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relaxation : outil de santé de l'enfant

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012  

Comment la relaxation et les techniques corporelles favorisent-elles le bien-être de l'enfant dans sa vie de loisirs, d'école, d'activité ou de repos ; autrement dit, comment la relaxation
peut-elle être un support de rencontre privilégié avec l'enfant pour l'aider à développer tout son potentiel et lui permettre d'être heureux et en bonne santé.

 

Au cours de 18 ans de pratique auprès d'enfants de tous âges et de tous milieux, j'ai pu constater qu'une éducation intégrant les différents niveaux de la personne les amenaient à devenir plus autonomes. à acquérir davantage d'estime de soi et de créativité. Par ce fait, ils deviennent moins vulnérables aux "attaques" extérieures qu'elles soient physiques (microbes, virus, pollution), émotionnelles (violence, deuil), mentales (manipulation, bourrage de crâne. croyance), spirituelles (secte). L'approche, dont je vais vous parler, propose à l'enfant une palette d'outils variés, autrement dit de nombreuses réponses possibles aux agressions. Éduquer l'enfant à la notion de santé globale signifie l'aider à développer ses facultés physiques et intellectuelles, améliorer ses capacités vitales, et bien gérer son potentiel affectif.

Sur le plan préventif, cela donne i terrain "sain" donc une protection naturelle. Sur le plan curatif, l'enfant connaîtra des alternatives et pour faire des choix en connaissance de cause

 

PRENDRE EN CHARGÉ SA SANTÉ

J'illustrerai mon propos par trois exemples.

Le premier concerne Karine, une fillette de 10 ans ayant des problèmes de sommeil spécialement l'endormissement. Je lui propose de bien observer les « symptômes », c'est-à-dire noter

Comment son corps réagit :

Est-ce que ses jambes sont énervées ?

Est-ce que ses yeux restent ouverts ?

Ce qui se passe dans sa tête

Est-ce qu'elle a des images ou des pensées désagréables ?

Ce qu'elle ressent dans son cœur

Est-ce qu'elle se sent toute seule, est-elle triste, inquiète, joyeuse... ?

Par cette observation, Karine commence à prendre du recul par rapport au symptôme. En réponse, elle m'apporte des éléments de connaissance pour l'aider à trouver une solution. Je l'informe du fonctionnement du sommeil (notamment les trains du sommeil, les rythmes (1)) et lui fait expérimenter des respirations relaxations apaisantes, spécialement pour elle la respiration abdominale et des relaxations sur les couleurs. En quelques semaines, Karine a appris à s'endormir, à faire face aux insomnies lorsqu'elles surviennent, mieux connaître ses rythmes biologiques et réduire sa fatigue et son énervement.

Le deuxième concerne Charlotte 8 ans, souffrant également d'insomnie avec réveil au milieu de la nuit. Il est apparu que cette fillette, apparemment très sage, polie et bien élevée aimait spécialement les "greemlins" (2). Au cours d'une relaxation avec visualisation, je lui ai proposé de devenir un de ces personnages et elle s'est permis (en imaginaire) de mettre l'appartement de ses parents dans un état de désordre indescriptible (rideaux déchirés, tapisserie arrachée...). A la suite de cela, les insomnies ont progressivement disparu.

Le troisième exemple est relatif au deuil. Samuel, 9 ans, était anxieux et tendu depuis le suicide de son père. Il se sentait responsable de ses frères et sueurs et n'arrivait plus à se concentrer. Les exercices sensoriels (voir ci-dessous) ont appris à cet enfant à faire taire ses pensées quelques instants, à réutiliser son corps et ses sensations pour apaiser sa douleur. Auparavant, il se questionnait sans cesse, réfléchissait et analysait. A la suite de cette approche, il déclara aller mieux « Maintenant je sais mettre mon corps sur écoute et le sentir »...

