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de la sensation à l'émotion

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 25 / journée du 07/10/2006

BIO EXPRESS : CHRISTIAN MOREAU

Christian Moreau est généticien de formation. Il approfondit, à l'université Claude-Bernard de Lyon, ses connaissances en biomathématiques, en biophysique, en biochimie. Puis, il enseigne la physiologie et la biologie .humaine à l'Université Lyon2.

Le public de futurs psychologues cliniciens auquel il s'adresse à l'université l'incite à opter pour une démarche réorganisant les connaissances biologiques et physiologiques d'un point de vue comportemental.

Depuis 2002 il organise des conférences-débats et formations sur les comportements humains.

C'est en 2003 qu'il choisit la dénomination d'éthologie humaine comportementale. Il fonde avec ses enfants, (l'un est ethnopsychiatre et l'autre ethnogéographe), et quelques amis un « collectif » qu'il anime depuis.

Christian Moreau à de nombreux ouvrages à son actif. Le dernier, Escapades biologiques : une biologie des frontières incertaines (CEHC, 2005) est un condensé ludique et lisible par tous. Présenté sous la forme d'un essai autobiographique, il est composé d'une trentaine de points de vue chacun d'entre eux ayant fait l'objet d'une conférence ou d'un débat public.

Citons également Promenades Biologiques, ouvrage précédemment présenté à Gleizé à l'occasion d'un café scientifique organisé pendant Lire en Fête 2005.

 

Le texte qui suit est l’exacte transcription de l’exposé de Christian Moreau, sans remise en forme et dans toute son authenticité orale, ce qui m’a semblé plus vivant, plus parlant, plus vrai. (Michel)

 

La toilette du samouraï est en plein dans le sujet, dans la sensation. Dans cet échange que nous allons avoir, vous pouvez intervenir quand vous voulez.

La sensation et l’émotion, quelque part, vous l’avez éprouvé dans le travail que vous venez de faire. Mais quand on est dans la sensation et l’émotion, on ne pense pas, ce qui fait que c’est très difficile d’analyser la sensation et l’émotion. On l’a fait en sciences. La plupart du temps, j’intervenais là-dessus, j’analyse des circuits, ça n’a pas d’intérêt parce qu’en fait on ne les contrôle pas. Dans la sensation et l’émotion, on ne pense pas. Quand on se met à penser, quelque part, c’est qu’on a échoué dans la sensation et l’émotion. On se dit je me suis planté ou au contraire c’est quelque chose qui m’a plu, parce qu’on peut avoir des sensations plaisantes, d’autres qui ne le sont pas, et puis on essaie de reconstruire ça et on n’y arrive pas. La réalité est plus riche que l’imaginaire, et la réalité c’est la sensation et l’émotion, ce n’est pas la pensée. Si je sens une pivoine, moi j’aime bien les pivoines, ma grand mère avait des pivoines et quand j’étais tout petit j’avais le nez au niveau des pivoines, ça c’est quelque chose de fantastique le parfum des pivoines, et ces pivoines d’autrefois étaient très, très odorantes, j’ai du mal à en retrouver maintenant de ce parfum-là. Donc quand à 3-4ans on a le nez coincé dans les pivoines, on est dans le parfum de la pivoine, on est dans la sensation et l’émotion, on est capable d’éprouver des choses fortes, face à une herbe face à un arbre face à un animal, on est capable d’entrer dans un moment de contemplation et d’être dans une espèce de contentement, d’équilibre, on a beaucoup de mal à retrouver cela au stade adulte. C’est pour ça que je dis que la réalité est plus riche que l’imaginaire. C’est quand on manque de réalité que quelque part, on part dans l’imaginaire, et souvent dans notre civilisation, on pense que l’imaginaire est plus riche que la réalité. De mon point de vue, non. On en discutera si vous voulez, mais de mon point de vue, non. Essayez d’imaginer le parfum d’une pivoine, essayez de le raisonner, de l’expliquer, vous oublierez toujours quelque chose. En ce moment, on est en contact les uns avec les autres. Je vois des tas de choses, je vois des boucles d’oreilles, des colliers, des couleurs, des expressions de visages, des postures corporelles, voyez, cela existe, c’est le réel. Mais quand vous êtes dehors, impossible, je ne pourrais pas, ce sera impossible de retrouver tout ça. Donc quelque part ce travail qu’on a choisi de faire avec Véronique et Michel, c’était pour essayer d’approcher cette chose-là, elle n’est donc pas raisonnable. On va l’approcher par petites touches successives. Et puis peut-être qu’après on redeviendra attentif au réel, parce que le réel vaut la peine, la réalité vaut la peine ; même si quelques fois la réalité économique, la réalité sociale sont entretenues par des gens tristes, par des gens qui prônent la violence, les guerres, si on voit ça tout le temps, on a du mal à retourner vers le réel. On se dit si le réel c’est ça, ça ne vaut vraiment pas la peine je m’enferme dans mon imaginaire. Dans nos civilisations, cet enfermement conduit à énormément de pathologies mentales. Vous allez être amenés à soigner des personnes qui souffrent dans leur corps, parfois dans leur tête, dans leur intégration dans un environnement donné, mais dans notre civilisation, c’est inévitable, parce que le réel peut nous faire peur, peut nous inquiéter. C’est pour ça peut-être aussi qu’on assiste à un retour vers des valeurs naturelles, parce qu’on se dit quelle est l’issue, comment est-ce que je peux retourner vers le réel : je vais me promener, chercher des champignons, je vais essayer de cultiver un jardin, je vais essayer quelque part de me replonger dans la sensation. La sensation, ça renvoie au sens. C’est pour ça que j’ai dit tout à l’heure que la toilette du samouraï que vous avez fait c’est en plein dans le sujet. C’est à dire à ce moment-là, vous ne pensez pas, vous êtes sur une activité avec quelqu’un, avec vous-même et vous essayez de la ressentir, la sensation c’est là.

