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les internautes, douloureux problème

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 38 du 01/03/2010

 

Si vous ne voulez pas avoir de problème de vie privée, N’allez pas sur le Net ! "

Pascal Rogard, directeur général de la SACD et défenseur émérite de l’Hadopi, lors du colloque Droits et libertés dans la société numérique, organisé par Nathalie Kosciusko-Morizet (voir aussi le compte-rendu de Jean-Michel Planche).

 

La proposition de Mr Rogard a le mérite de la franchise. Et il n’est -hélas- pas le seul à le penser.

On l’entend souvent, en effet, émanant, qui de policiers ou de leurs affidés, qui de personnes d’autant plus méfiantes de l’internet qu’elles n’y vont généralement jamais, ou presque (on les reconnaît facilement : elles ne s’en servent que comme d’un “minitel 2.0, pour y faire leurs courses ou réserver une place dans le TGV - et encore : il s’en trouve même qui ont peur d’…acheter sur l’internet).

Mais renvoyons-donc à Pascal Rogard, qui s’inquiète tant des atteintes aux droits d’auteur, sa propre proposition :

 

Si vous ne voulez pas avoir de problème de piratage sur le Net, Cessez donc de vendre des CDs !

 

Inciter les internautes à ne plus aller sur le Net, ou à ne plus s’y exprimer, est aussi pertinent, opportun et constructif que de demander aux industriels de la musique d’arrêter de vendre des disques.

 

Le web 2.0 ? La banlieue du Net, une cité de la peur

La différence, c’est que le problème des ayants-droits, ce sont les internautes, et plus particulièrement ceux qui ont acquis cette culture du partage, de l’échange, ceux qui ont compris que, sur le Net, lire, c’est copier, et échanger, et que lorsque l’on partage quelque chose avec quelqu’un, on ne l’en dépossède pas, on le démultiplie (cf. “Partager n’est pas voler ! Chronique d’un mensonge historique en allant sur le line suivant http://www.laquadrature.net/fr/partager-nest-pas-voler-chronique-dun-mensonge-historique“).

 

A contrario, le problème des internautes, c’est ceux qui n’y sont pas ou, plus précisément, ceux qui s’en défient et n’en ont qu’une vision anxiogène, ceux pour qui les blogs et réseaux sociaux du “web 2.0” sont la “banlieue du Net, une cité de la peur” où ne peuvent aller que ceux qui y ont grandi… et encore.

 

Encore plus précisément, le problème ce sont tous ces décideurs politiques et relais d’opinions médiatiques qui n’ont de cesse de faire du FUD, acronyme de Fear Uncertainty and Doubt (littéralement “peur, incertitude et doute), technique de “guerre de l’information” initiée par IBM et consistant à manipuler l’opinion en disséminant des informations négatives, biaisées et dont l’objet est de détourner l’attention de ce que la technologie en question offre de perspectives constructives.

 

Il faut nous faire à cette idée : à ce jour, ceux qui s’expriment sur le Net sont majoritairement perçus avec autant de subtilité, de respect et d’intelligence que ne le sont nos “banlieues”.

 

Dit autrement : les internautes sont les “bougnoules” de la république.

Ce qu’avait d’ailleurs justement remarqué Nathalie Kosciusko-Morizet, en aparté et lors du petit déjeuner précédant le colloque : “C’est bizarre : à en croire certains médias, sur Twitter & Facebook, il y a plein de résistants en Iran, mais que des pédophiles et des nazis par ici“.

 

Pour que l’internet puisse encore servir les valeurs républicaines (le titre de la table ronde où j’intervenais), il est crucial de parvenir à expliquer à ceux qui prêchent la peur que, non seulement ils n’ont pas à avoir peur du Net ni ceux qui s’y expriment, que les dérives n’y sont pas plus (sinon bien moins) nombreuses que celles qui existent dans ce qu’ils appellent la “vraie vie“, et que tabler sur la peur des gens n’a jamais servi la démocratie, bien au contraire (et je ne vous ferais pas l’article sur ce qu’en ont fait régimes et partis totalitaires).

