P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

l'humour, un autre médiateur

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

Dès 1905, Freud contribue à l'élaboration du concept d'humour dans sa dimension psychanalytique en mettant l'accent sur l'analyse des processus qui le sous-tendent. Dans son livre sur l'esprit, il définit « l'essence de l'humour [comme résidant] en ce fait qu'on s'épargne les affects auxquels la situation devait donner lieu. » Le recours à l'humour comme mode d'expression consiste, dans sa dimension ludique, en une mise à distance des émotions et des affects afin d'en limiter le caractère traumatique. Fruit d'un véritable travail psychique, il met en œuvre des mécanismes - tels le déplacement et surtout la condensation - également propres à l'élaboration onirique. L'objectif en est, au-delà d'une satisfaction pulsionnelle, d'assurer une satisfaction narcissique d'invulnérabilité.

Aussi, « le moi maintient fermement que les traumatismes issus du monde extérieur ne peuvent l'atteindre davantage : il montre qu'ils ne sont pour lui que matière à gain de plaisir » (Freud, 1928).

Ainsi, ce mécanisme de défense contre la souffrance, ce vecteur de mise en mots de l'angoisse, tire sa valeur adaptative dans le fait même d'éviter le refoulement, en mettant le moi à l'écart des exigences de la réalité. Dans cette perspective selon laquelle l'humour peut intrinsèquement jouer le rôle de symptôme, qu'en est-il de l'humour en psychanalyse ? Quelle place a-t-il au sein de la cure analytique ? Comment peut-il être pris en compte dans la compréhension d'un fonctionnement psychique ? Les articles de Norbert Bon, de Jean-Pierre Kamieniak et de Sylvie Bourdet-Loubère proposeront différentes approches possibles, conduisant à définir ce concept et à l'illustrer par des exemples tirés de la clinique ou de la biographie de Freud. Les autres articles abordent l'humour comme médiateur thérapeutique. Ainsi, Christine Trémolières-Revuz nous tait part de son cheminement et de sa réflexion d'analyste à travers un dialogue imaginaire entre le clown et le « psy ». Jean-Luc Sudres définit, quant à lui, les conditions, de son application pratique en psychothérapie et la suggestion de sa mesure psychométrique comme outil complémentaire d'analyse d'une situation.

 

L'humour en psychanalyse

 

Freud a très tôt comparé le fonctionnement de l'inconscient avec celui du mot d'esprit. L'interprétation freudienne du rêve, comme du symptôme, s'appuie sur les ressorts et les ambiguïtés de la langue. Elle est accentuée dans cette direction par Lacan comme devant privilégier l'équivoque du sens. L'analyste ne saurait donc manquer d'esprit. Doit-il pour autant taire de l'humour ?

 

Dans L'amour des commencements, J.-B. Pontalis rapporte ce souvenir d'une « présentation de malade » par Lacan à l'hôpital Sainte-Anne. À cette patiente persécutée qui, tout au long de l'entretien, s'était plainte d'être suivie, Lacan dit, pour conclure : « Madame, ne vous inquié­tez pas. Je vais vous trouver quelqu'un ici pour vous suivre. » Et Pontalis ajoute : « De ce Lacan là [ ...] je garde un souvenir, intact et souriant [1]. » C'est pourtant l'un des reproches qui lui fut parfois fait d'user et d'abuser de jeux sur les mots dans ses interventions ou interprétations. On se souvient du féroce pamphlet de François George, L'effet y'au de poêle de Lacan et des lacaniens [2] où l'auteur, dans le cadre de sa « vocation à renverser les idoles » (annoncée dès la première ligne de l'avant-propos, sous forme dénégative [3], et visiblement touché par une plaisanterie douteuse sur son nom, prétend démystifier « le phénomène Lacan » en le réduisant à une utilisation habile de jeux de mot, « qui n'ont pas plus de portée que l'enfantin : Comment vas-tu, y'au de poêle ? [4]» Ce reproche fut, au demeurant, déjà adressé à Freud, à qui l'on fit remarquer que, dans l'interprétation des rêves, « le rêveur était souvent trop spirituel ». Il en fait état dans une note de bas de page du chapitre sur le travail du rêve [5] où, après la fameuse et néanmoins oubliée formule « Le rêve est un rébus », il éprouve le besoin de se justifier de l'usage immodéré que semble faire le rêve des jeux, non seulement des mots mais aussi de syllabes : « Ceci est étroitement lié à la théorie du spiri­tuel et du comique. Le rêve est spirituel, parce que le chemin le plus direct et le plus proche pour exprimer sa pensée lui est fermé. Il l'est par force. » Freud précise que cette « chimie de syl­labes » est la même qui nous sert, éveillés, à jouer sur les mots et que ce sont ces reproches qui l'ont « amené à comparer la technique du jeu d'esprit avec le travail du rêve. [6] »

 

 

L'inconscient a de l'esprit

 

 

 

 

 

 

 

Et, en effet, examinant « les rapports de l'esprit avec le rêve et l'inconscient [7]», Freud note que ce sont les mêmes mécanismes qui y sont à l'oeuvre « processus de la condensation, avec ou sans substitution, du déplacement, de la représentation par le contresens, par le contraire, de la représenta­tion indirecte, etc. [8] ». Lesquels méca­nismes permettent à une vérité, cachée ou latente, de se dire de façon détournée ou déguisée. Un exemple fameux de mot d'esprit fondé sur une condensation avec formation sub­stitutive, rapporté par Freud, est celui mis par le poète Heine dans la bouche de son personnage Hirsch­-Hyacinthe, pour qualifier ses rela­tions avec le baron de Rothschild : « J'étais assis à côté de Salomon Rothschild et il me traitait tout à fait d'égal à égal, de façon toute famil­lionnaire [9] » Ainsi, non seulement Hirsch-Hyacinthe exprime avec humour, et non sans amertume, sa situation d'homme pauvre en regard de ce richissime personnage, mais, de plus, la condensation des mots « familier » et « millionnaire » com­prime et laisse deviner un membre de phrase sous-entendu : il m'a traité de façon familière « autant qu'il est possible à un millionnaire ». Et c'est l'économie d'effort psychique, per­mise par la concision de ce néolo­gisme, dans le rapprochement de deux idées logiquement éloignées, qui est source de plaisir.

Au-delà, le jeu de mots met en évi­dence, en les détournant, les règles mêmes de fonctionnement du lan­gage [10]. À savoir que la chaîne parlée met en jeu, de façon solidaire, deux axes : celui horizontal des combi­naisons, ou axe syntagmatique, où le locuteur aligne des mots successifs, en obéissant à un certain nombre de contraintes grammaticales, et celui vertical des substitutions, ou axe para­digmatique, où, à chaque moment, le locuteur choisit tel mot plutôt que tel autre (par exemple, familier plu­tôt qu'amical), en obéissant à des exigences de sens, mais aussi de style, de contexte, etc. Et les choses se compliquent du fait que les mots ne sont pas la plus petite unité de la langue mais s'obtiennent par com­binaison d'unités sonores plus petites, les phonèmes (fa-mi-lier), eux-mêmes décomposables en traits distinctifs, les consonnes et les voyelles. Si bien qu'à ces différents niveaux peuvent s'opérer des substi­tutions et des recombinaisons per­mettant, au prix d'un détourne­ment, un rapprochement inattendu et la production d'un sens nouveau, métaphoro métonymique, éventuel­lement comique. Dans l'exemple de Freud, c'est la présence des syl­labes mi-li dans les deux mots « fami­lier » et « millionnaire » qui permet la production du mot composite famillionnaire ». L'effet comique peut-être également obtenu par interversion de syllabes au sein d'un mot ou d'une proposition (contre­pèterie) ou encore par un simple jeu de lettres. Sur le plan du sens, enfin, l'esprit peut utiliser le fait que les mots sont polysémiques pour jouer sur l'ambiguïté qu'au contraire le locuteur « sérieux » s'attache à lever, en donnant à son interlocuteur les éléments, linguistiques ou contex­tuels, nécessaires. Bref, « parler, c'est enchaîner des sons, mais une suite pho­nique, pour être comprise, doit être découpée en unité de sens [11] ». Et l’esprit profite de la relative indépendance entre le son et le sens pour subvertir les enchaînements et découpes pres­crits par la langue ou attendus par le locuteur.

 

Sens dans le non-sens

Dès 1905, avant la linguistique saus­surienne et la distinction signi­fiant/signifié/référent, Freud a repéré que la technique des jeux de mots consiste à « orienter notre psychisme suivant la consonance des mots plutôt que suivant leur sens ; à laisser la repré­sentation auditive des mots se substituer à leur signification déterminée par leurs relations à la représentation des choses [12] ». Bien plus, il a repéré que, dans le champ d'où son questionne­ment est parti, celui des formations de l'inconscient, il en est de même, ainsi qu'il le montre à propos des manifestations de la Psychopatho­logie de la vie quotidienne [13]. Lapsus, erreurs, oublis, méprises, actes man­qués et symptomatiques participent des mêmes mécanismes langagiers pour dire de façon détournée ce qui ne peut s'avouer directement. D'où le caractère parfois involontairement comique de certains ratés ou lapsus, comme celui, bien connu, du prési­dent de la Chambre des députés autrichienne qui ouvre la séance en la déclarant close, à l'hilarité géné­rale, ou celui de ce professeur d'ana­tomie qui dit : « En ce qui concerne les organes génitaux de la femme, on a, malgré de nombreuses tentations (Versuchungen)... pardon, malgré de nombreuses tentatives (Versuche)... [14]» Rien d'étonnant donc à ce que, « pour défaire et supprimer les symptômes névrotiques, [Freud se] trouve très souvent amené à rechercher dans les discours et les idées, en apparence accidentels, exprimés par le malade, un contenu qui, tout en cherchant à se dissimuler, ne s'en trahit pas moins, à l'insu du patient, sous les formes les plus diverses [15] ». Rien d'étonnant, non plus, à ce qu'il en soit venu à promouvoir une méthode dite de l'« association libre », qui favorise ces expressions en faisant préva­loir les connexions primaires, par ressemblance et contiguïté phoné­tiques, sur les contraintes secon­daires imposées par la rigueur de la syntaxe et les exigences du sens : dire tout ce qui vient, comme cela vient, sans se soucier de la cohérence ni de la logique. Rien d'étonnant, enfin, à ce que les interventions ou interprétations de l'analyste aient à rester au plus près des signifiants de l'analysant, en en conservant tout le potentiel d'équivoque, puisqu'elles tiennent leur efficace, non pas dans la traduction des dires de l'analysant dans une autre langue, fût-elle le jargon psychanalytique, mais dans la conjonction, dans un énoncé concis, des signifiants dont les signi­fiés véhiculent des significations jus­qu'alors éloignées, voire contradic­toires ou paradoxales. Il s'en produira non pas un autre sens qui serait appelé rapidement à être aussi fermé ou enfermant que le premier, mais une ouverture du sens, un « sens dans le non-sens [16] », comme l'écrit Freud, un « pas de sens », selon le mot de Lacan, où il faut entendre que le sens fait un pas, ayant parfois toutes les caractéristiques du nonsense de l'humour britannique. Exercice évidemment difficile, comme dans ce mot d'esprit qu'un rêve d'une « malade sceptique » envoie dire à Freud : « Du sublime au ridicule, il n'y a qu'un pas. Oui, le Pas-de-Calais [17]. »

 

L'interprétation, un mot d'esprit ?

Pour qu'une intervention ait toute sa portée interprétative, il est nécessaire que, comme la chute du mot d'es­prit, elle ait été préparée par la mise en éveil et la mobilisation préalables, chez les deux protagonistes, des ingrédients qu'elle va venir agréger : que se soit constitué, entre l'analy­sant et l'analyste, un même contexte langagier, dirait un linguiste, un même lieu tiers, un même Autre local. Ainsi, lorsque cet analysant s'exclame, en fin de séance : « fina­lement je me suis surpatté », et éclate de rire, l'efficacité analytique et l'effet humoristique de cette auto-inter­prétation tiennent à ce qu'elle a été précédée d'un certain nombre d'élé­ments préalables, apportés pendant la séance :

Ø      le fait de s'être, contrairement à son sentiment d'échec habituel, sur­passé, à différents égards et y compris sur le plan sexuel, dans une relation nouvelle avec une femme ;

Ø      au point que celle-ci ne cesse d'être pendue après lui et commence à par­ler mariage, vouloir lui passer la corde au cou, lui mettre un fil à la patte ;

Ø      ce qui contrarie ses rêves d'aven­ture, précisément de navigation sur les mers du globe, d'où lui revient qu' en termes de marine, lorsque l'on fait chevaucher deux tours d'une écoute de foc sous tension sur un winch et qu'elle se trouve coincée, ça se dit surpatter ;

Ø      le tout venant à être relié à un sou­venir d'enfance, souvenir écran, plu­sieurs fois évoqué où la crainte de la répression de ses désirs s'illustre de la chanson : « Si tu y mets la patte tu auras du bâton, et ron et ron petit pata­pon. »

Ø      l'ensemble s'actualisant, dans le même temps, dans la situation trans­férentielle, où il estime, aujourd'hui, avoir « fait fort » avec moi, m’avoir épaté, par sa loquacité inhabituelle ; ce qui s'accompagne, après coup, de ce sentiment, fréquent chez lui, d'avoir donné des verges pour se faire battre.

Ainsi, cette formule, en condensant ces différents éléments, vient éclairer l'analysant, Patrick, sur son désir et les entraves qui l'accompagnent, non pas en mettant une signification oedi­pienne évidente, sur ses ratés amou­reux et ses pannes sexuelles, mais en mettant un nouveau signifiant, en rapport avec la lettre de son pré­nom, sur la signification énigma­tique de son désir [18].

Est-ce à dire que l'analyste doive être un homme, ou une femme, d'esprit ? Oui, sans doute, et d'oreille pas moins, mais qu'il ait à faire de l'hu­mour, sûrement pas, en tout cas pas aux dépens de son analysant sans risquer de provoquer une réponse, légitime, du côté de son amour propre. L'analyste ne vise pas le bon mot mais le mot juste. L'interprétation, tout comme le mot d'esprit, ne peut avoir sa portée libé­ratoire, qu'énoncée, y compris par l'analyste, de la place subjective du sujet qui en est l'effet, faute de quoi il s'en sent l'objet, en l'occurrence de dérision. C'est la même différence que repère Freud, entre le mot d'es­prit et le lapsus qui ont pourtant même structure langagière. Dans le lapsus, le sujet ne rit pas mais éprouve plutôt un sentiment de gêne ou de honte. « Je dirais, écrit Alain Didier­ Weil, que dans le mot d'esprit, le sujet se dévoile, alors que dans le lapsus, il est dévoilé : la différence est celle du "s'au­toriser"  [19], » S'auto-riser, oui ; être la risée de l'autre, non. Même en dehors de tout caractère humoristique, l'in­terprétation ne peut produire son effet de subjectivation que si elle provient de ce lieu Autre, commun à l'analy­sant et à l'analyste, et non pas des inté­rêts moïques de l'un ou de l'autre. Ce qui suppose que la dimension nar­cissique, quelque peu mise en sus­pens par le dispositif analytique mais toujours prête à s'interposer à nou­veau, ait été suffisamment perméa­bilisée pour que l'interprétation puisse être reçue comme telle. Et, s'il peut arriver qu'elle prenne, à l’occasion et de surcroît, tournure humoristique, il vaut mieux que ce soit à l'initiative de l'analysant, quitte à ce que la prime de plaisir qui s'ensuit en soit parta­gée.

