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essai et pratique sur l'imaginaire

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 43 / journée du 26/03/2011

Essai et pratique sur l’imaginaire et ses applications en sophrologie dont la futurisation.

Introduction

Les humains peuvent voyager dans le temps, du moins en pensées. Il leur est possible de se projeter ans le futur par anticipation.

Imaginer le futur est une chose très courante que nous faisons quand nous pensons au repas du soir, que nous nous préparons à une rencontre importante, que nous planifions notre travail.

L’imagination est un processus cognitif. Imaginer c’est s’évader en pensée (la pensée en images).

Depuis quelques temps les psychologues ont progressé dans l’aptitude à l’anticipation. On a vu que les mécanismes psychologiques du souvenir et de l’anticipation étaient en partie les mêmes.

 Des chercheurs ont montré que « le voyage mental » dans le temps active les systèmes sensorimoteurs liés à la perception de l’espace.

Comme dans la relativité d’Einstein, l’espace et le temps ne seraient pas psychologiquement indépendants.

 

Venons-en au fait

« Le passé est un imaginaire connu et le futur un imaginaire inconnu »

De cette phrase entendue à la radio, et de mon imagination, est né l’atelier d’aujourd’hui.

Je nourrissais le désir d’en savoir plus et de me faire plaisir…

J’ai donc ouvert quelques livres qui m’ont bougrement aidé à investir cette reine des facultés ou folles du logis selon les époques et à réfléchir à son utilisation dans nos pratiques en sophrologie.

Pour certains je vais enfoncer des portes ouvertes, pour d’autres non, pour ma part j’étais ignorant de mon imaginaire.

Je le suis aujourd’hui un peu moins et je vous propose de partager mes découvertes avec de la théorie et des pratiques. Je ne vous apporte pas de solutions mais des interrogations, des espaces à appréhender.

 

Tout d’abord quelques définitions :

IMAGINAIRE : -    qui n’existe que dans l’imagination, activité de l’imagination.

    -     peut-être un trouble mental qui remplace le réel.

IMAGINATION : -  facultés de se représenter des objets par la pensée, de penser par image.

-         la disposition à présenter les choses en leur absence (inventer, créer)

-         idée sans fondement.

-         Amener à la présence ce qui est absent.

REPRESENTATION : - rendre présent à la vue par des images réelles.

-         image fournie à la conscience par les sens, la mémoire

PERCEPTION : - représentation d’un objet construit par la conscience à partir des sensations

FUTURISATION : -   une anticipation au moment présent d’une action futur.

-           projection d’un savoir être plutôt que d’un savoir-faire.

-         dynamisation de la capacité d’espoir.

-         agir maintenant pour m’imprégner du sentiment d’espérance d’être autrement.

-         Générer un flux porteur d’espérance, de confiance, d’équilibre.

 

Nous retiendrons que dans ces définitions il y a le mouvement, l’action, le processus…….donc je vous propose de ne pas voir et entendre de différence quand je vous parle d’imaginaire ou d’imagination.

 

L’imagination n’a jamais été traitée avec les mêmes égards au cours des siècles.

 

Malbranche Nicolas (philosophe et théologien du 16ième siècle) dans son œuvre complexe de la recherche de la vérité … de l’imagination….»semble parler d’images qui prennent la place des pensées, les déguisant, les déformant, ou masquant leur absence.

Nous pouvons penser que l’imagination est pathologique et contagieuse pour autant que la condition humaine l’est aussi.

L’idée est de nous prévenir contre les pouvoirs de l’imagination.

 

Il y avait deux facultés dans l’imagination, l’une active qui dépend de l’âme et l’autre passive qui dépend du corps. La première est l’action et le commandement de la volonté, la seconde est l’obéissance.

 

Nous voyons bien que l’imagination permet de désobéir, échapper à la règle, de dépasser les limites du raisonnable, de rendre possible l’impossible.

Affirmer son imagination équivalait en France à une époque pas si lointaine à se mettre en danger de mort.

 

 I - Penchons-nous maintenant sur les caractéristiques de l’imagination

Nous sommes en droit de nous demander si cette disposition à présenter des choses absentes, l’imagination se distingue de la perception, de la mémoire ou encore de la combinaison des deux.

 

IL pourrait nous sembler que l’imagination ne soit rien d’autre qu’une perception atténuée ou floue.

  

Exemple en fermant les yeux :

-         imaginer un monument connu comme le Parthénon, le palais de justice à Lyon (les 24 colonnes).

-         Comptez le nombre de colonnes que vous observez, si possible.

 

Constatation : s’il est possible de compter facilement le nombre de colonnes si je suis réellement en face du bâtiment que je perçois, il m’est quasi impossible de le faire lorsque que je l’imagine.