Les sensations, on les éprouve par les organes des sens. Ensuite l’émotion, c’est la mise en mouvement, c’est à dire bouger vers quelque chose. Et parce que j’ai été sensible à quelque chose, je peux me mettre en mouvement vers quelque chose. Je peux avoir un mouvement d'attirance ou un mouvement de répulsion pour quelqu’un, c’est une sensation, et à partir de cette sensation, soit je vais me rapprocher de lui, soit je vais m’en éloigner. Il y a autant de plaisir à s’éloigner de quelque chose qui ne plaît pas qu’à se rapprocher de quelque chose qui plaît, que ce soit une personne, un animal, un environnement. Pensez que le plaisir existe aussi bien dans le fait de s’éloigner de ce qui ne nous convient pas que dans le fait de se rapprocher de quelque chose qui nous plaît. Donc les 2 mouvements, quelque part, essayons de les sentir.

 

La sensation met en jeu les organes des sens. C’est important de voir comment ces organes des sens se mettent en place à la naissance.

A la naissance, l’enfant a tous ses organes des sens qui sont développés : il voit mais pas à 100%, il voit à 50%. J’ai vu des enfants à la naissance plonger leur regard dans le mien. On ne peut pas dire que l’enfant ne voit pas. Il voit différemment.

Je fais une petite escapade hors sujet parce que c’est important. La courbure du cristallin chez l’enfant est extrêmement souple. L’enfant met son pied comme ça devant ses yeux et il le voit réellement de façon nette. Donc si nous on veut entrer dans le regard d’un enfant, lui il ne voit que très, très proche. Ca s’appelle le "punctum proximum" qui avance en fonction de l’âge. A 10 ans, un enfant voit de façon nette à 10 centimètres. Je dis ça parce que c’est important. A 20 ans, 20 centimètres, et moi qui ai 59 ans, je lis mon journal en gros à 59 cm… On devient presbyte, c’est à dire on lit plus loin parce que le cristallin a perdu sa souplesse. C’est important quand on enseigne ou travaille avec des jeunes enfants, l’enfant a tendance à écrire comme ça, et à 10 ans, il écrit comme ça. Et nous, en tant qu’adulte, on lui dit ça ne va pas, mets-toi plus loin tu vas te faire mal aux yeux. Non. Là il exerce la courbure de son cristallin, il l’entretien. Et quand on le sait, à 10 ans il est à 10 cm, à 15 ans il sera à 15 cm, c’est normal. C’est pour ça que les vieux bureaux autrefois qui étaient légèrement inclinés, les enfants pouvaient s’installer et écrire comme ça, c’était facile, parce que physiologiquement c’était ce qu’il fallait. Mais si je suis instituteur à 30 ans, si je ne sais pas, je vais essayer d’aller dans le bien de l’enfant, je sais qu’au delà de 30 cm c’est fatiguant pour moi donc j’en déduis que pour lui c’est pareil, et c’est pas pareil. On ne fonctionne pas pareil quand on a 5 ans et quand on a 30 ans.

