P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

le souffle, parole de vie

 

 

dernière modification de cette page le 19-sept.-2015

Aspect physiologique de la respiration

« Ceux-là vont à une [durée de] vie entière qui honorent le souffle comme brahman, car le souffle est la vie des êtres. C'est pourquoi il est appelé la vie de tout.[1] »

Le prana (souffle) est omniprésent, y compris dans notre corps. Pour comprendre comment il circule dans notre organisme, il est nécessaire de décrire les voies respiratoires. Alors seulement nous pourrons visualiser, par intuition, la circulation du prana, qui extrait l'essence de la force vitale et l'envoie à toutes les parties du corps.

Dans une respiration imparfaite ou superficielle, seule une partie des alvéoles pulmonaires est amenée à jouer un rôle, et une grande partie de la capacité pulmonaire est inutilisée, l'organisme souffrant alors en propor­tion du degré de sous-oxygénation. Les animaux respirent naturellement, et l'homme primitif sans aucun doute faisait de même. Le développement technologique a changé notre mode de vie, modifiant ainsi le rythme biologique et respiratoire de l'individu. Il faut que l'homme suive les rythmes naturels pour retrouver ses aptitudes originelles. Aucun médicament n'est assez efficace pour améliorer à long terme la capacité respiratoire, qui ne peut être augmen­tée sans la pratique systématique et méthodique des postures effectuées avec une respiration appropriée. La discipline du souffle est sans rivale à cet égard.

La respiration est la fonction de l'organisme qui permet des échanges gazeux entre l'être vivant et son environnement. Chaque cellule de l'être humain obtient son énergie en brûlant un combustible, le glucose [2], grâce à la présence d'oxygène. Les gaz résultant de cette combustion sont le gaz carbonique et la vapeur d'eau.

La description de l'appareil respiratoire et de la mécanique ventilatoire illustre le chemin parcouru par les gaz.

L'air entre par le nez, où il est réchauffé, humidifié et purifié grâce à une muqueuse très vascularisée, riche en cellules immunitaires et en cils permet­tant d'arrêter les poussières et autres grosses particules en suspension. Il est essentiel d'apprendre à respirer par les narines et de perdre l'habitude de res­pirer par la bouche. Le mécanisme respiratoire de l'homme est fait de telle sorte que celui-ci peut respirer soit par la bouche soit par les narines, mais la méthode employée revêt une importance vitale pour lui, car l'une apporte vigueur et santé et l'autre maladie et affaiblissement. Nombre de maladies sont provoquées par cette mauvaise habitude de respirer par la bouche. Les enfants qui respirent de cette façon grandissent avec une vitalité amoindrie.

Un certain nombre de maladies contagieuses sont contractées par la respira­tion par la bouche, et de nombreux cas de rhumes peuvent être attribués à cette même cause. Des expériences scientifiques menées avec soin ont démontré que ceux qui dorment la bouche ouverte sont beaucoup plus exposés aux mala­dies contagieuses que ceux qui respirent correctement par les narines.

Les organes respiratoires ont leur système protecteur unique, filtre ou tamis, dans les narines. Quand l'air est inspiré par la bouche, il n'existe rien, de la bouche aux poumons, pour filtrer l'air ou attraper la poussière et toute autre substance étrangère à l'air. De la bouche aux poumons, les impuretés ont la voie libre, et le système respiratoire tout entier n'est pas protégé. En outre, cette respiration incorrecte laisse pénétrer l'air froid jusqu'aux pou­mons, source de perturbation pulmonaire. L'inflammation des organes respi­ratoires résulte souvent de l'inhalation d'air froid par la bouche. L'homme qui respire par la bouche la nuit se réveille avec une sensation de sécheresse dans la bouche et dans la gorge.

