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le meilleur de soi

 

 

dernière modification de cette page le 19-sept.-2015

Conférence de Guy CORNEAU  -  Lyon 2006

« Le meilleur de soi ». L’essence de ce livre que je suis en train d’écrire, qui va paraître le 15 octobre est qui fait suite à un livre qui s’appelle « Victime des autres, bourreau de soi-même ». C’est le 2ème tome de « bourreau de soi-même », créateur de sa vie. Le meilleur de soi parle de la création, parle de mouvement, de chemin intérieur, un chemin qui va vers la création de soi, vers la création du monde, et qui va bien sûr vers un chemin de bonheur. Parce que je pense que le meilleur de soi, c’est le courant que chacun porte et qui mène vers la lumière, qui amène vers le bonheur, malgré tous les écueils, tous les obstacles, toutes les épreuves que la vie nous présente.

J’ai divisé ma conférence en 3 parties. La première partie va parler de ce contact avec le meilleur de soi, parce que beaucoup de gens ont perdu ce contact. Qu’est-ce qui fait que ce contact puisse être perdu ? Qu’est-ce qu’on confond intérieurement ? La 2ème partie : comment on peut nourrir le meilleur de soi ? La 3ème partie : je parlerais de l’expression, la manifestation du meilleur de soi dans la vie.

Je vais parler beaucoup de pulsion créatrice. Ce que j’entends par là, ce n’est pas la créativité, mais la puissance de vie, l’énergie de vie qui anime chacun des êtres humains et des êtres vivants.

Je trouve que chacun de nous venons d’une puissance intérieure. Vous savez, c’est le printemps, les bourgeons sont en train de naître. Si vous ouvrez un bourgeon, vous allez vous rendre compte que la famille est déjà toute repliée dans le bourgeon. En fait il y a une sphère qui fait naître le bourgeon et l’amène à son déploiement, à sa complétion, qui devient une feuille, qui est une expression même de l’arbre, et je trouve qu’on est situé exactement à la même place : on est des feuilles de l’arbre de la vie, on porte une poussée universelle en nous qu’on va exprimer d’une façon très particulière à chacun, très unique, et ça c’est le mouvement de chacune de nos cellules. Nos cellules portent déjà ce mouvement là d’ouverture, de déploiement. Et c’est certain que la joie d’une vie c’est d’arriver justement à se déployer, d’arriver à connaître intérieurement un sentiment d’accomplissement, de libération. Et c’est ce que les êtres humains appellent le bonheur, le joie, la manifestation de ce qu’on porte même souvent confusément et qui tout à-coup arrive à éclosion.

Alors je dirais que c’est çà qui est central dans une vie. Ce ne sont pas les écueils, les ombres, ce ne sont pas tout ce qui nous arrive et est souvent noir, qui est difficile, mais bien au contraire cette force de vie qui pousse toujours, et qui en fait pousse à travers les écueils même, à travers les épreuves, et qui souvent les appelle pour qu’on puisse laisser tomber les choses qui nous entravent, qui nous affectent. Chaque vie a une intelligence profonde, et justement, à travers l’observation de ce qui entrave nos vies, on comprend souvent qu’on s’était engagé dans une voie de garage, on était un peu à côté de nos pompes. En fait la maladie, l’accident, la rupture douloureuse prend souvent assez et prend place dans un écart entre soi et soi-même, entre ce’ qu’on essaie d’être dans le regard des autres, le personnage social, l’image, et ce qu’on veut être, ce qu’on a le goût d’être intérieurement et qui n’a pas eu toujours sa chance, et auquel nous, on n’a pas toujours non plus laissé la chance de s’exprimer.

Cette conférence va se dérouler dans cet espace entre soi et soi-même, pour soutenir l’expression du meilleur de soi. Le meilleur de soi, ça n’a pas grand-chose à voir avec « être le meilleur ». C’est même tout le contraire. Le culte de la personnalité qui a fait notre culture, notre société (où j’ai besoin de la place, où j’ai besoin d’exister, où je veux être quelqu’un absolument aux yeux des autres) est en fait une négation du meilleur de soi. C’est ce que je veux aussi expliquer dans ma conférence.

Pour en arriver là, je vais commencer la vie où elle commence. Vos parents font l’amour. De cet acte amoureux, une cellule naît. C’est vous. Elle possède déjà toutes vos caractéristiques, elle est déjà distincte, unique, et bien sûr elle porte aussi l’ADN, les formes qui vont permettre que vous puissiez être un être humain pareil aux autres, elle porte toute votre unicité. Mais avant même la codification de l’ADN, elle porte d’une façon beaucoup plus large et beaucoup plus libre que son rapport avec l’universalité avec cette puissance de l’être et son rapport avec cette individualité qui est en train de s’inscrire dans un canal qui est un être humain. Donc on vient au monde comme ça, et cette cellule cherche à se déployer. Elle va rencontrer très tôt des écueils, des choses pour la contracter. Qu’est-ce qui va être agent de cette contraction, et non pas la responsable de cette contraction, c’est la mère, le ventre de la mère, la mère qui vit avec un homme, qui émet des contractions, qui vit dans un monde où il y a déjà des perturbations importantes.

Donc la mère est l’agent de toute cette contraction, et l’enfant est déjà en train de connaître les effets du rétrécissement. Qu’est-ce que les contractions vont faire ? Elles vont faire en sorte qu’on réduit déjà le mouvement d’expression qui nous porte.

La naissance va être aussi un passage très important. Et beaucoup de psychologues en ont parlé comme étant un choc, et même certains comme un traumatisme. Ce qui se passe : vous arrivez avec votre puissance créatrice et vous passez par un canal et pour faire face à un nouveau monde. Vous allez recréer une sorte de monde unique, une symbiose avec le ventre de la mère, et là tout à coup vous avez changé de lieu radicalement. Et déjà l’enfant connaît à ce moment-là ce qu’on pourrait appeler une angoisse profonde, une angoisse existentielle dans le sens que ce ne sont pas les parents qui en sont responsables, mais le fait même de venir au monde, de changer de milieu. Si vous pensez avoir peur de la mort, ce serait un bon exemple de ce à quoi peut ressembler la peur du nourrisson changeant radicalement de milieu. Bien sûr ce n’est pas une peur consciente, parce que tout ce qui est vécu comme impression, ou une contraction, ou une sorte de tension profonde va s’inscrire dans l’être. Ce que vous allez connaître par la suite, c’est d’abord dépendant du milieu dans lequel vous êtes. Ces tensions existentielles vont ou se relâcher un peu, ou bien au contraire s’affirmer de plus en plus parce que le milieu qui vous reçoit n’est pas prêt à vous recevoir, parce que on se sent incompris, rejeté, enfin abusé même, battu, violé, toutes ces choses vont arriver qui vont faire en sorte que ces contractions peuvent devenir encore plus oppressantes. Et par contre les pratiques qu’on a autour de la naissance : la naissance en eau chaude, l’haptonomie, les sages-femmes, les accompagnements qui sont beaucoup plus naturels, vont permettre au contraire l’accueil de l’enfant, qui vont pouvoir lui permettre de se détendre beaucoup plus rapidement, donc de ne pas rester si contracté. Mais de toutes façons dans la vie il y a des contractions : on tombe de son lit, on s’étouffe avec quelque chose, il y a toutes sortes de choses terribles, il n’y a pas de vie sans thème autour de ça, et souvent le monde de la contraction demeure très présente avec des peurs qui vont entrer en ligne de compte. On se sent rejeté, on se sent divisé, on se sent à l’écart. Et donc qu’est-ce qu’on va faire pour répondre à çà ?

On va continuer à faire sur une lancée, qui est déjà une lancée de protection de soi. Un premier heurt, une première difficulté, on fait en sorte que vous soyez préparé à de nouveaux chocs et de nouveaux heurts. Vous allez mettre en place une sorte de bouclier psychique.

Le mouvement de la vie, mouvement de déploiement de soi, et quand arrivent des petits problèmes, des épreuves qui vous contraignent, nous oppressent, on a peur que ça dure longtemps. Et en général çà dure longtemps parce qu’on va finir par s’habituer et s’en accommoder. C’est là que les problèmes commencent : quand on a accepté une réduction de la puissance créatrice, au point que certains d’entre nous vont même se sentir confondus, ils ne savent plus trop les impressions de base de cet élan de création, ils sont comme perdus, voilés. Pourquoi ?

Parce que au fond, à travers les hauts, il y a la peur qu’ils se reproduisent. Je mets en place des boucliers de protection. Ces boucliers de protection vont faire en sorte que j’élabore une façon d’être. Je vais commencer à me défendre. J’ai adopté un mécanisme de défense au cas où ça arriverait à nouveau. Je vais mettre en place une sorte de mécanisme de défense. Cela s’appelle la personnalité.

La personnalité, il y en a de toutes sortes. Par exemple dans une famille, vous êtes le 6ème d’une famille de 7 ou 8. 6ème d’une famille où il n’y a pas de place pour moi. Qu’est-ce que je vais faire pour gagner l’attention dont j’ai besoin ? Parce qu’au fond, on va répondre à l’angoisse, la division avec la mère et l’angoisse de ne pas exister. Une angoisse d’être divisé, on va y répondre en cherchant le regard de l’autre, fébrilement parfois, même désespérément, et çà se poursuit dans l’amour : je cherche dans le regard de l’autre, c’est une demande au fond inconsciemment ou parfois même un peu plus consciemment : prouve-moi que j’existe, accorde-moi l’attention qui fasse en sorte que je me sente exister, que je suis animé de l’intérieur, parce que quand ton regard n’est pas là, je ne me sens pas animé de l’intérieur. Donc je vais commencer à mettre en place le bouclier de protection qui est un bouclier d’adaptation aux demandes, aux exigences de mon milieu : je suis 6ème d’une famille de 9, je me dis tout à coup, la meilleure façon d’avoir de l’attention, c’est de ne pas en demander. Peut-être le bon timide qui s’efface, qui n’entre pas en conflit avec personne, qui ne veux pas de conflits, comme ça au moins j’aurais un peu d’amour.

Mais le 5ème n’a pas réagi comme çà du tout. Lui dit s’il n’y a pas de place pour moi, je vais en faire voir de toutes les couleurs, je vais attirer toute l’attention possible en faisant des mauvais coups.

La 4ème, elle s’est dit : ils ont une telle admiration pour le 3ème, ce que je vais faire, c’est le clown, je vais faire rire. Et c’est quelqu’un qui fait rire les autres. Le 3ème, lui, qui était très admiré, dit : Moi, j’ai déjà tout ce que je veux. Je vais rester un bon garçon, une bonne fille pour faire en sorte que on ne m’attaque pas trop puisque on m’aime quand je suis plaisant.

Le 2ème a dû se dire : je vais essayer d’être soumis, parce que mes parents sont moins expérimentés avec les premiers, je vais me soumettre. Pour les autres qui suivent, il aide et prend des responsabilités. Et le premier encore plus, il est prisonnier du carcan imprimé par les parents.

Ca peut varier d’une famille à l’autre, des mises en places que chacun emploie pour survivre. Le 8ème pourrait se dire il n’y a plus de place dans cette famille, je vais être celui qui fait toujours pitié, même quand j’ai des succès, je vais les raconter d’un façon où je fais encore pitié et c’est comme çà que je vais avoir un peu d’attention. La 9ème peut se dire qu’elle va se réfugier dans l’imaginaire, être la rêveuse, le rêveur. C’est ma façon à moi de survivre.

Ces différents modes de la personnalité, je suis en train de parler des façons de s’adapter. Le problème, et c’est normal, c’est la formation de la personnalité. Ce mot est un peu différent du sens habituel où on dit que notre personnalité c’est toute notre personne. Ce que je suis en train de vous dire, c’est que ce qu’on croit souvent être toute notre personne, est une partie de notre personne. Ce n’est pas notre individualité profonde. Cette personnalité, ce personnage ne nous représente pas complètement, loin de là, il est comme la peau du fruit.