Alors l’imagination se réduit-elle à une perception dégradée ?

 

La thèse selon la quelle l’imagination se réduit à une perception affaiblie a pour elle une longue tradition remontant au traité de l’âme d’Aristote ou l’imagination est présentée comme une sensation se produisant sans la présence de l’objet.

 

La même question se pose pour la mémoire, à l’instar de la mémoire, l’imagination semble consister en la reproduction d’un état de conscience antérieur, à cette différence que lorsque je me remémore un événement, je ne contente pas d’évoquer cet événement en image, mais je le replace dans la passé, dans le cours du temps, parfois avec une date précise. (Fermons la parenthèse)

 

L’imagination est une sous perception au sens où elle n’offre qu’une copie pâle et tronquée de la perception première. L’imagination est la représentation faible, confuse d’une chose que la perception sensorielle donne nette et précise. La différence concerne le degré d’intensité et de précision, faible dans le cas de l’imagination, fort dans le cas de la perception.

Se pose alors la question comment faire la différence entre une perception faible et une image intense ? Ne peut-on pas être conduit à accorder au produit de l’imagination, pourvu qu’il soit net et vif, la réalité qu’on refusera au perçu?

 

 En outre comme l’observe G. Ryle (philosophe, physicien 1900-1976), la dichotomie (opposition entre deux concepts) entre l’original et la copie ne vaut pas pour l’odorat, le goût et le toucher. Ainsi quand je dis je « sens « en imagination l’odeur de ma maison d’enfance, je ne puis dire » que je sens une copie de cette odeur ».

Interpréter l’imagination comme regard sur une copie est réducteur. Cela vaut à la rigueur pour l’imagination visuelle, mais pour les autres formes d’imagination tactile, auditive, etc.

 

Pour éviter la confusion entre la copie et l’original, entre l’imaginé et le perçu, il faut si possible établir un trait distinctif entre imagination et perception que celui proposé par Hume (philosophe – historien 1711-1776), la différence de degré d’intensité et de netteté s’avérant insuffisant.

 

Dans son ouvrage consacré à l’imaginaire, Sartre montre qu’il existe une différence de nature entre imagination et perception (et non une simple différence de degré) telle qu’il est impossible à toute conscience attentive de les confondre.

 

Sartre recense plusieurs caractères spécifiques de l’imagination par rapport à la perception :

 

1/ Ce qui les distingue, c’est seulement la manière dont la conscience se rapporte, ici et là, à cet objet.

Il faut dire j’ai conscience de la chaise en image et non d’une image de la chaise.

Viser un objet par l’imagination, c'est-à-dire : se le donner en image, n’est pas la même chose que rencontrer cet objet, c'est-à-dire : le recevoir.

Imaginer et percevoir correspondent à deux attitudes distinctes de la conscience, l’une active par laquelle je me donne l’objet en image, l’autre passive par laquelle je me contente de le rencontrer en chair et en os.

 

L’image, c’est une certaine façon qu’à l’objet de paraître à la conscience, ou, si nous préférons une certaine façon qu’à la conscience de se donner un objet.

 

-2/ la deuxième différence est que la perception livre petit à petit l’objet, tandis que l’imagination le livre en bloc. Le propre de la perception c’est que l’objet n’y apparaît que « dans une série de profil ».

Soit un cube. Je ne le voie jamais que d’une certaine façon, sous un certain angle ou point de vue, qui peut appeler une infinité d’autre point de vue possible. La perception du cube ou des 24 colonnes est un phénomène qui dure, qui prends du temps : je dois apprendre le cube ou les 24 colonnes en en faisant le tour.

 

Le cube ou le palais de justice ou tout autre objet n’est autre que la somme des points de vue que ma perception a appris sur lui.

 

L’image en revanche ne nous apprend rien : le cube en image se donne immédiatement pour ce qu’il est.

 

Tandis que dans la perception le savoir de l’objet se forme lentement, dans l’imagination, le savoir est immédiat.

 

Dans la perception, ce qui m’apparaît d’abord comme un cube peut s’avérer ne pas être un cube s’il manque une face par exemple.

Dans l’imagination, en revanche, je décide de ce qu’est l’objet : il est absolument certain que l’objet de mon image est un cube.

 Si je feins d’envisager ses diverses faces en le faisant tourner, je ne suis pas plus avancé à la fin de l’opération. Je n’ai rien appris de nouveau puisque je n’ai découvert dans le cube que ce que j’y ai mis moi-même.

Les objets en image sont pauvres car ils se réduisent à ce que nous en savons déjà.

Nous retiendrons que ce qui caractérise l’imagination : c’est le sentiment continu de spontanéité.