Norbert Bon, Psychanalyste


 

Humour et santé psychique

 

L'aptitude à l'humour était pour Lacan « l'un des critères de distinction entre les sujets normaux et les malades mentaux ». Jean-Pierre Kamieniak s'appuie ici sur la manière dont Freud a vécu sa maladie pour illustrer l'importance de l'humour dans l'élaboration psychique.

 

« Ich kann die Gestapo jedermann auf das beste empfehlen » (Je puis chau­dement recommander la Gestapo à tous) aurait ajouté Freud sur le cer­tificat de bonne conduite qu'exi­geaient de lui les nazis afin de le lais­ser partir.

Si ce mot, totalement apocryphe, appartient à la légende du maître, il n’en contient pas moins l'essence même de l'humour dont on sait que le juif viennois était nourri : un humour mêlant le rire et les larmes, affichant un narcissisme inenta­mable face à l'adversité événemen­tielle et permettant à son auteur de supporter cet insupportable qui, sans cela, ainsi que l'illustre le film de Roberto Begnini, La Vie est belle, ferait traumatisme.

Aussi est-on en droit de s'interroger sur la nature et la fonction de l'hu­mour dans l'économie psychique du sujet qui en témoigne, tout comme on peut s'interroger sur sa place et sa fonction dans la clinique. Ne dis­pose-t-on pas là - avec l'humour - d'un indicateur privilégié de la dyna­mique interne de l'humoriste, et ne peut-on y voir, plus précisément, l'indice de la bonne santé psychique de son auteur ?

 

L'humour : un processus intrapsychique

 

 

 

 

 

 

 

 

À la différence de la plupart des pen­seurs qui se sont essentiellement intéressés à la liste inépuisable des techniques et procédés à l'oeuvre dans l'humour, Freud - le premier et long­temps le seul - s'est intéressé aux processus mobilisés dans l’âme de l'humoriste, faisant de cette activité plai­sante le témoignage précieux du fonctionnement salubre de la psy­ché du faiseur.

C'est, en effet, dans les dernières pages de son ouvrage - Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient (1905c) - que Freud appréhende pour la pre­mière fois la nature processuelle de ce phénomène, dont il ne proposera cependant l'élucidation métapsycho­logique qu'en 1927, dans le bref article qui porte son nom (1927d), après avoir signalé sa parenté avec le jeu de l'enfant (1908c). L'humour y est alors présenté comme ce processus intrapsychique appuyé sur le jeu interinstanciel dont rend compte la métaphore bien connue du discours « si plein de sollicitude consolatrice » que tiendrait l'instance surmoïque au moi - « Regarde, voilà le monde qui paraît si dangereux. Un jeu d'enfant, tout juste bon à faire l'objet d'une plai­santerie ! » (1927d) - posant du même coup l'énigme de la nature et de l'ori­gine, probablement maternelles aussi, de l'instance idéale.

On comprend alors mieux cette capa­cité de distanciation dont témoigne l'humoriste à l'égard des vicissitudes de l'existence et son aptitude à ne pas être affecté douloureusement par celles-ci au point d'en être débordé. Par ce processus strictement intra­psychique ne nécessitant nullement, pour ce faire - à la différence de l'es­prit ou du comique-, la présence d'un tiers pour pouvoir s'achever, non seu­lement le faiseur va réaliser l'épargne des affects pénibles que la situation devrait occasionner, mais, en outre, l'énergie ainsi soustraite va se trou­ver transformée en ce plaisir modéré mais victorieux, loin de la décharge hilarante qu'est le sourire d'humour. Par là même, l'humoriste réaffirme­rait son invulnérabilité narcissique, assurant non seulement qu'aucun traumatisme ne peut l’atteindre, mais encore qu'il y trouve matière à gain de plaisir - un plaisir modeste et pré­cieux qui en fait tout le charme. Ce pourquoi le génie viennois, rap­prochant l'humour des processus régressifs ou réactionnels dont use le sujet pour échapper à la souffrance, l'apparente à un mécanisme de défense, dont, toutefois, il consti­tuerait la plus haute des réalisations dans la mesure où le sujet n'aban­donne pas, ici, le terrain de la santé psy­chique. En effet, dans cette mise à l'écart des exigences de la réalité et la suprématie accordée au principe de plaisir que réalise l'attitude humo­ristique, cette réalité n'est pas pour autant méconnue ; cependant, à la différence d'une pensée laborieuse qui s'efforcerait de penser la vanité du monde et la petitesse de celui qui la réfléchit, l'humoriste nous offre d'em­blée, et de manière inattendue, une réévaluation des exigences de cette réalité dont la représentation est maintenue. Autrement dit, ni déni ni refoulement, le processus humo­ristique aboutissant à un renverse­ment de l'affect n'en maintient pas moins la représentation pénible.

 

Humour et souffrance

En veut-on un exemple ?

La vie du spécialiste de l'âme en four­mille et montre bien ce lien indisso­luble entre l'humour et la souffrance dont il peut être l'ultime défense, sin­gulièrement lorsque Anankè tente de lui porter des coups mortels, tel ce cancer à la mâchoire découvert en 1923, qui nécessitera trente-trois opé­rations et le port de prothèses à la douleur térébrante. Et l'on rappellera que c'est dans un contexte de souf­france accrue liée à des pertes et maux divers que Freud produit en cinq jours ce petit papier sur l'hu­mour (1927d).

Ainsi, en novembre 1929, alors qu'il était invité, avec sa femme et sa fille Anna, à prendre le thé chez la chan­teuse Yvette Guilbert de passage à Vienne, Freud se tourna vers le mari de l'actrice et lança ce trait particu­lièrement démonstratif de la tonalité spécifique de l'humour : « Meine Prothese spricht nicht franzözisch. » (Ma prothèse ne parle pas le fran­çais.)

De même, Schur (1972), le médecin de Freud, rapporte qu'en décembre 1938 il remarqua « dans la zone de la nécrose osseuse [...] une tuméfaction nette, très douloureuse, qui ressemblait à un processus inflammatoire. [...] La suppuration devint fétide et Freud eut de violentes douleurs. Nous espérions qu'un séquestre osseux se détacherait et attendions cela avec impatience. » Une situation dont l’évocation, à elle seule, s'avère proprement terrifiante, et que le célèbre chercheur formulera ainsi à Eitingon : « J'attends comme un chien affamé un os qu'on m'a promis, à cela près que ce doit être l'un des miens. »

On saisit ici, sur le vif, ce caractère grandiose que le maître attribue à l'hu­mour, un humour noir comme il l’est souvent, si ce n’est toujours, qui, s'il semble se confondre avec le stoï­cisme, manque cependant de cette résignation qui le caractérise. Car l'humour, loin d'être humble accep­tation de la Nécessité, s'affiche comme son défi : l'humoriste, contraint à la souffrance, oppose à l'inéluctable l'affirmation joyeuse de son intégrité narcissique, faisant la démonstration éclatante de sa capacité de pouvoir continuer à penser - y compris la situation traumatique, et malgré elle.

Aussi, par la possibilité qu'il offre au sujet de prévenir et de circonscrire le risque de décompensation que la situation lui fait encourir, le proces­sus humoristique nous apparaît comme le témoin possible d'un tra­vail d'élaboration en cours ou, à tout le moins, de son amorce. De fait, l'humour constitue bel et bien un indice majeur de résilience et, à ce titre, le garant de la santé psychique de son auteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'humour : un outil au service de la clinique ?

On est alors en mesure de s'interro­ger sur la place et la fonction de ce phénomène tant prisé dans les pra­tiques sociales et, plus particulière­ment, dans la pratique clinique, posant la question de son usage éven­tuel dans l'exercice thérapeutique, voire psychothérapique lui-même. Ne dispose-t-on pas là - avec l'hu­mour - d'un outil privilégié dont la mise en oeuvre et l'usage, neutrali­sant la menace d'effondrement, favo­riseraient ce Durcharbeit attendu de tout travail clinique ?

C'est sans doute en ce sens que Ferenczi, en 1910, conseillait à un Freud en peine : « Face à toutes ces difficultés, je vous souhaite beaucoup d'humour. C'est bien vous qui avez fabriqué la théorie de l'humour, vous devriez aussi pouvoir vous en servir. »

Plus près de nous, et depuis quelques années, c'est à un usage semblable qu'invitent certains cliniciens auprès de sujets hospitalisés, notamment en pédiatrie. Forts des leçons freu­diennes du jeu de la bobine - véri­table mise en scène active de la dou­loureuse expérience de séparation qui, du même coup, en annule la valeur traumatique - les cliniciens, au chevet des petits patients, usent pré­cisément de la mise enjeu symboli­gène des expériences traumatiques - au sens physique cette fois - dont ils sont ou vont être l'objet, afin de leur permettre de maîtriser l'angoisse que ces situations génèrent et - fournis­sant de celles-ci des représentations ludiques - de tenter de les intégrer.

On constate également l'introduc­tion d'amuseurs ou de comiques pro­fessionnels dans les services hospi­taliers infanto-juvéniles, peut-être moins dans l'espoir de fournir les éléments figuratifs et représentationnels nécessaires à un travail inté­gratif, que de favoriser une modifi­cation sur le plan économique, en provoquant cette décharge qu'est le rire qui, à l'instar de l'esprit, s'avère être « la plus sociale des activités psy­chiques offrant un bénéfice de plaisir » (1905c).

 

L'humour ou la possibilité de verbaliser

Ce pourquoi, dans une entreprise de salubrité psychique, à l'esprit ou au comique, on préférera l'humour pro­prement dit, qui - loin de favoriser cette décharge qui laisse le sujet lit­téralement « vidé », dans le souve­nir nostalgique de la brève intempé­rance fusionnelle et jubilatoire passée - vise à l'épargne de ces affects néga­tifs (angoisse, souffrance, pitié, irri­tation, colère, etc.) dont il va, par ce jeu sur les représentations, pouvoir favo­riser la métabolisation.

On comprend alors l'intérêt éventuel chez le clinicien d'un recours à l'hu­mour dans les situations collectives, institutionnelles par exemple, où la « tension » est trop forte. Situations « explosives » dont la vérité est déniée et dont il s'agit de désamorcer la charge sans pour autant la déchar­ger sur le mode d'une hystérie col­lective. L'humour va précisément offrir la possibilité de communiquer et de verbaliser des conflits impos­sibles à assumer s'ils sont exprimés sérieusement et sans voile, indicibles autrement si ce n’est dans le passage à l'acte - car « il est connu qu'en plai­santant on peut dire même la vérité » (1915b)... et même l'apprendre !

Les recherches de ces dernières décennies montrent justement que cet effet facilitateur de l'humour trou­verait sa vérification dans les procé­dures de transmission et d'appren­tissage qui usent de celui-là, en particulier en milieu scolaire. Il en serait ainsi spécifiquement pour l'en­fant manifestant initialement peu d'appétence pour la « chose » scolaire et qui verrait, de par la médiation humoristique, s'accroître ses capaci­tés d'attention et de mémorisation. Resterait, pour le clinicien, à appré­hender, en deçà de ce louable effet, les processus psychiques mobilisés dans la relation pédagogique, qui est d'abord, on le rappellera, une relation intersubjective et inter psychique.

 

L'humour en psychothérapie

En revanche, on peut s'interroger sur la signification et le bien-fondé d'un usage de l'humour en situation duelle, en particulier psychothéra­pique, de la part du clinicien. Que le patient fasse de l'humour ou use de l'humour pour se distancier de ses propres éprouvés et formuler ce qui autrement ne pourrait se dire, soit : il s'agit là, à proprement parler, de cette fonction défensive que peut aussi revêtir l'humour, dont l'usage systématisé rend bien compte de ce refus de l'affect qui l'apparente alors à l'isolation et en fait proprement une résistance ; mais que le théra­peute, comme il s'en trouve, en fasse l'un de ses outils privilégiés nous semble plus problématique, si ce n’est douteux.

On sait que l'humour et les diffé­rentes catégories du risible qui l'uti­lisent constituent un puissant moyen de séduction, cette séduction dont le patient a précisément à s'affranchir lors de cette entreprise de désaliéna­tion que constitue la psychothérapie analytique telle que nous l'a ensei­gnée Freud. Ici, dans la situation ana­lytique, singulièrement en début de cure, c'est à un véritable court-cir­cuitage de l'analyse des défenses auquel se livrerait l'analyste en cédant au jeu humoristique du patient, tout comme il ferait effraction dans la psy­ché de l’analysant en s'y livrant d'em­blée lui-même. L'humour, dans la situation considérée, apparaîtrait davantage à concevoir comme l'in­dice d'un fonctionnement psychique retrouvé ou restauré au terme de la cure, par lequel le sujet témoignerait d'une capacité d'insight telle que l'em­prise par l'affect ne soit pas totale. On voit alors que, si l'humour est bien fondamentalement cette pra­tique solitaire qui rend compte stric­tement de la dynamique intrapsy­chique du sujet, son dévoiement possible se situe dans le nécessaire recours, afin d'être communiqué, à des modes d'expression ou procédés qui - s'ils lui sont apparentés, ne serait-ce que parce qu'ils suscitent le rire - sont loin de poursuivre les mêmes fins et peuvent compro­mettre sa valeur élaborative au pro­fit d'une séduction dont il importe de ne pas méconnaître les effets, sinon les méfaits.

De fait, à côté de cette forme origi­naire de l'humour témoignant d'un processus de secondarisation, pré­conscient, particulièrement fonc­tionnel, il existe des manifesta­tions d'humour forcé ou encore d'hu­mour professionnel dont on peut se demander si leur efficacité psychique garde encore quelque crédibilité. Il s'agit de ces formes mixtes qui mêlent à l'esprit, au comique ou à la grivoiserie, entre autres, cette quantité nécessaire d'humour afin d'entraver un développement d'affects pénibles qui viendrait, comme l'avait déjà bien vu Freud, en éteindre tout plaisir. C'est que ces formes-là ont d'autres visées que l'élaboration à laquelle invite l'humour : elles visent à la satisfaction pulsionnelle - érotique ou agressive - empêchée par la censure interne, la bienséance et les codes sociaux dont elles autorisent, en toute impunité la transgression, impossible autrement. Et l'on sait combien d'exactions peuvent être commises, avec un zeste d'esprit, sans avoir à en payer le prix. Dès lors, on ne peut qu'inviter le clinicien intéressé par ce processus à un travail de différenciation au sein de sa propre pratique. Le concept d'humour, comme on l'aura compris, fonctionne, en effet, aujourd'hui comme une catégorie générique - ou mieux, une catégorie fourre-tout - subsumant l'ensemble des varié­tés du comique dont la manifesta­tion, loin d'équivaloir au témoignage du travail intégratif qu'opérerait l'ap­pareil psychique de l'humoriste, signe plutôt là une fragilité, une difficulté ou un dysfonctionnement de leur auteur qui s'inscrivent davantage dans le registre psychopathologique que dans celui de la santé. Ce pour­quoi, à la différence de l'esprit, de l'ironie, de la dérision ou encore du cynisme, Freud en fait un « don rare et précieux » (1907d) qui, chez son éminent bénéficiaire, s'apparente à un véritable art de vivre.

 

Jean-Pierre Kamieniak Psychanalyste

Maître de conférences en psychologie clinique et chercheur au laboratoire de psychologie des régulations individuelles et sociales de l'université de Rouen

 

 

Le clown et le psy

 

En quoi le travail du clown peut-il aider le psy à repérer ce qui se passe quand il écoute quelqu'un ? Pourquoi le psy ne pourrait-il pas mener son travail psychique et le tordre de rire ? C'est à travers un dialogue entre ces deux personnages que l'auteur nous livre sa réflexion d'analyste.