Avoir une personnalité, c’est une réponse naturelle aux heurts de l’existence. Toutes les choses vivantes ont une peau, une interface : les arbres ont l’écorce, les bourgeons une carapace. Le problème n’est pas çà. Le problème c’est que je me définis uniquement en fonction de cette personnalité « je suis comme çà ». Si bien qu’on aurait pu demander à quelqu’un d’autre, il pourrait dire non je suis beaucoup trop timide pour faire çà, j’aime mieux rêver à ma place, je ne veux pas qu’on me dérange. Si vous rencontriez une pomme en analyse, qui vous dirait « moi je me prends pour la peau, moi je n’ai pas de sève, pas de coeur » je dirais, non vous faites erreur sur vous-même, vous êtes loin d’être vous-même, vous êtes uniquement à la périphérie de vous-même, vous êtes la chair, la sève de l’arbre. Donc je l’invite non pas à délaisser la peau qui la protège, mais à délaisser son identification à la peau du fruit. Vous diriez ça ne te représente que par çà, c’est une façon de réagir au cas où vous êtes en péril, aux difficultés. Et toi, qu’est-ce qui se passe au cœur ? La saveur du fruit, son parfum, c’est le meilleur du fruit. Mais très souvent la pomme dirait « oui, mais je suis tellement habituée à m’identifier à la peau, je juge que je suis pareille à ça, je n’arrive pas à me concevoir autrement ». C’est un peu ce qui nous arrive. On est tellement habitué à ce jeu, à ce personnage qui s’est créé pour nous permettre d’avancer et de retirer un peu du possible de notre environnement, l’amour, l’attention, ce qu’on s’est attaché à cette réaction, à cette façon d’être, on n’arrive plus à se concevoir autrement que ça. Ce qui nous a permis d’être au début, de survivre, devient une prison, parce que là on devient prisonnier du regard de l’autre. Là je deviens très soucieux de mon image, je n’arrive plus à me détendre, je n’arrive plus à lâcher prise là-dessus, parce que si les autres devaient me retirer leur estime, j’aurais l’impression de ne plus exister d’une part, ce que je ne peux absolument pas toucher à çà, et j’aurais l’impression d’être seul, d’être mis à l’écart, ne plus être un être humain, ne plus avoir de valeur, et en même temps que vous apprendriez tout cela, vous apprendriez que vous êtes rendus à côté de vous-même, parce qu’au fond, ce n’est qu’un mécanisme de protection. Ce qui nous possède, on en est la première victime. Bien sûr la prison protège un être de quelque chose, mais c’est un milieu très restreint pour vivre. Pourtant chacun de nous acceptons un peu de vivre au point de vue psychologique dans cette prison sous ce regard de l’autre, de l’image que nous présentons, des habiletés qu’on a développées à être ce qui nous.

Je donne un exemple. Vous me suivez bien ? Vous m’entendez bien ? Vous me voyez bien ? J’oublie parfois de lever le regard, mais si je lève le regard vers vous, en bas ils voient mon menton. Je suis dans mon image, c’est çà le problème. Il ne faut pas que je perde çà, parce que si je perds çà, je vais être dans l’ombre, ils ne me verront plus, et s’ils ne me voient plus, est-ce que j’existe encore ? C’est le problème de la vie, l’angoisse. Parce que si on enlève les spots et si je suis là, ils ne m’aiment plus, ils ne me veulent plus, qu’est-ce qui va m’arriver ? Cette angoisse là, je ne veux pas y toucher. C’est pour çà que je mets toutes ces stratégies en place. Mais en même temps que j’ai adopté cette stratégie, je suis séparé de moi-même, je suis séparé de ma puissance créatrice, séparé de ma source, séparé du pouvoir que j’avais dans la vie, séparé du pouvoir d’aimer, même séparé du pouvoir d’être aimé pour ce que je suis profondément au lieu d’être aimé pour ce que j’ai développé qui plait aux autres et qui est adapté à ce que je pense qu’ils désirent de moi.

Je suis dans un atelier où il y a une dizaine de personnes. Il y a un homme qui me dit qu’il aime bien l’atelier parce que en fait il craint que sa compagne ait une aventure avec un autre homme. En fait il n’en sait rien, mais il craint que ce soit arrivé parce que depuis quelques mois il la sent plus froide, qui prend ses distances. Dix-huit ans qu’ils sont ensemble, et donc non seulement il a peur, mais ça le déstabilise complètement, au point que très rapidement en parlant de cul devant le groupe, je me rends compte que je suis devant quelqu’un qui a une peur panique que sa compagne puisse avoir une aventure avec quelqu’un d’autre. Alors je dis mais si c’était vrai que votre compagne rencontre un autre homme qu’est-ce que ça vous ferait ? Il me dit, d’abord c’est une pensée qui est intolérable, je ne peux pas penser à cette chose là, juste à y penser j’ai l’impression de me fragmenter terriblement, d’être en morceaux, et je suis sûr que je ne pourrais pas survivre à un tel événement. Quand on pense à quelque chose comme çà, et que très sérieusement il est en train de le vivre avec toute l’émotion qui vient avec, quand on est devant quelqu’un qui a complètement laissé son pouvoir à quelqu’un d’autre, la pomme sans sève, qui se dit : je ne pourrais jamais me déployer. Si tous les gens pensaient à çà, çà irait mal.

Il est en train de vivre cette déconnexion avec lui-même. Je lui dis pourquoi vous n’en parlez pas à votre compagne ? Parce que ce serait plus facile pour les autres jours en lui disant écoute je ne suis pas très bien depuis quelques semaines, j’aurais besoin de savoir si tu vois quelqu’un d’autre, si tu es amoureuse et qu’est-ce que veut dire pour notre relation, est-ce que tu songes à me quitter, à divorcer. Mais il est incapable d’entendre une chose comme çà. Pourquoi ? Parce que sa personnalité c’est une personnalité de bon garçon, soumis, qui a vécu sa vie en donnant tout aux autres et donc depuis qu’il vit çà, il se croit responsable de ce qui arrive. Il en donne, il en donne à sa compagne, il en rajoute, et parce qu’il fait un geste absolument incroyable, je suis vraiment devant un enfant de 45 ans, les bras ballants le long du corps, il dit je lui donne tout, je lui donne tout, je ne comprends pas ce qui arrive. Si j’avais une compagne qui me donnait tout, je pense que je prendrais un peu de distance aussi. Donc parce que l’attente est très très forte. C’est la vie de la personne entre les mains littéralement. Tout son pouvoir a été donné à quelqu’un d’autre. En se disant si je donne tout, ils vont m’accepter, ils vont m’aimer. Et cette femme là avec qui je vis depuis 18 ans, à qui j’ai tout donné, elle accepte parce que je donne tout. Mais là on dirait que la stratégie commence à battre de l’aile, ou peut-être qu’elle est en train de se dire j’étouffe il faut que je prenne un peu de distance. Je n’ai jamais connu la suite de l’histoire. Mais j’ai pu travailler avec lui surtout cette question de sa dépendance à l’autre, qu’il prend pour de l’amour. En réalité, il n’est pas en train d’aimer sa compagne, il est en train de lui dire aime moi pour que j’existe, aime moi pour que je n’ai pas à rencontrer ma peur d’être seul, parce que là je suis confronté au fait que peut-être je n’existe pas.

Encore si on tranchait quelque chose comme çà, qu’est-ce qui pourrait vraiment aider cet homme ? Bien sûr sa compagne pourrait le rassurer, mais le rassurer pour combien de temps ? Jusqu’à la prochaine crise, jusqu’au prochain éloignement ? Est-ce qu’il aurait réglé quelque chose du problème ? Absolument pas. Peut-être que ce serait mieux que sa compagne ne se rapproche pas, qu’elle ait vraiment une aventure avec quelqu’un, ou qu’elle y songe. Dans une crise très profonde qui lui permette de se rendre compte qu’il est victime de lui, il est victime de ses peurs, victime du rejet précoce qu’il a vécu, qui ont fait qu’il se défend comme ça, qu’il a appris à se défendre en donnant toujours. Une chose est sûre, c’est que si sa vie continue comme ça, il s’en va tout droit vers le malheur. C’est très intéressant, parce que l’atelier que je donnais se tenait dans un spa, et donc s’est un lieu assez confortable. Il se dirigeait vers le salon où se trouvait une télévision. Il se mettait devant la télé, il commandait une bière. Il était incapable d’être seul plus que 2 ou 3 minutes. Il fallait que l’animation vienne constamment de l’extérieur. On est devant un robot, devant quelqu’un qui porte sur lui toutes ses peurs, quelqu’un chez qui il n’y a pas de maîtrise de ce qu’il vit intérieurement. Bien sûr que cette personne là est en train d’inviter sans le savoir, et je ne lui souhaite pas du tout, je lui souhaite sur un autre plan, des incidents, des situations difficiles, peut-être même des maladies qui viendront lui souligner cet écart entre lui et lui-même, ce grand désamour de lui-même, cette grande méconnaissance de lui-même dans laquelle il s’est installé. Qu’est-ce qui pourrait arriver ? Ce serait quelque chose qui ressemblerait à la question suivante : qu’est-ce que tu reconnais en toi-même, par toi-même, qui te donne le goût de vivre, qu’est-ce qui te branche, qu’est-ce que les autre reconnaissent en toi et qu’ils aiment et qui te permet de continuer, au contraire, qu’est-ce que toi tu reconnais qui te donne le goût de vivre ? Et là, il se pourrait bien que ce personnage me dise « mais j’étais content avec çà, je ne sais pas ce que vous voulez dire »

Je me rappelle, j’étais au Japon, et je parlais à un groupe de mères dans un temple zen, il y avait une soixantaine de mères et la 2ème soirée, une mère prend la parole et dit « M. Corneau, je suis une bonne mère de famille, j’élève 3 enfants, je fais du mieux que je peux mais en tant que bouddhiste si vous parlez d’être soi-même, je ne sais pas ce que vous voulez dire, je n’ai aucun ressenti qui correspond à ça. Alors je lui ai dit, on va s’aider, on va retourner en arrière, quand vous étiez adolescente. Je dis adolescente parce que c’est une période où on est moins pris dans l’image, on n’est pas encore pris dans tout le jeu, nos rêves, nos idéaux, tous nos goûts sont très identifiés à moins d’avoir connu une enfance très contractée, c’est toujours possible. Donc je lui dis quand vous étiez adolescente, y a-t-il quelque chose que vous aimiez beaucoup et que vous ne faites plus jamais. Elle pense un peu, et elle me dit « quand j’étais adolescente, j’adorais la musique classique japonaise. C’était très vivant, on suivait les musiciens, on connaissait les musiciens, et dans le concert, moi-même j’avais commencé à pratiquer un instrument. C’était sans doute une des périodes les plus stimulantes de toute ma vie ». J’ai dit, on va retourner exactement là dès demain matin, quand les enfants seront à l’école, votre mari au travail, vous allez vous mettre quelques minutes de musique classique japonaise, pas trop d’un seul coup, parce qu’un grand bonheur d’un seul coup c’est dangereux pour le cœur ! Quelques minutes seulement. Vous verrez de jour en jour si vous voulez accroître la durée du bonheur. Pendant ces quelques minutes de musique classiques, vous allez goûter en vous, vous allez la savourer, goûter profondément, et vous allez vous permettre de rêver 5 minutes à ce que votre vie croit être, votre vie avec votre mari, votre vie avec vos enfants, puis aussi la vie en général, quels sont les goûts qui sont restés inassouvis, et vous allez rêver comme çà librement pendant plusieurs jours, de rêvasser, de faire des rêves éveillés, c’est seulement au bout de 5 à 6 jours de çà ou d’une semaine, vous allez vous dire, maintenant je vais concrétiser une petite des choses que j’ai entrevues, je vais permettre à une portion de rêve de transformer la réalité. Je pourrais vous formuler cette question là : je pourrais vous dire : il vous reste 6 mois un an à vivre, qu’est-ce que vous avez absolument besoin de faire pour avoir l’impression que votre vie est complète ? Disons qu’il n’y a pas de limites. Qu’est-ce que vous auriez besoin de faire ? Il y en a qui auraient besoin de chanter, de partir en voyage, il y en a qui auraient besoin de parler à tous les gens qu’ils ont connu dans la vie pour pacifier toutes leurs relations, toutes sortes de choses émergeraient, très différents d'une vie à l'autre. Et la question est juste la question que vous pouvez vous poser, parce qu’on ne sait pas pour combien de temps on est ici. Et ça vaut la peine de se la poser, parce qu’en réalité les gens arrivent à la quarantaine, la cinquantaine, très souvent ils arrivent déjà en ayant contenter beaucoup de besoins, au niveau de l’argent, l’appartement, les besoins matériels, mais quelque chose de très profond reste insatisfait. Et tant que ça va rester insatisfait, on va produire du malheur de la tristesse du désespoir de fond, qu’on va tenter de couvrir par toutes sortes de phénomènes de surface, de simulations, le tabac, l’alcool, la drogue, la télévision, pour se sentir vivant, tellement la source a été bloquée ou inhibée.

Donc c’est se poser des questions qui permet de retrouver le sens de soi-même, et bien sûr, ça ne vient peut-être pas du premier coup, peut-être vous devrez vous essayer sur plusieurs jours, plusieurs semaines, pour permettre de rêver un rêve qui ne corresponde pas à l’image, au personnage que vous avez développé dans la vie.

 

Qu’est-ce qui va nous aider encore plus que çà ? A quoi est-ce qu’on peut nourrir le meilleur de soi ?

Comme je disais au début, cette fermeture qui s’est produite sous l’effet d’une contraction, contraction qu’on a trouvé, ça veut dire les peurs, angoisses, insécurités, inquiétudes, préoccupations. Préoccupations, c’est ce qui nous occupe avant même qu’on soit préoccupé, ce qu’on porte. Vous savez qu’on arrive dans la réalité dans n’importe quelle situation. Donc ces peurs entraînent la contrainte. La contrainte, physiquement, les poumons le ventre, la contrainte psychiquement, affectivement, la contrainte mentale. Les gens parlent d’avoir une boule au plexus solaire ou dans la gorge. L’angoisse d’exister, l’angoisse de ne pas être à la hauteur, de ne pas être aimé, l’angoisse d’être ou ne pas être OK, l’angoisse de se tromper… C’est çà qui est là. Donc les effets de fermeture même au niveau de l’esprit : je suis pris dans certaines pensées, par certains types de croyances, je n’ose pas les remettre en question.

Donc qu’est-ce que je peux faire ?