 

DONNER AU CORPS ET AUX SENSATIONS UNE PLACE ES­SENTIELLE

Nous vivons dans un monde émissif, c'est à dire que nous cherchons toujours à nommer ou à reconnaître avant de sentir ou de découvrir par les sens. L'émissivité est du domaine de la pensée, la réceptivité du domaine de la sensation. Par exemple : si je pose un objet dans votre main alors que vous avez les yeux fermés, immédiatement vous cherchez ce que c'est... un crayon, un foulard en soie, une fourrure etc.

La réceptivité consiste simplement à accueillir pour elle-même la sensation. Ainsi en est-il de :

manger en sentant le goût des aliments,

marcher en percevant le mouvement du pied, de la jambe,

écouter en se laissant pénétrer par la vibration du son, sans attention forcée.

Une très grande part de l'éducation des enfants (sauf peut-être en maternelle) se fonde sur l'émissivité. Si je compare à la respiration, notre cerveau serait sans cesse sollicité pour expirer en oubliant la plupart du temps l'inspiration, il serait « vidé ». La position réceptive du cerveau est celle du bébé qui découvre la vie et le monde extérieur. C'est la base de la connaissance. Nous rejoignons ici le « Nihil est in intellectu nisi prius fuerit in sensu » enseigné dans ARISTOTE et repris par ST.THOMAS D'AQUIN : « il n y a rien dans l'intelligence qui ne vienne premièrement des sens » (3).

La réceptivité sensorielle amène spontanément un état de détente, une baisse de la tension nerveuse. Elle repose le cerveau qui ne peut pas en même temps émettre et recevoir (de même que je ne peux pas en même temps inspirer et expirer). Cela crée des alternances.

Elle développe des certitudes et confiance en soi, « nos expériences sensorielles nous appartiennent en propre » et l'enfant apprend, ce qu'il sent est juste.

Elle est « à la fois le repos et le tonique de l'émissivité ».

Histoire du mille-pattes.

II était une fois un mille-pattes qui marchait tranquillement... Au détour du chemin, il croise une araignée qui lui demande :

« Mille-pattes, dis-moi comment tu fais pour être à l'aise et ne pas t'embrouiller dans toutes tes pattes, lorsque tu marches ».

Le mille-pattes s'arrête, perplexe, étonné de la question.

Il réfléchit et lorsqu'il redémarre, c'est un enchevêtrement incroyable dans ses pattes...

La présence à soi-même par le ressenti est le début de la maturité.

Lorsque l'éducation favorise l'écoute, l'accueil, la réceptivité, l'enfant retrouve sa capacité à :

vivre pleinement l'instant présent

choisir ce qui est bon pour lui

expérimenter son corps, ses sens, sa créativité, son imagination

se relier au monde, à l'univers, aux autres et au divin.

 

RESPIRER LA VIE - RESPIRER LA JOIE

La respiration est un mouvement qui relie l'intérieur et l'extérieur dans une alternance semblable au flux et au reflux incessants de la mer. C'est une invitation à se laisser bercer, une dynamique qui fait avancer et créer. Écouter, goûter, sentir sa respiration, jouer avec et l'utiliser : c'est chaque fois pour l'enfant l'occasion de découvrir les multiples facettes de la respiration et le pouvoir du souffle qui l'habite.

Chaque mouvement est animé par une respiration spécifique et chaque respiration est liée à un état d'être. Par le geste le plus simple de sa vie, toujours à sa disposition, l'enfant apprend à connaître ses besoins, à trouver la respiration juste, à se laisser respirer. Il découvre tout ce qui bouge en lui quand il respire, il s'amuse à développer sa capacité respiratoire.

S'il vit sa respiration « physique » dans une dimension active, il est également capable de la percevoir à un niveau plus subtil en relation avec sa conscience ou « son regard intérieur » : il est dès lors dans le « laisser ­faire » tout en étant « présent » et il améliore la qualité respiratoire.

La respiration est un réflexe naturel. Si je permets à l'enfant de libérer les blocages et de favoriser (notamment par les postures) la circulation du souffle, alors sa respiration se place là où elle doit être. Par la suite, elle peut devenir un moyen de connaissance et de maîtrise de soi.

