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les larmes

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

Journal n° 43

 

« Jamais notre corps n'a été aussi lourd et notre âme aussi légère que lorsque nous pleurons», dit Jean-Loup Charvet. S'il faut verser des larmes, ne craignons pas de le faire: elles sont, avec le rire et les soupirs, l'expression silencieuse des paroles qui ne peuvent se dire. On « fond » en larmes et fondent dans le même temps les résistances qui nous interdisaient l'accès à la vérité de nos sentiments. On voit clair : un regard plein de larmes ne peut plus mentir ni se mentir à lui-même. Il n'est pas sûr de ce qu'il sait, mais il devine. Il s'approche de ces contrées inexplorées, de ces mondes obscurs et inquiétants qu'il lui faut traverser pour trouver la lumière. Il fait face à ses ombres et ses fantômes. L'ange blessé s'est réveillé: il a retrouvé la parole et le droit d'exister : il est sur le chemin de la guérison.

« Il est des lieux de nous-mêmes qui n'existent pas tant que les larmes n'y ont pas pénétré, il serait plus juste de dire qu'il y a des lieux de nous-mêmes qui n'existent pas tant que l'amour n'y a pas pénétré. » Tant que nous n'avons pas fait la lumière sur nos ombres, que ne sont pas revenus à la surface les drames qui nous empêchaient d'avancer et que nous n'avons pu retourner à la source de nos premiers «malentendus», il est des «lieux» de nous-mêmes que nous n'avons pas encore habités. Tant que notre ange malheureux n'a pas été touché au cœur par la flèche de l'Éros, il ne sait pas la force d'amour qui est là, logée au plus profond de son cœur, comme un oiseau blessé qui ne demande qu'à s'envoler. Les larmes nous lavent de notre passé et redonnent vie à notre âme.

Pourquoi tant de beauté - «trop» de beauté pour certains - nous fait pleurer ? Pourquoi l'extase est-elle si souvent baignée de larmes ? Pourquoi certaines musiques éveillent-elles un bonheur mêlé d'une telle tristesse que l'on doive interrompre son écoute ? Ouvrir son cœur, laisser pénétrer l'amour et la compassion, cette tendresse infinie pour les êtres mortels et finis que nous sommes, cela fait mal. Faire éclater la lumière là où régnaient l'ombre et le chaos, s'ouvrir à un au-delà de soi, à une dimension d'éternité nous donnent la sensation de nous retrouver autant que de nous perdre. «S'il y a dans toute larme une promesse de lumière, il y a aussi dans chacune d'elles un souvenir d'obscurité.»

Tandis que le beau, la lumière et la légèreté nous traversent, reviennent en mémoire la laideur, l'obscurité et la pesanteur. Au moment où la joie nous envahit, la tristesse reprend ses droits. En même temps que notre cœur s'ouvre à la beauté de l'univers, il se serre devant ce que nous savons être éphémères. La chute peut être d'autant plus cruelle que l'on est monté haut dans le ciel. Comment redevenir un simple mortel quand on a touché à l'immortalité, comment redescendre parmi les humains quand on a côtoyé les étoiles, comment réintégrer ses propres limites quand on a atteint l'état de grâce ?

Faudrait-il alors fermer nos volets et verrouiller notre porte, nous interdire de rire et retenir nos larmes, nous refuser à aimer et réduire notre univers à «une peau de chagrin» ? Prenons le risque de vivre, car c'est bien de risque qu'il s'agit : celui d'aller vers la lumière et de faire la lumière sur ce que nous ne voulons ni voir ni savoir. Ouvrons notre porte à la joie même s'il nous faut affronter pour cela nos démons. Il n'y a pas de joie sans larmes et les larmes ne sont pas toujours tristes.

« La musique des anges » de Catherine Bensaïd.

 

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