On va pour vous amuser, parce que souvent les gens ont peur des grandes explorations psychologiques. Je me suis dis pourquoi pas, on ne présente des choses qui ne coûtent rien, qui ne nécessitent pas de longues analyses, pour prouver qu’on peut changer sans s’occuper de ses problèmes. C’est une réalité jusqu’à un certain point. Voici quelques moyens de changer sans même avoir à vous occuper de vos problèmes.

 

Pour changer, la première chose très simple : puisque l’effet de la peur et de la contraction, je vais d’abord respirer. Tout ce qui va vers l’ouverture, tout ce qui va vers l’expansion va m’aider. Première chose la plus facile qui ne coûte rien : respirer. Inspirer. Essayez. Gardez un peu l’air dans les poumons, retrouver de l’expansion en inspirant. On va trouver de l’expansion en inspirant, à travers l’air du souffle. C’est çà le premier pas en dehors de cette prison. La peur. Il y a des gens qui font des crises d’angoisse phobique. Ce qu’on fait avec eux, on les fait respirer. On essaie de trouver un rythme de respiration profonde parce que leur respiration est très saccadée, pour retrouver l’expansion, on les fait respirer. Contraction au maximum et on les fait se calmer et respirer. Ca a l’air idiot, mais je pense bien qu’il y a beaucoup de gens dans la réunion qui ne respirent pas les pleins poumons chaque jour. Respirer cette expansion qui vient en respirant va permettre une alimentation directe. Si je mangeais un petit peu mieux, je me sentirais moins lourd et déjà je serais moins contracté à ce niveau là, parce que souvent notre façon de vaincre le vide intérieur et la peur intérieure car il n’y a pas de vide intérieur, parce que c’est une interprétation : puisque c’est une interprétation que je suis séparé, je ne l’ai jamais été, mais c’est mon interprétation, alors je remplis le truc, je me donne la lourdeur, je me donne la pesanteur dans le ventre, pour avoir un effet de « j’existe ». Peut-être, moi qui ai fait un peu dans l’alimentation, moi qui fait un peu d’exercice, quelque chose comme çà. C’est un premier niveau.

2ème niveau de la chose : peut-être que j’ai envie d’aller vers le mode d’expression. J’ai envie d’exprimer et je me suis toujours retenu. La chorale, le théâtre du coin, la petite troupe d’amateurs, refaire de la poésie, dessiner, simplement avoir un endroit où je me laisse aller, où j’arrête de me demander des choses, où j’arrête de me juger, où je fais ce que je fais pour le pur plaisir.

Maintenant il y a Isabelle, elle donne des ateliers où elle propose aux gens, pas de cours en réalité, mais retrouver le plaisir d’étendre la peinture sur la toile, parce que elle, Isabelle, juge que c’est la chose la plus utile au monde. Les gens sont tellement contractés qu’ils ont perdu ce pouvoir d’entrer dans l’instant présent, comme le plaisir de l’enfant d’étendre les couleurs sur une toile. Donc elle a une autre façon de s’exprimer, ouvrir ses ailes un petit peu, une façon encore très, très seul, imaginer, rêver, rêvasser. Je vais vous proposer un petit devoir que vous pouvez faire cette semaine, quand tous vos autres devoirs seront faits, y compris votre devoir conjugal, vous pourrez en fermant les yeux, imaginer toutes sortes de choses sans limites, dont d’autres formes d’objets, n’importe quoi qui vous intéresse. Moi, ce qui m’avait intéressé là dedans, c’est chercher une saveur d’un jus, que je n’ai jamais trouvé, jamais goûté, et là tout d’un coup, j’ai dit qu’est-ce qu’il y a dans ce jus-là, il faut beaucoup d’imagination.

Donc n’importe quoi, n’importe quel type d’imagination, comme ça vous pourrez vous coucher, vous endormir le sourire aux lèvres. Vous allez voir que le sourire vient très rapidement. Et pensez à toutes sortes de choses. C’est très important d’ouvrir la porte à l’imagination. Parce que la chose qui est la plus contrainte dans nos vies, c’est souvent l’imagination. On a peur d’imaginer sa vie autrement parce qu’on sait bien que c’est çà le plus dangereux. Si on se met à penser aux choses autrement, on pourrait être entraîné dans une concrétisation de cette imagination, là, on risque de sortir des rails.

On va se sentir un peu rejeté si on pense autrement, donc n’imaginons rien d’autre que ce qu’on vit. Imaginez la nature aussi. Marcher dans la nature, très intéressant la nature parce qu’au fond, vous pouvez être en train de penser à vos problèmes et très rapidement c’est la nature elle-même qui vous parle. La nature c’est tellement naturel, ça a tellement peu de personnalité, tellement peu d’image, au fond ça réveille, ça stimule notre propre nature comme la compagnie d’un animal par exemple. Les chiens ne se préoccupent pas tellement de ce qu’ils vont avoir l’air s’ils font quelque chose, à moins qu’ils ne deviennent très névrosés !

 

En général, malheureusement, le thérapeute veut recevoir l’animal en question avec son maître, parce qu’ils se disent que c’est la relation entre le maître et le disciple et l’animal qui est le problème. Donc tâchez de ne pas amener, l’animal qui est névrosé c’est le thérapeute pour animaux parce que vous n’en sortirez pas indemne vous non plus, c’est aussi bien de le garder comme çà, en se disant que c’est un effet de la nature tout simplement et que vous n’avez rien à y faire…

Donc contemplez les choses que vous aimez, les fleurs, les paysages, les rivières, les fruits, n’importe quoi, la lumière sur le plancher de votre appartement. Prendre quelques instants pour goûter les choses qui vous branchent, vous font vibrer. Peut-être que les autres, c’est pas çà, mais vous c’est comme çà. Cette couleur là, sur ce mur là, cet endroit là, le plaisir. On a tous des relations un peu particulières avec les différentes facettes de notre environnement. Donc se permettre de conscientiser ce désir là et d’y aller, contempler, un pas de plus pour dire méditer. Donnez-vous l’occasion chaque jour d’entrer en contact avec une tranquillité profonde, et quand vous touchez cette tranquillité, vous savez qu’elle existe chez tous les êtres, et ça permet de se promener dans le monde avec beaucoup plus de sécurité quand vous savez que chacun porte cette tranquillité en lui, malgré toutes les influences de surface. Vous savez aussi, en touchant cela vous saurez aussi, que ce n’est pas vrai que les êtres sont seulement l’image qu’ils présentent. Vous savez que chacun est comme vous, et que le meilleur du fruit est à l’intérieur, bien à l’intérieur, très tranquille, profond, aspirant lui aussi à un déploiement vers le bonheur, à une manifestation, à la création. On est tous comme ça. Tout le monde, même les criminels, même les bourreaux. J’ai travaillé avec des enfants perdus, j’ai travaillé avec des gens en prison qui avaient tué, qui avaient séquestré, qui avaient violé, j’ai travaillé en psychiatrie pendant 3 ans, je n’ai jamais rencontré un seul être humain qui n’aspirait pas à être heureux, qui n’aspirait pas à une tranquillité intense profonde et riche qui fait vivre, je n’ai jamais rencontré ça. Le moment propice, tout à coup, des révélations. On pouvait de temps en temps toucher à ces moments de tranquillité profonde. Vous savez, c’est à partir de cette tranquillité qu’on existe. C’est à partir de cette respiration, à partir de cette imagination déployée par vous qu’on voit qu’il y a l’inspiration, il y a du souffle, là on existe. Avant, on fait, on se limite, on se conforme, on s’accommode, on aménage, on règle nos horaires. C’est çà qu’on fait. On n’existe pas, on fait semblant. Que c’est agréable, que c’est joyeux, qu’on est heureux. Mais c’est seulement aux autres que vous pouvez compter çà. A vous, chez vous et moi hélas, ou heureusement, une sorte de baromètre intérieur qui fait qu’on sait à peu près toujours où on en est chacun. On est vraiment heureux, ou pas si heureux que çà. C’est vrai, non ? A force de se raconter des histoires, çà laisse plus beaucoup de temps pour dormir, quelquefois, on est touché par la tristesse, on est touché par le désespoir, qui nous dit « oui, tu nous fais de l’esbroufe, mais au fond il n’y a rien qui se passe près de toi ».

Je vais vous donner un exemple. J’ai animé un séminaire en Indes qui s’appelait « mouvement, souplesse lumière ». J’étais très content de mon séminaire que j’ai fait avec mon ami Pierre. On prépare le séminaire, qui est un travail sur les rigidités corporelles et psychiques, et moi j’avais une petite idée, de coupler ça avec un séminaire de sculpture de pierre parce que la sculpture de pierre c’est pas facile, c’est un matériaux très rigide, et celui-là, les gens vont rencontrer la dépression, les rigidités, les travers, toutes sortes de choses. Pierre me dit c’est super bonne idée. On organise dans une petite ville de pêcheurs, et on va s’y installer pour une bonne semaine. On s’installe sous un grand arbre avec chacun notre pierre et tout ça, et on commence à sculpter nos pierres, alors moi comme Pierre on s’attend à ce que ce soit difficile, et quand je relève la tête, après les premières 3-4 heures de travail, je me rends compte que tout le groupe au grand complet, sans aucune exception est en train de piocher ferme et sans aucune espèce de démoralisation. Donc, après 4 heures, on s’arrête, on rentre à l’hôtel et je dis à Pierre « on s’est un peu trompé parce qu’ils ont l’air d’aimer ça ». Pierre me dit : « le 1er jour tout nouveau tout beau ». Demain matin il y en a plusieurs qui ne voudront pas y aller. On supposait que c’était désagréable et un peu inconfortable d’être assis par terre avec la pierre... Le surlendemain il en manquait 2. Le lendemain, notre autobus partait à 9h30. A 9heures tout le monde était dans le hall d’entrée. Je savais qu’il y avait quelque chose de pas normal, quelque chose qui se préparait. On monte dans l’autobus. Vous savez si vous avez fait des voyages en groupe, cela n’arrive jamais que tout le monde soit à l’heure. Moi j’avais jamais vu ça, j’en ai fait beaucoup des voyages en groupe. Ca n’arrive pas et c’est pour ça que c’est inquiétant, c’est comme le calme avant la tempête. Je dis heureusement il va y avoir une tempête, ça va être parfait pour notre séminaire. Ce matin-là, 11h moins le quart je relève la tête pour faire une pause dans une sculpture de pierre, et là encore aucun signe de fatigue, ça pioche, ça se tape sur les doigts, ça ne dit pas un mot. Ils continuent vaillamment, ils ont tous mal au poignet mais ils veulent tous continuer. J’ai eu une dame dans un groupe qui a mal aux jambes, elle a du mal à marcher, elle a 75 ans ; elle a oublié son mal de jambes, elle s’en rappelle quand elle remonte dans l’autobus et à l’hôtel. A mi-parcours du stage, ils me disent : « on pourrait pas rester une petite demi-heure, on ne pourrait pas revenir cet après midi, il n’y a pas de visite prévue cet après midi. Je dis : on refait une petite demi-heure de plus, et à l’hôtel on verra ça. J’arrive à l’hôtel, c’est moi qui commence à être déprimé, ça va super mal, ça fait 2 jours, je ne sais pas ce qu’on va enseigner.

3ème jour, 9h25 tout le monde dans le hall de l’hôtel, 9h30 tout le monde est en train de piocher. Midi et demie ils ne veulent pas partir, à 1h ils ne veulent pas quitter le site. Je dis à Pierre ça va vraiment mal. On rentre à l’hôtel « mortiférés ». On va faire une petite réunion, on en a besoin. Donc on fait notre réunion, on essaie d’analyser les conditions pour lesquelles ça va si bien. C’est vrai ils sont mal, ils se tapent sur les doigts, ils continuent comme des acharnés, il y a quand même un problème. Alors on se dit, qu’est-ce qui se passe, là, on se rend compte que la sculpture de pierre c’est tellement difficile que dès les 1ers contacts, tout le monde a abandonné l’idée d’un résultat quelconque. C’est ça. Comme ils ont abandonné l’attente d’un résultat, ils sont comme des enfants dans un carré de sable, ils ne veulent pas que ça finisse. Moi je suis Papa ou Maman : il faut manger les enfants. Ils veulent plus arrêter, ils sont retombés en enfance, comme des enfants dans un carré de sable. Ils ne sont pas retombés en enfance, ils sont tout à coup en contact avec quelque chose qui leur redonne le goût qui les branche, une sorte de ferveur, qui n’est pas qu’intellectuelle, parce que la sculpture, le dessin, si le mental participe beaucoup, il y a aussi le cœur le ventre qui est en jeu. Ils ne fatiguent pas. Et moi aussi je suis comme eux, je regarde ma montre, encore une petite demi-heure, moi aussi j’ai mal au dos, je suis toujours en train de négocier avec mon mal de dos parce que je suis super mal assis. Mais l’analyse des conditions est importante. Pas d’attente d’adulte. Autre chose : comme personne n’est bon, personne ne se compare. Pas de comparaison avec les autres, tous à la même école. Pas de jugement sur soi, pas de jugement sur les autres. Là, je me rends compte qu’en fait, ce qui nous est arrivé à Pierre et moi, c’est qu’on s’est dit, on était un peu pernicieux, sauver le séminaire de la façon suivante : comment ça se fait qu’ici c’est si léger et qu’on ne veut pas arrêter, et qu’à la maison, dans la relation amoureuse, dans la famille, au travail, tout soit devenu si lourd. Pendant 10 jours, chacun a regardé les conditions de sa vie et voit comment il pouvait ramener cette sorte de ferveur dans sa vie d’adulte. Pour ramener cette sorte de ferveur dans la vie réelle, qui est le propos de cette conférence qui s’appelle le meilleur de soi, qui n’est pas une attente du résultat par rapport à soi, qui n’est pas intérieur, qui n’est pas être quelqu’un, qui est juste « j’ai du plaisir à étendre la peinture sur une toile, du plaisir à sculpter la vie, à sculpter mon couple, à participer à l’œuvre qui prend forme en moi. C’est çà ma pulsion de vie : créer le moment, très ouvertement, plein d’imagination, pas dans la peur de ce qui peut arriver, non, dans le geste, dans l’amour du geste pour le geste. Est-ce que chacun de nous a un endroit dans sa vie pour recontacter çà ? Un endroit qui lui est personnel, un endroit pour la personnalité qui cherche à être reconnue à tout prix parce que cet endroit là est l’endroit de la naissance d’une nouvelle autonomie, d’une nouvelle façon d’être qui veut colorer tout le reste de la vie et même ce que vous faites déjà.