 

Rencontre improvisée

 

 

 

 

 

 

 

 

Les psychologues, psychanalystes, psychothérapeutes, etc. passent pour des gens sérieux. Leur discours, volontiers alambiqué, exige, le plus souvent, pour être compris, d'être initié à des débats conceptuels pas­sablement abstraits. Leur fréquen­tation est motivée par la souffrance plus que par l'envie - ou la capacité - de s'amuser, et le travail qu'ils conduisent occasionne, semble-t-il, plus de crises de larmes que de cour­batures aux côtes.

Vient à passer le clown... [20] Naïf, pas à l'aise avec les grands mots, irrémé­diablement attaché à la dimension concrète, agie, des choses, tendrement résigné à ses impairs, à ses impuis­sances ; habitué aussi à la démesure des sentiments de toute-puissance qu’il met en jeu sans en être vraiment dupe. Que peut-il bien avoir à dire à ces personnages contenus et sophis­tiqués que sont les «psy » ?

 


 

LE PREMIER CONTACT, À VRAI DIRE, POURRAIT BIEN ÊTRE DIFFICILE...

Habitué à porter sur toute chose un regard ingénu qui secoue les évi­dences, le clown risque de (se) demander pourquoi certaines mines compassées, certains silences, cer­taines froideurs énigmatiques. Peut-être - parce que le clown parle peu mais qu'il est toujours très atten­tif à ce qui se passe autour de lui et à l'intérieur de lui - s'étonnera-t-il quand on lui expliquera doctement que certains grognements minima­listes ou certaines formules obscures sont en réalité une manière élo­quente de dire « À bon entendeur, salut !... » et Dieu sait ce que son ima­ginaire de clown tirera de cette étrange expression.

Mais il se peut aussi que, derrière les tics de la gent psy, le clown per­çoive le désarroi, mais aussi la déter­mination à tenir, en dépit de sa propre fragilité, le choc de la souf­france, des demandes, des impasses psychiques. Peut-être, le clown, spontanément empathique avec tout et tous, sentira-t-il se mêler à sa per­plexité de la curiosité, de l'intérêt pour ces personnages étranges, éter­nellement en quête de la vérité des autres... et de la leur. Peut-être même aura-t-il l'intuition d'une certaine parenté : l'artifice du nez rouge n'est-­il pas, après tout, comme celui de la règle fondamentale, une manière d'instaurer un décalage par rapport à soi-même, dans lequel une expres­sion inédite de soi peut se frayer un chemin ? Expression qui laisse bien souvent son auteur pantois, tandis que ceux qui la reçoivent manifes­tent par une explosion de rire, ou par une émotion plus discrète, la cer­titude de vivre un moment de grande authenticité.

S'il est vrai que ces moments d'ou­verture à une vérité méconnue sont au coeur des « impros » du clown comme des « séances » ou des « entre­tiens » de psy, alors clowns et psy vont, peut-être, pouvoir échanger un salut : les uns et les autres doivent, en tout cas, être de bons entendeurs. Peut-être même vont-ils pouvoir par­ler boutique. C'est-à-dire que les psy prendront sans doute le risque d'échafauder une métapsychologie du travail clownesque, tandis que les clowns tendront aux psy un nez rouge secourable en leur proposant de venir jouer avec eux.

À ce point de cette rencontre impro­visée, les choses risquent de se com­pliquer beaucoup pour moi : étant à la fois psychanalyste et clown, je sens venir le moment où la psy va fron­cer les sourcils, la susceptibilité en alerte, tandis que ma clown [21], radi­calement dépassée par ce flot de dis­cours, va se planter, ébouriffée au milieu de la scène en prenant le public à témoin d'un très authen­tique sentiment de ne plus savoir où tout cela mène.

 

UN PEU D'ORDRE, DONC ET À CHACUN SON CADRE.

Celui du psy est bien connu. Ce qui l'est moins, c'est la manière de le tenir, de faire face à ses dérives, de surmonter les aléas de la navigation. Celui du clown est l'objet d'une litté­rature beaucoup moins copieuse [22] ; il est pourtant lui aussi « fonda­mental ».

Le cadre du travail de clown, c'est une scène, un public, des coulisses où l'acteur chausse un nez rouge, se choisit un chapeau, un costume... et fait le vide, dans l'espoir que son clown pointera le nez dans l'impro­visation qui commence.

L’acteur entre en scène, vide d'inten­tion, sans autre projet que celui d'im­proviser, seul ou en compagnie d'un ou deux comparses, en respectant les règles du jeu de clown et la structure de jeu qui a été proposée. Improviser, ce n'est ni raconter une histoire ni jouer un sketch, mais, « simple­ment », laisser son clown vivre un moment de sa vie. L'improvisation peut avoir un thème prédéfini, des éléments de décor peuvent avoir été disposés sur scène à l’insu du ou des acteurs, des contraintes de jeu peu­vent avoir été fixées. Mais toutes ces contraintes n'annulent pas l'obliga­tion fondamentale de l’acteur : ne rien préparer, jouer avec ce qui vient, avec ce qui se passe au moment précis où il est sur scène.

Pas facile de dire avec des mots ce qu'est le clown, ce que signifie « trou­ver son clown » [23]. Pour le spectateur, en revanche, l'évidence est totale : le clown est là ou pas. Les choses, de ce

point de vue, se jouent dès la sortie des coulisses : si l’acteur a renoncé à faire rire, à plaire ou à « réussir son impro », il va pouvoir laisser son clown être, c'est-à-dire, être traversé par des images, des émotions, des envies de dire ou de faire telle ou telle chose qui surgissent dans l'instant.

Le clown, s'il est là (!), accueille ces images, ces affects, ces pulsions et les joue ; il les communique au public par tous les moyens d'expression mis à sa disposition. Mais, en même temps qu'il donne cette vérité de l'ins­tant - et s'il n'est pas « vrai », la sanc­tion est immédiate, le public décroche -, il doit conserver un minimum de recul, garder un regard - le regard du clown précisément - sur ce qui lui arrive et ce qu'il est en train de faire.

 

LA RENCONTRE

« - Tiens, dit le psy, c'est vrai que ce n'est pas sans rapport avec la règle de la libre association ; dire tout ce qui passe par la tête, sans trier, sans juger...

- Souvent, c'est difficile. L'acteur est embarrassé, il ne sait plus où il en est, il n’ose pas, il se sent vide, il a peur du public, ou il veut en faire trop pour lui plaire...

- Tiens...

- Oui, je sais, cela vous fait penser aux résistances, au transfert, tout ça. En plus, il n'y a pas que le public, il y a aussi les autres clowns : l'acteur doit aussi être conscient de ce qui se passe pour le partenaire, ne jamais ignorer ce qu'il manifeste ni refuser les propositions de jeu qu'il avance, et cela, que ça lui plaise ou non. Le clown doit donc, à la fois, entendre ce que dit, propose, craint l'autre clown, et rester attentif à la manière dont lui-même ressent cet autre et ses initiatives. Ce n'est pas commode puisqu'il faut être attentif à l'autre sans perdre sa consistance propre. Si le clown « cède » à la proposition de l’autre en oubliant de s'écouter lui même, il perd toute présence scénique et toute capacité à relancer le jeu. S'il refuse d'entendre les propositions de l'autre, il annule son partenaire à qui il faudra, à son tour, beaucoup de force pour jouer avec ce refus et réintroduire dans le jet les sentiments de rejet, d'inexistence que lui inflige la conduite de l'autre.

- Mais c'est tout à fait une mise en jeu de la problématique de l'altérité, de la recherche d'une bonne distance entre soi et l'autre, de la capacité à rester sujet à côté de l'autre sans s'égarer ni dans la fusion ni dans la tentation d'annuler l'autre... ou soi même.

- Tout juste Auguste, si j'ose dire. Le problème est que les clowns sons comme les autres bipèdes, infiniment variés dans leur manière de se débrouiller avec la difficulté d'être. Il y a des clowns entre lesquels la rencontre s'opère spontanément, facilement. Les imaginaires se nourris­sent, les émotions jouées par l'un sont partageables ou, au moins, tolérables par l'autre, chacun se sent suffisamment en sécurité avec l'autre qui lui semble suffisamment lisible dans son jeu.

Dans d'autres cas, c'est beaucoup plus difficile : l'autre clown, on n'y comprend rien, et puis il a des idées trop tordues, ou trop vulgaires, et puis il est trop dominateur, ou trop passif, il colle trop, il n'écoute pas, ou pas comme on voudrait, bref on ne peut pas jouer avec lui. (Là vous pourriez dire que cela vous évoque le contre-transfert... excusez-moi, vous aviez peut-être la tête ailleurs, ou alors je me mêle de ce qui ne me regarde pas...). Heureusement, quand on ne parvient pas à jouer avec un clown, on peut encore jouer avec le fait qu'on ne peut pas jouer. On peut jouer là, séance tenante - si vous me passez l'expression - le fait que ce clown-là, on ne sait pas par quel bout le prendre. On peut mettre au jour - pour soi, pour le public, pour l'autre clown aussi - comment l'on vit cette non rencontre. La justesse de ce sen­timent d'échec, de colère, de peur, de défiance, de chagrin, sera alors un moment fort pour le public et sans doute un moment éclairant (vous diriez peut-être interprétatif) pour le partenaire.

- Et si le clown ne parvient pas à cla­rifier ce qui se passe ?

- Ce n’est pas le clown qui n'y arrive pas. C'est l'acteur qui, ne pouvant contenir quelque chose, donne congé à son clown et reste seul en scène avec son malaise. Cela arrive, bien sûr, et plus souvent qu’on le voudrait Les psy aussi, je suppose qu'il leur arrive de se faire embarquer... Je crois qu'ils ont recours, dans ces cas-là, pour retrouver la terre ferme, à un contrôleur de la navigation analy­tique ; le clown, quant à lui, s'en sort grâce à une dernière et salvatrice obli­gation de l'acteur : regarder le public. Sans arrêt, le clown prend à témoin les personnes présentes et, d'un regard, fait le point sur son état. Lorsqu'il ne sait plus où il en est, qu'il pense surtout à disparaître au plus vite dans les coulisses, ou lorsqu'il sent confusément qu'il joue faux, il peut encore s'appuyer sur le public. Le public, en effet, voit très bien ce qui est en train de se passer sur scène, il perçoit les enjeux, les décalages, les malentendus, les complicités qui se nouent entre les clowns et il n'a qu' une attente : que les clowns accep­tent la vérité de cette situation et en explorent les ressorts inattendus mais fulgurants de justesse. C'est cette adhésion inconditionnelle du clown à la vérité de l'instant qui fait jubiler le public, et lorsque l'acteur perd le contact avec son clown ou avec le partenaire, un regard au public - un vrai regard, habité - le renseigne assez précisément sur sa dérive et le ramène dans le jeu, pour peu qu'il préfère un désarroi authentique à une prestance de façade... »

Le désarroi... Le psy a le regard dans le vide ; un vide rempli, comme celui du clown, d'images, de souvenirs, d'émotions parfois douloureuses...

Se pourrait-il qu’on parvienne à appri­voiser le sentiment d'être mauvais, de ne pas savoir s'y prendre, les craintes d'être sourd ?

Se pourrait-il - se prend à rêver le psy - que le clown m'aide à adoucir un peu les remontrances ravageuses de mon sur-moi professionnel ? Se pourrait-il que « mon clown » aide « mon psy » à repérer ce qui se passe quand j'écoute quelqu'un ?

Le clown fait quelques tentatives pour sortir le psy de sa rêverie et signale au public par une mine désappoin­tée qu'il aurait bien aimé poursuivre cette conversation.

Mais il faut aussi savoir terminer une impro. Et le clown quitte la scène à reculons, confiant au public le soin de veiller sur le psy, abîmé dans une profonde réflexion sur le surgisse­ment des processus primaires dans le travail du clown...

 

De l'improvisation à la collaboration

Cette rencontre entre clown et psy n'est pas, on le devine, restée sans suite...

Le clown a découvert, non sans fierté, qu'il tutoie sans le savoir les grandes épreuves du processus de subjecti­vation. Il ne sait pas ce que cela veut dire, ni ce qu'il peut en faire, mais quand même...

Le psy a découvert, non sans soula­gement, que l'on peut mener un tra­vail psychique rigoureux et se tordre de rire. Ça ne change pas grand chose au travail quotidien, mais quand même...

Peu à peu, le psy a pris l'habitude de recourir au nez rouge : pour ne pas se noyer dans la gravité, pour ren­flouer sa liberté de penser, naviguer dans les émotions sans craindre d(e) (s')échouer. Petite coquille de plas­tique rouge, le nez de clown est un merveilleux canot de sauvetage : emporté au fond d'une poche, il vient, le moment venu, relancer celui « qui se croit » (comme on dit implaca­blement dans les cours de récréation) vers l'eau vive de l'inattendu.

De là à s'imaginer que tous ceux qui s'embarquent dans un travail d'écoute trouveraient avantage à se munir d'un nez rouge, il n'y a qu'un pas qui fut vite franchi lorsque deux « psy clowns » se rencontrèrent et décidèrent, après quelques improvi­sations mouvementées, de s'acoqui­ner pour proposer des sessions de travail de clown destinées aux pro­fessionnels de la relation et dont un vieil adage résume l'argument « Écoute bien ordonnée commence par soi-même [24]. »

 

Des psy à l'école d'improvisation des clowns ?

Si l’idée d'utiliser le nez rouge pour former les psy me semble tout sauf... clownesque, c'est quelle s'est impo­sée à moi comme les raccourcis s'im­posent parfois aux promeneurs : on suit un chemin tortueux et ingrat et, tout à coup, on aperçoit une sente agréable qui paraît aller dans la bonne direction. Elle n’est pas marquée sur la carte, tant pis, il faut bien un peu d'improvisation dans les itinéraires. Mais reprenons le chemin au point de départ.

La formation initiale et continue des psychologues butte constamment sur un obstacle agaçant : on apprend beaucoup de choses dans les études de psychologie, mais, paradoxale­ment, ce qui est au coeur du métier, à savoir la capacité à accueillir l'autre tel qu il est et à l'écouter avec un mini­mum de filtres n'est guère travaillée de manière systématique.

Faute de temps ou de moyens pour aborder cette dimension intime de la professionnalité du psy, on s'en remet, sans vraiment en débattre, à la nécessité pour chacun de faire une « démarche personnelle ».

L'institution formative ne peut impo­ser un travail de ce type et cette obli­gation implicite crée une sorte de point aveugle (sourd ?) au centre même de l'apprentissage. Quelque chose d'essentiel à l'exercice profes­sionnel s'acquiert (ou pas) en dehors de la formation, chacun s'arrangeant, comme il peut, de ce détour par la sphère privée dans la construction d'une légitimité professionnelle publique.

Cette question de la formation des psy est complexe et conflictuelle, comme en témoignent tant l’histoire des institutions psychanalytiques que les débats actuels des divers « états généraux » qui cherchent des issues institutionnelles à une situation confuse.

Je ne me risquerai pas ici à entrer dans ces débats, mon propos est plus modeste et plus pragmatique : l’ex­périence de la formation initiale des psychologues à l'université comme celle des groupes d'analyse des pra­tiques menés avec des professionnels confirmés confronte à des difficultés récurrentes qui me semblent très liées à cette relative impasse des forma­tions académiques sur la dimension relationnelle du métier. D'un autre côté, le travail du clown m’a fait décou­vrir des ressources inespérées pour sortir de cette impasse et travailler ces difficultés de manière intensive, systématique... et ludique.

