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Les 4 fonctions par Alain Zuili

 

 

dernière modification de cette page le 19-sept.-2015

journal n° 17 du 10/12/2004

Les 4 fonctions de la personnalité de C.G. Jung dans la sophrologie

Alain ZUILI, Directeur de l’Institut de Sophrologie Relationnelle d’Avignon. Les 4 fonctions de la personnalité de C.G JUNG dans la sophrologie ; nombre 4 : une énigme ? L’orientation spatio-temporelle en Relaxation Dynamique est essentielle. Notre orientation existentielle dépend majoritairement d’une boussole interne s’ajustant sur ces 4 fonctions (3+1). L’intégration de certaines de ces fonctions encore dans l’ombre est l’une des tâches les plus importantes dans le processus d’individuation.

 

Je suis sophrologue, mais j’ai un long passé sur le divan jungien, et tout de suite j’ai pensé à la quaternité jungienne, et j’ai dit que je voulais essayer de faire coller la quaternité jungienne au travail que nous faisons en sophrologie.

Et j’ai un souvenir dont j’ai vraiment envie de vous faire part : au temps où j’allais en Andorre, je me souviens de ces moments historiques extraordinaires de querelles entre Caycedo et Roland Cohen. Roland Cohen était un type hélas disparu il y a quelques années, qui était l’interprète, le traducteur des œuvres de Jung, un grand psychiatre psychanalyste parisien qui lui-même a été analysé par Jung. Je me disais « il est là, la descendance est assurée » et de l’autre côté Caycedo qui niait l’inconscient en permanence. Et Roland était dans la salle et disait : « Mais Alfonso, tu ne peux pas ne pas tenir compte de la « ligne s - s’ ! » - Et Caycedo qui dit : « Mais Roland, il ne faut pas t’angoisser » - « Mais je ne m’angoisse pas, on ne peut pas ne pas tenir compte de l’inconscient ».

C’était juste un petit moment, et moi j’étais là avec la tête à gauche, à droite en train de me dire inconscient ou pas ?  Science de la conscience évidemment, c’est intéressant de se dire qu’on va se démarquer de l’inconscient et qu’on ne va faire un tour que dans le conscient. Et d’où surgit ce qu’il y a dans le conscient ? Je vous le demande. Je me le demande encore.

 

Donc voilà pourquoi ce thème là, un petit moment dans mon cheminement de sophrologue. En fait l’étude de l’immense signification du 4, de la signification psychologique du 4 a été pour Jung l’œuvre d’une vie. Je vais tenter de vous résumer cela.

 

Tout au long de sa pratique, Jung n’a cessé de militer pour la mise en conscience de l’ombre. Pour lui, être conscient, c’est percevoir et reconnaître le monde extérieur, ainsi que soi-même dans ses relations avec la monde extérieur. Et assez tôt il observe que tout sujet porte dans sa nature les éléments de 2 tendances apparemment opposées, et établit la distinction entre 2 attitudes que nous pouvons avoir vis-à-vis du monde.

Vous les connaissez : celle du type extraverti et celle du type introverti.

Apparemment l’extraverti est ouvert, tourné vers le monde extérieur, spontané, convivial par nature, pendant que l’introverti sera par nature tout le contraire réservé, plutôt timide, se fiant essentiellement à ce qu’il a à l’intérieur de lui, à sa manière de voir les choses, alors que l’extraverti se fie d’abord aux choses du monde pour les ramener à lui.

 

Nous sommes là dans ce double mouvement soit extérieur - intérieur, soit intérieur - extérieur.

 

Il se rend compte que la répartition entre ces 2 catégories est trop générale et ne tient pas compte des différences qui distinguent les individus à l’intérieur d’un même groupe.

Il attendit et réfléchit plusieurs années avant de publier ses recherches, et il devenait pour lui nécessaire d’établir des subdivisions.

 Une réflexion attentive lui permit de classer les individus non seulement la distinction universelle des individus extravertis et introvertis, mais aussi d’après 4 fonctions psychologiques, 4 fonctions psychologiques fondamentales, c’est-à-dire qui fondent la structure de l’être, mais aussi 4 grandes fonctions d’orientation qui permettront à l’être d’aller vers sa finalité.

Je cite Jung : « J’entends par fonction psychologique, une certaine forme d’activité psychique qui malgré le changement des circonstances reste en principe semblable à elle-même ».

C’est-à-dire, quelles que soient les circonstances, nous utilisons préférentiellement plutôt une fonction ou plutôt une 2ème 3ème 4ème.