Je vais donner un autre exemple. Il y a une dame qui suit depuis 7-8 ans assidûment aux 3 ou 4 séminaires de « cœur.com » par an. « Cœur.com » c’est une organisation qui est créée par un thérapeute en alliant compréhension psychologique et expression créatrice. Donc cette dame vient au séminaire depuis 7-8 ans chaque année. Cette femme est fort déprimée. Il y a un homme qui est chef d’une grande entreprise de 100 employés, et dans une entreprise de famille où le regard de tout le monde est braqué sur vous. Qu’est-ce qui m’arrive, j’ai des enfants, je mène une vie très honorable, pendant toutes ces années (40 ans) il porte le poids de cet héritage, il le porte lourdement, il n’est pas heureux, ce qu’il vient dire à chaque séminaire, c’est pour ça qu’il vient me voir : « moi j’aurais voulu être un artiste, moi j’aurais voulu peindre » Rien ne vous empêche de peindre, tu as les moyens d’acheter des pinceaux quand même ! Alors il me prend au mot, et un jour il vient et là non seulement il s’était acheté des pinceaux, mais il s’était fait un atelier dans le fond du jardin, un atelier qui ferait l’envie de plusieurs artistes, et beaucoup de lumière, beaucoup d’espace, et avec un petit studio pour coucher en haut si jamais l’inspiration devenait fais le lendemain matin, il voit le studio dans lequel il ne va jamais… Une guerre d’usure qui dure depuis 4-5 ans. Avant il avait l’excuse, je n’ai pas de studio pas d’atelier je ne peux pas peindre, là il n’a plus d’excuses, il s’est coupé l’herbe sous le pied. Il n’y tient pas plus. Donc il vient nous voir, les mêmes complaintes. Là il a désormais en main des choix différents parce qu’il est habillé de façon plus colorée que d’habitude, il a les cheveux un peu plus longs. Il a dû se passer quelque chose. Effectivement, il me dit « tu ne sais pas, j’ai commencé à peindre ». Je suis content. « Tu sais pas, j’ai fait 200 à 300 tableaux cette année ». 200 à 300 tableaux dans année ? « Oui » Il fallait que le bouchon saute, et ça a sauté ! Il me dit « finalement je ne sais pas si la peinture c’est vraiment ça » Pourquoi tu dis ça ? « 300 tableaux, qu’est-ce que je vais faire avec çà ? Ca sert à personne » (là c’est le chef d’entreprise qui reprend le dessus) le personnage est rentré. Je dis non, ça sert à des gens, d’abord tu peux en donner un à chacun de tes employés, ça en fait 100 de placés, après ça la branche de ta femme, la branche à toi, les enfants, on en place une cinquantaine, 150 de placés. Les autres 150 on les brûle dans le milieu de ta cour. « Ce n’est pas sérieux, pourquoi les brûler dans la cour ? » Parce que de toutes façons tu peux brûler les 300, ils ont servis vraiment à une seule personne et c’est toi. Ils t’ont drôlement servi parce qu’ils t’ont donné le goût de vivre. Alors il me dit « c’est vrai, tu as un peu raison parce que quand je peins, je ne m’ennuie pas du tout. Il me dit parce qu’il m’est arrivé autre chose dans la vie « mon fils le plus vieux est venu me rejoindre dans l’entreprise parce que étudiant en administration, j’en avait besoin, il est venu me rejoindre. Je me sentais un peu las, je me disais le pauvre je vais lui imposer le sort que j’ai vécu ». Son fils vient le rejoindre, il s’attend à un long apprentissage très dur, son fils arrive plein d’idées pour bien lui montrer qu’au contraire il entraîne son père dans toute une série de chose dont la rénovation au grand complet de l’usine. Et son père se dit c’est extraordinaire, il redécouvre son entreprise, la peinture lui a un petit peu ouvert l’esprit, il peut faire çà plus coloré, il peut introduire de belles choses, plus de communication avec les employés. Et il se prend au jeu. Et lui qui voulait prendre sa retraite tôt, l’année prochaine, il se dit il faut que je reste encore 6-7 ans pour accompagner mon fils là-dedans, c’est trop agréable. Il a même pensé organiser, cet homme déprimé pendant 40 ans par sa propre entreprise, par organiser des stages en créativité pour les patrons, pour aider dans leurs créations. Voyez comment tout ce qu’il a appris tout à coup parce qu’on a fait sauté le bouchon de la création, cela trouve son chemin à peu près partout dans cette vie est c’est ça qui est intéressant.

 

Ce dont on est en train de parler ce soir, ce n’est pas les changements radicaux. Je n’ai pas touché à quelque chose, je trouve le désir de vivre. Je vais laisser cette chose influencer, colorer ma vie. Et même si vous faites un travail pour lequel vous n’avez aucun plaisir, si vous faites un peu de musique le matin, je pense que votre journée va être un peu plus chantonnante, si vous dansez, elle sera un peu plus dansante. Mais au moins l’argent que vous gagnez pourra vous servir non seulement à être bon père mère de famille ou bon employé, mais il va aussi servir à, il serait intéressant que vous consacriez un peu de cet argent à faire quelque chose, à stimuler, à soutenir quelque chose que vous aimez vraiment. Parce qu’au fond la révolution dont on parle doit se faire progressivement.

Je suis en train de parler de comment on va manifester cette chose dans nos vies.

En Belgique il y a une entreprise qui s’appelle « Sophie Chocolat ». Sophie c’est le prénom de la dame qui a créé cela, et chocolat c’est le nom de l’entreprise. Donc Sophie Chocolat, qu’est-ce qu’elle fait dans la vie ? Des desserts en chocolat. C’est quelqu’un qui a eu l’honnêteté de se dire un jour, au fond si je suis vraiment honnête avec moi, dans ma vie il y a une seule chose qui m’a vraiment intéressée, c’est le chocolat. Alors elle se met à être très inventive sur les desserts en chocolat, et bien sûr aidée par sa famille, ses amies, pour leur dire que je peux faire des gâteaux de réception, etc. aucun problème et ça commence comme ça. Petit poisson deviendra grand et ça finit par devenir une boutique et Sophie Chocolat continue sa création. Elle a l’idée un jour, là vous allez comprendre j’en suis certain, de faire un moelleux au chocolat. Elle se dit : « Moi j’aimerais que toutes les familles belges soient capables de faire un moelleux au chocolat », et elle trouve la formule. Elle invente le truc qui est dans le congélateur que vous mettez au four 10-15 minutes, et quand ça sort du four avec la prescription requise, le gâteau est bien cuit et le cœur est fondant comme un œuf à la coque. Ca intéresse énormément un cuisinier belge qui lui achète sa patente. Elle emploiera son mari et ses enfants dans l’entreprise familiale, dans le chocolat. Elle est contente. Sophie Chocolat est en train d’utiliser sa pulsion créatrice, sans juger. Elle n’est pas en train de se dire moi quand je ferais ça, ça me remplira. Elle cherche à vivre, ne se dit pas « faire du chocolat c’est pas sûr que c’est un grand idéal dans la vie » Au contraire, à travers cela elle vit la notion d’idéal. La pulsion créatrice est dans le temps, l’idéal est dans l’instant. L’idéal c’est ce qui donne une direction à la vie, ce qui oriente. Par exemple Justine qui vient me chercher à l’aéroport aujourd’hui, je monte dans son auto, ici avec 1/2h 3/4h de route, j’aurais commencé à penser qu’on tournait en rond dans Lyon, et j’aurais où est-ce qu’on va, il faudrait arrêter le véhicule parce que vous l’usez inutilement, et là il aurait dit non on va à l’hôtel, il y a un sens de circulation, et j’aurais été rassuré. Mais croyez-vous qu’il y a des gens dans Lyon qui utilisent leur véhicule physique affectif mental sans savoir où ils vont, ils tournent en rond, ils tournent en rond 10 ans, 20 ans, 40 ans, 60 ans, 80 ans. Je ne sais pas où on va avec çà, on ne sais pas ce qu’on est venu faire là. Donc ce qui nous dit ce qu’on fait là, c’est l’idéal. Mais toutes ces notions là pulsion créatrice, rêve, concrétiser, notion d’idéal, c’est toutes des choses délicates. Il faut faire attention à ne pas complexifier trop, l’idéal, je vous en donne quelques idées.

Je suis quelqu’un qui est très sensible au sort des enfants dans le monde, et je vais travailler à l’amélioration du sort des enfants. Je peux être quelqu’un de très sensible au sort des animaux et je me dis que la relation avec les animaux doit s’améliorer, très sensible à l’environnement, très sensible à la relation entre hommes et femmes, je suis sensible à l’injustice je veux lutter pour plus de justice sociale. Je suis sensible à la paix, je veux qu’il y ait plus de paix dans le monde. Il y a beaucoup de grands idéaux qu’on peut avoir, qui sont très importants parce qu’ils donnent le sens. C’est très important que cet idéal soit grandiose, c’est à dire qu’il me dépasse, de cette façon là, ça va faire en sorte qu’on ne soit pas dans l’attente du résultat. Il n’y aurait pas la tentation de mesurer ma valeur par les résultats, atteindre mon idéal. Je dis çà parce que moi, je suis un enfant des années 68, j’étais vice président du collège en pleine contestation et j’ai fait ce que les jeunes font depuis un mois en France, et je connais plusieurs personnes qui ont lutté avec moi, qui avaient les mêmes idéaux à l’époque, et qui aujourd’hui ne croient plus du tout à çà parce qu’ils disent que c’est un échec, on n’a rien fait qui soit arrivé, pas tellement de choses en place donc on a manqué notre coup. Je dis toujours mais non on n’a pas manqué notre coup, de toutes façons, la société qu’on a entrevue devra bien exister un jour parce que, nous la façon dont on la mène on est en train de s’en aller droit dans le mur, donc il faudra bien que ça change, qu’il y ait plus de place pour les êtres humains, plus de place pour la création, plus de place pour l’idéal.

Je suis allé dernièrement en voyage dans une ville très particulière en Indes protégée par l’UNESCO. C’est une ville faite avec l’idée que ses habitants auraient le même idéal d’évolution spirituelle. C’est çà la condition. Ce n’est pas comme on fait un ashram, ce n’est pas une petite communauté idéale, c’est une ville. Une ville avec un conseil administratif, une culture des quartiers une voirie, tout çà. Il faut réinventer tout çà. Cette ville a été fondée en 1972 sous la protection de l’UNESCO, une ville internationale, qui n’a pas de nationalité, pas de passeport, on peut rencontrer 120 nationalités différentes. Je savais aussi que j’allais vivre et que le comité qui organise avait énormément de problèmes, beaucoup de luttes entre les anciens et les modernes, très fidèles à la parole de l’initiateur de cette ville, parce que c’était en son honneur, en son hommage que celle qui était sa compagne a voulu créer cette ville. Je savais qu’il y avait beaucoup de problèmes entre les orthodoxes qui ne voulaient rien changer, et ceux qui veulent faire évoluer la ville au rythme des sanctuaires. Donc on rencontre quelqu’un qui est à l’accueil pour faire visiter les gens comme nous qui s’intéressent à ça.

Sans trop savoir ce que j’attendais, elle montre bien quels sont les écueils qu’elle rencontre. Je suis très surpris de çà. Ils attendent tout seuls que ça se passe. Je lui dis pourquoi vous restez ici, ça a l’air tellement difficile ? Elle m’a dit je reste ici parce que je suis heureuse ici, je marche vers mon idéal, je contribue à l’idéal lui-même. Elle me dit de toutes façons, il faudra bien qu’on accomplisse cela un jour, et que ce soit nous qui l’accomplissions ou des gens d’Amérique du sud ou d’ailleurs, ce n’est pas grave, on est en train de jeter les premières pierres. Ce qu’on aura fait n’aura plus besoin d’être fait. Même les écueils qu’on rencontre vont servir à des gens, on est en train d’inventer quelque chose.