Quand, au démarrage d'une forma­tion à l'entretien, on demande aux professionnels ce qui les amène à suivre ce perfectionnement, les réponses tournent souvent autour des mêmes difficultés : comment faire face à l'agressivité ? comment faire avec sa peur, sa colère ? com­ment réussir à dire non ? comment éviter de se sentir dépassé ? com­ment ne pas sortir du cadre ? com­ment, en un mot, garder la « maî­trise » de l'entretien ?

Cette formule « maîtrise de l'entre­tien » figure souvent dans les fiches de postes des métiers de l’écoute. On la retrouve - explicitement ou non - dans les demandes de formation des professionnels qui vivent l'absence de maîtrise (de soi, de l'entretien) comme une marque d'incompétence. Ce sentiment douloureux d'insuffisance, voire d'insécurité professionnelle, doit beaucoup à une représentation pernicieuse de la compétence comme maîtrise que les formations académiques tendent à renforcer : le peu de temps disponible pour patauger dans les difficultés toujours renouvelées du travail dans et sur la relation contribue à faire de la « capacité d'écoute » un indicible idéalisé mais jamais travaillé [25]. Pour ne pas déroger à cet idéal, les professionnels sont conduits à se forger les instrument conscients (« grilles » d'entretien ou d'interprétation, par exemple) et inconscients (toute la panoplie des mécanismes de défense) de cette maîtrise, quitte à ne plus rien pouvoir entendre.

On l'aura compris, le travail du clown permet une révolution copernicienne dans le travail d'écoute puisqu'il s'appuie, au contraire, sur la non maîtrise, l'ouverture à l'inattendu, l'improvisation. Un entretien n'est-il pas précisément, une improvisation à deux voix, où, par définition, rien n'est déterminé a priori ?

Le psychologue ne maîtrise pas plus l'entretien que le kayakiste ne maîtrise la rivière. Pour l’un comme pour l'autre, il s'agit de naviguer « au fil de l'eau », en étant à chaque instant attentif à la direction et à la force du courant comme à sa propre position ou à la précision de ses gestes. Il faut repérer les rapides, évaluer les contre-­courants, sentir la gîte. Ce qui ne signifie pas s'en remettre au hasard. Improviser, ce n'est pas bricoler mais composer, sur le champ, avec l'im­prévu, voire l'imprévisible. Cela ne se fait pas sans entraînement, sans apprentissage. Surtout, cela ne se fait pas sans être perdu, en panne, autant de fois qu'il est nécessaire pour acquérir une connaissance intime et non terrifiante de ces moments d'in­tense désarroi où l'on ne sait plus à quel saint se vouer.

La plupart du temps, les profession­nels de l'écoute font cet apprentis­sage « sur le tas », dans l'angoisse de mal faire, sans savoir à qui parler de leurs tâtonnements et de leurs bévues ou dans la crainte d'être mal jugés par les pairs, les responsables, etc. Cette situation, très inconfortable, on en conviendra, favorise l'acquisi­tion de réflexes de survie plus que l'élaboration, nécessairement lente, d'une capacité - souple et sereine parce que résignée à l'imperfection - d'accueil de l'autre et de soi-même. Le travail du clown offre, au contraire, un espace de jeu où l'on peut, en sécurité sinon sans angoisse, prendre « devant tout le monde » le risque de rater, d'être mauvais, sot, maladroit, buté, désarçonné, coincé, brutal, naïf, peureux, envahissant, envahi, ébloui, exaspéré... Un espace où l'on peut s'autoriser toutes les errances et tous les « comportements négatifs », parce qu'on les explore sous la triple pro­tection du regard malicieux du clown, du soutien complice du public et de la vigilance de l'animateur, attentif à ce que l'analyse des improvisations porte sur la technique du travail de clown et non sur les raisons « psychologiques » supposées qui expli­queraient tel ou tel moment de blo­cage de l'impro.

Et comme on rit beaucoup, on continue, jusqu'à découvrir le plaisir d'improviser et de constater que « se planter », ce n’est pas si grave. Ce qui compte, c'est d'être aussi juste que possible, au sens où on le dit d'un chant. Et tant pis pour le poète, les chants désespérés ne sont pas nécessairement les plus beaux !

Christine Trémolières-Revuz Psychanalyste Professeur de psychologie

 

De l’humour en psychothérapie [26]

Actuellement, les praticiens de la ganté mentale se préoccupent de plus en plus de l'humour en psychothérapie. Quelle application peut-il y trouver ? Quand est-il approprié ? Pourquoi et comment se manifeste-t-il chez le patient ou le thérapeute ? Telles sont les questions auxquelles Jean-Luc Sudres tente de répondre dans cet article.

Voilà une problématique à même de susciter quelques sourires circonspects, à défaut d'effluves de discrédits, engluée dans la dynamique d'ob­jectivation qui traverse actuellement le champ pléthorique des techniques psychothérapiques.

Jadis S. Freud (1905, 1927, 1928), tout comme H. Bergson (1940), nous a instruits sur la place de l'humour dans la vie psychique et sociale de l'humain. Cette entité distillerait-elle un sérieux fort méconnu ? Ne sommes-nous pas là en présence d'une de ces limites émotionnelles de la conduite humaine, à la fois si banale et si sophistiquée, quelle s'exclut paradoxalement des travaux de recherche ? D'ailleurs, la littérature, même sous couvert de l'investigation du rire, affiche en son endroit une parcimonie déconcertante...

L'humour serait-il vraiment un genre psychothérapique mineur, un sous-produit dans l'accès aux processus de changements d'un sujet en proie à des difficultés ? Peut-il se conjuguer à l'instar d'un art psychothéra­pique majeur ?

 

Du diagnostic à l'indication

Tenter de circonscrire l'humour dans un cadre en apparence médical surprendra quelque peu. Le détour n’est pourtant pas sans impact clinique !

 

UN DIAGNOSTIC D'HUMOUR ?

Au regard des quelques travaux sur les rires toxiques, les rires neurolo­giques et les rires psychiatriques, la tentation d'édifier une sémiologie, voire une nosographie de l'humour, se révèle séduisante dans le champ psychopathologique. Cependant, dès qu'un éloignement de l'assimilation de la seule réponse « rire » à l'humour en général se consomme, cette tentation se relativise considé­rablement.

Que l'hystérique use de la produc­tion humoristique verbale dans ses exhibitions et stratégies de séduc­tion, que le phobique s'en empare comme d'un mécanisme d'évitement de la situation phobogène, que le maniaque en abuse dans ses modalités de pseudo dominations, que le paranoïaque ne puisse jouir d'elle que sur un mode agressif tourné vers l'extérieur, que le schizophrène l'emploie à son insu par la voie du néo­logisme, de la métaphore ou encore de la discordance, etc., tout cela appartient à des tableaux cliniques fort peu pathognomoniques et bien connus du psychopathologue. De même, l'investigation de l'appro­priation (perception et compréhen­sion) de l'humour, menée par des procédures comparatives tant avec des sujets normaux, névrosés, psychopathes, maniaques que schizo­phrènes, de tranches d'âges variées, n’objective aucune différence significative. Autrement dit, la production humoristique, quelle qu'elle soit, ne constitue qu'un élément et un simple outil de diagnostic d'une affection mentale.

En revanche, si nous empruntons la voie de la clinique psychopathologique, il apparaît pertinent d'explorer la place de l'humour dans la genèse structuro développementale et créa­tivo génétique du sujet (Sudres, 1998). Cela permet :

Ø      d'apprécier la qualité des relations précoces parents enfant, ainsi que la capacité du sujet à se détacher des objets pour jouer et créer ;

Ø      de disposer d'une intelligibilité plus fine des difficultés présentées et des mécanismes de défense opé­rationnels ;

Ø      d'évaluer le potentiel d'humour mobilisé et mobilisable. De là, peut découler une stratégie d'introduction de l'humour dans la prise en charge psychothérapique.

 

D'INDICATION EN CONTRE-INDICATION

Force nous est de constater que l'emploi de l'humour en psychothé­rapie :

Ø      dépend de l'âge du praticien. Plus ce dernier est jeune et moins il consi­dère cette modalité de soin comme une alliée positive ;

Ø      repose davantage sur un juge­ment intuitif/subjectif pris dans la dynamique de la rencontre trans­férentielle / contre transférentielle que sur une technicité maîtrisée.

Le recours à l'humour doit pragma­tiquement relever du type de psy­chopathologie présenté par le sujet. Comment ne pas rappeler que son usage risque d'augmenter la discor­dance initiale du schizophrène tan­dis que chez le dépressif en phase d'état, par exemple, il engendrera des affects négatifs d'incompréhen­sion, voire la perception d'une moquerie. Par ailleurs, il convient, eu égard aux effets physiologiques générés par nombre de productions humoristiques [27] de s'enquérir de l'état cardio-vasculaire et respiratoire du sujet afin de prévenir tout acci­dent somatique.

Que le meilleur de l'humour puisse côtoyer le pire, et nuire aux proces­sus de changement psychothéra­pique, ne justifie en rien la parci­monie avec laquelle il est prescrit ! Rappelons simplement que cette « prescription » se révèle appropriée lorsque le sujet :

Ø      ne parvient pas à se dire, tout en s'enfermant dans une compréhen­sion verbale stérilisante ;

Ø      présente une rigidité communi­cationnelle et/ou une inhibition anxio dépressive ;

Ø      affiche des modalités de coping peu efficaces.

 

Quelques fonctions de l'humour...

 

DU CÔTÉ DU PATIENT

La plupart des patients arrivent en psychothérapie surannés de défenses, afin d'affronter un mythique com­bat périlleux.

Chamarrés d'armes psychiques, l'encombrement guette, la liberté de fonctionnement s'estompe, l'im­possible maîtrise totalisatrice s'es­souffle... La chute compulsive peut alors advenir par un humour opé­rant en soupape cathartique. Le patient s'accorde ainsi un temps de récréation et de re-création.

Au décours de la psychothérapie, l'emploi de l'humour permet au patient de :

Ø      procéder à des esquives perlabo­ratrices, d'explorer des limites, de former des compromis et d'éprou­ver l'anticipation. Véritables temps de pause, il ouvre le sujet à un gain énergétique notable par le double jeu d'une diminution des pulsions répri­mées et d'un déliement répressif. En cela, la dimension « humour / défense » apparaît d'autant plus adap­tative qu'elle n’emprunte pas la voie du refoulement, tout en assurant le succès pulsionnel, le respect des défenses et de la réalité (Szafran, 1981) ;

Ø      viser la vérité sans la nommer. Telle une stratégie de détour étayée sur le décalage d'un malentendu pour se faire entendre de soi et du praticien, il drape son pourvoyeur d'une sauvegarde narcissique.

L'inacceptable peut se dire et accéder à un processus de dédramatisation par sa mise en bissociation créative. Le Surmoi se retrouve alors, tout aussi ponctuellement que soudai­nement, surinvesti par le Moi du sujet modelant un autre réel.

Il débouche sur une résolution conflictuelle qui s'accorde le privi­lège d'un fonctionnement jouissif avec restauration de l'estime et affir­mation de soi.

Tel un Janus, il existe, à côté, ou encore, intriquée aux aspects posi­tifs sus évoqués, une face négative. Le patient risque, en effet, d'utiliser un humour :

Ø      répétitif à l'instar d'une compul­sion obturant tout changement et élaboration ;

Ø      mortifère pour se dévaluer, voire s'auto flageller dans un processus punitif fort bien représenté par la position de bouc émissaire ;

Ø      clownesque et de pitrerie, afin de paralyser la relation transféren­tielle / contre transférentielle.

Lorsque ces formes négatives de l'humour surviennent au décours d'une prise en charge, elles signent généralement la présence d'une vulnérabilité affective et/ou d'une altération de l'alliance aidante trans­férentielle, dont la composante auto­destructrice ne doit pas être négli­gée. En cure analytique, la fréquence de « l'humour défense » contre les affects peut déraper en « humour de défense », que D. Lagache nomme pertinemment « écran affectif » ou encore « ricanement intérieur ».

Quoi qu'il en soit, le patient qui intro­duit l'humour dans la situation psy­chothérapique jouit d'une décharge pulsionnelle autorisée et reconnue. Il offre ainsi au praticien une com­munication à plusieurs niveaux de décryptage ; ce qui signe un pronos­tic favorable.

 

DU CÔTÉ DU PRATICIEN

Avec le maniement de l'humour, le praticien parvient à :

Ø      faciliter l'alliance thérapeutique par une démystification du proces­sus thérapeutique, une levée des inhi­bitions et l'introduction d'un refuge toujours possible face à la déliaison anxieuse ;

Ø      proposer par des séquences « MSC [28] », baignant dans des identi­fications héroïques, des conduites adéquates pour faire face à des situa­tions tant dans le champ psychothé­rapique que social ;

Ø      neutraliser, sans heurt castrateur, les projections négatives tout en dépassant les stéréotypes contre-pro­ductifs ;

Ø      procéder à une activation effec­tive, sans recours à l'interprétation, des mécanismes perlaboratifs et des processus élaboratifs ;

Ø      disposer d'un indice pour évaluer l'investissement thérapeutique.

Somme toute, le moment de son introduction dans la dynamique demeure difficilement codifiable et/ou standardisable, même si quel­ques recettes semblent se dégager de pratiques individuelles.

Rares sont les praticiens dépourvus d'humour ou bien opposés à son usage. Quand il n'apparaît pas dans les entrelacs de la dynamique psy­chothérapique, il convient de s'in­terroger sur la manière dont nous l'étouffons... En revanche, lorsque ses effets n’apportent guère de chan­gement, cela signe un dysfonction­nement majeur de la démarche psy­chothérapique. Le praticien peut insidieusement s'emparer de l'outil humour pour, d'une part, se défendre contre sa propre anxiété et éviter d'en­tendre le patient, et, d'autre part, contenir un contre-transfert négatif sous une pseudo séduction.

Au sein de la cure, le danger pour l'analyste réside dans son désir et/ou ses réponses fréquentes à l'humour de l’analysant par une appréciation quelle qu'elle soit. En ces cas, il s'éloigne de l'analyse du contenu des réponses produites et risque de suc­comber à une érotisation transfé­rentielle (Bergeret, 1973).

La neutralité humoristique bien­veillante est un art sollicitant de manière accrue l'analyse des proces­sus transférentiels / contre transférentiels.

 

DU CÔTÉ DU GROUPE

En plus des fonctions sus déve­loppées, l'humour apporte, dans le groupe psychothérapique, un quan­tum de cohésion et de réassurance associé à une diminution des ten­sions et de l'anxiété. Le tout permet­tant aux mécanismes de l'illusion groupale et aux divers modes de sémiotisation (langagière, corporelle, plastique, spatio-temporelle, etc.) de s'épancher dans l'ici et le maintenant avec davantage de pertinence via des changements créatifs.

Lorsque, eu égard aux réserves pré­cédemment développées, patients et praticien(s) l'utilisent dans la dyna­mique groupale, il se tisse une invite à la créativité. Un auto dévoilement paradoxalement sous-tendu par la gratuité, la spontanéité et le plaisir de chacun s'édifie.

 

DU CÔTÉ DE L’ÉQUIPE INSTITUTIONNELLE

L'étude de l'humour émanant de l'équipe institutionnelle apparaît négligée et considérée comme indé­pendante des processus psycho­thérapiques à l'oeuvre. Cependant, lorsqu'il se déploie librement dans une équipe, il advient en facteur princeps :

Ø      de cohésion, de performance et de créativité dans le traitement des difficultés présentées par le patient ;

Ø      d'investissement, d'engagement et de performance du praticien dans la situation psychothérapique ren­contrée.