 

Exemples d'exercices

- jouer avec son souffle, le maîtriser, le canaliser

Avec les bulles :

« Tu sens la différence entre l'expiration forte qui provoque une multitude de petites bulles et celle, plus douce, qui permet de réaliser une grosse bulle ».

Avec une bougie

« Tu fais bouger la flamme sans éteindre la bougie. Tu fais durer ton expiration le plus longtemps possible : la flamme oscille à peine ».

« Tu recules de plus en plus et tu évalue la distance à laquelle ton souffle peut encore atteindre la flamme »:

« Tu la souffles du plus loin possible en sentant l'énergie que tu dois mobiliser pour cela. Tu souffles très fort pour l'éteindre ou tu choisis de souffler doucement pour simplement la faire osciller. Tu fermes les yeux ; tu choisis une des deux solutions et tu la réalises consciemment ».

Cet exercice est très puissant. L'enfant prend conscience de sa capacité à mobiliser en lui une énergie de force ou une énergie de calme, à passer de l'une à l'autre par un acte de volonté conscient. Il pourra l'appliquer à tous les actes de sa vie en s'appuyant sur la respiration.

 

La respiration thoracique, lien entre les émotions, les sentiments et le cœur, centre de l'être. L'ouverture des côtes favorise la libération des émotions. Si le thorax est bloqué par l'angoisse et l'anxiété, l'enfant peut apprendre l'expiration progressive. Il lâche peu à peu ses défenses et retrouve une confiance en lui qui prend ses racines au centre de lui-même plutôt qu'à la périphérie (si la cage thoracique est bombée comme une armure).

« tu sens le mouvement de tes côtes de chaque côté, devant, derrière, puis tout autour » (cela provoque assez souvent un soupir).

Je propose de sentir comme deux étages différents : l'un juste au-dessus de la taille, l'autre au niveau de la poitrine. Le premier correspond à la respiration costale basse :

« Tu descends le long du sternum (lui faire toucher), puis tu arrives au plexus solaire ».

« Tu places tes mains de chaque côté, les pouces dans le dos ».

« Tu sens l'élasticité de ces côtes flottantes ».

« En respirant sous tes mains, tu les sens s'élargir à l'inspir et tu les aides à se resserrer à l'expir ».

« Maintenant, tu sens le mouvement sous ta main droite seulement : bien sous les doigts et sous le pouce ».

« Puis tu enlèves tes mains et tu respires toujours à droite (comme si tu avais encore la main posée là) ».

« Tu sens comment est ton côté droit : est-il différent du gauche ? »

« Puis tu places ta main gauche sur ton côté gauche et tu fais de même »

 

Au niveau de la poitrine se situe la respiration costale moyenne : je place une écharpe au niveau de la poitrine, nouée assez lâche autour du tronc : lorsque l'enfant respire, le nœud se desserre.

 

La respiration claviculaire, qui aère le cerveau et dynamise les facultés mentales (intelligence, attention. concentration) et spirituelles.

Elle se situe en haut de la cage thoracique sous les clavicules, comme au sommet.

« Tu poses tes mains sur le sternum et tu peux même sentir un peu cette respiration dans ta gorge ».

« Tu places les doigts sous l'articulation des épaules et tu sens que cela se gonfle à chaque inspir ».

« Maintenant je pose mes mains au-dessus de tes omoplates et tu perçois également un léger mouvement. Tu sens tous ces points qui respirent ensemble ».

C'est une respiration fine et délicate. Par sa présence au souffle, l'enfant se connaît mieux. Il ressent davantage les sensations propres à l'expir, il vit les temps d'arrêt comme des silences et affine les perceptions de son corps. De la naissance au dernier soupir, la respiration est un cadeau a goûter, à déguster, à humer, une imitation à la plénitude.