 

Nous allons voir comment on peut tenter d’explorer et exploiter plus de fonctions que nos fonctions principales. La typologie de Jung très simple au début, s’enrichit donc des 4 fonctions suivantes :

- la pensée : elle contrôle et dirige l’acte individuel, elle raisonne, permet de comprendre, donne un sens, préférentiellement c’est celle que vous activez maintenant.

- Le sentiment : cherche à saisir le monde en le pesant et confère une valeur à l’objet : cet objet est bon ou mauvais pour moi. N’oubliez pas qu’en psychologie on parle d’objet tout ce qui n’est pas nous, tout ce qui n’est pas sujet.

- La sensation : elle saisit les choses comme elles sont, c’est la perception par nos sens (vue, ouïe, etc.).

- L’intuition qui saisit les choses par une inconsciente perception intérieure et nous renseigne sur l’atmosphère qui baigne toute expérience, et surtout elle nous parle des possibilités futures.

 

Et au point de vue énergétique, chaque fonction est une forme par laquelle va se manifester la libido. La libido a été la pierre d’achoppement entre Freud et Jung. Pour Freud, elle était uniquement une sorte de réserve d’énergie sexuelle, alors que pour Jung, ça allait bien au-delà, il n’y avait pas que la sexualité dans ce réservoir de base archaïque, mais également un principe de vie, un très grand principe de vie, et c’est ce qui nous permettait de nous élever.

Et nous devons essayer de tendre à utiliser ces 4 fonctions sous peine d’avoir un comportement complètement infantile, régressif.

Voilà ce que ça donne en représentation graphique :

Zone de Texte: Intuition
Zone de Texte: Sensation

 

J’ai mis la pensée en haut, toujours opposée aux sentiments, et la sensation à l’ouest opposée à l’intuition.

 

Une fonction principale, dominante chez nous, est en lumière, et voilà l’ombre : la fonction opposée.

La fonction sensation est à moitié dans l’ombre à moitié dans la lumière : accomplie, inaccomplie. Valeurs latentes, valeurs présentes. Les noumènes, les phénomènes. Cela se relie tout à fait parfaitement. Vous voyez où cela nous mène.

Et l’intuition, de même en partie dans l’ombre en partie dans la lumière.

 

Donc Jung estime que n’importe laquelle de ces fonctions peut servir de boussole pour s’orienter dans l’étude de la personnalité, n’importe laquelle peut servir de nord selon les qualités psychologiques de l’individu et naturellement aussi chaque fonction peut être soit en introversion soit en extraversion.

 

Je vous donnerais 4 exemples :

- Chaque individu va tendre selon sa nature à sélectionner une de ses fonctions et l’élever au plan conscient. Il va ensuite utiliser cette fonction de prédilection comme base pour l’organisation totale de sa personnalité, et au fur et à mesure que la fonction préférenciée se développe et s’intensifie, elle va recevoir à chaque fois des quantités plus grandes d’énergie de la libido.

Mais regardez ce qui va se passer. C’est que voilà ce grand réservoir, ce grand principe de vie va investir la fonction pensée, fonction de prédilection, un peu investir la fonction sensation mais insuffisamment, un peu investir la fonction intuition mais insuffisamment, et du coup plus cette énergie libidinale investit une fonction, plus elle immerge les autres fonctions dans l’ombre.

Du coup je suis obligé de vous parler de la persona, puisqu’on travaille toujours en bipolarité. Par opposition, on verra que ce sont des oppositions complémentaires, plus je vais surinvestir une fonction, plus cette fonction va être hyper présente, mais il n’y a plus la place à l’intérieur de nous, puisqu’elle réorganise toute notre personnalité, donc elle va se projeter sur une sorte d’écran extérieur. Elle ne peut pas rester dedans, donc elle va s’exprimer d’une certaine manière et le reflet extérieur de l’ombre, c’est ce qui nous bouffe énormément : la persona, c’est-à-dire le masque, ce que l’autre voit de moi ou ce que je donne de moi à voir à l’autre. N’oubliez pas que Jacques Donnars disait que quand on est 2, on est 4 : il y a moi et la représentation que j’ai de toi, il y a toi et la représentation que tu as de moi.

 

Mais par où passe cette représentation ? Par la persona. Par l’image non maîtrisée chez les personnes qui n’ont pas suffisamment travaillé sur elles, et qui n’est que le contraire d’une ombre projetée. C’est ce qui fait toutes nos projections. « Mais que tu es agressif » Qu’est-ce que je fais là ? Je projette une partie de mon ombre sur l’autre. Persona vient de ces masques de la Grèce antique, personare, pour faire sonner, d’où persona, personnalité.