 

 

-3/ la troisième distinction essentiel entre la perception et l’imagination est que la conscience imageante pose son objet comme un néant.

 

Pour établir ce point, Sartre nous invite à réfléchir à la manière dont la conscience s’apparaît à elle-même lorsqu’elle vise ces objets.

 

Si je réfléchi à la manière donc je vise un ami que je perçois actuellement: je m’aperçois que je le vise comme existant ici et maintenant.

 

Par contre si je le vise à travers une image, quatre cas de figure se présentent :

-         s’il s’agit d’un ami défunt, je pose ainsi mon ami comme inexistant ou n’existant plus

-         si j’attends la visite de cet ami, je me le pose comme absent (n’étant pas encore là)

-         si mon ami se trouve actuellement dans une autre ville, je la pose comme existant ailleurs

-         enfin ignorant si l’ami auquel je pense vit encore, je suspens mon acte positionnel : je me pose l’ami comme existant ou n’existant plus.

 

L’imagination peut donner l’objet comme un néant d’être, comme un néant de présence, contrairement à la perception qui pose toujours sont objet comme présent.

 

II - Sur le questionnement: comment distinguer l’imaginaire du perçu?

Descartes (1596-1650) propose le critère suivant : si je peux relier ce qui m’apparaît à la suite de mes évènements de ma vie passé, je suis persuadé d’avoir affaire à une perception de la réalité.

A l’inverse, si ce qui m’apparaît n’est pas compatible avec le cours de ma vie passée, je suis assurée d’avoir affaire à un pur produit de mon imagination.

Au premier abord ce critère semble fiable puisqu’il me permet de distinguer mes rêves nocturnes ou diurnes, comme produit de mon imagination, de la réalité offerte à ma perception.

 

Exemple :   - si je me suis vu président de la république, entouré de personnalités, alors que je n’ai vécu alors que comme fonctionnaire inconnu, sans engagement politique, je peux savoir que j’étais en train de rêver. Le contenu de ma représentation n’étant pas compatible avec les évènements de ma vie antérieure. Je sais à présent que ce que j’ai cru voir était irréel, pur produit de mon imagination.

-     En revanche, si je me vois en train d’écrire un livre sur l’imagination, je peux facilement faire la liaison avec la proposition que m’a faite l’éditeur, ainsi qu’à l’ensemble de mes investigations antérieures sur l’imagination. Le phénomène s’accordant avec le cours des évènements de mon existence, je suis assuré qu’il est effectivement perçu.

 

Descartes y ajoute un second critère qui peut servir de complément utile au précédent.

Est réellement perçu ce qui s’accorde non seulement à ma vie passée, mais encore à certaines règles évidentes qui s’imposent à notre entendement donc à nos facultés de concevoir et de comprendre y compris le témoignage de mes sens.

 

Cette approche de Descartes contre versée peut avoir du sens pour nous sophrologues dans une partie de la définition de la réalité objective, nous en reparlerons.

 

III - Imagination et mémoire :

Toute les deux se rapprochent l’une de l’autre dans une commune opposition à la perception, par leur capacité à présenter ce qui est absent. Contrairement à la mémoire, l’imagination ne reconnais pas le souvenir qu’elle évoque comme passé, ne prend pas la peine de la replacer dans le temps.

Ainsi l’imagination, contrairement à la mémoire, donne –t-elle lieu à l’hallucination, prenant le souvenir évoqué pour un donné présent.

L’imagination se présente comme une sous mémoire, c’est-à-dire comme une capacité d’évocation sans conscience du passé.

Selon Clément Rosset (philosophe né en 1939) la mémoire « est une fonction infaillible ». En effet elle ne se trompe jamais à proprement parler car elle annonce soit qu’elle est parvenue à situer le souvenir dans le temps, soit elle annonce qu’elle n’y est pas parvenue.

Exemple : la date et le lieu de ma première communion.

 

Notre imagination en revanche aussi étendue, forte et vive soit-elle s’avère toujours trompeuse. Elle n’atteindrait son but : présenter parfaitement une image qu’à condition de ne plus être imagination mais perception.

Telle est la condition tragique de l’imagination : sauf à laisser place à la perception, elle est condamnée à n’atteindre jamais ce qu’elle vise, c'est-à-dire la représentation exacte de l’objet évoqué.

 

IV- La folle du logis et l’illusion :

Cette expression, souvent utilisée au 17ième siècle notamment par Malebranche (1638-1715) et Pascal (1623-1662) pour désigner l’imagination, définit l’esprit humain pour le mot logis.

L’imagination est folle car elle n’est en quête de rien, de plus elle est souvent volage.