À l'inverse, sa disparition dans les interactions des membres d'une équipe constitue un des indices car­dinaux de burn-out.

Bref, envisagées de manière holis­tique, les fonctions lubrifiantes de l'humour se colorent d'un contenu modulable, tenant davantage d'un repérage indicatif que d'un savoir constitué, dont les impacts cliniques s'appliquent à toutes populations.

La psychothérapie, quelle qu'elle soit, commence souvent par la redéfinition d'un problème pour lequel l'humour offre une carte de jeu maîtresse.

 

L'humour thérapie une nouvelle technique médiatisée

Voilà presque vingt ans que H. Rubinstein, dans un livre à l'intitulé déroutant Psychosomatique du rire, nous proposait d'ériger sur des tech­niques physiques et ludiques une thérapie par le rire : la « Gélothérapie ». Si le « Programme Gélos ne connut guère de succès auprès des soignants, l'idée d'une tech­nique d'un rire thérapeutique a cheminé...

Le début des années quatre-vingt­-dix marque un véritable tournant avec, notamment, l'introduction, en France, par le dermatologue danois, D. Sutorius, d'ateliers de dévelop­pement personnel axés sur la force curative et transformatrice du rire, et la création, sous la houlette de C. Simonds, de l'association « Le rire médecin », qui fit entrer les clowns dans les services de soins pour enfants.

Par-delà l'ère du cognitif et des modèles médicamenteux, les prati­ciens de la santé mentale se préoc­cupent aujourd'hui de l'humour (et non plus de l’une de ses productions : le rire). Ils découvrent, par exemple, avec curiosité la Thérapie provocatrice de F. Farrely et J. Brandsma (1994), mais ils demeurent très frileux pour accorder à ces techniques le statut de véritables thérapies médiatisées. D'ailleurs, il suffit de partir en quête du mot humour dans l'incontour­nable inventaire des psychothérapies de N. Sinelnikoff (1993) pour revenir bredouille...

Actuellement, seule la bibliothéra­pie humoristique bénéficie avec les ouvrages de A. Brauner (1997) et M. Nabati (1997) d'un attrait que les cognitivo comportementalistes exploitent, depuis longtemps, dans les techniques d'affirmation et d'estime de soi. Rappelons qu'il suffit de plonger un sujet dans une ambiance humoristique pour observer un assouplissement des freins associatifs et un accroissement de la pensée divergente fort béné­fiques pour résoudre les difficultés psychiques. Les impacts théra­peutiques de « la récréation humo­ristique » justifient pleinement, à l'instar de nos voisins anglo­saxons, l'aménagement de véri­tables Humour-Room à même de se substituer, par exemple, à la grisaille dépressiogène de nombre de nos salles d'attente. De là, à l'édifica­tion « d'ateliers d'humour » ou plus précisément « d'ateliers psycho­thérapiques à médiation humoris­tique », s'étend le pas d'une innova­tion clinique à franchir...

L'intégration d'humoristes dans les équipes de santé mentale, tout comme l'adaptation humoristique de techniques de stimulation de la créativité (Brainstorming, Synecti­que, Table de concassage, etc.) per­mettraient de résorber nombre de difficultés pour des sujets (entre autres) rétifs à des démarches psy­chothérapiques orthodoxes.

Jean-Luc Sudres

Maître de conférences en psychologie CERPP, université Toulouse-Le Mirail

 

L’humour chez les suicidants

 

En quoi l'humour peut-il venir neutraliser un sentiment d'angoisse ? Quel lien existe-t-il entre pulsion de mort et humour ?

Sylvie Bourdet-Loubère nous éclaire ici, à travers sa pratique clinique, sur l'utilisation de l'humour défense chez les sujets suicidants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l'opinion courante, faire de l’hu­mour c'est avoir une forme d'esprit qui cherche à mettre en valeur, avec drôlerie, le caractère ridicule, inso­lite ou absurde de certains aspects de la réalité, qui dissimule, sous un air sérieux, une raillerie caustique, ou, encore, comme le dit Bergeret, « un sérieux qui se dissimulerait sous un air d'ironie, de gaieté et d'imprévu ». L'humour est proche de l'esprit, ren­voyant à « trait d'esprit » ou « mot d'esprit », exprimant par là une idée ingénieuse ou une répartie piquante. Freud a d'ailleurs traité d'un point de vue psychanalytique ces formes du comique que sont l'humour et l'es­prit avec vingt ans d'intervalle. Mais l'humour peut se rapprocher aussi de l'ironie, qui est définie comme une raillerie consistant à ne pas don­ner aux mots leur valeur réelle ou complète, ou encore faire entendre le contraire de ce que l'on a dit.

Ainsi, les ambiguïtés de la commu­nication sont en deçà du jeu com­plexe où l'humour commence, quand l'autre est posé non plus en simple interlocuteur mais en spectateur complice, par des voies et dévoiements qui lui échappent.

Et déjà, l’humoriste aussi stratège froid joueur qu'il se veuille, quand il les fraye, ces voies, trouve toujours dans celle qu'il emprunte un point par où elle lui échappe, et c'est par cette échappée-là qu'il fait naître l'hu­mour ; c'est au point où il ne s'ap­partient pas que son public lui appar­tient. Car l’humour intervient souvent au moment où on l'attend le moins, dans une situation qui devrait natu­rellement donner lieu à des affects pénibles et douloureux. Or, une réflexion barre la route à ces affects, et c'est la libération d'une certaine gaieté qui surgit en place et lieu des sentiments de gêne ou de douleur.

Partant de cette irruption, fracture, effraction où, dans l'étendue lisse des normes et sur la platitude des lan­gages établis, une déchirure se pro­duit, où l'humour s'engouffre, pétant parfois rien d'autre que cette pure irruption, connotée d'horreur, de sacré, d'obscène, ou de la simple angoisse où l'être rappelle le néant par sa menace d'y retourner.

L'horreur en tant qu'atteinte des limites du langage au-delà des­quelles serait le néant est à la pointe de l'humour. Toute la masse érotique et agressive à l'oeuvre dans le langage reflue dans l'humour sans autre usage possible, et c'est ce qui nous étonne, nous choque et soulève en nous le rire qui balaie tout sur son passage.

La caractéristique de l'humour n’est pas sans analogie avec la négation, car, de par son exercice, le contenu pénible accède à la conscience. Ainsi, l'humour, dit Freud, « peut être consi­déré comme la manifestation la plus éle­vée des réactions de défense. Elle dédaigne de soustraire à l'attention consciente, comme le fait le refoulement, le contenu de la représentation lié à l'affect. »

Or, ce que je nomme point d'horreur, là où un sujet est enlisé dans son image, dans sa souffrance, et dans son deuil, dans le deuil qu'il tente d'en faire, c'est aussi l'absence de mot, doublée de l'enjeu d'en produire un, un mot qui s'enracinerait dans la souffrance, permettant ainsi de la déraciner. Mais ce point d'horreur ne semble pas vécu comme tel, dans l'horrible et l'indicible, hors de toute représentation symbolique.

L'irruption de l'humour et le dépla­cement d'affect qu'il opère sont vécus sans douleur, car le principe de réa­lité va être démenti, au profit du prin­cipe de plaisir qui triomphera, grâce à ce système mis au point dans l'en­fance qui permet de rejeter les affects pénibles que peut entraîner une situation réelle.

Ainsi, Freud a-t-il écrit, à ce propos, que « le sublime tient évidemment au triomphe du narcissisme, à l'invulné­rabilité du moi qui s'avère victorieux. Le moi se refuse à se laisser entamer, à se laisser imposer la souffrance par la réa­lité extérieure, il se refuse à admettre que les traumatismes du monde exté­rieur puissent le toucher. »

Le point d'horreur, ou d'angoisse, pose la question de la mise en mot de l'équivalence possible entre l'agir et le dire (l'agir pouvant être ici la tentative de suicide et le dire, celle d'une explication, d'une causalité, qu'elle soit unique ou multivoque). Or, un mot ne se donne et ne se nomme qu'en séparant la chose d'elle-même, ce qui, du coup, le dis­socie de lui-même. Et c'est par là qu'un mot peut faire rire, en réper­cutant sur le corps cette vibration séparatrice.

Mais où se situe le point de liaison entre pulsion de mort et humour ? Pourquoi le suicidant a-t-il recours à ce dernier pour évoquer sa tentative de suicide ? La mort, qui est un phé­nomène universel et inéluctable, ne semble revêtir un aspect sacré, posant le problème de l'éthique, que pour l'espèce humaine, qui est, selon l'ex­pression de Voltaire, « la seule qui sache qu'elle doit mourir ».

Ainsi, le suicidant serait cet enfant terrible qui, par son acte, trahit à la fois les vivants et les morts, car il rompt le pacte en tentant de mourir de sa propre main. En effet, le res­capé du suicide semble être un fauteur d'énigme, car cet acte, déjà porteur d'une énigme singulière pour celui qui l'a commis, devient l'épicentre d'une propagation de l'énigmatique, interpellant l'entou­rage proche, les thérapeutes et la recherche scientifique. Car, le plus souvent, le suicidant se relève inter­loqué ou atterré par son geste et ne peut rien en dire. De sorte que le pro­cessus de passage à l'acte suicidaire semble s'absoudre dans ses fonde­ments structurels, et l'acte lui-même absorber dans ses prémisses un après-coup traumatique recouvrant d'une réalité incontournable tous les prologues imaginaires qui oeuvrèrent à son explosion.

Or, dans cet après-coup, quelques jours après le passage à l'acte, voilà que surgissent des traits d'humour dans le discours du sujet relatant sa tentative de suicide. Seule aspérité sur les parois trop lisses du mystère suicidaire, cette observation ouvre ici un champ de réflexion autour de la métapsychologie de l'humour et de la mort.

Ce qui nous amène donc à nous interroger sur ce à quoi est confronté le sujet suicidant lorsqu'il a à parler de sa tentative de suicide.

Les entretiens centrés autour du geste suicidaire que j'ai menés avec plusieurs sujets, entre deux et huit jours après leur passage à l'acte, m'ont clairement indiqué que le sujet est, à ce moment-là, confronté à l'angoisse, qui semble intervenir à plusieurs niveaux :

Ø      angoisse d'avoir à mettre leur acte en mots ;

Ø      angoisse d'avoir à évoquer les rai­sons qui les ont conduits à com­mettre cet acte ;

Ø      angoisse d'avoir à envisager une éventuelle récidive ;

Ø      angoisse issue des sentiments de honte et de culpabilité.

Face à cette angoisse, il semble­rait que certains suicidants utili­sent l'humour comme si, par ce moyen, ils cherchaient à neutraliser ce sentiment d'angoisse, à désinves­tir la situation pénible, à minimaliser son impact négatif et, finalement, à la retourner en quelque chose de positif.

Ce qui ferait donc de l'humour ce que l'on nomme en psychopatho­logie un mécanisme de défense. Afin d'argumenter cette hypothèse, je vous propose donc d'envisager, selon un point de vue métapsycholo­gique, quelques caractéristiques de l'humour, en nous appuyant sur les travaux de Freud, datant de 1920.

 

Un mécanisme de défense

D'un point de vue dynamique, Freud a envisagé, dès 1905, l'humour comme détachant la représentation pulsionnelle de son affect gênant puis agissant sur une partie de l'énergie liée à cet affect. Les variétés d'affects réutilisés ensuite au service de l'hu­mour comprendraient, entre autres, la pitié, le dépit, l'attendrissement ou le dégoût.

Ainsi, le suicidant faisant de l'hu­mour à propos de sa tentative de sui­cide balaie l'affect pénible, dévalori­sant, au profit d'un nouvel affect, moins coûteux pour le moi, qu'il fait naître en lui, et chez celui qui l'écoute. De fait, une jeune femme que j'ai rencontrée dans l'après-coup de sa cinquième tentative de suicide m'a-­t-elle dit : « De toute façon, il va falloir que j'essaie autre chose que les veines... j'ai plus de place à la main droite et déjà que je rate mon coup comme ça, alors de l'autre main !... »

Ainsi, en humorisant son propos, elle chasse l'angoisse relative à la pos­sibilité de recommencer, et elle se revalorise narcissiquement par le rire, dans le but de combler le senti­ment d'échec de sa vie et même de ses tentatives de mort.

Du point de vue énergétique, on note que la satisfaction pulsionnelle latente, accordée par l'humour, per­met l'épargne d'une dépense affec­tive gênante et douloureuse au pro­fit d'un apport hétérogène utilisable. « Le moi, explique Freud, se refuse à se laisser imposer la souffrance par les réalités extérieures. » Il s'agit donc bien ici d'un triomphe de la libido narcissique, remportée et renforcée grâce à l'énergie retirée à la libido objectale, c'est-à-dire un triomphe du narcissisme secondaire. Il est donc évident que, si l’humour résulte d'un retrait de l'énergie préalable­ment dirigée sur l'objet, ce retour de dynamisme, alors centré sur le moi, opère aussi une récupération par le moi des résultats positifs des anciens investissements objectaux. Par l'hu­mour, l'énergie pulsionnelle est libé­rée, retirée aux affects gênants, tout en arrivant à satisfaire les processus primaires et en se déchargeant de façon immédiate et directe.

Le sujet suicidant se raccroche ainsi à une mise en scène de ses affects où la surprise par l'inattendu opère ses effets de détente et de satisfac­tion, sans jamais sombrer dans l'in­cohérent ni dans l'absurde, comme cela se produit parfois lorsque le sujet ne peut avoir accès qu'à des méca­nismes de défense plus précaires et plus coûteux pour le moi, comme le clivage ou le déni. Ainsi, l'humour est-il capable de réaliser de façon ima­ginaire et imagée le symptôme du sujet au niveau du contenu latent. Freud range résolument l'humour dans la série des méthodes que la vie psychique de l'homme a édifiées en vue de se soustraire à la contrainte de la douleur. Ainsi, l'humour, par son besoin de démentir certains aspects de la réalité, et par sa néces­saire affirmation du principe de plai­sir, semble pouvoir s'apparenter à un mécanisme de défense, au même titre que le déplacement, la négation ou le refoulement. Ce mécanisme vise à déplacer les affects douloureux au profit d'une décharge pulsionnelle neutre, et à renforcer les assises nar­cissiques du sujet, ce qui en fait un mécanisme de prédilection pour des sujets suicidants en situation d'an­goisse difficilement gérable et d'ef­fondrement narcissique.

Dans l'humour, on assiste à une transformation de l'énergie liée au déplaisir en énergie déchargeable en plaisir, grâce à la régression, au manque de sérieux infantile, sans perte de la réalité. En ce sens, l'hu­mour évite donc la répétition du déplaisir lié à la tentative de suicide et ses conséquences, tout autant que la répétition des autres moyens défensifs contre l'angoisse qu'en­gendre ce type d'évocation. On peut donc dire que l'humour semble res­ter au service de l'Éros, malgré le fait qu'il permette, sous une forme ori­ginale et grâce à des détours parti­culiers, une expression pulsionnelle à connotation agressive, dans le sens où il constitue une vengeance contre l'objet de façon acceptable vis-à-vis du surmoi et susceptible, en même temps, de restaurer la faillite narcis­sique, tout en évitant l'expression de l'affect d'amertume.

L'humour des suicidants naîtrait donc d'une menace ressentie au niveau de l'intégrité narcissique, et donc d'un renforcement narcissique, grâce à une manipulation inhabi­tuelle de l'objet, d'une opération nar­cissique en soi, dans son économie même, puisque le sujet suicidant fait avant tout de l'humour pour lui-­même, pour se restaurer et pour retrouver le plaisir narcissique à la fois.