Souvenez-vous que la bouche ne fournit aucune protection aux organes respiratoires, et l'air froid, la poussière, les impuretés et les germes micro­biens entrent aisément par cette voie. Les narines sont deux canaux étroits et sinueux, contenant de nombreux poils hérissés servant de filtre ou de tamis pour filtrer l'air. Non seulement les narines servent à cet effet, mais elles remplissent aussi une fonction importante en réchauffant l'air inspiré. Ces cavités sont tapissées d'une muqueuse très vascularisée et riche en cellules immunitaires qui, au contact de l'air inhalé, le réchauffe et l'humidifie pour qu'il n'endommage pas les organes délicats de la gorge ou les poumons. L'air ne peut pas atteindre ces organes tant qu'il n'a pas traversé ce proces­sus naturel purificateur. Les impuretés sont rejetées par le souffle expulsé à l'expiration, et si elles se sont accumulées trop rapidement ou ont tenté de traverser les tamis, la nature nous protège en produisant un éternuement. La respiration par la bouche est antiphysiologique. Elle ne se justifie qu'en cas de circonstances particulières. La bouche est faite pour manger, le nez pour respirer.

Celui qui respire habituellement par les narines ne risque pas d'être gêné par des narines bouchées ou encombrées, mais, pour le bien de ceux qui se sont plus ou moins habitués à respirer par la bouche et qui souhaitent acquérir des méthodes naturelles et rationnelles, il convient peut-être d'ajouter quelques mots sur la façon de garder les narines propres.

Parmi les procédés de purification par l'eau, neti est le plus facile à réali­ser. Il consiste à nettoyer les narines avec de l'eau salée que l'on verse dans les deux narines simultanément ou alternativement avec un récipient réservé à cet usage. Cette technique est délicate car il faut placer la tête dans une position précise afin de ne pas irriter les muqueuses nasales. Il est donc pré­férable de l'exécuter sous la direction d'un maître compétent.

On peut aussi respirer profondément, en fermant une narine avec le doigt ou le pouce et en aspirant l'air par la narine ouverte. Puis répéter le proces­sus avec l'autre narine. Enfin répéter plusieurs fois, en changeant de narine. Cette méthode dégage habituellement les narines.

Outre son rôle purificateur, le nez prend part au rythme respiratoire, car le tiers supérieur de la muqueuse nasale contient des fibres olfactives et sympathiques reliées aux centres végétatifs du cerveau qui interviennent dans le rythme respiratoire, dont la pulsion initiale est donnée au niveau du bulbe rachidien. Or la notion de rythme dans la respiration se révèle capi­tale pour le bon fonctionnement du corps. C'est le rythme respiratoire qui, établissant la liaison entre le plan végétatif et le plan psychologique, permet d'agir favorablement sur les systèmes digestif, urinaire et nerveux, le métabolisme et la tension artérielle. Il évite l'hyperventilation, empêche les changements chimiques trop rapides dans l'organisme, facilite le bon fonctionnement des pulsations et favorise une meilleure aération des poumons.

La respiration par la bouche perturbe donc le rythme respiratoire, ce qui nuit au bon fonctionnement des organes concernés. Un rythme lent et régu­lier influe sur la circulation du sang. La respiration rythmée, par le nez, apporte une sensation de repos et de bien-être qui favorise la relaxation et un sommeil de bonne qualité. Le repos des muscles et du système nerveux se reflète sur le psychisme. Respirer par la bouche pendant le sommeil peut entraîner cauchemars et réveils en sursaut. Un sommeil perturbé diminue les activités physiques et intellectuelles. L'insomnie rend inactif.

Nous avons accordé une place privilégiée à la respiration par les narines non seulement elle est importante pour la santé, mais elle constitue aussi l'un des principes fondamentaux de la science du souffle et la base même des exercices respiratoires exposés ci-après.

Poursuivons la description des voies aériennes : l'air continue son chemin par le pharynx, cavité commune à l'air et aux aliments. Il arrive ensuite au larynx, surplombé d'un cartilage, appelé épiglotte, qui s'abaisse pour fermer l'orifice au moment de la déglutition afin d'empêcher les aliments de passer. Enfin, l'air arrive dans la trachée-artère, qui se ramifie en deux bronches principales : la droite se divise en trois, la gauche en deux, et ainsi de suite de deux en deux, jusqu'à devenir d'infimes bronchioles terminales fermées par un sac appelé alvéole pulmonaire. Cette dernière est constituée d'une fine membrane entourée d'un entrelacs de capillaires, d'artérioles et de veinules. L'oxygène de l'air inspiré traverse la membrane pour aller dans les capillaires puis dans les veinules. Le gaz carbonique et la vapeur d'eau passent de l'artériole aux capillaires et traversent la membrane dans l'autre sens pour être rejetés dans l'air expiré. L'ensemble des vaisseaux bron­chioles-alvéoles constitue le parenchyme pulmonaire ou poumon, divisé en trois lobes à droite et deux lobes à gauche. Les deux poumons sont séparés de la cage thoracique par la plèvre, membrane repliée sur elle-même, for­mant ainsi deux feuillets dont l'un recouvre les poumons (feuillet viscéral) et l'autre recouvre la paroi thoracique et le diaphragme (feuillet pariétal). Les poumons sont donc soumis aux mouvements de la cage thoracique et du diaphragme grâce à ces deux feuillets.