 

“Rien ne sert de s’énerver : il faut juste les ignorer”

Pour conclure, une bonne nouvelle : “nous” (les internautes) avons probablement gagné, et nous sommes plusieurs à le penser, il faut juste attendre que tous ces dinosaures qui préféreraient nous voir disparaître avec eux plutôt que de s’investir avec nous, se rendent compte que nous ne sommes pas leurs ennemis, que nous voulons juste vivre nos vies, sur le Net comme ailleurs, et qu’il ne tient qu’à eux de s’y faire une place, à nos côtés.

 

A ce titre, les propos tenus l’an passé par Eben Moglen sont vivifiants, et vous auriez tort de ne pas lire, ou écouter, la conférence qu’avait accordé ce petit génie de l’informatique dans les 70, devenu avocat dans les années 80, et l’un des principaux défenseurs de la vie privée sur l’internet, puis des logiciels libres, ces vingt dernières années :

 

Cette société est la nôtre, ses réseaux aussi, et nous les avons conçus, créés, développés, construits et entretenus pour échanger des informations, pour donner du pouvoir et des libertés aux gens, pas pour les contrôler ni pour les appauvrir culturellement parlant. Et c’est ce pour quoi la culture tend aujourd’hui à se libérer.

 

Les humains sont des animaux sociaux qui ont besoin de communiquer, d’échanger, de partager, d’interagir. Et nous approchons d’une époque formidable où tout le monde pourra se connecter, sans intermédiaire, à tout un chacun. Un monde de sociabilité complète et totale.

 

Nous savons comment apporter, à faible coût, la possibilité de communiquer avec le monde entier. Et nous pouvons éradiquer l’ignorance, comme la génération passée s’est débarrassée de la variole. Alors c’est vrai qu’en contrepartie, certains industriels doivent accepter de voir leurs marges et leur profitabilité réduites.

 

Il faudrait d’ailleurs qu’ils admettent qu’ils militent pour l’ignorance, pour l’acculturation, qu’ils revendiquent le fait que vous ne devriez avoir accès à la culture que dans la mesure où vous avez assez d’argent pour vous l’offrir, ou plutôt l’acheter. Et plus ils agiront de manière brutale, déraisonnable, disproportionnée, plus ils se discréditeront.

 

L’industrie des biens culturels tiendra peut-être encore 15 ans, et d’ici là, soit ils auront adapté leurs modèles économique à la réalité de l’internet, soit ils auront disparus, remplacés par des entrepreneurs moins ignorants des technologies et de leurs usages, et plus respectueux des gens.

 

Nous assistons à la fin de la culture propriétaire ; il reste encore quelques obstacles à franchir, ou à faire tomber, mais le temps approche où les intérêts financiers de quelques-uns ne pourront empêcher les autres de bénéficier des mêmes services, mais de façon “libre”.

C’est pourquoi ils parlent de vous bannir de l’internet, c’est l’internet que vous avez bâti, que vous faites tourner, que vous utilisez pour améliorer la vie des autres, et dont vous vous servez pour faire leur business, mieux qu’eux.

 

Alors rien ne sert de s’énerver : il faut juste les ignorer, se battre pour qu’ils ne changent pas trop la loi, et continuer à programmer du code comme nous le faisons depuis 20 ans maintenant : nous avons le matériel, les logiciels, la bande passante, la culture, les talents…

 

Nous n’avons besoin de rien, ni de changer la loi, ni d’en faire adopter de nouvelles, ni de détruire ni de créer quoi que ce soit, ni de “venture capitalists“, ni de position monopolistique… La beauté de notre position tient au fait que de toute façon nous gagnerons, alors laissez-nous tranquille. La seule chose que nous demandons, à l’Etat, c’est d’éviter de créer des injustices au bénéfice de quelques-uns.

 

Texte recueilli sur le « Le Monde.fr » le 08/07/2009 par Michel Billard

 

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