Elle peut nous entraîner à confondre ses fantasmes avec la réalité, à perdre le contact avec une réalité parfois décevante. (L’expression : « chacun se fait son film »).

Bien plus que l’erreur qui se corrige, l’illusion souvent de type affectif nous fait perdre la raison ou le sens des réalités.

Par exemple : l’amoureux transi aura beau récolter les preuves tangibles que son amour n’est pas payé de retour, il ira jusqu’à nier l’évidence pour se bercer de l’illusion d’être aimé. Dans l’illusion il y a une part essentielle de plaisir, la satisfaction fictive d’un désir profond auquel le sujet ne veut pas renoncer.

Contrairement à la perception et à la mémoire, l’imagination seule à la folie d’engendrer et d’entretenir l’illusion.

 

V- Imagination et fantaisie :

L’imagination guidée par l’intelligence et soutenue par l’effort est requise pour un travail d’élaboration du réel, plutôt que la fantaisie.

La fantaisie saute du cop à l’âne, fait des associations audacieuses, invente des astuces plaisantes, mais ne s’inscrit pas dans la durée pour produire une œuvre.

De plus dans imagination, il y a idée d’une « vision » : une chose en vue qui va guider le travail de l’artiste ou de l’artisan. Le terme de fantaisie n’implique pas l’idée d’une chose en vue (à réaliser). Nous dirons de quelqu’un qui se conduit de manière surprenante, amusante ou imprévisible qu’il fait preuve de fantaisie, sans que cette fantaisie implique la « vision » d’une chose en image.

Dans l’adjectif « imaginatif » nous trouvons une idée de fertilité, de fécondité, qui n’est pas nécessairement impliquée dans l’adjectif « fantaisiste ».

 

L’imagination a besoin de la fantaisie pour sortie des sentiers battues, des ornières du quotidien, mais la fantaisie a besoin de l’imagination (entendue comme processus de mise en forme) pour devenir féconde, c'est-à-dire pour engager ses inventions dans une œuvre abouties, susceptible de communiquer à autrui.

 

VI- Désir, imagination et création :

Freud admet que l’imagination, à l’instar des autres fonctions psychiques, est au service des désirs. Au départ d’un processus créateur, il a la perception d’une donnée présente qui réveille l’un des grands désirs de l’individu. Celui ci se rapporte alors au souvenir d’une expérience extérieure, la plus part du temps infantile selon Freud (nous ne cherchons qu’à retrouver nos premiers plaisirs), au cours laquelle ce désir était accompli.

 

C’est sur cette base de cette perception et de ce souvenir que l’imagination intervient pour inventer une situation fictive ou le désir jadis accomplis trouve à nouveau à se réaliser.

Ce processus concerne aussi bien les rêves éveillés que les compositions artistiques, à cette différence essentielle près, que la création artistique permet, en extériorisant le désir, de surmonter la frustration dans laquelle nous laisse le simple rêve éveillé.

 

L’imagination créatrice s’implique aussi dans la reconstitution du passé. S’appuyant sur des faits, des documents, un cadre spatio-temporel un historien imagine l’histoire de la France au Moyen Age ou au temps de la présence Romaine tout comme un inspecteur de police sur un crime.

 

Freud nous indique que l’imagination ne doit pas tourner à vide, mais à partir d’un matériau donné en vue de produire une œuvre.

 

Impliquer dans un travail, en relation avec une matière à mettre en forme, l’imagination permet d’échapper à la rêverie errante, détachée du donné, qui induit erreurs et passions déréglées.

 

VII- L’imagination a-t-elle une destinée :

Nous avons vu ce reproche d’imprécision adressé à l’imagination, qui peut la faire paraître inférieure à la mémoire. Mais si nous n’attendons pas de l’imagination qu’elle évoque exactement des choses existantes, mais qu’elle nous en libère, alors ce que nous prenions comme une défaillance de l’imagination apparaît comme l’indice d’une qualité spécifique :

Si l’imagination reproduit mal, c’est parce que sa fonction spécifique n’est pas de restituer la réalité mais d’en offrir un autre visage.

Contrairement à la mémoire qui ne peut restituer que ce que le réel a déjà donné, l’imagination peut déborder toute les données offertes par le réel pour présenter ce qui n’existe en aucun lieu et aucun temps.

 

Elle ne restitue pas le monde mais le recrée, elle décompose le monde pour le recomposer

de manière inédite, elle opère comme « un arrangement de choses du monde » (Freud).

Elle donne à voir ce qui sera peut être un jour, elle ouvre les portes du possible.

 

Sans l’imagination, il serait impossible de prévoir le futur à partir de données objectives du présent. Il serait également impossible de prévoir des buts proches ou lointains.