Lorsque le diaphragme se contracte et s'abaisse, lors de l'inspiration, il provoque un appel d'air dans les poumons comme le ferait le piston d'une seringue. L'inspiration est donc un mouvement actif, et l'expiration, conséquence du relâchement du diaphragme, est passive. Il s'agit ici de la respira­tion régulière, spontanée et automatique. Lorsque la volonté intervient, elle peut agir sur les muscles accessoires, inspirateurs ou expirateurs, dorsaux et abdominaux, mais aussi, et surtout, sur l'amplitude de la contraction du dia­phragme et de son rythme, point développé dans le chapitre suivant.

Le sang oxygéné, quand il part des poumons, est véhiculé dans les veines pulmonaires (sang rouge vif), arrive à l'oreillette gauche du coeur, puis dans le ventricule gauche ; il est distribué dans toutes les artères de l'organisme jusqu'aux capillaires qui entourent les diverses cellules. De ces capillaires, le sang, chargé en gaz carbonique, remonte par les veines jusqu'à l'oreillette droite du coeur (sang rouge foncé), passe ensuite dans le ventricule droit et, de là, repart aux poumons par l'artère pulmonaire.

La fonction respiratoire démontre le rôle essentiel joué par la rétention du souffle et l'expiration : la respiration consiste à apporter l'air extérieur dans les alvéoles pulmonaires, à l'y maintenir quelque temps, puis à vider les alvéoles de sorte que l'air frais puisse y pénétrer à nouveau. Pendant la rétention, il se produit un échange entre l'air retenu et le sang environnant les alvéoles pulmo­naires. Le sang abandonne son fardeau de gaz carbonique et autres déchets pour prendre de l'oxygène. Ainsi, à chaque respiration, le sang est purifié. Mais cela n'est possible que si les alvéoles se remplissent à chaque fois d'air frais et retiennent l'air assez longtemps pour que l'échange s'effectue. Outre la rétention, l'expiration s'avère essentielle car c'est elle qui fait le vide et permet à l'air frais de pénétrer. Elle doit s'effectuer lentement et sans forcer. Dans la plupart des cas, l'air n'est pas totalement expiré, et une partie reste à l'intérieur des alvéoles. Cet air stagnant impur - air résiduel - se révèle source de mala­dies. Dans la respiration ordinaire, l'air résiduel est si important que l'air frais ne pénètre jamais les alvéoles pulmonaires. L'air frais ne peut être transporté dans les alvéoles pulmonaires que si l'air résiduel a été réduit. Dans le cas contraire, des dégénérescences pulmonaires peuvent intervenir.


 

Mécanisme des mouvements respiratoires

« Comme le sculpteur, l'agent de l'action est la cause efficiente de toutes les actions grâce à ses différents instruments[3]. »

Pour comprendre la respiration, nous devons commencer par examiner le mécanisme des mouvements respiratoires. Le mécanisme de la respiration se manifeste par les mouvements élastiques des poumons et par l'action des parois et du fond de la cavité thoracique qui contient les poumons. Le thorax est cette partie du tronc située entre le cou et l'abdomen dont la cavité, appe­lée cavité thoracique, est occupée principalement par les poumons et le cœur. Elle est délimitée par la colonne vertébrale, les côtes avec leur carti­lage, le sternum et, au-dessous, par le diaphragme. C'est ce que l'on appelle la poitrine. On peut comparer la cage thoracique à une boîte conique entière­ment close, dont la petite extrémité est dirigée vers le haut, l'arrière de la boîte étant formé par la colonne vertébrale, le devant par le sternum et les côtés par les côtes. On dénombre vingt-quatre côtes, de part et d'autre de la colonne vertébrale. Les dix paires supérieures sont les « vraies côtes », ratta­chées au sternum, tandis que les deux paires inférieures s'appellent les « côtes flottantes », car elles n'y sont pas rattachées : ces dernières côtes n'ont pas de cartilage et leurs extrémités antérieures sont indépendantes. Lorsque les côtes sont abaissées, le volume intrathoracique est réduit au maximum ; lorsque les côtes sont soulevées, le volume intrathoracique est augmenté au maximum. Le diaphragme sépare la poitrine de la cavité abdominale.