Je trouve çà extraordinaire. Je donne un autre exemple.

Je rencontre un homme dans une petite ville québécoise, cet homme avait fait une école de théâtre, et après quelques années où il avait persisté dans ce métier, il avait dû se résoudre à une sorte d’échec et rentrer chez lui. Maintenant il doit gagner sa vie et ce qu’il trouve à faire, parce qu’il le fait bien, c’est moniteur de ski. On peut se dire qu’il y a un os. Pas du tout. Il dit je me suis rendu compte qu’en fait, j’avais ma scène un peu chaque jour devant le groupe, et je me suis rendu compte que mes talents d’acteur me servaient à enseigner. J’ai beaucoup de plaisir à faire rire un groupe, je m’amuse énormément, et pas seulement çà. Moi j’étais le fils de la personne qui s’occupait du phare de cette île, et j’ai beaucoup vécu dans la nature, j’adore la nature. Là je me rends compte que j’étais en position privilégiée pour initier les gens à la nature, pas seulement au ski mais à la nature. Parce qu’il dit, tu sais, les nouvelles techniques d’enseignement du ski sont beaucoup basées sur la connaissance du corps en équilibre, les pieds dans les chaussures, les pieds dans les skis, qui à partir du centre de l’être à partir de son bassin. Au fond, je leur montre comment c’est possible d’être bien dans leur corps et çà je l’ai bien appris à l’école de théâtre. Donc il se rend compte qu’il est en train d’utiliser ses connaissances, un idéal qui est le bien-être, au travers des rencontres en utilisant une de ses forces créatrices qui était là dans ses mains.

C’est pour dire que l’idéal se conjugue de différentes façons. On peut dire que Sophie Chocolat a pour idéal dans la vie de participer à une meilleure justice dans le monde.

C’est comme moi, et vous verriez le genre de famille qui étaient la mienne, le seul temps où il y avait une trêve dans la guerre intestine que nous menions dans la famille, c’était le repas du dimanche matin, dont le dessert était le couronnement. Les querelles s’arrêtaient, les choses pouvaient s’entendre, il y avait un peu moins de bruit, de nouvelles sensations, des impressions. Et moi qui avait des difficultés dans la famille, un bon repas avec une belle nappe, un beau couvert, c’était pour moi un emblème, c’est encore quelque chose qui me stimule, c’est incroyable, et je me rends compte que c’est parce que c’était un des seuls temps où on déposait les armes, où il y avait un peu de justice dans la famille. C’est bizarre.

Sophie Chocolat avait remarqué que effectivement le chocolat çà huilait le mécanisme social, cela rendait les gens moins agressifs, moins en conflit. Toutes sortes de façons d’entrevoir l’idéal. Bien sûr en m’écoutant, il y a des gens qui vont être appelés à changer de perspective de destin, même à corriger des choses dans leur vie. Il noterait que son petit fils ou petite fille n’attend pas le fait que son grand-père ou sa grand-mère lui donne un peu de temps, lui enseigne quelque chose, lui montre le chemin d’une vie, d’une vie où il y a de la couleur, du goût de vivre. Moi, j’ai 2 grand-mères comme çà, et je pense que ça m’a sauvé. Une grand-mère très affectueuse et toujours la tête pleine de projets, d’idées, quand elle nous entraînait dans quelque chose. Transmettre peut se faire de beaucoup de façons. On n’est pas obligé d’être un instituteur dans une classe. Il y a différentes façons de participer. L’autre jour, j’étais à Lausanne, j’arrive dans un petit hôtel, il y avait un congrès. J’avais trouvé un hôtel que je déteste, qui n’a pas été rénové, dont toutes les chambres sentent la fumée de camion. Quand je suis entré dans la chambre, j’ai dit je veux tout de suite changer de chambre. Mais à l’accueil de cet hôtel, il y avait un homme bourru avec un très grand sourire. Cet homme était tellement à sa place, c’est tellement un bon accueil que je me dit on est tellement bien accueilli ici, les chambres laissent à désirer mais c’est quand même plaisant d’être ici. On partage des petites choses, et à la fin quand je suis parti, je lui ai dit c’est vraiment agréable de venir ici parce que vous accueillez avec le sourire, parce que lui sans doute son talent dans la vie c’est d’accueillir, et son idéal c’est de participer au bien-être de ses compagnons, ses frères, ses sœurs, en souriant. Je lui ai dit, c’est tellement agréable, parce que vous êtes venu avec le sourire. Il me dit monsieur c’est ma façon de participer au monde. C’est extraordinaire ! Je me dis à ce moment-là que c’est terrible qu’on soit dans une société où on mesure la valeur des êtres par leurs résultats, uniquement par leurs résultats, c’est un système de comparaison terrible, et non par ce qu’ils sont au fond d’eux. Cette grande pulsion de création, pulsion de vie, pulsion de lumière, et ce grand idéal que chacun de nous porte.

J’ai eu la chance de connaître une des personnes qui a monté l’Everest et à peu près tous les grands sommets de la terre, et cet homme-là disait toujours « je me suis fait une devise : je rêve, je décide, je marche. Je rêve, c’est une pulsion créatrice en pleine imagination. Je rêve que je monte l’Everest, puis je me dis est-ce que c’est réalisable, lucide, après je me mets à réfléchir. Le plus difficile pour moi c’est entre le rêve et la décision, parce qu’une fois que c’est décidé, tu montes ta tente, tu achètes la nourriture qu’il te faut, tout le reste est une série de pas. » Je trouve çà extraordinaire. Chacun de nous pourrait se dire ce soir je rêve 5 minutes et je décide quelque chose, je pourrais peut-être manifester dans ma vie, peut-être que j’arriverais à concrétiser, je fais le 1er pas. Au fond il y a une seule chose d’est de décider ce premier pas, et après d’envisager les pas suivants, une sorte de progression dans la réalisation du rêve. Je dis ça parce qu’en fait ce qui va arriver, si vous vous permettez de rêver, et surtout si vous approchez d’une décision, vous allez voir votre personnage qui rapplique et là vous connaîtrez les angoisses très profondes parce que ce personnage vous a permis de vibre jusqu’à maintenant, il a même apporté du confort dans votre vie, il a quand même permis de survivre, alors il dit ne me laisse pas de côté c’est moi qui t’ai protégé tout ce temps-là, pourquoi tu me mettrais à la poubelle ? Je ne veux pas te mettre à la poubelle, mais je veux t’attacher, c’est autre chose qui veut vivre en moi, je veux un peu de place. Vous allez rentrer dans une sorte de conflit avec vous-même, des conflits conscients, mais ce conflit conscient qui va permettre des angoisses très profondes parce que la peur de l’inconnu, la peur de perdre l’estime et le regard des gens qui nous apprécient. Ca nous remet tout de suite en contact instantanément avec cette peur de mourir, qui est la peur de vivre de s’égarer. Oui je comprends monsieur Corneau, mais qu’est-ce qui va m’arriver, je me retrouve tout seul si j’ose faire ça, si j’ose manifester mon désir de création, ma force de vie ? Donc, le personnage est là parce que vous avez toujours été son esclave sa marionnette, en son pouvoir. Et vous devrez engager cette bataille-là cette bataille consciente avec vous. Peu importe ce que vous arriverez à réaliser, peu importe le résultat. Le fait que c’est marcher dans votre idéal avec le sourire maintenant, tout de suite. Ce conflit conscient avec soi, parfois une lutte pour son bonheur, son bonheur le meilleur de soi, cette forme de conflit est bien préférable à une forme de conflit inconscient qui fait mal intérieurement. Le conflit conscient c’est une tension profonde, une angoisse aussi, mais peu à peu, au fur et à mesure des expériences qui sont concluantes, vous allez vous rendre compte que vos croyances négatives vont lâcher, parce que si d’un côté je passe à côté de ma vie, de l’autre j’ai peur de me tromper. Donc il y a une angoisse très profonde. On veut changer mais en même temps on ne veut pas changer tant que ça. Ce conflit est préférable au conflit inconscient. En fait on pourrait résumer cette conférence en disant, tout à l’heure un monsieur disait « quand je bois de l’eau je me souviens de ma source, je me souviens d’où vient l’eau, de sa source ». Me souvenir d’où je viens. Je suis un être universel, à travers une pulsion créatrice très distincte, différente de toutes les autres que vous portez. La pierre, la « macula » que personne d’autre n’a. Parce qu’il m’écoutait et disait : mais on n’a aucune garantie de ce que vous dites, parce qu’en plus il y a des conflits des angoisses, tout cela est au rendez-vous quand même. Où est la pilule magique ? Il n’y en a pas. C’est vous qui devez permettre, autoriser un changement profond, sinon il n’y a rien qui va se passer. Parce que ce n’est pas vrai qu’on n’a pas de garanties : du côté du personnage, du côté de la personnalité, on sait que cet écart va produire du malaise du malentendu de la maladie. C’est sûr. Si on regarde autour de soi le nombre de gens qui sont malheureux, on sait. Très rare de rencontrer quelqu’un de malheureux en train de faire ce qui lui tient à cœur, c’est presque impossible.

On peut être laveur de vaisselle dans un bar, mais si vous ne la laviez pas cette fameuse vaisselle, tout le monde serait malade demain. Maintenant quand vous savez que vous participez au bien-être de l’humanité. C’est là qu’on porte des jugements sans trop savoir, qu’on évalue les gens par ce qu’ils font au lieu de par ce qu’ils vivent. Très important que les gens de notre société retrouvent la lucidité en face de leur idéal, et non pas en face de résultats qu’ils ont sur l’échelle sociale ou combien ils gagnent. On est en train de se faire très, très mal avec ce système-là. Il fait absolument permettre son évolution, son changement, sa transformation, rapidement même, sinon on va assister à des efforts fantastiques dans les prochaines années. On le sait, ça ne peut pas continuer. Et si vous avez un peu voyagé, vous savez bien qu’on est à peu près 5% de l’humanité qui consommons 90% des richesses, qui utilisons 65% de l’énergie, 45%, et produisons 60% des déchets. On sait bien que ça ne peut pas marcher comme ça, toute cette abondance que je souhaite au monde que ce soit un peu partagé. Ca va nous rendre heureux de partager si l’idéal est présent. Parce que la pulsion créatrice est partout, chez tous les êtres humains. Les conditions du monde font que en sorte que beaucoup de gens n’ont pas la possibilité de laisser émerger cette pulsion créatrice. Mais nous qui avons tout le confort, peut-être qu’on peut essayer, sinon on s’engourdit, je pense à une chanson des Pink Floyd qui s’appelle « confortablement engourdi ». C’est un peu ça. Mais ça mène à un malheur confortable. Bien sûr il y a beaucoup de satisfactions, mais pas la satisfaction profonde qui fait dire « je suis heureux ». Encore en présence seulement de la personnalité, c’est le confort engourdissant et parfois la crise plus importante que douloureuse qui sont au rendez-vous. Dans l’autre cas, plus de précarité, mais aussi plus de joie. Ces êtres humains sont heureux quand ils expriment leurs talents, leurs dons leurs goûts, le bonheur est là.

Les gens ont dit, ce qui m’intéresse c’est de travailler. En réalité, les honneurs la reconnaissance, ça ne m’intéresse pas du tout. Depuis que j’ai la compagnie, j’ai commencé à trier des galets. Si je suis heureux, ce qui m’intéresse c’est de travailler, d’offrir mon travail comme une prière, parce qu’il   aussi le soir, pas tellement avec ses croyances, ce besoin d’offrir son travail à l’univers à l’être humain, sentir qu’il participe comme ça à la beauté du monde. Ce qui est important pour lui, c’est de participer à la beauté du monde par sa grâce. Ce qui est important pour lui, c’est d’exprimer la beauté du monde. Un jour qu’il était en train de peindre une fresque de la chapelle Matisse à Vence, le journaliste lui a demandé, M. Matisse, ça veut dire que vous croyez en Dieu ? Matisse a répondu : « c’est quand je peints que Dieu existe, quand j’exprime mon talent du plus profond, en train de traduire la beauté humaine, je sens que je suis utile avec la particularité de contribuer à l’Univers. Dieu existe dans ce sens. »

 

Alors je vais terminer la conférence avec un poème. Ce poème qui pour moi témoigne de ses retrouvailles avec le chant créateur. J’ai écrit un poème que je vous offre, ça s’appelle « Retrouvailles ». Je me rappelle que la première fois que je l’ai lu en public, une dame m’a dit cette histoire : M. Corneau, j’aimerais être la femme pour qui ce poème a été écrit. J’ai dit mais il n’a pas été écrit pour une femme, c’est écrit parce que j’avais enfin retrouvé ce courant de création, la création qui est la vie, qui est la vitalité profonde, l’énergie…


 

 

RETROUVAILLES

 

Amour, mon bel amour, voici quelques offrandes

Ma vie au grand complet gaspillée pour des sous

Avec la peur en prime, avec la peur au ventre

Qui nous courbe l'échine, qui nous met à genoux.