Notre action sur le monde serait paralysée ou aveugle. Contrairement à la mémoire, l’imagination nous détache du passé en nous permettons d’anticiper, avec plus ou moins de bonheur.

Tandis que la mémoire nous permet de retrouver le réel passé, l’imagination n’a pas pour fonction propre de retrouver mais de trouver, de pré voir ce qui n’est pas encore visible.

 

* séance pratique de futurisation en fonction des 3 cycles (voir annexe)

 

VIII- L’imaginaire en sophrologie :

En quoi ces approches variées sur l’imaginaire nous sont utiles en sophrologie ?

Principalement pour la futurisation.

Pourquoi quand nous pensons à une personne, relions-nous par exemple ses traits à sa voix, alors que les informations visuelles et auditives sont perçues et stockées dans des zones cérébrales différentes?

La futurisation nous place dans un « advenir », notre projet de monde et ses différentes techniques nous projettent vers un possible. Nous développons la capacité d’espoir.

 

Les différentes techniques du premier cycle:

-         sophro acceptation progressive (SAP)

-         sophro programmation future (SPF)

-         sophro stimulation projective (SSP)

-         Sophro correction sérielle (SCS)

 

C’est la vivance de l’esprit, cet esprit illimité par son imagination qui nous fait vivre ici est maintenant des situations lointaines, facteur de confiance.

            La répétition vivantielle donne de l’expérience. Si l’imagination est à la fois mouvement et action, si l’objectif est de chaque jour me poser 5 – 10 – 15 mn,

 je peux par exemple m’imaginer sur mon canapé en train de prendre conscience de ma respiration. A chaque futurisation je pose l’acte de me poser chaque jour, je l’ancre en moi et je me donne plus de chance de le reproduire.

La répétition vivantielle d’actes futurs avec ses respirations, ses activations, ses intégrations participe, au niveau physique, physiologique et mental, au processus de cette nouvelle rencontre corps – esprit et à la représentation du schéma corporel.

La futurisation est l’ensemencement du possible…et l’éveil des capacités

 

 

1- Pour le principe d’action positive :

Toute action positive dirigée vers la conscience se répercute positivement sur tous les éléments psychiques.

L’imaginaire est en quelque sorte une forme d’activation des contenus considérés par l’individu lui-même comme étant positif : les mots, les images, les sensations, les projets.

Le vécu positif d’une action future va favoriser l’intentionnalité de diriger sa conscience

vers la conscience sophronique (éveillée, sereine).

 

2- Pour le principe du schéma corporel comme réalité vécue :

La représentation que chacun se fait de son corps évolue de simple topographie du corps

à l’image spatiale du corps favorisé peut-être par la prise de conscience des systèmes ou des régions du corps et de sa globalité…La part de cette conscience de soi est d’acquisition progressive. La corporalité se fera quand la conquête du corps est la conquête de l’esprit.

Dans la RDC2 la visualisation de son propre corps comme objet de concentration dépasse la simple prise de conscience physique et permet l’acceptation de l’image corporelle ((monde de la représentation).Cette représentation si elle se fait au présent incorpore le passé et se projette dans l’avenir (Tri dimension unitaire du temps).

 

Cela me permet de poser mon interrogation :

 Pendant une séance dès que nous fermons les yeux tout ce qui apparaît est-il imagination ?

Ou est-ce, ce que nous présente la conscience ici et maintenant. ? Ou les deux ?

Pendant la sophronisation de base, la conscience de la forme des différents systèmes ou régions de notre corps n’est-elle pas au départ imagination ?

N’y a-t-il pas une relation directe entre l’imagination et l’intuition ? L’imagination et l’intentionnalité ?

 

3- Pour la réalité objective :

 - L’approche de Descartes est intéressante car il ancre l’imaginaire à la fois dans un mouvement intégrant la vie passée et ses possibles du moment.

Ce qui doit être le cas pour les futurisations de notre vie quotidienne et de celle de nos élèves ou patients.

 

Dans une futurisation, si le lieu, bruit, couleurs, odeurs personnages, ambiance sont déjà connus, mémorisés par une expérience c’est un imaginaire connu par la mémoire sensitive, élaboré et cultivé. Descartes parle d’un trésor intérieur.

Si le lieu est un imaginaire inconnu (images involontaires), nous le construisons à travers nos expériences, nos savoirs faire, un rêve éveillé ou un rêve tout court à partir de traces, d’instinct.

 

Descartes nous est utile également dans le cas de préparation à un examen, une compétition. Dans la futurisation il faudra tenir compte des trois postures possibles :

-         jamais passé d’examen (pas d’expérience vécu)

-         expérience vécue positive (j’ai obtenu ou j’ai gagné)

-         expérience vécue négative (je n’ai pas ou j’ai perdu)

 

- L’imagination ne doit pas tourner à vide nous dit Freud.