Dans l'inspiration, les muscles augmentent le volume intérieur de la cage thoracique, ce qui dilate les poumons en créant une dépression dans laquelle l'air se précipite. Tout le processus de respiration dépend des muscles qui travaillent, que nous pouvons, par commodité, nommer les muscles respiratoires. Sans l'aide de ces muscles, les poumons ne peuvent pas se dilater. Or la qualité de la respiration dépend en grande partie de l'usage et du contrôle de ces muscles, qui permettent d'obtenir la plus grande expansion des poumons et l'absorption de la plus grande quantité d'air vivifiant.

Sur un plan théorique, le processus respiratoire est parfois décrit en plu­sieurs niveaux : respiration haute, moyenne et basse.

Respiration haute

Cette forme de respiration est connue sous le nom de respiration « clavi­culaire » ou « costale haute ». Elle soulève les côtes, les clavicules et les épaules, et projette le sternum en avant. La partie supérieure de la poitrine et des poumons, qui est la plus petite, est utilisée, et par conséquent une quan­tité minimale d'air pénètre dans les poumons. Une étude de l'anatomie de la poitrine montre qu'on obtient ainsi un minimum de bienfaits avec un maxi­mum d'effort.

Respiration moyenne

Cette forme de respiration appelée « diaphragmatique » se localise dans la partie basse de la cage thoracique, et l'expansion pulmonaire se fait sur­tout sur les côtés, à peine vers le haut et le bas.

Respiration basse

Cette respiration dite « abdominale » se localise au niveau de l'abdomen ; l'expansion pulmonaire se fait essentiellement dans la partie basse de l'abdomen, qui se dilate. La cage thoracique ne bouge pas.

En réalité, ces formes de respiration sont très théoriques car personne ne respire selon une seule d'entre elles. Chaque être humain privilégie telle ou telle forme de respiration selon sa morphologie, la laxité de ses articulations costales et vertébrales, et le tonus de ses muscles respiratoires. Générale­ment, la respiration est essentiellement « abdominale » et légèrement « dia­phragmatique ». Lorsque le thorax est bloqué, la respiration est « abdomi­nale ». Lorsque l'abdomen est bloqué, par excès du tonus des muscles abdominaux, la respiration est « costale ». Le diaphragme est le muscle le plus important car il agit à 70 % sur l'inspiration. Dans tous les cas, il per­met à lui seul la pénétration des deux tiers du volume d'air inspiré. On ne peut pas vivre sans diaphragme.

Le pranayama, en utilisant l'ensemble de ces « respirations », est une respiration complète. Il fait fonctionner l'appareil respiratoire tout entier, chaque partie des poumons, chaque alvéole, chaque muscle respiratoire. Tout l'organisme respiratoire est sollicité par cette méthode, et le maximum de bienfait résulte du minimum d'énergie dépensée. La cavité pulmonaire est agrandie, et chaque partie du mécanisme remplit ses fonctions natu­relles.

Reprenons le processus entier de cette méthode respiratoire.

Au début de l'inspiration, le diaphragme s'abaisse, repoussant ainsi les viscères dans l'abdomen ; la pression intra-abdominale augmente, le ventre se gonfle jusqu'à l'équilibre des forces de résistance du « caisson abdominal » (formé en bas par le plancher pelvien, en haut par le diaphragme et, sur les côtés, par les abdominaux) dû au tonus des muscles abdominaux. À ce moment-là, les côtes inférieures commencent à se soulever sur le côté (le centre du diaphragme ne pouvant plus s'abaisser du fait de l'hyperpression abdominale), puis les autres muscles inspiratoires entrent en action pour soulever l'ensemble des côtes et le sternum, le haut de la poitrine se soule­vant d'autant plus facilement que le menton est rentré et légèrement baissé.

