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la responsabilité totale de l'homme

 

 

dernière modification de cette page le 10-mars-2013

journal n° 50 du 03/2013

Si vraiment l'existence précède l'essence, l'homme est responsable de ce qu'il est. Ainsi, la première démarche de l'existentialisme est de mettre tout l'homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. Et, quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes. II y a deux sens au mot subjectivisme, et nos adversaires jouent sur ces deux sens. Subjectivisme veut dire d'une part choix du sujet individuel par lui-même, et, d'autre part, impossibilité pour l'homme de dépasser la subjectivité humaine. C'est le second sens qui est le sens profond de l'existentialisme. Quand nous disons que l'homme se choisit, nous entendons que chacun d'entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu'en se choisissant il choisit tous les hommes. En effet, il n'est pas un de nos actes qui, en créant l'homme que nous voulons être, ne crée en même temps une image de l'homme tel que nous estimons qu'il doit être. Choisir d'être ceci ou cela, c'est affirmer en même temps la valeur de ce que nous choisissons, car nous ne pouvons jamais choisir le mal ; ce que nous choisissons, c'est toujours le bien, et rien ne peut être bon pour nous sans l'être pour tous. Si l'existence, d'autre part, précède l'essence et que nous voulions exister en même temps que nous façonnons notre image, cette image est valable pour tous et pour notre époque tout entière. Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous pourrions le supposer, car elle engage l'humanité entière.

 

Jean-Paul Sartre

L'existentialisme est un humanisme, Editions Gallimard. p. 31-32.

 

(commentaires)

Dans ce passage, Sartre tire les deux conséquences essentielles du postulat principal de l'existentialisme, celui qui veut que chez l'homme “l'existence précède l'existence” : tout d'abord, cela implique que l'homme soit pleinement responsable de ce qu'il fait ; mais, chose plus étonnante, également responsable de l'humanité.

En effet, l'existence n'est jamais déduite d'une essence quelconque et l’homme n'est « rien d'autre que ce qu'il se fait » (p. 30), alors nul ne peut arguer d'une nature humaine pour se décharger de la responsabilité de ses actes : car l'homme se définit seulement après ce qu'il fait, comme l'a montré le texte précédent : recourir au déterminisme, psychologique ou autre, pour donner des raisons de cette action, c'est par conséquent sombrer dans ce que Sartre appelle la « mauvaise foi » (cf. vocabulaire), c'est fuir ses responsabilités pour attribuer à une force inhumaine ce qui est proprement humain. C'est ce que permet de comprendre l'explicitation du terme « subjectivisme », qui apparaît chez les adversaires de Sartre comme un reproche. C'est qu'ils n'ont pas compris ce que veut dire le subjectivisme existentialiste : il signifie « impossibilité pour l'homme de dépasser la subjectivité humaine ». Autrement dit l'homme ne peut jamais sortir de sa condition, que ce soit pour s'élever au-dessus d'elle (dans la surhumanité décrite par Nietzsche) ou pour retomber dans l'infra-humain, l'animalité ou l'en soi de la chose inerte : il n'est jamais déterminé que par lui-même à agir, et jamais par quelque chose d'inhumain. Il est donc totalement responsable de soi.

Toutefois, ce subjectivisme n'entraîne pas, contrairement à ce qu'affirment les marxistes, un individualisme : car l'individu, en se choisissant, ne fait jamais un choix pour lui seul mais il fait un choix qui pour lui a une valeur, le choix du bien. Tout acte dépasse donc son origine strictement individuelle car ce qui a une valeur ne l'a pas seulement pour moi mais pour tous les hommes. Ainsi, en choisissant ce que nous voulons être, nous choisissons l'homme « tel que nous estimons qu'il doit être. » L'existentialisme n'est donc pas seulement une anthropologie, c'est-à-dire une théorie de l'homme, mais il est aussi une morale : il passe en effet de la description de l'homme tel qu'il est ou plutôt tel qu'il existe à ce qu'il doit être, bref à une dimension normative. Car l'homme tel qu'il est ne peut pas ne pas choisir l'humanité qu'il souhaite : il est par conséquent également responsable devant tous de l'humanité qu'il a choisie. La responsabilité de l'homme est alors totale.

 

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