Par ce geste le plus spontané de : la vie, toujours à sa disposition, il apprend à libérer ses blocages, à développer ses capacités respiratoires ainsi, il améliore efficacement sa santé.

 

DÉCOUVRIR SON CORPS PAR LE MOUVEMENT POUR ENTRER EN RELATION AVEC LÉS AUTRES

La posture naturelle ou l'attitude dépend de la qualité et de la puissance de la respiration. Un peu à l'image du ballon de baudruche qui se modifie en fonction de la force du souffle et de l'élasticité du caoutchouc, il y a interdépendance entre les deux : le souffle étire et anime le corps ; mais plus le corps est souple, plus l'air pénètre facilement au niveau de chaque cellule.

 

La position naturelle de l'enfant.

Il prend naturellement toutes sortes de positions surprenantes...

L'enfant utilise naturellement son corps comme instrument de communication avec les autres, le monde qui l'entoure et lui-même.

Son attitude physique manifeste ce qu'il vit :

son état intérieur sous-tend et détermine sa posture corporelle, et réciproquement,

la manière dont il se tient et dont il vit son corps agit sur l'état intérieur et influence sa communication avec le monde et avec lui-même.

Si l'enfant garde naturellement une position ouverte ou fermée, cela a un sens, de même si l'enfant n'arrive pas à prendre certaines positions, ou s'il penche en avant, en arrière... prend davantage appui sur un pied ou sur l'autre, cela a un sens.

L'approche corporelle ne vise pas à connaître ce sens ou la raison de cette attitude, mais à libérer la mobilité corporelle, à favoriser le passage d'une position à l'autre et la conscience d'un choix possible entre différentes attitudes corporelles pour que l'enfant retrouve la spontanéité.

L'enfant vit son corps et de ce fait, il tonnait naturellement :

la joie de se sentir debout sur ses deux pieds la tête dans les étoiles,

le plaisir de se coucher par terre ou de se mettre en boule,

la fluidité du souffle dans toutes les postures.

l'exubérance de l'ouverture et le recueillement de la posture fermée,

la quiétude de la situation assise,

le délié d'une torsion,

la spontanéité du saut,

le sens de l'équilibre.

Chaque position a un aspect fugitif : nommer ou proposer une posture favorise tout simplement une présence au corps.

 

Apprendre à se servir de son corps selon ses besoins

En général, je propose une posture à partir de ce que l'enfant fait naturellement et je donne priorité à sa capacité de transformation. J'interviens seulement pour permettre à l'enfant de mieux vivre son corps, de l'habiter plus globalement. L'intérêt de la posture réside dans la prise de conscience corporelle et non dans la beauté de la réalisation (en général, une posture bien vécue est belle). Ce n'est pas une fin en soi et la consigne est souple. L'enfant adapte à ses besoins le moyen proposé. Cette approche corporelle a des objectifs variés :

faire sentir la mobilité du corps et éliminer les tensions,

stimuler ou tonifier le corps,

ou, au contraire, le calmer et l'endormir,

favoriser la concentration de l'enfant, son intériorisation,

ou inversement son ouverture vers l'extérieur (sa déconcentration).

Ainsi, il apprend, retrouve ou vit plus consciemment une multitude de positions ; il goûte le statique : il sent l'ambiance de la posture immobile. Il aime se poser, pour vivre ensuite la mobilité, découvrir l'attitude juste du moment : il développe la sensation d'aisance et de fermeté, de respect de son corps (ne pas se faire mal) et il peut sentir les passages et choisir le geste ou la respiration les plus adaptées.

Il apprend à « poser » un acte consciemment, à décider, à s'unifier. Il s'agit d'un travail proprioceptif, c'est-à-dire qui est senti de l'intérieur. Plus l'enfant est conscient et connaît son corps, plus il est en accord avec ce qu'il vit et plus son attitude corporelle (et son attitude générale dans la vie) est juste.