L'expiration, dans sa phase initiale, n'est qu'un phénomène passif de relâ­chement des muscles inspiratoires : la cage thoracique s'abaisse par son propre poids et par l'élasticité de ses articulations ; simultanément le ventre commence à se rétracter passivement, du fait de l'élasticité du tonus muscu­laire[4], et le diaphragme commence à remonter. Quand l'expiration devient active, le ventre se contracte, ce qui augmente l'abaissement des côtes et surtout fait remonter le diaphragme au maximum.

Grâce à cette technique, tous les muscles respiratoires sont appelés à jouer un rôle, alors que, bien souvent, seule une partie de ces muscles est utilisée.

Cette respiration complète revêt une importance capitale. Ce n'est pas une respiration anormale ou forcée, mais au contraire un retour aux sources, à la nature. Elle doit devenir une méthode naturelle de respiration. Cela requiert du travail, du temps et de la patience. Si vous négligez les bases, vous n'obtiendrez aucun résultat.

Rappelons que cette respiration ne demande pas le remplissage complet des poumons à chaque inspiration. On peut inspirer une quantité moyenne d'air et distribuer l'air inspiré, en petite ou en grande quantité, à toutes les par­ties des poumons. Par ailleurs, la pratique des postures (asana), par l'assou­plissement de la cage thoracique et de la colonne vertébrale et par l'améliora­tion de l'efficacité des muscles respiratoires, va permettre à la respiration de devenir de plus en plus complète avec un moindre effort. La respiration s'exprime ainsi librement dans toute son ampleur. La pratique des postures est un préalable quasi indispensable pour la pratique du pranayama. Mais on peut effectuer une série de pleines respirations plusieurs fois par jour, toutes les fois que l'occasion se présente, pour conserver le système en bon état.

L'exer­cice suivant vous donnera une idée claire de cette respiration profonde :

1. Le corps droit, respirer par les narines. Inspirer calmement ; laisser entrer l'air sans trop gonfler le ventre ; le diaphragme descend en exerçant une légère pression sur les organes abdominaux. Puis remplir la partie cen­trale des poumons, en poussant les côtes inférieures. Enfin, remplir la partie supérieure des poumons, en avançant et soulevant la partie haute de la poi­trine. Dans le mouvement final, la partie basse de l'abdomen est légèrement rentrée, ce qui apporte un soutien aux poumons et contribue à remplir la par­tie la plus haute des poumons, au niveau des clavicules. Cette respiration semble consister en trois mouvements distincts. Avec de la pratique, l'inspi­ration devient continue : toute la cavité pulmonaire, à partir du diaphragme abaissé jusqu'au point le plus élevé de la poitrine au niveau des clavicules, se développe dans un mouvement uniforme.

2. Retenir son souffle quelques secondes.

3. Expirer lentement sans bouger la poitrine. Rentrer un peu l'abdomen ; le diaphragme se relâche tandis que l'air quitte les poumons. Lorsque l'air est entièrement expiré, relâcher la poitrine et l'abdomen.

Cette méthode de respiration met en jeu l'ensemble de l'appareil respira­toire et active toutes les parties des poumons, y compris les alvéoles les plus reculées. La cavité pulmonaire est expansible dans toutes les directions. Les débutants peuvent pratiquer cette respiration devant un grand miroir, en pla­çant les mains légèrement sur l'abdomen pour sentir les mouvements, jusqu'à ce que la respiration soit maîtrisée. À la fin de l'inspiration, il est bon de redresser le dos afin de soulever le sternum et de permettre à l'air de passer librement dans les lobes supérieurs des poumons ; cela évite que les toxines s'accumulent.

Les quatre instruments (ventre, diaphragme, poumons et cage thoracique) utilisés pendant l'inspiration, la rétention et l'expiration constituent le prin­cipe centralisateur de la vie, qui est l'essence de notre conscience, sans laquelle nous ne saurions pas que nous existons. En maîtrisant et en coor­donnant ces quatre instruments par la respiration profonde rythmée, la maî­trise du corps, des sens et de l'esprit devient possible.