 Il faut donc lui donner du concret à réaliser. En conscience ordinaire l’être humain à des désirs et besoins que nous devons transformer en projets pour passer ou se rapprocher de la conscience éclairée, sophronique, de la sérénité. Si le désir est ressassé sans se réaliser, il reste inassouvi, nous tombons petit à petit par la frustration dans la conscience pathologique.

 

4- Les trois cycles de la sophrologie :

Nous venons de voir que la futurisation comme toute autre technique à besoin de répétition

Vivantielle pour s’ancrer.

Les trois cycles nous donnent l’occasion d’anticiper nos actions futures de trois façons différentes et nous l’avons expérimenté.

-         Premier Cycle réductif : observer et ressentir comment nous vivons la projection avec notre corporalité à travers les sensations (nos représentation du monde)

-         Deuxième cycle radicale : observer et éprouver comment nous vivons la projection de la vie en nous dans nos cellules. Quel élan de vie nous pousse à agir? (notre motivation pour un projet ou nos actes quotidiens)

-         Troisième Cycle existentielle : observer, éprouver, expérimenter comment nous vivons la projection avec nos valeurs vivantes dans un monde nouveau, ré enchanté. (notre nouveau comportement dans le monde en mouvement)

 

 

Ces trois approches sur la futurisation peuvent nous aider dans notre travail.

En effet nous-mêmes ou le patient pouvons :

-         avoir la pêche, la forme, se sentir bien dans son corps et dans sa tête mais ne pas avoir de projet ou d’envie.

-         Avoir un projet, des désirs mais ne pas se sentir bien ou pas capable, non motivé. (qu’est-ce qui m’empêche?)

-         Se sentir bien, avoir un projet, mais pas trouver de sens à ses actes.

 (ou vais-je)

 

Le travail sur les valeurs est important y compris en futurisation.

Une valeur est une conviction profonde qu’un mode de conduite (attitudes mentales et comportement social) est supérieur à un autre pour mener sa vie et atteindre ses objectifs.

 

Pendant les pratiques, les vivances des valeurs nous mènent à l’essence de l’être pour nous permettre de vivre notre libre choix, notre responsabilité, notre dignité dans nos conduites.

 

5- Cycle Radicale :

 La RDC8 (ontogenèse – développement) ou la vivance de la force phronique des 12 premières semaines depuis notre création (que pour ma part j’adapte de la présence dans le fœtus jusqu’à l’homme que je suis aujourd’hui) peut permettre les sensations, les images, le sentiment, la force de vie dans nos cellules comme élargissement du schéma corporel comme réalité vécu. (Je peux m’appuyer sur des traces/ trésors intérieurs)

 

Quand est-il de la RDC7 (phylogenèse – évolution) ou la vivance phronique de la première forme de vie: de la cellule jusqu’à l’homme moderne ? Cette vivance de l’être biologique et génétique est- elle aussi un élargissement du schéma corporel comme réalité vécue ? Un passé imaginaire connu ou inconnu? Un espace temps qui nous permet d’expérimenter et de pouvoir par la suite nous projeter dans une vie existentielle futur ?

 

Entretien de mars 2011 paru dans le numéro 220 de Science Humaines avec Antonio Damasio professeur de psychologie et neurologue à l’université de Caroline du Sud. L’article porte sur « la conscience est née des émotions » (possibilité).

Q : Pour vous, la conscience n’est pas un chef d’œuvre au sommet de l’évolution mais un mécanisme, parmi d’autres, sélectionné dans note espèce pour veiller sur notre corps…

R : le but de la conscience, si l’on peut parler de but, est de maintenir la vie le mieux possible, et certainement, chez les humains, accompagnée du bien être que nous cherchons activement. Tous les êtres vivants ont donc des mécanismes de régulation qui mènent à ce but, qui était déjà prévu au début de notre organisme. Bien avant l’étape du cortex, récente qui confère une conscience très complexe, et bien avant l’étape du tronc cérébral, plus ancienne et plus grossière, il existe en effet une autre étape, qui a tous les principes de la conscience, mais qui précède même le système nerveux.

On la trouve chez des organismes unicellulaires comme les paramécies, et qui vise à réguler la vie. Le début de la conscience est le ressenti d’un état de l’organisme.

Q : ainsi, même les organismes unicellulaires auraient déjà la possibilité de faire émarger la conscience ultérieurement, si ce mécanisme est sélectionné par l’espèce?