J'ai erré si longtemps avant de comprendre

Que sans toi je n'étais qu'un pauvre pou

Oh! Un pou bien portant avec son importance

Qui écrivait des livres et qu'on aimait partout

Vivre à côté de soi, vivre à côté de l'âme

C'est renoncer à soi, c'est renoncer à tout

 

J'ai perdu mon combat, tu gagnes souveraine

Enferme donc ma haine au fond de tes cachots

 

Garde-moi prisonnier, lave-moi de mes peines

Pour le mal que j'ai fait, lève l'impôt

De pleurer chaque jour, ému jusqu'à comprendre

Et de pleurer d'amour devant ce qui est beau

Je veux vivre à tes pieds, n'ai plus rien à atteindre

Nulle part où aller, tout est de trop

Vivre à côté de soi, vivre à côté de l'âme

C'est renoncer à soi, c'est renoncer à tout

 

Je chante pour ceux-là qui n'ont pas pris la chance

D'être eux-mêmes ici-bas, eux-mêmes malgré tout

Je chante pour ceux-là qui n'ont pas eu leur chance

Ou qui tout comme moi l'ont jetée comme un fou

Je chante pour ceux-là dont j'envie l'existence

Ils mangent dans ta main, ils te servent à genoux

Ils suivent le chemin de leur maîtresse tendre

Et ils ont le courage de leurs goûts

Vivre à côté de soi, vivre à côté de l'âme

C'est renoncer à soi, c'est renoncer à tout

 

Si longtemps loin de toi, longtemps loin de moi-même

Mon bel amour caché au beau centre de tout

Mon bel amour trahi au centre de moi-même

Je te retrouve enfin à bout de maux

 

 

Les gens sont très interpellés par cette conférence, j’animerais un séminaire qui s’appelle le meilleur de soi. Je cite le poème pour ceux que ça intéresse à WWW.productionscoeur.com

D’autre part, j’ai créé un atelier aussi qui reprend tout ce travail que j’ai dit sous l’angle du pouvoir d’aimer. Dans le fond, cette force que vous avez, c’est le pouvoir d’aimer, pouvoir aimer, pouvoir être aimé, bousculant profondément, plutôt qu’être aimé pour la personnalité qu’on a développé. C’est çà le manque d’existence : on a formé une image finalement les gens nous aiment pour cette image, et nous on est malheureux quand même parce qu’on cite les  dans lesquels on s’est enfermé. Donc on a créé un atelier qui s’appelle « le pouvoir d’aimer », à Lyon avec le journal Réel. Pour ceux qui  j’ai animé un atelier à l’île d’Yeux qui s’appelle « le souffle intérieur » où on fait beaucoup de relaxation en profondeur pour respirer, pas tellement de conférences.

 

Questions.

1ère question.

Vous parliez de souffle, en ce qui concerne les fumeurs, comment se débarrasser du tabac qui empoisonne ? A bien respirer ?

C’est votre cas ? Oui

C’est très intéressant cette question autour de la fumée et de toutes les formes de compensation, parce qu’on ne fume pas pour rien.

Le problème, c’est de savoir pourquoi on fume. Très important. Si vous fumez, vous voulez arrêter, il ne faut pas arrêter tout de suite. Continuez à fumer et même fumez plus. C’est important, parce que en exagérant, vous allez mieux voir quels sont les moments où vous avez envie de fumer. Prenez note des moments où vous avez envie de fumer, où vous fumez, et qu’est-ce que ça vous fait. C’est important. Si vous vous rendez compte que vous fumez toutes les fois que vous êtes tendus, si vous vous rendez compte que vous fumez toutes les fois que vous avez besoin de contacts sociaux, vous vous sentez un peu seul, toutes les fois qu’il y a une surcharge de travail, si vous vous rendez compte que vous fumez pour vous récompenser, pour vous détendre, je fume pour respirer, paradoxal ! Mais en fait, vous fumez pour vous reconnaître, parce qu’à la base de toutes les dépendances, il y a le manque de reconnaissance de soi. Et à travers la compensation, on se donne cette reconnaissance : le petit verre de vin pour encouragement, le 2ème, le 3ème, la bouteille au grand complet, les 2 paquets de cigarettes, les 4 heures de télévision, c’est autant de façons de se récompenser et de se reconnaître dans une vie où on ne se reconnaît pas suffisamment, dans une vis où on ne se respecte pas suffisamment. Ce qu’on aime ou ce dont on a le goût, les talents, les dons. On n’a pas trouvé la place de se développer, donc il faut regarder quand vous fumez pourquoi vous fumez et ce qui est en jeu. Et s’il s’agit là de retrouver les façons de produire la même chose mais sans fumer. Autrement dit, je devrais trouver une façon de me détendre et de respirer qui est moins destructive, c’est-à-dire je devrais retrouver une façon de gérer mes tensions et mes conflits autrement. Ca veut dire que je devrais trouver des façons de me récompenser qui m’attaquent moins, qui sont moins empoisonnées, qui m’empoisonnent moins. Vous savez quand vous dites ça, ça peut être n’importe quel type de compensation, on est toujours dans un empoisonnement graduel, et c’est çà le drame de l’existence humaine : on s’empoisonne peu à peu chacun, et on s’empoisonne surtout parce qu’on ne va pas vers le talent et vers le goût. Les gens qui ont de fort mauvaises habitudes de vie vont se sentir mieux s’ils sont en train de faire des choses qu’ils aiment et de poursuivre leur idéal, que s’ils sont dans une vie trop fermée, trop sollicitante, trop de tensions. C’est très important ces questions-là. Ca permet de dire un mot de plus sur la compensation. La façon dont on survit à notre système si déséquilibré, on n’est pas sans contact avec soit notre puissance intérieure si effectivement utiliser des compensations, et moi le premier j’étais un spécialiste. Donc toutes les grandes compensations commencent par « S » : la cigarette, le séminaire, le chocolat suisse, le sel, le sucre les soldes, le surtravail, la surconsommation, les spiritueux, les stupéfiants, le sexe, le liste est longue. Donc il y a des choses qui commencent par « T » parce que les grands serpents tentateurs font sssss ! Donc les formes compensatoires sont très informatives sur les choses. C’est une façon de rechercher l’intensité. le petit brûlot sur le bord des lèvres nous donne l’intensité de vie. C’est çà qu’on cherche. Et la seule chose que je dirais ce soir, c’est une invitation pour vous dire que si vous avez le goût des envies, peu importe les aménagements que ça va amener dans notre vie, cela va vous donner une aventure de vie, le feu va brûler en dedans, pas seulement sur le bord des lèvres. Et ça sert à rien de me croire, absolument à rien. Ca vaut la peine de l’essayer.  Notre inventeur va dire comment il pense mettre en place la pulsion créatrice dans la vie, progressivement.

 

2ème question

Question par rapport à l’idéal. Tous les idéaux que vous avez évoqués, ce sont des idéaux de paix de bonheur etc. Mais quel regard vous avez par rapport à quelqu’un dont l’idéal serait de décimer une partie de l’humanité, de commettre un génocide, glorifier le monde à sa façon ?

Bien sûr, mais je n’appellerais pas ça un idéal. J’appellerais ça une réponse à la souffrance. A votre souffrance personnelle, à des heurts de l’enfance qui ont fait en sorte que ces goûts, ces attentes se sont développées parce qu’il y a eu des chocs trop importants et trop difficiles à négocier, si bien qu’une solution devient d’éradiquer une partie de l’humanité, d’éradiquer l’agresseur. Donc j’aurais besoin de descendre dans votre vie plus personnelle, plus intime, plus privée pour savoir c’est en réaction à quoi, à quels heurts ce que vous appelez idéal donne envie, désir. C’est important de savoir quelle est la racine. Quelle est la racine de cette colère, de cette rage en moi, quelle est la racine de cette haine en moi. Parce que très souvent elle est elle-même en réaction à des choses qui sont arrivées. Alors j’ai des peurs, des croyances intimes, j’ai peur que les choses soient mal faites, j’ai des attentes, j’ai des fréquentations et il ne faut pas que je rencontre des gens qui se feraient prendre à mes attentes, se développer ce genre d’impulsion, alors que je serais tenté de parler de pulsion, c’est ce qui mène la vie. Bien sûr c’est un pari que je fais comme thérapeute, parce que mon ressenti, mes impressions à moi, vous l’avez entendu dans les thérapies, je formule l’idée que ce qui rend les gens heureux, ce qui mène les êtres, c’est le déploiement de cette pulsion de vie qui est essentiellement un mouvement vers l’autre, un mouvement d’union…

Qu’est-ce qui rend les gens heureux ? C’est s’unir profondément. Maintenant si j’ai besoin de tuer quelqu’un, j’ai une pulsion de tuer quelqu’un, il serait intéressant de savoir avant que vous le fassiez, ce que vous projetez sur cette personne-là, parce que souvent ce sont des ombres personnelles. Je n’aime pas les gens qui sont menteurs, qui ne sont pas authentiques, j’aime pas les gens qui font du mal aux autres. J’ai eu une entrevue avec Jean Renault qui disait qu’il tuerait n’importe qui s’attaquerait à sa fille. On peut comprendre ces impulsions-là, ces mouvements profonds. Mais elles sont elles-mêmes une sorte de « déconnection » par rapport à l’unité fondamentale du monde et notre unité avec les autres. Alors vous regardez ce que vous projetez sur l’autre, et je regarderais comment moi je suis comme ça dans la vie et comment moi je suis comme ça par rapport à moi-même. Moi aussi j’abuse de mes propres forces en n’étant pas si proche de mon authenticité, et j’abuse de mes talents, de mes dons, en n’y croyant pas par peur de ceci ou de cela. Ce sont des suggestions que je, parce que au fond la haine qu’il y a en nous est là parce qu’il y a le malheur en soi. C’est ce que je pense profondément. La haine est là parce qu’il y a disfonctionnement dans notre machine, qu’on est aux prises avec un mécanisme qui produit de la haine parce que quelque chose s’est passé qui nous a heurté profondément, qui a tiré une grande contraction, et tant qu’on reste sous le coup de cette contraction, il y a beaucoup de peurs, il y a des impulsions de cet ordre-là.

Ce que je veux dire aussi, c’est que à travers une maladie, à travers une impulsion, à travers toutes ces choses-là, on voit bien que le bonheur n’est pas au rendez-vous, et on réalise peut-être qu’on est soumis à des peurs, à des attentes, des croyances sur l’univers sur soi, et que la prise de conscience de cette soumission, de tout ce qui produit les problèmes évoqués, ne va pas régler tous nos problèmes, c’est vrai, mais elle fait en sorte qu’elle va dégager de ce mode d’existence qui nous met de plus en plus dans la contraction. Vous pouvez tuer quelqu’un, ce n’est pas si grave que ça. C’est très grave, mais en fait ce qui l’est encore plus c’est ce qui va vous arriver après. Il peut se passer qu’un crime soit commis, mais c’est sûr que vous l’aurez fait pour abolir une sorte d’angoisse. je suis en train de vous dire que au fond, l’intérêt est de se rendre compte à quel point on est soumis au désir. A partir de là qui est fait le choix que je fais dans la vie : est-ce que je nourris ma peur, est-ce que je nourris ma mère, ou est-ce que je nourris au contraire ce qui est en moi et veut aller à la lumière, au bonheur. Et en faisant l’exercice, vous allez peut-être vous rendre compte que, en fait cette pulsion que vous allez vers le bonheur, est présente chez tout être humain, peu importe le jugement que vous portez sur l’homme. On est dictatorial chacun par rapport à nos propres élans de vie : on contrôle, on ne se permet pas de lâcher prise, de devenir soi-même, d’être authentique, c’est penser seulement à l’idée que : est-ce que chaque jour vous avez une parole authentique envers quelqu’un, vraie, une parole dans vos amitiés, dans la famille, dans la relation amoureuse, est-ce que vous êtes vrais ? Vous allez vous rendre compte qu’on a le goût de l’authenticité, çà c’est vrai pour tout le monde, mais cette parole est si difficile à dire, à prononcer…. Est-elle si difficile à prononcer cette parole vraie ? Parce qu’on a peur que l’autre nous enlève son regard, nous enlève son respect. Pourtant c’est tellement important, c’est une des premières créations qu’on peut faire, l’autre étant d’avoir un peu de maîtrise sur nos états affectifs, nos pensées, maîtrise pas dans le sens qu’on n’écoute pas ce qui va, mais on écoute ce qui va et on choisit, on peut faire notre choix. Autrement dit, je pense que la vie est comme un grand buffet : tous les jours un grand buffet où il y a tout ce que vous pouvez imaginer, et tous les jours vous pouvez choisir ce qui nourrit la vie. Bien sûr on a un peu tendance à aller vers les petites fritures, les petites sucreries qui nous font du mal, c’est connu nous apportent une certaine forme de plaisir, bien que d’autres amis disent mais non mange des légumes des fruits tu en as besoin plus de protéines tu en as besoin plutôt que des sucreries, tu serais peut-être plus heureuse ou plus heureux. Mais on préfère manger les fritures et les sucreries, se faire un régime d'un côté, drôle de système. Merci.