C’est important. Je ferme la parenthèse, on revient vers la sensation.

L’enfant, tous ses organes sont fonctionnels, mais pas exactement comme au stade adulte. La vision, il a 5 ou 10%, mais ça ne veut rien dire les %.

Par contre ce qu’il a à 100% à la naissance, c’est l’odorat. Il a une sensibilité olfactive qui est fantastique. C’est pour ça peut-être que, à la naissance, apporter des fleurs à la mère ou avoir un environnement odorant favorable, ça peut marquer l’enfant. Ca peut être important pour lui. Ca peut dans le futur exercer sur lui, enrichir sa possibilité de percevoir le monde. Je pense au « Parfum » certains l’ont lu ? La femme accouche, elle vend du poisson, l’enfant tombe au milieu des têtes de poisson, on s’aperçoit juste qu’il est là autrement il aurait été mis dans le fleuve. Il va développer un odorat extraordinairement fantastique. C’est un roman inquiétant. En fait le déterminisme est réel, il a été mis au contact du choc des odeurs et d’après l’auteur, cela va lui donner dans sa vie une capacité nouvelle.

L’enfant au départ est dans l’odorat, dans la sensation olfactive. Encore un détail, parce que cela s’est fait sur Lyon. Il y avait des enfants qui avaient des sommeils très, très difficiles et certains chercheurs ont fait un travail sur les chats. Les chats ont souvent plusieurs chatons, certains grossissent beaucoup, d’autres pas beaucoup. Le repérage est olfactif. Ils repèrent l’odeur du sein de la mère et eux mêmes ils ont une petite odeur sur les ailettes du nez, donc ça fait un échange, une réaction chimique entre l’odeur du corps de la mère et les parfums assez volatiles, ça constitue un marqueur. A ce moment là le chaton qui a un bon sein plein de lait y va toujours. Les chercheurs qui sont des gens pervers, avec de l’acétone, des solvants, on va enlever, ce sont des gaz volatiles, l’odeur la molécule des ailettes du nez du chaton et on va frotter le sein de la mère et on va frotter les ailettes du nez d’un autre chaton, et finalement le chaton qui s’alimentait bien on le met sur un sein où il n’y a rien où ça tête pas beaucoup. Il maigrit et l’autre grossit. Donc on a interverti la chose. Alors on a appliqué ça à l’homme. Les enfants qui avaient un sommeil très difficile, on a pris du coton avec un peu d’acétone, on a pris sur les ailettes du nez de l’enfant et sur les aréoles du sein de la mère, et avec un petit sac de tulle, on l’a accroché autour du cou. Pour beaucoup d’enfants, ils ont passé une bonne nuit. Ils avaient besoin de cette présence olfactive. Donc il suffisait que quand il se réveillait la nuit, sa mère reprenne le petit coton, elle lui en mettait dans son collier, et elle pouvait dormir tranquille et se reposer. Ca vaut la peine d’essayer. Ca prouve la sensibilité olfactive de l’enfant. Souvent il est dans un vide olfactif et cela l’inquiète, l’angoisse et peut l’empêcher de dormir, parce qu’il le veut, et le meilleur moyen qu’il a de réclamer c’est à cor et à cris… C’est la fonction d’un doudou, vous avez raison. Quand on lave un doudou, il y a l’imprégnation du doudou. Souvent il sent mauvais, si on le lave on peut avoir des problèmes un certain temps. Ma belle-fille qui voulait laver ce doudou, je lui ai dit : dors une nuit avec, tu lui donnera le lendemain. Effectivement ça marche mieux, dans le lit des parents, ça imprègne l’odeur des parents, et donc il est au contact de l’odeur du corps de ses parents, donc il est bien.