Jonathan, 8 ans, était un enfant qui ressemblait à un faon avec ses membres trop longs et une certaine maladresse (lenteur, retard scolaire). Quelques années plus tard, il se souvient du saut qui nécessite à la fois concentration et lâcher prise ; rassembler son corps et trouver ses appuis, engager tout son poids, maîtriser l'espace, doser l'impulsion nécessaire.

Toute cette maîtrise corporelle : s'ajuster, se recevoir après un déséquilibre, laisser faire sans se laisser aller, lui a donné de l'assurance et de la confiance en lui.

« Si l'on a compris que le physique et le psychisme ne sont que deux aspects à travers lesquels le sujet s'intériorise, on voit alors que, de même qu'une modification intérieure entraîne une modification de l'attitude corporelle, de même la modification des attitudes corporelles entraîne une transformation intérieure ». DURCKHEIM.

Exemple d'exercice proposé :

La marche karaté : elle favorise la coordination, la connexion des deux hémisphères cérébraux, l'affirmation de soi (oser), le ressenti d'une qualité spécifique d'énergie. La marche karaté s'exécute ainsi :

marcher pied et main opposés de façon affirmée.

ajouter éventuellement le son "Ha" énergique à chaque pas.

Nicolas, enfant dyslexique, ayant des problèmes de coordination me dit :

« Je n'aime pas cette marche, surtout quand il faut dire « Ha » ! »

Je lui propose de marcher au départ en tapant du pied, puis simplement fendre l'air avec ses mains ; il pourra ensuite « oser » utiliser sa voix.

 

SE RELAXER POUR ÊTRE BIEN DANS SA PEAU ET BIEN DANS SA TÊTE.

La relaxation suppose un apprentissage progressif. Elle s'adresse à l'enfant dans sa totalité et agit sur le terrain, non sur la manifestation ou le symptôme. Elle lui permet de rééquilibrer son énergie sans la chercher ailleurs. A titre d'exemple, je peux dire à l'enfant :

« Je te propose de goûter une nouvelle façon de sentir ton corps, tes sens, la vie qui est en toi ».

« Habituellement, tu sens ton corps quand il te fait mal, quand tu fais des efforts, quand tu es bien et que tu as du plaisir ».

« Tu sens ton « cœur » quand tu aimes quelqu'un ou quand tu es triste ».

« Tu connais les images et les pensées que tu as dans la tête ».

« Avec la relaxation, tu vas découvrir tout cela, et peut-être le sentir d'une autre façon ».

« Je vais te parler, mais ce qui important, ce n'est pas ce que je dis, c'est ce que tu sens, c'est la présence que tu as en toi, ta capacité à être présent, à sentir : cela s'appelle « la conscience ». Par exemple, tu marches souvent sans faire attention : c'est machinal, automatique. Tu peux aussi marcher en sentant ce qui se passe en toi, le mouvement, les sensations... cela s'appelle être conscient ».

« Regarder... respirer... tu le fais naturellement. Tu peux aussi choisir et décider de le faire et tu en seras content ».

« Quand je te parle, si je te dis que ton corps est lourd et que tu te sens léger, c'est toi qui a raison. Toi seul sais vraiment ce que tu sens ».