Donc le banquet de la vie, on choisit son intention, chaque jour, le banquet de la vie, c’est tout ce qui vient en nous, c’est pas un problème d’avoir des peurs, c’est pas çà le problème. Le problème, c’est : est-ce que je vais entretenir çà, et nourrir çà comme une solution tenable qui m’apporte une satisfaction durable, ou je vais plutôt me dire, non çà va m’apporter une plus grande satisfaction morale de tuer quelqu’un mais je ne pense pas que cela dure. Donc je vais plutôt essayer autre chose. Cette autre chose est plus périlleuse. C’est le fil du funambule, mais si ton talent, très vite vous allez avoir un ressenti tellement profond, toutes vos cellules vont vibrer parce que tout à coup, vous ouvrez la porte à du nouveau ou que vous avez franchi certaines peurs en sortant du mécanisme, sortir du robot pour dire j’existe, je suis un être humain et je fais valoir mon goût pour l’unité, mon goût pour la paix, mon goût pour l’amour.

 

3ème question.

J’ai une question par rapport au début de votre conférence. Vous avez pris une famille imaginaire avec un positionnement des enfants et chacun qui se développe avec une personnalité en réponse à sa place et son positionnement. Et justement quand vous parliez de celui qui a la place du rêveur, si c’est çà sa personnalité, où va-t-il se situer dans le processus de création dont vous parlez ?

Ca me fait penser que j’ai donné un exemple à l’appui. J’ai un ami personnel qui a vécu dans une grande famille et ce qu’on traite : il n’y a pas de place pour vous, il n’y avait pas d’attention. Oui, il s’est convaincu qu’il n’a pas besoin d’attentions, pas besoin d’amour, pas besoin de ça. Donc chaque jour il allait rêver. Il vivait devant une grande rivière et il allait rêver sur sa roche. Un refuge de son imaginaire, un refuge très solitaire. Et un jour, adolescent, il a rencontré le théâtre, et ses parents sont venus le voir jouer sa 1ère pièce. Là il a vu une lueur dans l’œil de ses parents qu’il n’avait jamais vu auparavant, l’attention qu’il avait toujours cherché. Donc qu’est-ce que vous pensez que cet homme-là est devenu ? Un acteur bien sûr. Il le faisait pour enfin un peu exister dans le regard de ses parents. C’est très intéressant de voir cet homme que je connais bien depuis longtemps comment en même temps il avait sa vie au théâtre et en même temps sa vie de rêveur, parce qu’il devait rester seul et avoir ses longues heures chaque jour où il rêvassait. Ca a toujours été sa façon de se protéger du monde. Et peu à peu il est entré dans des projets de théâtre qui lui correspondaient de plus en plus. Cette adaptation qui produit aujourd’hui un enseignement, ce qu’il n’avait jamais pensé. Parce qu’on enseigne le théâtre à des jeunes, on monte des spectacles avec eux, il est complètement parti là-dedans. Et là pour la 1ère fois de sa vie, il s’est rendu compte qu’il n’avait pas à être ce rêveur solitaire, il pouvait très bien rêver avec les personnes, même s’il y en avait 35, être apprécié pour cela, mais à ce moment là, il est complètement indépendant du regard de l’autre pour être aimé. Ce que je voudrais vous dire, c’est que quand tout à coup le chemin se trouve de l’exercice de mon talent, le problème de « j’ai besoin du regard de l’autre pour exister » tombe. Et ce qui est fantastique, c’est que tu t’aperçois tout à coup que le regard de l’autre est confirmant et présent, on en a moins besoin, mais on est content d’être reconnu pour ce qu’on vit vraiment.

Ce que je veux dire, c’est que c’est très intéressant de donner un sens. Donc par rapport à la question du rêveur, ce peut être aussi une personnalité de rêver, un refuge. Tranquillement encourager certains de ces rêveurs à concrétiser, manifester une partie de ce rêve dans la réalité pour le bonheur plus grand. Je ne veux pas vous entraîner non plus dans l’idée qu’il faut absolument faire quelque chose pour être heureux. Je pense que la première chose à faire, c’est vraiment se rêver autrement, se laisser penser autrement. En fait chacune de nos cellules ouvre à la fois une sorte d’antenne, un centre d’énergie qui émet et reçoit, donc quand il y a du malheur, elle émet du malheur, çà appelle un sauveur, ou un sauveur qui vous déçoit, vous êtes malheureux et là vous vous rendez compte de votre malheur, c’est très important. Par contre quand la cellule commence à émettre du bonheur parce que vous êtes en pleine réalisation, là çà attire des gens qui aiment le bonheur, qui aiment la création. Tout le monde dans la salle a l’expérience de quand vous mettez un projet à exécution, vous en avez l’intuition, mais vous n’êtes pas très sûr, vous rencontrez telle personne qui vous aide professionnellement, tout le monde a fait une expérience comme çà, et je souhaite qu’il y en ait encore souvent. Donc intéressant l’idée de ce rêve devenu réalité. Voilà. Merci beaucoup.

 

4ème question.

Bonjour. Moi je voulais savoir comment ça se faisait que des fois on est dans un boulot de puissance créatrice et que après le sommeil on ne sait plus ?

Je vois très bien ce que vous voulez dire.

Comment s’explique ce glissement de la personnalité, ce glissement dans le personnage qui fait en sorte que tout à coup, les cartes sont brouillées ?

Dans une conférence, un homme qui était violoniste professionnel avait fait le conservatoire, est venu, et pour gagner sa vie, il avait dû changer de métier. Je n’ai que des amis musiciens qui n’ont parlé que des croches et doubles croches, j’ai peur de parler de ça à mes enfants et ma femme, et que ça les ennuie royalement, et que je me retrouve seul. C’est tout. Les gens ont peur de se retrouver seuls, sans parler des problèmes financiers. Il a dit, « si j’étais ma femme, me faire parler de croches et de quadruples croches, çà m’intéresserait 1 ou 2 fois, mais après j’aimerais changer de disque ». Je lui dis mais qu’est-ce que vous éprouvez quand vous jouez du violon, pourquoi vous jouez du piano ? Il dit quand je joue du violon, je perds le sens du temps, le temps n’existe plus, je suis emporté par la musique, j’aime tout le monde, j’aime le monde entier, je joue du violon je suis emporté par la musique. Alors j’ai dit : c’est çà que vous souhaitez ? Pourquoi vous voulez faire du piano ? Qu’est-ce que le violon produit en vous ? Et si vous aimez encore plus votre compagne et vos enfants, c’est çà lui donnerait l’idée à elle d’aller vers quelque chose qui lui fasse la même chose. C’est ça qui est important.

On le voit, le vent frais, ce vent frais est de l’ordre de la création, et je pense que des gens qui sont en marche, çà s’appelle la révolution créatrice.com

Toute sorte de parcours du militant humaniste créateur. La première chose c’est de savoir que vous n’êtes pas du tout seul. Il y a des millions de personnes qui ont commencé la transformation, qui luttent pour des idéaux, pour faire en sorte que la révolution créatrice vienne au monde. Déjà rangez-vous là-dessus, ça va vous aider. De toutes façons, dans la vie les gens aiment mieux entendre parler de projets et de création que de problèmes. C’est vrai cette dame se trouvait seule avant beaucoup plus qu’après. C’est maintenant que vous êtes tous seuls avec votre conflit, après vous ne serez pas seul. Mais même si c’était le cas, si ça favorisait avec ses enfants, ça ne serait pas mal.

 

Dernière question.

Vous parlez de contrainte et de soumission. Nous sommes dans une société où la première contrainte est d’avoir à travailler.

Le travail permettra de poursuivre l’idéal. C’est vrai que la conscience humaine, il y a même des gens qui ne l’ont plus, et je pense que la plupart des travaux servent à ça. Il se trouve que vous avez un travail qui vous abrutit, qui vous déshonore, qui ne vous mène pas vers un idéal, et peut-être il vaudrait mieux penser à autre chose. Mais peut-être qu’il y a lieu aussi d’apprécier votre travail, qui permet de gagner suffisamment d’argent pour aller vers cet idéal, aller vers une mise en place de votre impulsion créatrice. Ca c’est important d’aménager le possible, ne pas renoncer.

Cela permet à des gens de retrouver le sens de ce qu’ils font. C’est sûr que la société qu’on a créé possède certaines gênes, notamment parce qu’on n’a probablement pas assez de respect pour les êtres dans leur profondeur, leur humanité, au travail. C’est déshumanisant, avec toute cette pression pour les résultats. Et il faut changer çà….

 

Résumé de la conférence

Chercher à être le meilleur est une dénégation de la démarche visant à aboutir au meilleur de soi, c’est à dire au bonheur.

La personnalité peut être comparée à la peau d’un fruit. Elle se forge naturellement, progressivement, en réponse aux heurts de l’existence. Le problème survient lorsque l’on ne se définit que à travers sa personnalité. On vit alors en périphérie de soi-même, ne profitant pas de nos vraies richesses, n’exploitant pas nos potentiels intérieurs.

« Une pomme qui ne serait identifiée, reconnue, uniquement à travers la considération de sa peau, oubliant la chair, le cœur : l’essentiel ».

De fait, nous vivons dans une société où l’on mesure la valeur des gens uniquement par les résultats qu’ils produisent, et en ignorant le plus souvent ce qu’ils sont vraiment.

La personnalité, protection personnelle qui nous a peut-être permis de survivre durant un période, peu devenir une prison. On est alors la première victime de sa propre carapace. En adoptant ces stratégies de « défense », on se sépare de soi-même, et en conséquence des autres, de l’amour, du bonheur. On peut s’installer dans une démarche de déni, de méconnaissance, de désamour de soi, insidieusement destructrice.

Une question à se poser : s’il ne nous restait que quelques mois à vivre, que ferions nous ? Quel serait le rêve que nous voudrions vivre. Par le biais de cette réflexion, on peut retrouver le sens profond de soi-même, et s’apercevoir que l’on est en décalage avec ce que l’on a réellement fait de sa vie, ce que l’on a réalisé. On fait le constat d’une accumulation de préoccupations diverses, de compromis, de renoncements, face auxquels nous avons adopté le plus souvent une attitude de déni.
La préoccupation étant ce qui nous occupe d’avance, que l’on a pas désiré : provoque peur, inquiétude, angoisses, « contractions ».

Se libérer …. La notion d’idéal : critère porteur, qui ne génère pas l’attente de résultats immédiats et peut se conjuguer de différentes façons… Son fil d’ariane. Respirer, se calmer. Peut entraîner un désir de « se remplir » d’une autre façon, de s’alimenter autrement (ne plus se remplir vite, mal, beaucoup, uniquement pour se sentir exister). Trouver un lieu, une activité artistique, manuelle… qui nous procurera le plaisir simple et nous permettra de nous retrouver : l’art de l’expression. S’accorder des temps pour rêver, imaginer : toutes sortes de choses et sans limites, pour trouver un apaisement, un sourire qui arrivera naturellement… On a souvent peur de laisser aller son imagination, car ce faisant, on sait que l’on risque de se trouver face à une envie de concrétisation, et par conséquence face à un possible  bouleversement de ce que l’on vit dans son existence bien cadrée. Par son seul contact, la nature stimule notre propre naturel. Prendre le temps d’observer les choses auxquelles on est sensible. Méditer apporte la tranquillité de l’esprit et peut permettre de prendre conscience que les autres sont identiques, et que le meilleur du fruit est à l’intérieur de chacun, à l’intérieur de soi.

L’aspiration au bonheur est un sentiment humain fondamentalement naturel. C’est à partir de toutes ces réflexions que l’on peut faire exister le meilleur de soi. On ne fait plus semblant d’être heureux.

Le moment le plus difficile se situe entre le rêve et la décision de faire, de concrétiser, d’accomplir son rêve, complètement ou en partie… Car à ce moment là, surgit le « personnage » que l’on était, et que l’on est encore… On entre dans une phase d’antagonismes, de rivalités conscientes avec soi-même. Cela évoque la  peur de mourir, qui en fait est une peur de vivre. Dans ce processus, on est en dans un conflit de personnalité. C’est une lutte pour le bonheur qui produit des angoisses dues à la peur de se tromper. Or un changement profond ne peut être autorisé que par soi même. Ne pas prendre le risque de changer évite ces angoisses, mais sclérose le malheur « rassurant » et « confortable » qui fait notre quotidien, que l’on maîtrise par ce qu’on le connaît bien. On sent alors que en allant vers soi-même, on risque de se retrouver seul, car on peut se révéler en décalage avec son entourage jusqu’au point de le perdre.

Serait-il plus facile de maîtriser le malheur que le bonheur ?

Il ne faut pas négliger la pulsion créatrice. Elle est à notre disposition. Il faut sortir de son état confortablement engourdi qui conduit à ce malheur confortable… Dans ces mutations, ces évolutions, il y a peut-être le risque de la précarité, mais en contrepartie la possibilité du bonheur.

Lorsque l’on émet du bonheur, on attire le bonheur, d’où la force du rêve qui devient réalité, en dépit de la peur de l’inconnu.

« Quand je bois de l’eau, je me souviens de la source » LAO TSEU.

« Quand je peins, Dieu existe » MATISSE

« La vie est parfaite puisqu’elle nous ressert toujours le même plat

jusqu’à ce que nous prenions conscience de ce que nous sommes en train de manger » Guy CORNEAU

 

Bibliographie :

Le meilleur de soi, chez Robert Laffont (Europe) et Les Éditions de l'Homme (Québec, printemps 2006).