R : Exactement. Tout ce qui se passe chez une cellule vivante anticipe ce dont seront les grands systèmes neuronaux sous tendant la conscience. On peut dire que la conscience est ce qui nous permet de comprendre rétroactivement, de tels systèmes. Et de créer un nouveau système de régulation : le niveau socioculturel. Car la culture, elle aussi, est orientée vers l’homéostasie…………. (Maintenir constant les paramètres biologiques face aux modifications du milieu extérieur)

 

6- Cycle existentiel :

La technique de transportation (rétro activation) d’une semaine à la journée est aussi une technique de futurisation bien que nous soyons dans la présence de la force de vie qui nous habite.

En effet nous imaginons….. le transport (rétro activation) de la vivance dans l’avenir s’effectue avec la présence des cellules qui engrangent un message de journée réussie.

 

Les techniques de programmation contemplative des valeurs en trois ou quatre temps (plus ou moins long terme) et des différentes marches sur la tridimensionnalité des valeurs sont à la fois futurisation et ouvertures imaginatives.

 

Je peux imaginer ce schéma pour la futurisation (MOI désiré)

 

                           Représentation                           Comportement

 

 


 

 Cycle Réductif                                    Radical                        Existentiel

 

    Sensations                           Vitalité                         Action

    Emotions                                         Energie                        Valeurs

 

MOI corporel                          MOI intime                              MOI désiré

                                                            Et vivant                                 SOI réalisé

 

 

- Centre de recherche sur l’imaginaire (Grenoble) :

(Le cerveau de l’imaginaire se trouve-t-il dans la fonction imaginante) « On fait en définitive l’hypothèse que représentation du cerveau, représentation du sujet et représentation du monde (et de la société) fonctionnent de conserve et s’auto alimentent de façon systémique »

 

 

IX- Un peu de philosophie sur infinité et infinitude :

            A l’inverse de Heidegger (1889-1976) qui place l’infinitude dans l’imagination et l’infinité en Dieu, il nous semble avec Cassirer (1875-1945) que l’imagination humaine, comme puissance d’intervention incessante, permet au contraire de placer l’infinité en l’Homme.

Celui-ci perpétuellement confronté à de nouvelles données irrationnelles, doit sens cesse inventer de nouvelles formes (action – explication) pour tenter de rendre le monde intelligible. L’imagination intervient dans un processus d’invention de formes sans cesse réitéré.

L’infinité de l’homme correspond à l’infinité de sa tache, assuré par la richesse inépuisable du réel qui sollicite sans cesse son inventivité.

L’homme peut toujours se transformer au gré d’un certain usage de son imagination.

L’infinité de l’homme comme être imaginant peut s’entendre au sens d’une capacité infinie de transformation de soi et au sens d’une tâche infinie d’élaboration du monde.

 

L’imagination est donc à la fois sensible et intellectuelle, passive et spontanée, corporelle et spirituelle. Elle assure la médiation entre la nature animale et la nature spirituelle de l’homme.

En d’autres termes l’homme est redevable à l’imagination de son humanité.

 

L’actualité nous le montre, l’homme est capable à la fois de barbarie, de solidarité, de spiritualité. La sophrologie nous fait prendre conscience, à travers ses différentes techniques, d’un imaginaire transcendé par notre force ou élan de vie et nos valeurs.

Les techniques de futurisation aussi trouvent leur force dans la projection d’un savoir être.

 

X- Ici et maintenant :

Pendant la pratique nous formulons et vivons souvent l’ici et maintenant.

L’ici peut-il être considéré comme étant :

La pièce – l’immeuble- le quartier – la ville – le pays – le continent- le monde – l’univers?

 

Le maintenant peut-il être considéré comme étant : le moment présent - la journée – la semaine – l’année – la décennie – le siècle ?

Quelle réalité objective de la futurisation: Pour un esclave du temps des pharaons, pour un paysan du moyen âge, pour un roumain sur notre territoire ou un chômeur de longue durée.

 

Bibliographie :

-         Revues Sciences Humaines.

-         L’Imaginaire de Jean Jacques Wunenburger collection que sais-je Puf.

-         Qu’est-ce que l’Imagination Christophe Bouriau - Chemins Philosophiques - Vrin.

-         De l’imagination (de la recherche de la vérité livre II) Malebranche – Agora.

-         Sophrologie Tome 1 Docteur Patrick-André Chéné – Ellébore

-         Sophrologie lexique des concepts, techniques et champs d’applications – sous la direction de Richard Esposito – Elsevier Masson.

 

XI- Séances : futurisation en utilisant les 3 cycles à la suite.