 

Donc elle appauvrit par son retrait les autres fonctions, en tous cas la fonction qui lui est directement opposée, et au fur et à mesure que le chaînage de la libido se maintient dans le temps, si cette attitude se pérennise, la plus faible va tomber au dessous du seuil de la conscience pour être submergée, mais activer en fait des éléments endormis, et très rapidement des dépressions des faiblesses diverses et étrangères vont venir briser la protection consciente et le complexe obscur de sournois de l’ombre va s’emparer alors de la fonction la plus faible et s’identifier à tous les autres éléments de la personnalité ombre et persona. C’est alors que tout l’opposé de l’attitude consciente qui surgit, fougueux et irrépressible, dans la conscience, c’est-à-dire que d’un seul coup, je ne suis plus maître, je ne suis plus vraiment acteur, je suis complètement immergé dans mes projections intimes de l’ombre, et même mon conscient d’un seul coup est envahi par cette ombre. Vous voyez comme une éclipse qui viendrait éclipser tous nos comportements conscients. Alors c’est en faisant ce travail d’éclairage de l’ombre, de réinvestir l’énergie libidinale que la personne partira à la quête de son individuation, en quête du soi du cœur de l’être.

 

En combinant les 2 types fondamentaux et les 4 fonctions, on peut obtenir 8 variantes caractérielles.

 

Je vous donne 4 exemples :

 

- l’extraverti pensée : très grand besoin de maîtriser les faits et les personnes, de planifier l’action, de produire et d’être efficace, souci de convaincre autrui, très grande confiance en soi et son propre jugement, agit par réalisme affiché, prévisions méthodiques, très engagé dans la vie pratique sans rien perdre de l’esprit de système, n’aime pas la confusion le romantisme le farfelu. Je précise que ce ne sont que des photographies d’un instant qui vont nous permettre d’étayer un travail sur la personne. Il y a 8 subdivisions, mais en fait 16 car il y a des types dits normaux et des types dits complexes. Et encore des subdivisions entre pensée et intuition, pensée et sentiment. Voyez que ça nous mène à un descriptif vraiment complet de la personnalité.

 

- l’extraverti sentiment : celui qui a mis son sentiment en lumière. Grand intérêt pour les contacts sociaux facilités par un souci de l’abord, une chaleur de l’abord, une capacité de sympathie, un goût des échanges, coopération et participation spontanée, tendance à adopter les opinions, les groupes d’appartenance, une petite tendance à la susceptibilité.

 

Le message de Jung, pour peu que nous acceptions de regarder à l’intérieur de nous : un changement est possible. L’inconscient contient des forces vives qui permettent un processus dynamique de transformation de la personnalité, c’est ce que nous nommions le processus d’individuation, la quête du Soi.

 

Regardons comment la sophrologie nous aide à passer les étapes, avec un très court détour par l’alphabet hébraïque. Dans cet alphabet, la 4ème lettre est Taleth. C’est l’épreuve, le 4, la mise en quarantaine, la prison entre 4 murs, et ce symbole veut dire aussi la porte, une porte fermée contre laquelle je peux me cogner si je veux passer une épreuve qui n’est pas pour moi. Mais dans le monde de la profondeur, cette porte, ce Taleth est aussi une matrice, car ce qui est apparemment sans issue est aussi une porte pour qui sait voir.

Il ne s’agit pas d’une porte qu’on passe comme celle d’un moulin, le gardien du seuil, seuil sophroliminal.

 

Ce n’est pas une séance que je fais, mais ça pourrait !

Les yeux ouverts, je suis observateur du monde, la pièce le groupe, les bruits extérieurs, mon extraversion me rassure d’un environnement sécurisant. Je connais bien le monde du dehors, la notion d’objet m’est familière, circulent en moi encore toutes les pensées entassées et disparates de la journée d’hier. Je ferme les yeux, je quitte dehors, renonce à la vision qui s’étaye sur les choses et entre dedans, le tratac m’ouvre le regard intérieur et il n’y a rien qui me dérange du dehors, il y a …    Je m’introvertis parfois avec délectation, parfois avec angoisse. Mon attitude se caractérise à présent par un intérêt pour l’intra psychique, l’intra corporel. Voilà, je suis au seuil sophroliminal. Ouf !