La relaxation induit un changement du niveau de conscience : elle amène un état intermédiaire entre la veille et le sommeil. Nous demeurons conscients tout en étant détendus et apaisés : c'est l'état alpha (type d'ondes cérébrales). Alors que la situation de peur incite à garder le contrôle, la confiance issue de la relaxation permet d'aborder le lâcher prise, l'ouverture à l'inconnu. Sur le plan physique, elle augmente la faculté d'être présent à soi-même, dans l'action comme dans l'immobilité. En ce sens, elle développe une sensation d'unité par une perception globale du corps. Sur le plan émotionnel, la relaxation diminue progressivement les causes de division doute, peur, angoisse. Alors la créativité se libère et la rencontre d'éléments opposés peut se faire de façon inattendue. Le niveau alpha favorise le développement de l'hémisphère droit du cerveau, le cerveau gauche peut lâcher les croyances : des passerelles se créent entre le conscient et l'inconscient et nous sommes souvent surpris de ce qui se passe. Un enfant qui est « dans la lune » est naturellement en état alpha. A nous de le laisser se récupérer et se reposer. Souvent, nous lui infligeons de revenir sur terre ; ce qui le fait sursauter ou faire un effort, puis nous lui demandons ensuite de se relaxer. Lorsqu'il est dans la lune, nous pouvons lui nommer « tiens, tu es dans la lune, c'est bien, ton cerveau se repose. A certains moments, tu peux en profiter, mais à d'autres moments tu devras quitter cet état pour revenir sur terre et être bien présent à ce qui se passe ». C'est une éducation à la conscience, savoir ce qui se passe en soi. La relaxation utilise la détente corporelle (muscles, respiration, organes, peau, sensations) et l'imagerie mentale. Il est important de sentir ce dont notre corps a besoin. Certains pensent que la relaxation doit se faire allongé, pieds ouverts, mains de chaque côté du corps, tête bien posée dans l'axe de la colonne vertébrale, mais cette position idéale peut gêner ou déranger la détente. L'enfant aime se nicher, se mettre en boule, se replier. L'adolescent se protège en s'allongeant sur le ventre, ou les mains derrière la nuque, (apaisant ainsi le cerveau reptilien). Les jambes croisées et les mains sur le ventre apportent une sécurité. L'important est le confort du corps, le bien-être qui apporte l'apaisement plus que la règle. Reconnaître ses besoins, trouver sa propre posture de détente est une étape vers l'autonomie ; ensuite la recherche d'une posture complémentaire susceptible d'apporter un enrichissement peut être entreprise.

 

LES IMAGÉS TISSENT UN LIEN

ENTRE LES RÉALITÉS CONCRÈTES, IMAGINAIRES ET SYMBOLIQUES.

Avec la relaxation, l'enfant se réapproprie le monde des images, il canalise et développe l'imagination, cette fonction psychique, source de créativité et d'art, il se relie à son intuition, son originalité. Au départ, l'image mentale sert de représentation, elle demeure en lien avec le réel, un peu comme une photographie « la pensée réflexive est imagée avant d'être conceptuelle » (4), puis elle s'en détache ou s'en libère et donne naissance à l'imaginaire, la créativité, l'art.

L'image est une « forme primitive naturelle et essentielle de la pensée dont elle constitue l'élément expressif de base (..). Spontanée, elle exprime directement ou symboliquement le contenu et les vecteurs du psychisme (..). Elle est aussi le véhicule naturel de la pensée collective (arts plastiques, théâtre, mythes, allégories...) ». Elle possède la fonction irremplaçable de libérer l'expression à tout instant.

Aucun mot ne peut décrire totalement l'image.

Tissant un lien entre réalité, imaginaire et symbolique, aspects objectif et subjectif, rationnel et irrationnel, la relaxation ouvre sur un potentiel illimité grâce à la découverte des espaces intérieurs.

 

Visualisation ou imagerie mentale

Il s'agit de créer des images mentales avec tous ses sens. La visualisation ne concerne pas uniquement la vue ; elle englobe l'odorat, l'ouïe, le toucher, toute la dimension kinesthésique du mouvement, ce que l'on appelle en yoga « indrya » ou sens subtil. C'est un état vibratoire qui sollicite toutes les sensations.

Je propose tout d'abord à l'enfant un lieu idéal de bien-être. Il s'agit d'évoquer, de la façon la plus globale possible, c'est-à-dire un peu comme si ça n'était pas une photo plate, mais toute une restitution en volume, avec les odeurs, la musique et les sons, le mouvement... ce lieu idéal qui peut être dans la nature ou à l'intérieur... Ce peut être un lieu réel, connu ou imaginaire, créé de toutes pièces. L'évocation aura toute sa force par sa globalité. Prenons la comparaison avec la musique : si je vous donne une partition (image mentale de la musique), ce n'est pas la même chose que si je vous fais écouter la musique (ce qui correspondrait à la visualisation). En ce sens, lorsque je m'adresse à l'enfant, si je lui parle de son paysage, je lui dis : « Tu vois le paysage et, si tu ne le vois pas, tu sais qu'il est là, tu le sais, tu le sens » (5).

