix.

Et sa voix me désenclave de ma condition d'homme. Elle me révèle d'autres plans d'existence où je me suis déjà manifesté en d'autres formes, d'autres émanations, d'autres vibrations. Elle me révèle aussi des plans où j'irai par la suite avec une conscience différente.

L'Instant, lorsqu'il est vécu dans la moelle de son intensité, est une lucidité de bonheur. Et cette lucidité devient le pivot de tout. Elle affine l'être, le rend sensible à la moindre poussière de lumière.

L'Instant que je vis ici, dans cette forêt, et qui s'amplifie en anneaux d'instants, c'est aussi ce nuage de moucherons que je traverse et qui témoigne de la sensibilité de l'air. C'est cette aisselle de terre d'où flue encore la fraîcheur d'un orage ancien. C'est le drame de la vie qui se joue dans la mort d'une fourmi pour se reprendre en une autre vie. C'est la fourrure bleutée de cette mousse qui est l'un des parements de l'Esprit-Maître de cette forêt. C'est encore, c'est surtout, le long corps chaud de Noïark, tout ruisselant de soleil et contre lequel je vais m'adosser.

Et me vient cette pensée. Elle a pris une tournure de guêpe qui vrombille autour de l'intelligence de Noïark et l'agace de son aiguillon de questions.

- L'Instant est-il le même pour un homme que pour un arbre, Noïark ?

Mais lui ne répond pas. Ou plutôt si ! Sa réponse, c'est son silence, un silence majestueux.

Et je me laisse aller dans l'instant dont j'ai voulu déborder la plénitude. Je n'ai plus rien à dire, plus rien à faire. Je me laisse porter par lui comme par une vague. J'ai aboli toute pensée sur le futur. Qu'importe le rivage où me déposera mon dernier souffle terrestre ! Je suis au plus haut de sa vague.

Et lorsque je redescends, lorsque l'Instant se fait creux de vague, c'est pour mieux me relancer dans une plénitude de sommet. L'Instant !

Comme il est bon d'être soi-même en soi-même ! Comme il est bon de vivre dans l'éternité de son éphémère lumière !

- Goûte cet instant comme s'il était le dernier de ta vie, me chuchote Noïark.

- Pourquoi ?

- Parce que l'idée de la mort renforce la conscience de la vie.

Tout autour de moi la forêt est un brasier de calme et de beauté. Je suis comblé par sa profusion de richesse. Quel temple pourrait m'offrir autant de beauté ?

L'Instant...

(Extrait de " Soleil d'arbre " par Mario Mercier éd. Albin Michel)

texte offert par une participante d'un de mes groupes et qui " colle " parfaitement bien pour moi avec la sophro

Anne Meunier

 

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