Nous savons que, dans l'humour, l'énergie psychique est considérée comme s'écoulant librement et qu'un affect se trouve séparé d'une repré­sentation gênante pour se voir réin­vesti au niveau d'une autre repré­sentation. Freud parle à ce propos d'un déplacement, qu'il qualifie de technique propre à décevoir l'affect, au moment où celui-ci se trouvait déjà tout prêt à se déclencher, et de technique tendant ainsi à fournir un réinvestissement sur une autre repré­sentation, inattendue et paraissant souvent accessoire, comme le montre cette anecdote.

Une femme d'environ quarante ans, que j'ai rencontrée à l'hôpital après une tentative de suicide par accident de la route, m’a tenu le discours sui­vant : « Quand je suis sortie du coma, à l'hôpital, j'ai vu une infirmière noire qui était à côté de moi. J'ai un peu repris mes esprits, j'ai commencé à me rappe­ler de tout, de cet arbre que je me suis pris exprès, de mes jambes pleines de sang, et j'ai vu ma jambe, j'ai vu mon os à nu... alors, j'ai imaginé l'infirmière dans la savane avec mon os dans les cheveux, comme dans les tribus, vous savez, le folklore quoi. et je me suis mise à rire, mais à rire... la scène était trop drôle, mais elle, elle a pas ri... »

Ainsi, nous avons ici un exemple de la manière avec laquelle l'humour parvient à enrayer l'automatisme répétitif du choix entre la souffrance ou le refoulement ; il est arrivé ici à épargner la souffrance, en réussis­sant à soustraire en déplaisir une énergie qu'il parvient à restituer dans la voie de la décharge de plaisir. Et pour parvenir à cette fin, l'humour n’a pas eu besoin de faire disparaître du domaine conscient des repré­sentations primitivement liées à un affect angoissant.

 

Rôle et fonction de l'humour

Si l’on part donc du postulat que l'hu­mour serait pour certains suicidants un mécanisme de défense possible et efficace pour lutter contre la souf­france et l’angoisse qu'engendrent la remémoration et l'évocation du geste suicidaire, nous pouvons nous demander quels seraient dans ce cas-là son rôle et sa fonction.

Peut-être peut-on comprendre l'hu­mour, dans ce cas précis, comme une façon de suppléer à ce qui se trou­vait autrefois correspondre au rôle de pare-excitation de la part de la mère. De fait, le sujet, grâce au tra­vail de l'humour - c'est-à-dire un tra­vail d'élaboration conduisant du latent au manifeste - parvient à rame­ner cette réalité trop brutale qu'est sa tentative de suicide à une représen­tation plus simple et plus aména­geable, réduisant l'aspect négatif, destructeur et désorganisateur de son geste. En effet, les mécanismes employés par le travail psychique qu'est l'humour (qu'il s'agisse de condensation, de sublimation, de symbolisation ou de surdétermina­tion) contribuent à une élaboration psychique des excitations séparant affects et représentations toutes les fois où le maintien de leur liaison apparaît comme source de déplaisir, permettant ainsi de nouveaux réin­vestissements. C'est cette élabora­tion des excitations, jointe aux modi­fications énergétiques obtenues, aux nouvelles liaisons réalisées, aux nou­veaux modes de décharges possibles, qui font de l'humour une défense contre l'angoisse provoquée par le fait d'avoir à parler de son acte sui­cidaire.

Le rôle de l'humour chez le sujet sui­cidant apparaît donc comme étant à la fois une formation de compromis (dans la mesure où il y a satisfaction pulsionnelle, à la fois obtenue et modifiée) et une formation substi­tutive dans la mesure où la satisfac­tion est cependant obtenue, sous une forme inattendue, et en apparence insolite par rapport au domaine de l'excitation primitive.

Ainsi, l'humour, une fois réalisé, par­vient à se moquer tout autant de son objet que des propres défenses qui lui interdisaient auparavant la décharge pulsionnelle à l'égard de ce même objet. Devant l'afflux d'excitations constituant une menace pour son intégrité, le narcissisme récupéré permet une recharge énergétique du moi qui se traduit par une élabora­tion psychique suffisante pour l'éta­blissement d'une nouvelle voie de décharge.

Ainsi, la fonction principale de l'hu­mour pourrait-elle être une fonction de liaison, dont le but est de triom­pher sur la menace de répétition compulsive de la situation angois­sante. L'humour semble donc per­mettre une économie de mécanisme coûteux pour le moi, qu'il s'agisse de refoulement, de clivage, de déni, de même qu'une économie d'agression et de répression, tout en détendant le sujet, en lui procurant une certaine satisfaction issue de la victoire qu'il emporte sur lui-même.

Le but de l'utilisation de l'humour dans cette situation paradoxale qu'est l'après-coup suicidaire, situé entre pulsions de vie et pulsions de mort, s'avérerait donc, outre la satisfaction pulsionnelle, être un gain de plaisir, qui s'apparente à une satisfaction narcissique de se découvrir maître de jouer avec ses propres affects, pour en retirer un bénéfice et non de la douleur.

Il semble alors que l'humour puisse s'apparenter à un mécanisme de défense consistant à mettre à l'écart les exigences de la réalité au béné­fice de la suprématie du principe de plaisir. Le travail de l'humour consis­terait de ce fait à considérer que la personne du suicidant retire l’accent psychique de son moi pour le dépla­cer sur son sur-moi. Grâce à ce dépla­cement, le sujet peut faire une sorte de deuil des investissements qui le mettent en danger de souffrir ou de ressentir de l'angoisse, et se place vis-à-vis de ceux-ci comme une ins­tance parentale qui consolerait un enfant en ces termes, et je cite Freud « Regarde, voilà le monde qui te parais­sait si dangereux... un jeu d'enfant, tout juste bon à faire l'objet d'une plaisante­rie... ».

Sylvie Bourdet­-Loubère Docteur en psychopathologie Psychologue

Attachée temporaire d'enseignement et de recherche

 

 

Mesurer l’humour

 

 

 

 

 

Après une période de profond engouement, la psychométrie de l'humour semble être tombée dans l'oubli. Cependant, nombre de tests étayés sur des dessins ou des histoires humoristiques ou encore sur des traits de personnalité peuvent être considérés comme des outils complémentaires d'analyse de situation. Quel avenir ?

 

Depuis le début de ce siècle, les acteurs des sciences humaines n'ont cessé de s'essayer à circonscrire par la mesure objectivante l'intelligence, la personnalité, la créativité... lais­sant partiellement en marge le domaine de l'humour. Est-ce à dire que la psychométrie de l'humour ne présente aucun intérêt pour la pra­tique des sciences humaines ? Les quelques outils psychométriques de l'humour qui traversent aléatoi­rement la littérature posent une foule de questions. Lesquels devons-nous privilégier dans la clinique quoti­dienne ? Quels éléments socio-affec­tifs tentent-ils d'appréhender ? Leurs contenus peuvent-ils se limiter à des histoires et/ou dessins stimuli ? Convient-il de se focaliser sur l'éva­luation de la compréhension, de l'ap­préciation ou de la production humo­ristique ?

 

Intelligence et humour

En 1915, E. Webb puis J. C. Garnett (1919) définissent l'humour au décours des premières analyses fac­torielles sur l'intelligence. Il apparaît à ce moment-là comme un facteur spécifique (Cleverness) caractérisé par la promptitude d'esprit.

De cette veine d'études émerge la pre­mière épreuve d'humour (Objective Humor Test for Children) mise en rap­port avec le niveau intellectuel d'en­fants scolarisés. La forte corrélation constatée (.89) ouvre, pour les décen­nies suivantes, un vaste débat contra­dictoire. Celui-ci sera pondéré par l'apparition du concept de « créa­tivité » qui prendra le flambeau brûlant du rapport à l'intelligence (Sudres, 1992).

En réalité, lorsque le praticien pro­cède à un examen attentif de ces divers travaux, il s'aperçoit qu'ils ont été menés, d'une part, avec des sujets de tranches d'âge différentes, et, d'autre part, avec des outils de concep­tion et nature éloignées. Toute étude catamnestique devient donc obsolète et sans fin !

 

De l'engouement à l'oubli psychométrique

Après l'engouement anglo-saxon, c'est au tour du Français E. Claparède (1934) de mesurer l'humour à partir d'un choix de dessins humoristiques et de légendes. Cette procédure, qui convoque à la fois la perception, la compréhension et la production d'humour, sera reprise et adaptée de multiples fois.

Au décours de la Seconde Guerre mondiale, l'Anglais H. J. Eysenck construit une échelle de drôlerie sur l'étayage d'échantillons de dessins et d'histoires humoristiques essentiel­lement glanés dans la presse grand public de l'époque. Contre toute attente, il en fait une des pièces car­dinales des tests d'humour qu'il contribuera à largement diffuser (Eysenck, 1943).

À nouveau, l'humour traverse l’Atlantique pour réapparaître avec la plume de F. C. Redlick, J. Levine et T P. Sohler (1951), sous la forme d'un test de gaieté (Mirth Response Test) bâti en trois étapes complémentaires :

Ø      la première consiste en l'examen attentif de quelques trente-six des­sins humoristiques ;

Ø      la seconde conduit à les classer en trois piles distinctes d'appréciation (aimés, indifférents, non aimés) ;

Ø      la troisième invite le sujet à s'ex­primer sur ses choix.

Outre la parenté de procédure avec le TAT de H. A. Murray ou encore le Psychodiagnostic de H. Rorschach, ce test constitue, avec celui de H. J. Eysenck, une des modélisations clef de voûte de cette première moi­tié de siècle.

Peu à peu, la psychométrie de l'hu­mour a acquis ses lettres de noblesse au point de prendre place aux côtés des tests de personnalité et d'intel­ligence. J. Delay, P. Pichot et J. Perse lui consacrent, en 1955, un chapitre entier dans leur ouvrage de réfé­rence Les Méthodes psychométriques en clinique. Cependant, moins d'une décennie plus tard, elle disparaît des manuels les plus classiques, au pro­fit, semble-t-il, des tests d'aptitudes artistiques et des tests de créativité. Aujourd'hui, les catalogues des édi­teurs de matériel psychométrique, qu'ils soient francophones ou nord américains, n’offrent aucun outil sur le domaine de l'humour ! Attribuer cette disparition aux relents philosophico-sociologiques de la concep­tualisation de l'humour, aux succès de l'entité « créativité » ou bien encore aux déploiements de l'ère du cogni­tif ne suffit pas pour expliquer ce phénomène d'oubli (Sudres, Fourasté et Moron, 1992).

 

Le renouveau de l'évaluation humoristique

À côté des outils fantaisistes diffu­sés par quelques magazines en mal de sensationnel pseudo scientifique, un examen minutieux de la litté­rature internationale révèle l'exis­tence de travaux forts pertinents dans ce domaine. La quinzaine d'outils standardisés, remplissant correcte­ment les critères de fidélité, de vali­dité et de finesse discriminative, se déploient en des orientations spéci­fiques : dessins, histoires, traits de personnalité.

 

L'ÉTAYAGE SUR DES DESSINS HUMORISTIQUES

L'épreuve la plus classique consiste, à l'instar de la procédure utilisée par F. Bariaud (1983) dans son étude sur la genèse de l'humour chez l'en­fant, à demander un classement de dessins sans légende en « drôles » et « pas drôles ». Au cours de cette opé­ration, l'ensemble des réactions du sujet est consigné afin de disposer d'une information minimale sur la perception/appréciation humoris­tique corroborée ou non par les apports d'une étape d'enquête. Par delà la similitude procédurale avec les tests projectifs précédemment évoqués, il suffirait d'amener le sujet à conférer une légende à chacun des dessins présentés pour s'inscrire dans le registre de la production d'humour et disposer d'une épreuve beaucoup plus performante. C'est d'ailleurs ce que D. Ferchaud (1987) a réalisé avec son épreuve humoris­tique des « héros frustrés », directe­ment inspirée des tests de frustra­tion de S. Rosenzweig.

D'autres investigations, comme celle de D. M. Brodzinsky et J. Rubin (1976), consistent à solliciter une légende pour des dessins humo­ristiques à thématiques neutres, sexuelles et agressives en référence à la métapsychologie freudienne. Plus récemment, P. Derks et D. Hervas (1988) se limitent à réclamer la production d'une légende pour des dessins stimuli humoristiques sélectionnés sur un consensus.

 

L’ÉTAYAGE SUR DES HISTOIRES HUMORISTIQUES

Par-delà les épreuves pragmatiques, consistant en l'audition d'histoires drôles sur supports audiovisuels avec observation éthologique et/ou enre­gistrement biophysiologique des réactions d'humour d'un sujet, arrê­tons-nous sur le 3W-D Humour Test de W. Ruch (1984).

Basé sur cinquante blagues et cin­quante dessins humoristiques à ranger sur une échelle en sept points, allant de « drôle » à « ennu­yeux », il évalue la compréhension humoristique ainsi que la perception de l'incongruité et du non-sens. Sa facilité d'utilisation et sa pertinence exploratoire l'ont conduit à des tra­vaux de révisions et d'adaptations avec mise à disposition d'étalonnages pour diverses populations.

 

L'ÉTAYAGE SUR DES TRAITS DE PERSONNALITÉ

Dès le début des années soixante-dix, les Scandinaves proposent, par la voix de S. Svebak (1974), un outil nova­teur : le Sense of Humor Questionnaire (SHQ). Composé de trois sections de sept questions chacune, cet auto ­questionnaire vise respectivement l'évaluation de :

Ø      la sensibilité habituelle aux mes­sages et situations humoristiques (exemple : « Reconnaissez-vous facile­ment une lueur ou un léger changement d'intonation comme un signe d'humour voulu ? ») ;

Ø      l'appréciation ou non des situa­tions comiques (exemple : « Les per­sonnes qui cherchent toujours à être drôles font partie des gens irrespon­sables sur lesquels on ne peut pas comp­ter ? ») ;

Ø      la tendance habituelle à favoriser ou à anéantir les affects de joie (exemple : « J'apprécie les personnes qui tolèrent toutes sortes d'exutoires émotionnels. »).

La notation sur une échelle de Likert autorise tant un repérage fin de la perception/compréhension de l'hu­mour que sa place dans la structu­ration individuelle du sujet. Quelques années plus tard, les Canadiens R. A. Martin et H. M. Lefcourt (1983) élaborent, dans le même ordre d'idée, le Coping Humor Scale (CHS). Très court (sept items), il offre une appréciation directe de la manière dont l'humour permet de faire face à des situations person­nelles et sociales difficiles. Dans une optique psychodynamique, nous par­lerions volontiers d'une approche du mécanisme « d'humour-défense ». Bien que R. A. Martin et H. M. Lefcourt aient publié, moins d'une année plus tard, le Situational Humor Response Questionnaire (SHRQ) qui constitue une évolution de leur instrument initial, le CHS demeure, pour le praticien, l'outil le plus pragmatique en clinique quo­tidienne.

La majorité des outils existants se heurte à la pierre d'achoppement de la définition de ce qu'ils mesurent. Sous la dénomination « humour », les uns appréhendent l'apprécia­tion/perception, la compréhension, la production humoristique, les autres traits de personnalité, voire, parfois, tout à la fois avec des arte­facts conséquents.

 

Avenir psychométrique... ?