 

Les espaces intérieurs

La visualisation ouvre sur des champs d'expérience liés aux perceptions et aux besoins de chacun. Chaque espace nous introduit dans une nouvelle compréhension, une nouvelle connaissance de nous-­mêmes. C'est « l'art de travailler sur la représentation mentale afin d'entraîner un changement d'état intérieur » (6).

L'enfant puise ses forces dans ses espaces intérieurs, il y découvre un espace de jeu, un espace de la connaissance dans lequel il peut poser toutes les questions qu'il désire sur la vie, sur l'univers, un espace de liberté qui l'ouvre des possibles, un espace de silence qui le relie au plus intime, au plus profond de lui-même. Un enfant dépressif a retrouvé goût à la vie en explorant son espace intérieur de peinture, lieu où il pouvait s'exprimer sur les murs sous forme de fresques.

Ces espaces intérieurs une fois contactés, personne ne peut les lui enlever ; ils lui appartiennent et à l'intérieur, l'enfant est complètement libre.

 

LA PAROLE LIBÉRÉE

Communiquer, parler, nommer, est considéré comme essentiel à l'équilibre psychique : « les mots non-dits risquent de se transformer en maux » (7). En ce sens le langage est source d'évolution et de transformation. Sans nom, l'enfant n'a pas d'existence. Dans « Histoire sans fin », le royaume se réduit progressivement au néant. Le pays fantastique est menacé de mort. Pour guérir et lui permettre d'exister, il faut donner un nouveau nom à la Petite Impératrice. La relaxation dans son sens originel (relaxer = libérer) libère la parole, atténue les défenses. Dans certains cas où l'enfant bloque son évolution (notamment sous l'emprise de mécanismes répétitifs), la relaxation amène une fluidification et favorise le dépassement des résistances.

 

POUR CONCLURE : ÉDUCATION, ENSEIGNEMENT OU THÉRAPIE.

Éduquer l'enfant à la notion de santé globale c'est à la fois réaliser des objectifs concrets et se relier à une finalité à plus long terme. Autrement dit, lui apprendre à :

reconnaître et savoir utiliser ses capacités de bien-être et ses compétences multiples,

repérer les signaux d'alarme : fatigue, insomnie, trous de mémoire, manque d'intérêt etc. pour réagir préventivement, stimuler ses défenses immunitaires et corriger les excès ou les manques.

en cas de difficulté plus grave ou de maladie :

retrouver son corps comme une réalité vivante (et non un objet encombrant ou source de maux),

utiliser tous les moyens à sa disposition (relaxation, respiration...)

replacer les événements dans leur histoire (cette maladie parle de lui et lui parle) et dans une dimension symbolique (donner un sens à ce qui lui arrive)

Retrouvant ainsi sa propre capacité de guérison, l'enfant est en marche vers l'autonomie.

 

BIBLIOGRAPHIE

Livres de Geneviève Manent aux éditions Le Souffle d’Or:

L'enfant et la Relaxation

La relaxation pour ensoleiller le quotidien, guide pratique pour tous

La dualité un atout : relaxation et visualisation pour passer du conflit intérieur à la puissance

 

Références :

(1). Livre de C. DOLTO TOLITCH sur le sommeil

(2). Émission de télévision,

(3). Le conscient chez Vittoz de Louise BRON VELAY Éditions Pierre Tequi

(4). VIREL : dictionnaire de psychologie

(5). Cassettes pour les 6-11 ans L'enfant et la relaxation

(6). Changer par la visualisation SHAKTI GAWAIN Éd. Le Souffle d'Or

(7). Jacques SALOMÉ

 

Geneviève Manent - Extrait de « Pratiques Corporelles » d’août 1997

 

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