1/         SBV 2° degré

 SDN de tout le corps

Au moment d’expulser l’air agréable libération de toutes les tensions accumulées dans notre système…………..nous chassons toutes les formes et causes de toxicité de cette partie du corps…

Exercice :

- les bras, les jambes, l’ensemble = conscience de la pesanteur, la gravitation.

-         Conscience émanante – dedans / dehors – enveloppante-

-         Programmation d’un futur proche (acte quotidien ou projet)

Lieu – jour – environnement- présence- sensations corporelles

-         retour au présent (vivance des sensations).

 

2/ spécifique adaptée radical :

- activation: avec cette agréable perception d’activer la présence de notre corporalité, nous respirons profondément ………….. en montant les bras, les mains, la tête légèrement en arrière …………… quelques moments pour percevoir l’énergie de l’univers, l’énergie positive qui nous entoure …. Nous la canalisons vers toute notre corporalité…………….avec cette agréable perception …………

Quelques moments de Sophro Activation Vitale :

Au moment d’inspirer l’air renforcement de la vitalité…………..

Sophro activation vitale

Au moment d’inspirer l’air renforcement de la vitalité…………..

- percussion : Avec cette agréable perception d’équilibre et de vitalité nous allons maintenant adresser notre attention vers notre 1ier système…. Pour cela nous mettons les mains sur notre point d’interaction: le front et avec la force du phronème inaudible E à l’inspire – MOU à l’expire avec une douce projection vers le 2ième système nous allons activer la présence de l’énergie dans notre 1ier système………. Nous commençons…E … au moment d’inspirer l’air.. MOU ………………. au moment d’expirer l’air

- pause Avec cette agréable perception, nous arrêtons le phronème, nos relaxons les bras, relaxation s’il vous plait en position 2ieme degré pour notre pause phronique pour la vivance contemplative…..pour percevoir la présence de l’énergie dans toutes nos cellules……………….pour contempler notre propre énergie ….. les sentiments positifs sont les bienvenus………Au delà de toute rationalité…..agréable perception…

-         Projection dans le futur : vivons le quotidien ou un projet (Lieu – jour – environnement- présence)

-         Observons avec quel vitalité – énergie – motivations nous vivons ce moment.

- retour au présent : retrouvons les traces profondes dans nos cellules de cet élan de vie

- activation : agréable perception et avec la force de notre pensée, du phonème

  VIPHI - PROFONDE à l’inspire

 et PERCEPTION ISOCAY -  VITALITE   au moment d’expulser l’air

De cette perception de l’énergie un sentiment de bonheur vitale dans tout notre système

-         PROFONDE à l’inspire pour le renforcement de la présence de l’énergie

-         VITALITE à l’expire pour le sentiment de bonheur vitale.

 

Avec cette agréable sensation nous arrêtons le phronème

Quelques moments pour percevoir la présence de l’énergie dans toute notre corporalité :

L’énergie d’inter action, l’énergie de la conscience que nous contemplons

Agréable perception de la présence de notre conscience que nous sommes en train de découvrir………………… de conquérir avec se sentiment de plénitude de bonheur vitale qui va continuer à nous accompagner…..

Nous activons maintenant les capacités positives de notre personnalité :

-         la confiance en nous même, à notre esprit, à notre contemplation

-         notre harmonie corps - esprit –conscience – âme que nous sommes

      -     La capacité d’espoir pour cette existence pleine de sens…..

 

3/ Spécifique adaptée existentiel :

-         Assis posture 2° degré percevoir la corporalité sans tension – activation vitale par la respiration avec sentiment d’énergie, de vitalité, de bien être

-         Posture 3° degré IRTER conscience de la posture

-         Inaudible E OU MO TRI A (3 fois) sur système choisi

-         Pause vivance éclairée du système avec l’agréable perception de l’énergie présente, l’énergie des molécules de nos cellules

-         Debout les bras en l’air IRTER avec conscience de mon existence – cellules – molécules- être.

Bonjour lumière du jour existence nouvelle, bonheur vital.

Mouvement de la tête de gauche à droite

Rendre présent l’instant de mon libre choix, de ma liberté

-         Marche vers mon acte futur, mon projet (Lieu – jour – environnement- présence)

J’observe ce qui me pousse à agir au fond de moi, au plus profond de moi, mes valeurs présentes.

-Pause : sentiment profond de vivre mes valeurs en toute liberté, au delà de toute rationalisation

-Totalisation conscience de mes libres choix, de mon esprit clair

Profond sentiment d’une existence pleine de sens, de paix, d’équilibre, de bonheur vitale d’une existence digne et responsable

- Désophronisation

Voir aussi à la rubrique séances : Futurisation dans les trois cycles

Paul Dufour  - journée du 26 mars 2011

atelier en lien avec la séance " futurisation dans les trois cycles "

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