Effets physiologiques de la respiration

« Ce mouvement alternatif d'inspiration et d'expiration a été donné à notre corps pour que, irrigué et rafraîchi, il se nourrisse et vive[5]. »

La qualité du sang est le reflet d'une bonne oxygénation et d'une bonne élimination respiratoire, puisque c'est l'hémoglobine des globules rouges qui transporte l'oxygène absorbé et le gaz carbonique qui va être éliminé. Par ailleurs, le sang reflète l'activité de tous les organes. En effet, pour assu­rer ses fonctions, chaque cellule de l'organisme a besoin d'énergie. Cette énergie lui est fournie par la mise en présence d'un combustible (le glucose) et de l'oxygène. En cas d'insuffisance d'oxygène, le glucose se transforme en acide lactique, qui est toxique pour l'organisme, et l'énergie libérée lors de ce phénomène est moindre. Chaque organe fonctionne d'autant mieux que toutes les cellules ont de bonnes réserves d'énergie ; on comprend donc aisément que, si les organes de la digestion sont bien oxygénés, les aliments sont dégradés, assimilés et resynthétisés en substances nécessaires à notre organisme : ces substances et les produits de dégradation inutiles sont véhi­culés dans le sang, qui reflète ainsi l'état du métabolisme. La respiration profonde rythmée, en remplissant et vidant continuellement les poumons, ne permet pas aux toxines de s'accumuler dans le corps, à condition que l'on respecte la rétention du souffle.

La pratique du pranayama peut être un moyen de prévention. Une respira­tion imparfaite laisse une partie considérable des poumons inactive et offre un champ ouvert aux toxines (poussières, gaz tel l'oxyde de carbone, germes, particules allergènes), qui s'accumulent et peuvent créer certaines maladies telles que les infections respiratoires (rhumes, bronchites, etc.) et autres affections (asthme, silicose, etc.) pouvant aboutir à des troubles cardio-vascu­laires. Nous savons que les toxines s'accumulent dans les alvéoles, où il existe des milliers de cellules qui absorbent les gaz de pollution. La cage tho­racique, abritant les alvéoles pulmonaires, joue donc un rôle important. Les toxines s'accumulent ou s'éliminent en premier lieu dans cette région. Une bonne élasticité de la cage thoracique favorisera l'évacuation de ces toxines. Respirer en rythme, l'attention fixée sur l'expansion et la contraction des côtes mobiles et immobiles, soulage les malades pulmonaires, les asthma­tiques et les cardiaques. Dans ce cas, il convient d'effectuer la respiration thoracique en prolongeant l'inspiration, l'expiration et la rétention, sans vio­lence, avec des mouvements qui aident à garder l'élasticité de la cage thora­cique. Sans rythme, il est impossible d'éliminer les deux « toxines », alimen­taire et respiratoire, auxquelles nous venons de faire référence.

La troisième « toxine » se situe au niveau du mental. Elle est la plus diffi­cile à évacuer et engendre la plupart des maladies psychosomatiques qui sont souvent créées par les soucis et les innombrables désirs ou besoins. Cette sorte de « toxine » peut être éliminée par la pratique de la respiration complète, dans laquelle la concentration joue un rôle essentiel. Le pratiquant suit continuellement le trajet de son souffle en créant la sensation que l'air pénètre à l'intérieur de son corps de haut en bas et de bas en haut.

Même le système nerveux souffre d'une respiration incorrecte, dans la mesure où le cerveau, la moelle épinière, les centres nerveux et les nerfs eux-mêmes, mal nourris par le sang, perdent de leur efficacité pour créer et transmettre les influx nerveux. Et ils seront mal nourris si les poumons n'absorbent pas suffisamment d'oxygène.

Nous avons vu que les systèmes respiratoire et circulatoire travaillent de pair mais aussi en rythme. Le rythme cardiaque se ralentit lorsque le rythme respiratoire ralentit, et ils accélèrent aussi ensemble lors d'un exercice phy­sique ou d'une émotion. Nous n'avons pas de contrôle direct sur notre rythme cardiaque, mais la prise de conscience du rythme respiratoire et son ralentissement nous permettent de contrôler indirectement notre rythme car­diaque et de diminuer la résonance des facteurs émotionnels et affectifs. Notre mental est le théâtre d'un flot continuel de pensées qui nous affectent. Une émotion peut perturber le psychisme. Le déséquilibre produit se trans­met par la voie nerveuse et va dérégler la respiration. Lorsque nous avons peur, les rythmes cardiaque et respiratoire s'accélèrent spontanément, de même sous l'emprise de la colère : « Je respire et un souffle brûlant s'échappe, saccadé, inégal, de mes poumons' », constate Héraclès, en proie à la difficulté de vaincre ses faiblesses. Si nous décidons de faire intervenir la volonté, nous pouvons ralentir notre rythme respiratoire : le coeur se ralentit, l'esprit se détend et l'émotion disparaît.