Si le paysage actuel de la psychomé­trie de l'humour tend à ressembler à quelques steppes septentrionales, son développement dépend :

Ø      d'abord, des praticiens qui, en France comme ailleurs, n’accordent quasiment aucun intérêt à ces outils comme le confirment toutes les enquêtes ;

Ø      ensuite, des enseignants, dont l'at­trait pour quelques modes évaluatives les conduisent à mettre dans la parenthèse de l'oubli cette part de la psychométrie ;

Ø      puis, des chercheurs et concep­teurs de techniques évaluatives, davantage préoccupés par les modé­lisations structurales et informa­tiques ou encore par des investiga­tions de la personnalité en procédure « Big Five » que d'entités aussi molles que l'humour ;

Ø      enfin, des éditeurs, dont les regards se tournent vers les nouvelles tech­nologies et des consommateurs aux­quels ils inculquent quelques besoins.

L'avenir de la psychométrie de l'hu­mour tient dans les mains de ces acteurs et des futures mutations socio-économiques. Quant à être pour ou contre ce type d'outillage, il s'agit d'un débat obsolète auquel Coluche (humoriste français bien connu) attribuerait un de ses fameux aphorismes : « Je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire ! ».

 

Une version détaillée de ce travail est parue dans Roux G. et Laharie M., 1998, L'humour. Histoire, culture et psychologie, Pau, Société internationale de psychopathologie de L'ex­pression et d'art-thérapie.

Jean-Luc Sudres Maître de conférences en psychologie

CEPPP, université Toulouse-Le Mirail


 

Parlez-nous d'humour.

L'humour est une sorte d'aptitude à saisir les aspects insolites qui deviennent comiques, soit sur le plan visuel, soit au travers des jeux de mots.

C'est l'insolite de la chute alors qu'on pense que la personne va continuer ; ça fait rire. Les gens drôles comme Woody Allen ou Oscar Wilde sont capables, immédiatement, par le langage, de transformer une situation pénible en une situation drôle. Quand on demande à Woody : Men qu'est-ce que c'est que d'être bisexuel, il répond que ça vous donne deux chances le samedi soir.

C'est donc quelqu'un qui fait d'une question apparemment médicale quelque chose d'insolite et de drôle. Et ça facilite l'existence. On le voit bien à l'hôpital les patients qui sont capables de percevoir le côté comique de certains excès administratifs. Quand on vous demande quelquefois de remplir certains papiers, c'est parfois tellement bizarre et incongru que vous avez deux façons de faire soit vous les déchirez et ça vous crée des ennuis soit vous le prenez un peu à la rigolade et vous en faites quelque chose d'insolite pour que ce soit supportable. Les gens qui sont capables de jeux de mots peuvent mieux supporter les difficultés de l'existence ; ça permet de modifier autour de soi ce qui est difficile. Quand l'humour est bon, quand les gens sont très compétents, ils parviennent à maîtriser toutes les situations. Dans la pratique, il faut faire très attention. Il faut pouvoir accueillir l'humour des patients, même s'il s'exerce à vos dépens. En tant que thérapeute, dans la mesure où la personne qui vient demander de l'aide, qu'elle le veuille ou non, se met en situation non pas d'infériorité mais de demande et vient vous exposer une souffrance, il faut faire très attention.

Quelquefois, effectivement, quand il y a des situations trop difficiles, on peut s'en sortir en utilisant avec précaution quelque chose qui peut faire sourire l'autre. Certains malades m'accueillaient le matin avec des plaisanteries sur leur état, alors qu'ils n'allaient pas bien. Ils tournaient en dérision leur propre situation, et, ça, c'était important de l'entendre. Il faut entendre, s'asseoir et attendre la suite.

L’humour en milieu hospitalier est souvent très défensif : je me souviens d'un médecin parlant d'une malade qui avait une atteinte cérébrale. Elle était au staff, elle était très ennuyée et elle dit : « Tout ce qu'elle sait c'est répéter bonjour ! » Un des autres médecins lui a répondu : « Tu as de la chance qu'elle ne te dise pas adieu ! » Tout le monde a ri, cela a détendu l'atmosphère et, en même temps, cela soulignait le caractère tragique. Il lui a dit : « Ta malade est foutue », aimablement, drôlement. D'une certaine façon ça a un peu détendue l'atmosphère et, en même temps, ça a permis à ce médecin de franchir le cap, d'accepter que cette patiente, qu'elle connaissait bien, qu'elle aimait bien, allait passer de l'autre côté. C'est tout à fait le genre de jeu de mots qui permet à la fois de détendre et de tenir le coup.

Nicole Alby Psycho-oncologue à la Ligue contre le cancer

 

Parlez-nous d'humour.

L’humour, c'est d'abord un moment imprévu, c'est une situation qui déstabilise par rapport à ce que l'on pouvait attendre d'une conversation ou d'une rencontre. C'est trouver le plaisir là où l'on avait rendez-vous avec le tragique. À côté de l'humour, on trouve souvent la souffrance, la colère et d'un seul coup, ça dérape, ça fait volte-face et on se retrouve décalé par rapport à la trajectoire attendue, c'est ce qui fait rire. Lors d'un entretien avec les victimes, ça n'arrive quand même pas tous les jours. D'emblée, c'est pratiquement triste. On n'a pas l'esprit à plaisanter, mais c'est peut-être justement à cause de ce contexte que ça peut se produire. On peut rire ensemble, et parfois aux éclats, et ça surprend les autres, de l'autre côté de la cloison. C'est un décalage : quelqu'un arrive avec la mine défaite et on l'entend rire. À ce moment-là, il y a une vraie rencontre. Une connivence et une confiance se sont instaurées.

On entend la même chose que le sujet ; on s'entend, dans les deux sens. Ça dépasse le fait d'être compris c'est une marque d'existence vis-à-vis de l'autre, parce que si on permet à l'humour de surgir, c'est une victoire, une connexion inconsciente, un instant magique venu d'on ne sait où, qui repart aussitôt et vous laisse content. L’humour, c'est aussi une issue de secours, on se sauve et on sauve la personne avec soi. C'est une échappée quand on arrive à un moment où l'on ne pourra pas rattraper l'autre parce que l'on va vers un effondrement physique. On cherche un moyen de dégagement, il va falloir doser. L’humour est alors une bouée de secours, une voie de dégagement, peut-être l'inverse d'un contenant face à quelqu'un qui bascule.

Christophe Baroche, Psychologue Medivapp91, association d aide aux victimes à Évry

 

Parlez-nous d'humour...

L’humour entre dans ma pratique, mais plutôt vis-à-vis de mes collègues. Plus les situations sont douloureuses, plus on fait de l'humour pour dédramatiser. Plus c'est compliqué, parce que ça nous renvoie à beaucoup de souffrance, plus on va faire de l'humour. Ça se ressent dans les réunions, quand on travaille ensemble sur une situation. Nous faisons beaucoup de jeux de mots, beaucoup de blagues, peut-être même trop. Avec certains collègues, ça devient difficile d'être sérieux par rapport à une situation, parce que tout de suite c'est tourné en dérision. Je pense que c'est un peu ma faute ; peut-être qu'au départ je n'ai pas su mettre certaines limites !

Avec les jeunes et les familles c'est différent. Pour faire de l'humour, il faut avoir une certaine familiarité que je ne m'autorise pas dans les entretiens. Je ne serais plus à la bonne distance et ça révélerait un aspect de moi que je n'ai pas envie de montrer dans ce cadre-là. Il y a notre fameuse neutralité, même si à la PJJ, avec des enfants, on n'est jamais complètement neutre, sinon ça ne peut pas passer.

Peut-être que c'est un tort car on reçoit des enfants dépressifs, tellement en souffrance qu'à la limite, si j'arrivais à les faire rire, ce serait déjà un début dans le travail thérapeutique.

Avec des petits enfants (six-huit ans) qui me tutoient, je plaisante plus facilement.

En revanche, des jeunes, en entretien ou en groupe, vont plaisanter assez facilement, y compris sur leur propre situation, ou parce qu'ils ont fait un lapsus, s'en rendent compte et en rient. Mais ce sont surtout les filles qui rient de leurs lapsus, peut-être laissent-elles leurs émotions s'exprimer plus facilement.

Christina Binet­ Psychologue à la protection judiciaire de la jeunesse, Chartres.

 

Parlez-nous d’humour

L'humour est une présentation un peu décalée sur un mode positif d'un certain nombre de sujets qui entraîne chez celui qui le pratique et chez celui qui le reçoit, des sentiments plutôt heureux.

Dans la pratique des cellules d'urgence médico-psychologique, l'humour n'a pas trop de place car nous intervenons essentiellement dans l'immédiat de l'événement, ce n'est sûrement pas la période où l'on va se mettre à faire de l'humour : la situation ne s'y prête pas, la réceptivité des personnes que l'on vient aider non plus. L’humour doit être manié avec beaucoup de précaution, c'est un outil qui peut être parfois utile dans les prises en charge psychiatriques, mais il doit être utilisé à bon escient. L’humour est assez répandu au SAMU, chez les équipes d'urgentistes somaticiens, qui partent en permanence secourir des détresses vitales. Ces professionnels sont très souvent confrontés à des situations dramatiques, parce qu'au-delà de la seule pathologie somatique, il y a bien entendu tout le contexte de détresse humaine qui, à l'évidence, retentit sur les personnels médicaux et paramédicaux. Souvent, donc, plutôt au retour d'intervention, l'un des mécanismes de défense mis en place devant cette détresse, c'est cet humour assez grinçant, parfois cynique et plutôt noir. Il aide à mettre la distance nécessaire, à essayer de se protéger face à ces situations. Les équipes de « psy » n'interviennent pas aussi fréquemment que leurs collègues somaticiens et ça reste pour le moment quelque chose d'assez nouveau, même si, sur Paris et d'autres grandes villes, on pratique cette activité d'urgence médico-psychologique depuis cinq ans. Ça reste une activité à découvrir. Chaque intervention est source d'enseignement et, en même temps, on peut penser que les personnels psy ont moins tendance à utiliser l'humour, ou peut-être ne l'utilisent pas au sein de l'équipe, comme moyen de défense. Au retour de mission, nous aurons plutôt tendance à essayer de pratiquer un débriefing rapide, à chaud, entre nous, parce que ca correspond plus à notre pratique, à notre conception pour essayer de gérer l'impact de l'événement. Ça fait partie de notre culture. L'humour peut venir en second lieu, mais nous avons d'autres moyens pour ce qui est de ces retours de mission à chaud. Nous sommes peut-être plus à même de discerner les différents aspects des détresses, car l'objet même de notre intervention c'est d'aller au devant de la détresse morale. Un certain nombre de pathologies mentales sont le reflet de la théorie que l'individu s'est constituée par rapport à l'existence, à son rapport avec les autres. Ces théories sont un ensemble de postulats et de croyances qui permettent d'avancer et d'évoluer dans l'existence. Probablement qu'un certain nombre de troubles psychiques sont dus à des théories qui se sont constituées petit à petit depuis l'enfance et qui ne sont pas adaptées totalement à la réalité quotidienne.

Le système de croyance de l'individu, très complexe, ne lui permet pas de réagir de façon adaptée face à telle ou telle situation, et l'un des buts d'une psychothérapie est d'essayer de modifier ce système de croyances et, selon les cas, en s'attaquant à différents niveaux. Psychothérapies plutôt cognitives pour s'attaquer à certains postulats de base pour les faire s'exprimer et, ensuite, pour tenter de les modifier. Psychothérapies d'inspiration psychanalytiques qui, elles, vont essayer de repartir à l'origine de ces croyances, notamment à partir des expériences de la petite enfance, et de rediscuter, de retrouver les problèmes qui étaient à l'origine. Là encore, c'est tout le problème de la théorie de l'existence qui est en chacun de nous et qui est la cible des psychothérapies. Pour être amené à rediscuter ces croyances, l'humour, parce qu'il apporte un autre point de vue, un décalage, peut être un outil intéressant pour amener l'individu à considérer d'une autre façon ce qui, pour lui, était fixe et intangible, quand les croyances sont discutables, évidemment. Dans ce cadre-là, on peut se permettre d'utiliser l'humour, il rentre alors dans un processus. Mais chacun d'entre nous n'est probablement pas aussi doué pour pratiquer l'humour, il faut avoir une certaine aptitude pour le pratique, au bon moment, et pour que la personne, en face, soit en état de recevoir l'humour, d'en tirer partie. Le processus psychothérapique est proche de cela.

En ce moment, je vois énormément de victimes qui connaissent des situations dramatiques très sérieuses ; il est donc très difficile de faire de l'humour sur les événements traumatiques.

De même, j'ai toujours beaucoup de mal à entendre des gens dire : « Il faut positiver. » C'est difficile de positiver un viol, je trouve. En revanche, on peut éventuellement partager avec le patient un certain humour concernant quelques conséquences du traumatisme. On peut plaisanter sur l'évitement, par exemple. L’humour peut aussi être une façon de souligner les progrès que font les patients, ça aide à renforcer les améliorations.

La victimologie relève du soin psychiatrique ou psychique mais aussi d'autres champs, en particulier ceux de la justice et de la sécurité sociale. Les victimes évoluent dans ces contextes, elles se frayent un passage dans une jungle administrative, judiciaire avec des procédures très complexes qui, de temps en temps, par leur complexité même, peuvent prêter à rire. De temps en temps, mes patients m'amènent des compte rendus des jugements quand ils sont impliqués dans des procès et nous essayons de dépouiller ensemble le langage abscons des tournures qui correspondent au langage professionnel des gens de justice mais qui n'est pas du tout le langage du commun. C'est aussi un signe de bonne santé psychique de pouvoir rire des complexités administratives. À partir du moment où un patient dépressif va commencer à répondre à une tentative de trait d'esprit qu'on peut faire au cours des consultations, ça veut dire qu'il s'est amélioré. L'humeur d'un patient authentiquement dépressif n'est pas sensible à l'humour. Ce n'est que quand il sort de son état dépressif qu'il va de nouveau être sensible et que même s'il continue à avoir une tonalité plutôt triste, de temps en temps, on va lui arracher un sourire qui montre qu'il est de nouveau capable d'appréhender Les aspects positifs de l'existence. L’humour entre dans la façon dont on est avec l'autre, et c'est vrai que quand ce n'est pas trop « lourd », trop fréquent ou trop systématique, ça ajoute un plus dans le contact. La psychiatrie et l'ensemble de la médecine sont des métiers de contacts, le premier point à résoudre quand on est face à un patient c'est d'entrer en contact avec lui. Si l'humour permet de faire développer ce contact, tant mieux, il n'y a pas que ça, il y a l'empathie, l'envie sincère de comprendre et d'aller vers l'autre, La capacité à se faire reconnaître par l'autre comme pouvant l'aider. Dans l'humour, il y a une nécessaire connivence, une dimension supplémentaire de ce contact établi entre deux personnes. Il permet qu'elles communiquent mieux pour tenter de résoudre ensemble le problème de l'une d'entre elles.

Dr Patrice Louvilte Psychiatre des hôpitaux Cellule d'urgence médico-psychologique SAMU


[1] Pontalis J.-B., 1986, L'Amour des commen­cements, Gallimard, NRF, pp. 140-141.

[2] George F., 1979, L'Effet y'au de poêle de Lacan et des lacaniens, Paris, Hachette Essais.

[3] George F., ibid, p.12 : «Je n'ai pas vocation à renverser les idoles », annonce-t-il. On appréciera, au regard des deux pamphlets précédents : Autopsie de Dieu (Julliard, 1965) et Pour un ultime hommage au camarade Staline (Julliard, 1979).

[4] Ibid., première et quatrième de couverture.

[5] Freud S., 1900, L'interprétation des rêves, Paris, PUF, 1967, p. 258.