Je pose et dépose mes pensées, sinuosité déroutante de mes espaces inter synaptiques. Je quitte progressivement le monde de la fonction réflexive, à l’écoute de mes sensations. Je note, j’observe. Je suis le témoin du parcours de ma conscience au détour de mes lieux corporels intimes. La sensation est une entrée en matière, une certitude du réel. Je passe simplement la porte du temple de mon corps.

 Silence des mots. Tais-toi un peu sophrologue, que j’écoute le bruissement délicat de mon cœur ou la forge du diaphragme.

Je m’installe dans la posture, toujours à l’écoute de mes sensations, conscience des appareils des organes des tissus. Me voilà en train de dévoiler ou de renforcer la fonction sensation.

 

Tiens, ce geste là je le trouve agréable, je le garde. Ca peut devenir un geste ressource. Je peux évaluer ce qui est agréable ou désagréable pour moi, ce que j’accepte ou ce que je rejette, ce que je tolère ou ce que je ne tolère pas. Mon sentiment ne se confond plus avec l’émotion, elle est déjà le résultat de la mise à distance. Me voilà en train de dévoiler ou remplacer la fonction sentiment.

Ma séance s’achève, j’ouvre les yeux, éternité de l’instant, je ne sais plus pourquoi je suis venu, je ne sais pas encore où je vais.

Les 4 paramètres de la région phronique m’ouvrent imperceptiblement aux champs des possibles, au-delà d’une temporalité historique, le sens se dégage, l’évidence d’être né en vue d’accomplir ce pour quoi je suis là, célébrer la vie. Je suis dans un processus créateur actif.

 

Les différentes phases d’une séance de sophrologie activent ces 4 fonctions.

La sophrologie, comme la psychologie des profondeurs permet à l’homme de partir à la découverte de son âme. L’essentiel est d’avoir la connaissance et la compréhension de phénomènes simultanés, ou plus exactement de la nature double des événements et mouvements de la libido vers le dedans vers le dehors vers l’arrière vers l’avant, ainsi que de la forme dont tous ces mouvements s’articulent avec les fonctions supérieures ou inférieures pour agir. Il ne peut y avoir donc de processus créatif sans cette bipolarité. Voilà pourquoi  une des originalités de la sophrologie est de nous confronter à nos contraires, à nos contradictions, à nos apparentes oppositions.

Jung dit que la quaternité apparaît dans les symboles comme le déploiement de l’Un. L’Etre universel unique est par essence inconnaissable puisqu’il ne se distingue de rien. Avec le déploiement dans le 4, il acquiert un minimum de qualités et peut par la suite être reconnu comme 1 dans le 4. Tant qu’il demeure dans l’inconscient, il ne possède pas de propriétés indiscernables, et participe de l’inconnu universel, du partout et du nulle part. Mais quand le contenu inconscient entre dans le champ de la conscience, il ne devient l’objet d’expérience qu’à l’aide des 4 fonctions de la conscience. Il est perçu comme quelque chose d’existant, il est reconnu comme ceci et distingué comme cela, il se révèle comme acceptable et finalement on pressent d’où il vient et où il va.

Il en est de même dans le processus de reconnaissance du sophrologue - sophrologue.

 

Je pose une dernière question : quelle est la fonction que nous autres sophrologues collectivement maintenons encore dans l’ombre, et qu’il nous faut débusquer pour qu’ensuite nous puissions enfin apparaître dans les pages jaunes…..

  

Texte d’une stagiaire: la guerrière de l’ombre

Je suis venue du cristal et je l’avais oublié. J’étais néanmoins depuis ma prime jeunesse à la recherche de la transparence, de la clarté, de la lumière, tout en étant poursuivie par les gueules voraces et diffuses de mes jours, de mes angoisses, d’un monde puant qui me retenait en arrière. J’ai passé une partie de ma vie à rêver, une partie à combattre, mais sans jamais parvenir à unir ce qui en moi se disloquait jour après jour, tantôt yin tantôt yang, jamais dans la certitude absolue de l’unité.

J’ai tout essayé pour mieux comprendre. Pendant près de 10 ans j’ai testé toutes les sciences en « gie » psychologie, astrologie, graphologie, morphopsychologie… Je me recherchais dans une quête éperdue, et plus je me cherchais plus je me perdais, me dissolvais dans cette course folle, cette fuite en avant pour distancer les ombres dans la gueule fumante d’un rouge violacé n’attendais qu’une chose : me happer vers le néant. Plus je courrais vers la lumière, plus l’ombre l’effaçait de ma vue. L’ombre et sa plainte sinistre, son désir de reconnaissance me talonnait, m’emplissait d’épouvante et puis me relâchait dans de brefs sursis. Le temps de croire à nouveau dans la lumière salvatrice, juste pour le plaisir de mieux me la retirer.