La fonction respiratoire est la seule fonction végétative de l'organisme où peut intervenir la volonté. C'est donc par son intermédiaire que la volonté a accès aux autres fonctions végétatives.

Lorsque le souffle est agité, l'esprit est agité. Lorsque le souffle est immobile, l'esprit est immobile, le yogin atteint la fixité[6].

Cette citation met en relief la corrélation qui existe entre le corps et l'esprit. Dans l'homme, le corps et l'esprit ne se dissocient pas.

Lors d'une inspiration profonde, le diaphragme se contracte et exerce une légère pression sur le foie, l'estomac et les autres organes ; cette pression, combinée au rythme du diaphragme, agit comme un léger massage des organes, stimule leur action et encourage leur fonctionnement normal. Dans cet exercice interne, chaque inspiration favorise une circulation normale aux organes de nutrition et d'élimination.

Actuellement, le monde occidental attache beaucoup d'importance à la culture physique, ce qui est une bonne chose. Mais la stimulation des muscles externes n'est pas tout. Les organes internes, eux aussi, ont besoin d'exercice, et cet exercice naturel consiste à respirer correctement. Le dia­phragme est le principal instrument de cet exercice interne. Son mouvement stimule les organes importants de nutrition et d'élimination, les masse et les pétrit à chaque inspiration et expiration, y faisant pénétrer le sang puis le faisant ressortir, donnant un tonus général aux organes.

En outre, il convient de se conformer à une nourriture saine, de quitter la table avec un reste d'appétit et de faire des exercices de yoga régulièrement, accompagnés du rythme respiratoire, pour ne pas laisser les aliments s'accu­muler à l'intérieur de notre tube digestif et former des toxines. Tout organe ou partie du corps qui n'est pas entraîné s'atrophie progressivement et ne peut plus fonctionner correctement. Le manque d'exercice interne fourni par l'action diaphragmatique entraîne un dysfonctionnement des organes.

Le pranayama respecte les données physiologiques. Il a un double effet accélérer le fonctionnement de tous nos organes et développer l'énergie. Le rôle de l'air est d'apporter l'oxygène à tous les organes du corps pour qu'ils fonctionnent normalement. Si nos organes respiratoires sont déficients, notre corps en souffre à différents niveaux (système nerveux, foie, reins et glandes surrénales). Cette insuffisance peut aussi affecter le psychisme et diminuer notre résistance à la tension nerveuse. Le pranayama agit favora­blement sur les maladies psychosomatiques. Quand l'esprit est troublé, il abaisse la résistance générale de l'organisme et empêche la coordination des organes. Le tonus diminue et les tissus deviennent atones. Il s'ensuit de nombreux désordres fonctionnels et métaboliques. Par la respiration ryth­mée, le pratiquant de yoga peut facilement éviter tout trouble psychophysio­logique, toute émotion et dépression qui pourraient atteindre le coeur, les poumons et les glandes endocrines. Par l'intermédiaire du pranayama, le yoga agit sur l'état physiologique et psychologique de l'individu. Des chan­gements tout à fait remarquables se produisent dans l'organisme comme le ralentissement du pouls et la modification des battements cardiaques, favori­sés par la relaxation totale et une respiration lente et régulière.

[1] Taittiriya Upanishad, II, 3, op. cit. Une durée de vie entière, c'est-à-dire cent ans.

[2] Molécule résultant essentiellement de la dégradation des glucides.

[3] Caraka, Sarirasthana, I, 49, op. cit.

[4] Le tonus musculaire est une contraction permanente réflexe, donc inconsciente, qui pro­cure une certaine élasticité aux muscles.

[5] Platon, Timée.

[6] Euripide, Théâtre complet, III, Héraclès furieux, Garnier-Flammarion, 1965. 2. Hathayogapradipika, II, 2, op. cit.

Extrait de  « Le souffle, parole de vie de vie » de Shri Mahesh aux Editions du Rocher

Un grand merci à Jean Marie qui m’a offert cette lecture. Michel Billard.

 

     P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

Retour au début de la page                                             parenthese2@wanadoo.fr