[6] Freud S., 1905, Le mot d'esprit dans ses rapports avec l'inconscient, Paris, Idées, Gallimard, 1930.

[7] Freud S., ibid., pp. 263-269.

[8] Freud S. ibid., p. 263.

[9] Freud S., ibid., p. 25.

[10] Cf. Saussure F. (de), 1915, Cours de linguistique générale, Paris, Payot, 1972. Pour un abord plus léger, on pourra se reporter à Yaguello M., 1981, Alice au pays du langage, Paris, Seuil.

[11] Yaguello M., opus cit., p. 47.

[12] Freud S., ibid., p. 197.

[13] Freud S., 1901, Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot, 1976.

[14] Freud S., Le mot d'esprit..., opus cit., p. 67 et p. 88.

[15] Freud S., ibid., p. 89.

[16] Freud S., ibid., p. 91.

[17] Freud S., L'interprétation des rêves, opus cit., p. 441 : c'est, entendue lors d'une traversée Douvres-Calais, La réponse d'un écrivain français à un Anglais.

[18] Cf. Ritter M., 1990, « L'interprétation psychanalytique, un débat entre sens et signifiant », in Le Trait d'esprit (Witz) et l'interprétation psychanalytique, Apertura, 4, pp. 27-36.

[19] Didier-WeiIl A., « Lapsus ou mot d'esprit? », in Le trait d'esprit et l'interprétation psychana­lytique, opus cit., p. 85.

[20] Le clown dont il s'agit ici n'est pas le clown de cirque mais le clown de théâtre. La distinction entre les deux s'éclairera, on l'espère, avec la suite...

[21] Dans le travail du clown, on ne fait pas le clown (surtout pas !), mais on laisse s'exprimer le clown qui est en nous, d'où l'expression « mon/ma clown ».

[22] Cf. Bonange J.-B., 1998, « De l'expression corporelle à la clown-analyse », in Art et thérapie, 28-29 ; Sylvander B., 1984, « Rechercher son propre clown... se trouver soi-même », in Art et thérapie, 12-13 ; Ragache G., 1996-1997, Pratique du clown dans le dispositif thérapeutique proposé aux agresseurs sexuels, mémoire de DES, Paris X­ Nanterre.

[23] Une description plus fine conduirait à poser la distinction entre l'acteur (la personne qui s'engage dans le travail de clown) et le clown ; cette distinction n'est pas plus commode à poser « théoriquement » qu'à installer dans le jeu. Il en va des repères du travail de clown comme des concepts psychanalytiques : ils ne prennent vraiment sens que lorsque, dans le travail, on les a réélaborés d'une manière toujours colorée par la singularité de chacun. C'est ainsi que l'on trouve - plus ou moins laborieusement­  son clown, comme l'on construit - avec plus ou moins de liberté -sa manière de travailler en tant que psy.

[24] Cette « maxime » est au centre des « Formations à « L'écoute par le travail de clown » que G. Ragache clown, comédien... et psychologue clinicien et moi-même, psychanalyste, professeur de psychologie... et clown proposent depuis plusieurs années aux professionnels de la relation. Renseignements : E-mail: tremolieres-revuz@wanadoo.fr.

[25] Le dispositif psychanalytique de la supervision n'assure pas forcément, lui non plus, un travail systématique sur te comment de t'écoute.

[26] Une version détaillée de ce travail est parue dans Roux G. et Laharie M., 1998, L'Humour. Histoire, culture et psychologie, Pau, Société internationale de psychopathologie de l'expression et d'art-thérapie.

[27] Il s'agit d'une accélération du rythme cardio-respiratoire avec une augmentation des échanges d'oxygène, une stimulation du système nerveux sympathique avec produc­tion de catécholamines, conduisant à la sécré­tion d'endorphines.

[28] Il s'agit du Modeling (imitation de modèles), du Schaping (façonnement progressif) et du Chaining (apprentissage d'une chaîne).


 

Bibliographie

Bariaud F., 1983, La Génèse de l'humour chez l'enfant, Paris, PUF.

Basso B. et Klosek J., 1991, This Job should be fun, Massachussetts, Bob Adams.

Bergeret J., 1973, « Pour une métapsychologie de l'humour », Revue française de psychanalyse, 37, 4,539-565.

Bergson H., 1985, Le Rire. Essai sur la signification du comique, Paris, PUF

Bird G. E., 1925, « An objective Humor Test for Children », Psychological Bulletin, 22, 137-138.

Brauner A., 1997, Psy, es-tu-là ? Quarante contes thérapipiques, Paris, Groupement de recherches pratiques pour l'enfance.

Brodzinsky D. M. et Rubien J., 1977, « Humor Production as Function of Sex of Subject, Creativity and Cartoon Content », Journal of Consulting and Clinical Psychology, 44, 597-600.

Claparède E., 1934, « La Génèse de l'hypothèse », Archives de Psychologie, 24, 1-154.

Cottraux J. et Pellet J., 1971, « De l'humour », in L'Information psychiatrique, 47, 10.

Delay J., Pichot P. et Perse J., 1955, Méthodes psychométriques en clinique. Tests mentaux et interprétation, Paris, Masson.

Derks P. et Hervas D., 1988,« Çreativity in Humer Production “ Quantity and Quality in divergent Thinking “, Bulletin of the Psychonomic Society, 26, 1, 37-39.

Escarpit R., 1960, L'Humour, Que Sais-Je, PUF.

Eysenck H. J., 1943, « An Experimental Analysis of five Tests of Appreciation of Humor,  Educational and Psychological Measurement, 3, 191-214.

Farrelly F. et Brandsma J., 1994, La Thérapie provocatrice, Paris, Actualisation.

Ferchaud D., 1987, Humour et personnalité, Nive, Thèse de psychologie.

Freud S., 1928, « Der Humor », Imago, 14, 383-389.

Freud S., 1985, « L'humour », in L'Inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, pp. 321-328.

Freud S., 1988, Le Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, Paris, Gallimard.

Freud S., 1920, « Au-delà du principe de plaisir », in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1981.

Freud S., 1930, « L'humour », in Le Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, Paris, Gallimard, 1953.

Garnett J. C., 1919, GeneraL AbiLity, CLeverness and Purpose », British Journal of Psychology, 9, 345-366.

Huerre P., 1997, Humour, esthétique et adolescence », Adolescence, 15, 1, 207-224.

Kamieniak J.-P., 2000, Freud, un enfant de l'humour ?, Paris, « Champs psychanalytiques », Delachaux et Niestlé.

Lagache D., 1982, « Vues psychanalytiques sur les émotions », in Agressivité, structure de la personnalité et autres travaux, Oeuvres IV (1956-1962), Paris, PUF, pp. 107-118.

Martin R. A. et Lefcourt H. M., 1983, « Sence of Humor as a Moderator of the Relation between Stressors and Moods », Journal of Personality and Social Psychology, 45, 6, 1313-1324.

Nabati M., 1997, L'Humour-thérapie, Neuilly-Plaisance, Bernet-Damilo.

RedLich F. C., Levine J. et SohlerT. P., 1951, « A mirth Response Test Preliminary Report on a Psychodiagnostic Technique utiLizing Dynamics of Humor », American Journal of Orthopsychiatry, 21, 714-734.

Roux G. et Laharie M., 1998, L'Humour. Histoire, culture et psychologie, Pau, Société internationale de psychopathologie de l'expression et d'art-thérapie.

Rubinstein H., 1983, Psychosomatique du rire. Rire pour guérir, Paris, Robert Laffont.

Ruch W., 1984, Konservativismus und WitzbeurteiLung Konvergenz gegenstandsbereichsinterner und übergreifender VariabiLitât, Zeits-chrift für Differentielle une Diaagnostische Psychologie, 5, 221-245.

Sinelnikoff N., 1993, Les Psychothérapies. Inventaire critique, Paris, ESF.

Sudres J.-L., 1998, L'Adolescent en art-thérapie, Paris, Dunod.

Sudres J.-L., 1992, « Introduction et déploiement de la créativité dans les sciences humaines françaises », Psychologie médicale, 24, 9, 960-966.

Sudres J.-L., Fourasté R. et Moron P., 1992, « Créativités et clinique armées : Apports et limites », Psychologie médicale, 24, 9, 936-944.

Svebak S., 1974, « Revised Questionnaire on the Sense of Humor », Scandinavian Journal of

Psychology, 15, 4, 328-331.

Szafran A.-W., 1981, « Humour, créativité et psychothérapie », Annales médico­-psychologiques, 139, 1, 11-19.

 

Artcicle paru dans le journal des psychologues de juillet-août 2001

Transcit par Michel Billard le 29/10/2006

 

Note : Pêle-mêle je vous dresse une liste supplémentaire non exhaustive d’ouvrages traitant de l’humour se trouvant sur le site de l’école du rire. Michel

Georges Minois  Histoire du Rire et de la dérision,  Librairie Arthème Fayard, 2000

Dr Henri Rubinstein La psychosomatique du rire,  Editions Robert Laffont, 1983

Robert Provine Le rire, sa vie, son oeuvre,  Editions Robert Laffont, 2003

Paule Désagnée La rigolothérapie, Québécor, 2004

Guy Samson Le rire, la meilleure thérapie, Québécor, 2003

Line Bolduc Le mieux être par le rire, Québécor, 2004

Eric Smadja Le rire,  Que sais-je? PUF, 1993

Robert Escarpit L'humour,  Que sais-je? PUF, 1986

Dr Madan Kataria Laugh for no reason,  Madhuri International, 1999

Dr Madan Kataria Laugh your way to health,  Madhuri International, 1999

Dr Madan Kataria Rire sans raison, 2003

Henri Bergson Le Rire,  PUF, 1940

Norman Cousins La volonté de guérir,  Seuil, 1980

Norman Cousins La biologie de l'espoir,  Seuil, 1986

Dr Patch Adams  Quand l'humour se fait médecin, Édition Stanké,  2000

Dr Christian Tal Schaller et Kinou le clown Le rire, une merveilleuse thérapie,  Editions Vivez Soleil, 2000

Dr Christian Tal Schaller Vivre gaiement,  Editions Vivez Soleil, 2002

Josiane Venard Les vertus du rire,  Trustar, 1997 

Bernard Sarrazin Le rire et le sacré,  Editions Desclée de Brouwer, 1991

Bernard Raquin Rire pour vivre,  Editions Dangles, 2000

Bernard Raquin Développez votre humour,  Editions Dangles, 2003

Raymond Moody Guérissez par le rire,  Editions Robert Laffont, 1978

Moussa Nabati L'humour-thérapie,  Editions Bernet-Dani, 1997

Marainne Dubois Le rire de Dieu ou la naissance à la joie, Dervy, 1994

Jean-Claude Marol Le rire du sacré, Albin Michel, 1999

Hugues Lethierry Ecrire pour rire, L'Harmattan, 2002

Sébastien Bailly Jouez avec les mots, Eyrolles, 2003

Patty Wooten Compassionate laughter, jest for your health,  Jest Press, 2002

Annette Goodheart Laughter Therapy: How to Laugh About Everything in Your Life That Isn't Really Funny  Andrew J. Lesser, MD, 1994

Claude-Marc Aubry Rire, amour, rebirth,  Guy Trédaniel Editeur, 1995

Philippe Bercovici et Raoul Cauvin Gai-rire à tout prix,  Editions Dupuis, 1989

Cezard La planète du fou rire,  Editions Messidor La Farandole, 1986 (Les Rigolus et les Tristus)

Helmuth Plessner Le rire et le pleurer,  Maison des Sciences et de l'Homme, 1995

Monique Picard Petite encyclopédie du rire,  Editions Favre, 1985

Numéro Hors-Série de Sciences et Avenir Le rire,  Juillet 1998

Sigmund Freud Le mot d'esprit et sa relation avec l'inconscient,  Gallimard, 1988

Szafran & Nysenholc Freud et le rire,  Editions Métailié, 1994

Berge Propos sur le rire relationnel,  Flammarion, 1959

Reinach Le rire rituel, Cultes, mythes et religions,  Ernest Leroux, 1912

Jean Charles Le rire sur ordonnance,  Editions Presses-Pocket, 1983

Jean Nohain Histoire du rire,  Editions hachette, 1965 (épuisé)

Marcel Pagnol Notes sur le rire,  Editions de Fallois, 1990

Hippocrate Le rire et la folie,  Editions Rivages, 1989

Charles Baudelaire De l'essence du rire et généralement du comique dans les arts plastiques, Kieffer, 1925  

Robert Benayoun Le Rire des surréalistes, La Bougie du Sapeur, 1988

Elenore Smith Bowen Le rire et les songes, Editions Arthaud, 1957

Collectif  Introduction à l'étude scientifique du rire phénomène humain, Flammarion, 1959

Lucien Fabre  Le rire et les rieurs, Librairie Gallimard, 1929

Pierre Daninos Le Tour du Monde du Rire, Hachette, 1957

Jean Charles Le rire c'est la santé, Presses Pocket, 1977.

Jean Nohain  Histoire du rire à travers le monde, Hachette, 1965

Francis Jeanson Signification humaine du rire, Edition du Seuil, 1950

Victoroff Le rire et le risible, PUF, 1953

François Roustang Comment faire rire un paranoïaque?, Odile Jacob, 2000

Jean-Pierre Frappier Le travail par le rire, Presses Universitaires du Septentrion, 1998

Jean-Claude Marol Le rire du sacré, Albin Michel, 2000

Natalia Tauzia Rire contre la démence,  L'harmattan, 2002

Marianne Dubois Le Rire de Dieu ou la Naissance à la Joie , Éditions Dervy , 1994

Alejandro Jodorowsky La sagesse des blagues,  Vivez Soleil, 1999

Caroline Simonds et Bernie Warren  Le Rire Médecin, Journal du Dr Girafe, Albin Michel, 1987

Gérard Cahen  L'humour, un état d'esprit , Editions Autrement, 1992

Milan Kundera Le livre du rire et de l'oubli,Gallimard, 1978

Hugues Lethiffry Se former dans l'humour - Mûrir de rire - Editions Chronique Socia1e

François Roustang Comment faire rire un paranoïaque,Odile Jacob, 1996

Francis Jeanson Signification humaine du rire,  Editions du Seuil, Collection "Esprit", 1950

Jean Fourastié Le rire, suite  Editions Denoël-Gonthier, 1983

David Victoroff Le rire et le risible, Introduction à la psycho-sociologie du rire, PUF, 1953

Quatre essais sur le rire :

François Roustang : Comment faire rire un paranoïaque ?

Mikkel Borh-Jacobsen : Bataille et le rire de l'être

Jean-Luc Nancy : Le rire, la présence

Samuel Weber : Le temps d'un rire

Revue générale des publications françaises et étrangères, Tome XLIV, N° 488, Janvier-février 1988

Daniel Menager La Renaissance et le rire, Perspectives littéraires, PUF, 1995

Jean-Pierre Frappier   Les succursales du rire, De l'usage du comique en entreprise, Imago, 1999  

Antony Chapman et al  Humor and Laughter: Theory, Research and Applications, New Brunswick, Transaction Publishers, 1996

Daniel Grojnowski Aux commencements du rire moderne: l'esprit fumiste, J. Corti, 1997

Claude Javeau Prendre le futile au sérieux: microsociologie des rituels de la vie courante, Éditions du Cerf, 1998

Eugène de Saint-Denis Essais sur le rire et le sourire des latins,  Les Belles Lettres, Publications de l'Université de Dijon, 1965

 

Michel Billard (sophro-agitateur...).

 

     P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

Retour au début de la page                                             parenthese2@wanadoo.fr