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expérience avec un non voyant

 

 

dernière modification de cette page le 19-sept.-2015

Lorsque je rencontre pour la première fois mon patient non-voyant de naissance, je n’ai pas été prévenue de son handicap lors de la prise de rendez-vous. Inutile de dire que je suis très intimidée et même mal à l’aise. Comment peut-il se représenter un monde qu’il n’a jamais vu ? Sa demande est de mieux gérer son stress professionnel lors de prise de parole, ses crises d’angoisses et de se sentir mieux, dans la vie, en général.

Lors de l’anamnèse, j’apprends que sa cécité génétique ne l’a pas gêné durant sa petite enfance, c’est seulement à partir de sa scolarisation qu’il s’est senti différent et frustré. Aidé par son environnement familial, il fait des études universitaires et travaille maintenant dans une grande administration. Il a 45 ans.

Lors de la première séance de relaxation, je prends conscience que je fais souvent référence à des images, des couleurs pour aider au ressenti de la détente, que je n’utilise pas le vocabulaire adapté à sa situation. Mes lapsus ne semblent pas le gêner mais il ne se détend pas. Les deux premières séances s’accompagnent de crises d’angoisse, il n’arrive pas à lâcher prise, son handicap l’a habitué à rester en permanence en vigilance, toujours sur ses gardes dans sa vie quotidienne, il a peur de tomber.

Pour notre 2ème rendez-vous, je prépare la séance avec un terpnos logos mieux adapté. J’évite toute image et fais travailler les autres sens. Je m’aperçois qu’ils sont beaucoup plus développés que les miens, il perçoit les choses, avec une sorte d’intuition qui lui permet de comprendre rapidement malgré mes maladresses. Par exemple, je lui demande de percevoir son ancrage dans le sol par les plantes de pieds, sa stabilité en le faisant osciller, de sentir la détente de ses muscles, technique qu’il acquiert rapidement. Nous travaillons beaucoup la respiration et des exercices corporels issus du yoga préalablement à la séance de sophrologie et j’introduis dans la relaxation la méthode Jacobson pour l’aider à mieux sentir la détente musculaire.

Une grande confiance mutuelle s’installe entre nous et son entraînement quotidien lui permet, après avoir bien intégré le signe signal, d’acquérir de l’assurance dans la prise de la parole en public ce qui était l’un de ses objectifs, C’est lors de la 5ème séance, qu’il arrive à lâcher prise mais en gardant toujours un minimum de vigilance de crainte de tomber.

Lorsque nous arrivons à la concentration sur l’objet neutre, je lui explique préalablement l’exercice. Il me dit que c’est difficile pour lui car il ne peut imaginer un objet en entier. Je lui donne la règle en bois qui est sur mon bureau pour qu’il la touche, la ressente, l’imagine dans sa taille, son volume, sa texture et nous faisons l’exercice sur cet objet assez facilement. Il arrive à imaginer cette règle avec toutes les sensations qu’il découvre en la gardant en main durant l’exercice.

Avec le temps, je prends de l’assurance et mon terpnos logos devient plus fluide associant des sensations, des sentiments. Ses expériences sont très profondes, ses émotions plus intenses que celle de la plupart des mes patients. Avec sa sensibilité, il arrive à devancer le travail du Professeur Caycedo dans sa progression. Par exemple, dans la RDC IV quand le travail se fait sur les valeurs, par erreur, j’intervertis l’Universalité par rapport à l’Humanité, il le remarque aussitôt. C’est la 1ère fois qu’un patient suit bien le déroulement de l’approche de la méthode.

Il se ressent très centré sur lui-même, avec la sensation de découvrir un nouveau monde chargé de plus d’espoir. Ses relations avec ses proches et son milieu professionnel se passent mieux. Par exemple, il devient moins méfiant envers les personnes qu’il rencontre, ses collègues, et il est aussi très lucide vis-à-vis des personnes de son entourage et accepte mieux leurs défauts. Il parle de sa phénodescription avec facilité et sincérité.

Au fur et à mesure de nos séances hebdomadaires et de ses entraînements quotidiens, les crises d’angoisse et de stress diminuent, son comportement devient plus assuré et son corps perçu avec plus de cohérence.

Nous ne faisons que la marche de la RDC III composée de 3 pas et qui ne pose pas de problème d’orientation. Pour les autres marches, je le fais s imaginer arrivant dans un endroit qu’il connaît déjà et percevant avec ses autres sens les informations qu’il capte, par exemple, l’impression générale de cet endroit, perception de la présence des autres personnes, des sons … comme si c’était la première fois et c’est au cours de ces séances qu’il « voit » les autres personnes avec beaucoup plus de confiance, et lui-même se ressent beaucoup plus à l’aise dans un environnement qu’il perçoit souvent comme hostile.

Il est plus difficile de travailler sur la valeur de la « Groupéité », son handicap le conduisant à une certaine solitude mais son entraînement régulier lui permet de s’insérer dans des groupes., il va plus facilement au devant de l’autre et craint moins de faire des maladresses ou d’être agressé même involontairement.

Nous faisons aussi un travail sur la phobie de l’hôpital qu’il surmonte rapidement ce qui lui permet d’aller rendre visite sans problème à un ami hospitalisé.

Son intérêt pour la sophrologie nous conduit à expérimenter les 12 degrés ensemble. Chaque séance est une découverte pour nous deux. Son expérience me fait approfondir la technique du Professeur Caycedo particulièrement dans les 6 derniers degrés que je n’avais pas beaucoup pratiqués et trouvais répétitifs. Ce fut réellement une belle alliance, une grande expérience commune.

En tant que sophrologue j’ai appris beaucoup avec ce patient, en particulier que la sophrologie est adaptable aux handicaps lourds, et que j’ai bien fait de ne pas laisser le doute m’envahir. Avec beaucoup d’écoute, en me mettant à sa place et en acceptant mes faiblesses, en particulier de langage, je l’ai aidé à surmonter son stress, ses angoisses et à acquérir une nouvelle qualité de vie. La sophrologie est intégrée dans son schéma, il n’en fait pas, il est EN SOPHROLOGIE.

Françoise Cervellini – juillet 2007

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