Victime des autres, bourreau de soi-même, paru aux Éd. Robert Laffont (Paris, avril 2003) et aux Éd. de l'Homme (Montréal, septembre 2003)

La guérison du coeur, paru aux Éd. Robert Laffont (Paris) et aux Éd. de l'Homme (Montréal), 2000, traduit en cinq langues

L'amour en guerre (Éd. de l'Homme, 1996), également paru sous le titre : N'y a-t-il pas d'amour heureux ? (Éd. Robert Laffont, 1997), traduit en quinze langues

Père manquant, fils manqué (Éd. de l'Homme, 1989), traduit en dix langues.

 

Guy CORNEAU : portrait

Au cours des 15 dernières années, il a animé de nombreux ateliers de développement personnel dans divers coins du globe, notamment dans le désert et en Égypte. Au sein des Productions Coeur.com, Guy Corneau s'est adjoint des artistes et des thérapeutes dans la création d'ateliers et de séminaires tenus en Europe et au Québec : Perceval (inspiré de la quête du Graal), Des larmes au courage (conte La jeune fille sans mains), Mort et Renaissance (légende égyptienne d'Isis et Osiris) et Paix au-dedans, paix au-dehors. Il est fondateur des Réseau Hommes Québec et Réseau Femmes Québec, dont la formule s'est répandue dans plusieurs pays francophones.

 

Propos recueillis par Catherine Balance

(Revue Recto-Verseau - septembre 1997)

CB : Dans " Père manquant, fils manqué ", tu écris que tu as été comédien...

GC : Oui, le théâtre était la passion numéro un de ma vie. Et, si aujourd'hui je travaille beaucoup sur scène, ce n'est pas étranger au fait que j'ai fermé mon cabinet. Je commence à introduire les acteurs dans mes conférences. J'aime beaucoup l'intensité que permet le théâtre. L'élément de présence est très important, l'élément d'ici et maintenant. J'ai travaillé longtemps au théâtre. J'ai même eu une petite compagnie professionnelle pendant quelques années. J'ai écrit, joué, chanté, j'ai fait de la musique pour le théâtre. De 13 à 27 ans, le théâtre était la principale activité de ma vie, la grande révélation, je dirais.

CB : Etais-tu déjà habité à l'époque, aussi jeune, par des thèmes comme l'identité masculine, la relation amoureuse ?

GC : Je pense que j'ai toujours été très préoccupé par le sens de la vie, le sens de l'univers, le sens de l'existence.

La première pièce que j'ai écrite s'appelait La complainte de Fleur de Lysée Fortin. C'était l'histoire d'une femme déchirée entre son père et son copain. Parallèlement au récit dramatique, certains tableaux amenaient à une réflexion sur l'inconscient. Mes pièces ont toujours été travaillées à deux niveaux : le niveau symbolique et le niveau réaliste, un peu comme dans le choeur grec... C'était déjà un questionnement sur l'âme, sur les choix, sur le sens profond de la vie. C'était ma préoccupation principale à l’époque et la relation amoureuse, l’identité masculine sont des thèmes qui m'ont attiré plus tard. Il s’agissait probablement de nettoyages que j'avais à faire sur moi-même. J'avais à nettoyer la relation avec mon père, j'ai vu ensuite que cela pouvait servir à plusieurs de mes patients et ça a amené la création des groupes d'hommes. Ensuite, toute la difficulté de mes relations amoureuses m'a interpellé. Alors, je me suis mis à travailler très assidûment là-dessus.

CB : L'écriture d'un livre comme " L'amour en guerre " a-t-elle pris des années ou quelques mois ?

GC : Ça a pris des années, quatre ou cinq ans. C'est un livre qui a été arraché page par page à une profondeur. Je l'ai arraché de mes tripes, comme un enfant dont on accouche mais très lentement, un mois par ci, un mois par là.

CB : Je trouve qu'il n'y a rien à jeter dedans, pas une ligne, pas une virgule...

GC : J'ai fait un gros travail de réduction, je l'ai sérieusement amaigri. J'ai longtemps cherché le ton du livre. Il y a un ton d'ouverture, de compréhension, il y a une douceur auxquels je tenais absolument. Il n'y a pas trop de jugements, à part peut-être quelques-uns qui m'ont échappé. J'étais content de pouvoir parler de choses très difficiles comme les rapports mère-fils, par exemple, d'une façon qui permette à tout le monde de se retrouver sans se sentir jugé, tout en disant les vraies choses. Et ça m’a pris beaucoup de temps avant de trouver. Pour les chapitres sur la relation mère-fils, j'ai dû attendre le ton juste pendant deux ans, au point de m'interdire d'écrire en me disant : " non, ce n'est pas encore le ton, il me reste trop de choses à régler moi-même, j'ai toujours de la colère contre ma mère, ce n'est pas le moment d'écrire ça ". C'est un livre qui a été fait de beaucoup d'attente. D'attente de la chose juste et même après, quand il a été mis sur papier, d'attente à nouveau pour le corriger, l'amener à un point encore plus exact. Je suis content du résultat. C'est un bon miroir. Mais j'ai aussi sacrifié des parties que j'aimais beaucoup et que je reprendrai ailleurs.

CB : Tu ne parles pas de l'usure du désir, qui est souvent une cause d'essoufflement dans le couple ?

GC : Je n'en parle pas parce que je n’en ai pas beaucoup l'expérience. Je me suis bien rendu compte autour de moi que beaucoup de couples s'usent à travers la routine du quotidien. Mais c'est une chose que je ne connais pas dans ma vie. C'est pour cela que le livre ne propose pas de recettes. Ce qui m'intéresse ce n'est pas tant que les gens se séparent ou qu'ils restent ensemble, c'est plutôt qu'ils en profitent pour apprendre quelque chose de profond par rapport à eux-mêmes et à leur vie et surtout qu'ils puissent se servir de l'union avec l'autre comme d'un tremplin vers une union plus profonde encore avec l'univers. Que la découverte organique de l'autre permette une découverte organique de l'univers, de l'union et de la communion profonde. Au fond, j’aurais envie de dire aux gens : " Aimez profondément la personne avec qui vous vivez et si l’élan meurt, posez-vous des questions ". Car soit il s'agit d'une crise qui permet d’aller vers un renouveau, soit elle conduit à la rupture. Bizarrement, tout en étant profondément et passionnément engagé avec le cœur, avec les tripes, avec le sexe, il faut aussi connaître un certain détachement. Il y a beaucoup de gens qui sont prêts à recevoir la crise comme un questionnement mais qui ne sont pas prêts à accepter le détachement. C’est ce paradoxe-là qui m’intéresse le plus.

CB : On ne sait pas se séparer des gens. On vit ça comme un drame, toujours. Dans la mythologie de chacun, une histoire doit durer, c’est un standard du couple.

GC : C’est là que se situe le problème. La société est très impliquée dans le couple. Avant, c'était la religion. Il y a beaucoup de choses qui poussent au couple. Notre instinct bien sûr, mais aussi beaucoup de formalisations...

CB : ... dont le mariage...

GC : Oui, mais cela ne sert pas toujours le couple, la vie amoureuse réelle et profonde. Si les êtres allaient davantage vers leur spontanéité, cela ne veut pas dire qu’ils briseraient leurs engagements, au contraire. Mais ils redécouvriraient une spontanéité à deux.

CB : Si les gens avaient moins peur d’être quittés, ils seraient moins confrontés aux problèmes que peut soulever la peur d’être abandonné.

GC : Oui, en effet. Cela demanderait à chacun un travail profond de réunion avec soi-même et avec l’univers. Les angoisses nous révèlent combien nous sommes séparés du processus vital. Il s'agit toujours en arrière-plan de l’angoisse de mort, de l’angoisse de ne pas durer - "notre couple ne dure pas" -, l’angoisse de perdre le milieu affectif. Cela nous parle du manque de souveraineté en nous-même, du manque de cohésion et d’amour par rapport à l’univers. Cela repose sur une méconnaissance, une ignorance de l’univers dans lequel on vit. Nos souffrances nous aident peu à peu à découvrir qu’il n’y a que l’amour, que nous sommes entourés d’amour, tout le temps, et qu’il nous permet de nous adoucir, de nous détendre et de nous soutenir... Mais c’est un long apprentissage. Il y a des êtres qui en sont très proches et d’autres qui en sont très loin, ceux qui vivent dans la dépendance et pour lesquels seulement un être peut remplir l’univers. Sinon, ils estiment que cela ne vaut pas la peine de vivre. Je crois que les êtres apprennent à travers toutes ces expériences. Ils vont vers eux-mêmes à travers elles. Et parfois ils en meurent.

CB : Encore qu’ils ne veulent pas toujours le voir, mais c’est sûr, ça sert à cela.

GC : Mais ils ne sont pas obligés de le voir non plus, chacun est vraiment libre. C’est cela qui est extraordinaire dans cette aventure. Chacun est vraiment libre d'ouvrir ses yeux ou de ne pas les ouvrir. Mais je pense qu’à la limite, quand la souffrance devient vraiment intolérable et abrutissante, on ouvre les yeux de toute façon et on décide de prendre un autre chemin. Ça peut prendre les trois-quarts d’une vie ou une vie toute entière ou bien des vies, mais il s'agit toujours de la même chose. La privation d’une vision, d’une vue, d’un sens devient tellement douloureuse que cela nous oblige à nous nourrir. Quand on a faim on mange. Le principe de l’univers est aussi simple que ça. Quand des être s’aveuglent énormément, à un moment donné, ils ont tellement envie d’entendre quelque chose qu’ils ouvrent leurs oreilles.

Ce qui m’intéresse en fait, c’est de se servir de la relation comme d'un miroir et d'être à l'écoute de ce qu'un problème réveille en soi. L’univers dans lequel on vit est un hall de miroirs. Les gens que nous rencontrons sont nos miroirs, ils représentent des facettes de nous-mêmes. C’est la meilleure façon d’apprendre à se connaître vraiment. C’est comme pour se maquiller ou se laver, c’est plus facile avec un miroir. Si les autres n’étaient pas là pour nous révéler à nous-mêmes, nous ne nous connaîtrions pas.

CB : Tu as fermé ton cabinet et maintenant quels sont tes projets ?

GC : Aujourd'hui, j’ai plus de liberté alors je peux commencer à penser à des projets spéciaux (1). J’aimerais mettre en place une sorte de troupe d’intervention pour faire à la fois des conférences, des séminaires, des ateliers et des spectacles sur des thèmes précis. Il y aurait en premier plan, en vitrine, les rapports humains entre parents et enfants ou hommes et femmes et puis, en arrière-plan, on traiterait de questions plus profondes sur la sexualité, la spiritualité, sur le sens de l’existence. La troupe serait composée de thérapeutes, de techniciens et d'artistes qui pourraient se déplacer et intervenir dans un milieu comme Paris, par exemple, en s'y installant pendant plusieurs semaines. Les spectateurs pourraient assister à un spectacle, à une conférence ou, s'ils le souhaitent, à deux soirées de séminaire. Et s’ils veulent aller encore plus loin, ils participeraient à un atelier de deux jours. Dans chaque ville, des artistes et des thérapeutes locaux seraient invités à se joindre à l’événement. Ce serait une sorte de mouvement de conscience et de joie qui respecterait le sens profond de la vie et de la créativité humaine. Ce qui m’intéresse, c'est de trouver des alliés, des partenaires pour ce type de démarche.

Parallèlement, ma carrière continue avec des conférences, des ateliers et des séminaires, seul ou avec des collègues. Mais ce ne sera plus jamais le théâtre pour le théâtre ou les conférences pour les conférences mais plutôt un mélange de plusieurs disciplines pour répandre des formes nouvelles. Je vais donner au mois de mai une conférence à Paris avec Christiane Singer (2). Le thème en est l’amour comme chemin vers le divin, l’amour humain, personnel. Ça s’appelle La métamorphose de l’amour. Nous allons travailler en trio avec une harpiste, comme des instrumentistes. Christiane Singer parlera cinq ou dix minutes et je parlerai cinq ou dix minutes. Nous nous répondrons l'un l'autre et la harpe soutiendra les élans, les moments où la pensée s’intensifie et aussi ceux où elle retombe, avant que l’autre reprenne la parole.

CB : Ce sera improvisé totalement ou seulement en partie ?

GC : Nous aurons chacun un canevas dont nous aurons discuté au préalable. Il y aura un scénario de base, un cadre à partir duquel nous improviserons. Nous saurons d’où nous partons et où nous arrivons, quelles seront les articulations du discours de chacun, les grandes idées et à partir de là, nous nous inspirerons l’un l’autre pour mélanger nos deux réflexions. C’est comme du jazz, du jazz-fusion, c’est chercher le sublime à un, à deux, à vingt-quatre.... Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de vivre ce genre d’expérience, de la partager et surtout, d’inspirer les gens qui y assistent pour qu’ils aient envie de faire la même chose. C’est comme un courant d’énergie, d’amour, de joie.

CB : On aimerait que beaucoup de gens pensent comme toi...

GC : (Rires) Mais il y en a beaucoup plus qu’on pense ! Il y en a de plus en plus... Nous sommes dans un monde qui est en train de basculer complètement vers le meilleur... et vers le pire.

CB : Le pire peut amener au meilleur...

GC : Le pire ne peut qu’amener au meilleur !

transcrit par Marie Laure Murgue et Michel Billard

 

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