L’ombre aux pattes fourchues aux ongles griffus déchirant mon cœur en lambeaux, semant le doute et le néant dans mes steppes intérieures, brûlant tout même l’espoir de renaître. Double, j’étais double. Ecartelée entre 2 pôles mi ange mi démon, pleine de haine de peine et du plus pur amour. J’agonisais dans cette sombre dualité. J’avais envie de mourir et aussi de vivre. J’étais folle perdue, anéantie dans un monde étrange fait de contrastes brutaux et de véritables déclics. Où était la réalité. Qui étais-je qui suis-je encore aujourd’hui. Peu importe. Je cherchais à comprendre, mais il fallait m’aimer. Devoir m’aimer. Comme la tâche était rude. Aimer mon visage mon corps aux courbes rondes de femme, aimer ma douceur aimer ma douleur aimer mes désirs et mes répulsions, mes brusques revirements, ma fuite mes peurs, aimer tout de moi, toutes ces zones d’ombre que je haïssais que je rejetais que je refoulais loin très loin au fond de l’oubli. Si loin que lorsqu’elles resurgissaient, elles avaient de leurs profondeurs obscures la violence et le mugissement du Léviathan, ce monstre ignoble né du cauchemar du genre humain. Ce Léviathan ondulait au fond de mes enfers, encore maintenu par des chaînes multiples. Je refusais la rencontre, je la repoussais à la fin des temps. Mais ne pas le reconnaître, c’était lui donner de quoi se développer. Il se nourrissait sournoisement de mes peurs et se déployait effroyablement jusqu’au jour où je décidais de vaincre ma répulsion et acceptais la rencontre.

J’étais femme et j’étais guerrière. J’étais ces 2 pôles difficilement conciliables et enfin je l’acceptais. Je m’acceptais comme une créature de Dieu, faite de contradictions certes mais faite à son image. Autant utiliser cette force de guerre, cette force masculine au service de moi-même. J’en avais assez des conflits permanents avec le monde environnant, des révoltes contre l’absurdité de la vie sur terre, de haine vis à vis des pauvres malheureux qui croisaient ma route. Et ce que j’aurais voulu voir disparaître dans un gouffre sans fin. Mon combat, j’allais le porter au cœur de mon cœur, au cœur de ma chair, j’allais utiliser cette énergie de guerre pour combattre mon Léviathan. Le monstre souterrain qui hantait ma vie sabordait mon bonheur brisait mes espoirs tuait ma joie de vivre. J’allais les détruire de toute la puissance de ma volonté, mais plus je descendais plus je sentais l’emprise de l’ombre étendre ses tentacules sur moi. Celle-ci se développait, s’insinuait par tous les pores. Je me sentais affaiblie comme une toute petite fille aux portes de l’enfer. Mais je descendais toujours au cœur de mon cœur, là où tout devenait noir racorni et desséché car la peur me l’avait fait déserter.

Plus je descendais, plus je sentais la présence tumultueuse du Léviathan ondulant sous ses chaînes au milieu du bruit infernal de leurs millions de cliquetis. Muette de terreur, j’entrais dans son antre, un vent violent gifla mon visage, je vis 2 yeux rouges et une queue gigantesque fouetter l’eau. C’était lui, c’était l’ombre, le mal de ma vie, tressautant d’indignation et de révolte, battant sauvagement le vent et l’eau de sa fureur démente. Soudain un grand calme m’envahit. J’étais devant lui, devant sa fureur infinie et j’étais toujours en vie. Je regardais ses yeux rouges et ils me firent penser à ceux d’un enfant trop longtemps délaissé bouillant de rage. J’entrais en contact avec son essence ravagée de colère trop longtemps contenue et cela ne me fit plus peur. Plus je le contemplais, plus il me semblait se rétracter, ne supportant pas la clarté d’un regard trop direct, d’un regard déterminé. Ses mouvements ralentirent, je savais qu’il serait impossible de l’anéantir, il faisait partie de moi, partie de mes fondements immémoriaux. J’avais réussi à entrer en contact, à le calmer un instant. Je pouvais désormais essayer de transformer sa force titanesque en énergie positive, j’allais l’apprivoiser au lieu de me battre contre les remous de sa fureur.

J’utiliserais désormais sa force obscure comme un marchepied pour aller vers la lumière. J’étais devenue la guerrière de l’ombre aux robes de lumière.

Conférence d’Alain Zuili (congrès de la C.E.P.S. du 17/09/04)

 

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