- Pourquoi utiliser l’acétone ?

Parce que c’est le meilleur solvant qu’on connaisse pour les molécules un peu huileuses, les parfums, l’acide aromatique se dissout très bien dans l’acétone. Dans l’alcool aussi, mais l’acétone s’évapore plus vite, le parfum reste, alors qu’avec l’alcool le parfum part en même temps. Ne pas en mettre trop parce que c’est desséchant, ça oblige ensuite à mettre un peu d’huile. C’est du dissolvant.

 

Le 2ème organe des sens qui se développe c’est le goût. C’est pour ça qu’on va être très sensible au goût du lait de sa mère et que quelque part si la mère a une alimentation variée, l’enfant plus tard sera un bon vivant, il aura découvert dans le sein de sa mère des saveurs variées. C’est important quand on allaite un enfant de varier ses sources alimentaires. Il n’y a pas d’aliment interdit, la règle c’est la variabilité et l’écoute du désir. Si l’enfant refuse, c’est que quelque part il y a quelque chose qui ne va pas. Chez nous c’est le désir. Si devant un plat vous vous dites, c’est bon j’ai envie de manger, allez-y le corps demande. Le corps demande par le désir. Par contre vous êtes face à un plat et vous pensez que ça ne va pas passer, ne mangez pas, le corps vous dit ça ne te convient pas. La sanction quelque part d’un désir sur lequel on ne s’est pas trompé (si on s’est trompé la sanction c’est la douleur la souffrance), ce sera le plaisir. Quelque part la vie récompense la direction dans le sens de son désir, de son bien-être, par le plaisir. Quelque part, c’est comme si on vous guidait.

 

3ème zone de sensibilité, c’est le toucher.

Le toucher c’est quelque chose de fantastique. On va le voir. La toilette du samouraï, vous étiez dedans. Le toucher c’est la zone intermédiaire qui relie les 2 ensembles de perceptions sensorielles, d’un côté le goût et l’odorat, et de l’autre l’audition et la vision. Le toucher. L’enfant va aimer être touché, même dans le ventre de sa mère, parce que les pratiques haptonomiques montrent que si la mère se caresse le ventre ou si on lui caresse le ventre, elle se détend elle-même sous l’effet du toucher, et que l’enfant sentant cette détente a tendance à bouger, à placer sa tête ou ses pieds ou son ventre suivant ce qu’il a envie. Le toucher existe. L’auto toucher existe aussi : dans le ventre de sa mère, l’enfant s’auto touche : l’enfant suce son pouce, il y a des enfants qui se massent le ventre, qui se touchent les pieds. On dirait qu’il prend conscience de son enveloppe corporelle à l’intérieur du corps de la mère par le toucher.

Un petit voyage à l’intérieur du toucher :

Le toucher commence à partir de la première cellule. Il est là déjà, on va voir ce qu’il est capable de produire.

La première cellule est un ovocyte. Dans un ovaire, il y en a une vingtaine. L’ovocyte a une membrane, la membrane c’est le toucher. L’ovocyte à l’intérieur de l’ovaire, il danse, les membranes bougent, elles ondulent. Il semble que ce mouvement soit un signal de reconnaissance. Soit l’ovocyte danse bien et on le garde, soit il danse mal et on le digère, le macrophage arrive. C’est l’expression de l’antigène que je pense sous cette forme-là. Donc on a peu de chances quand on est ovocyte. Il y en a 20 environ à chaque cycle, et il n’y en a qu’un, et pas toujours, des fois tout le monde est digéré, tout le monde danse mal et ce sera un cycle non fécondant. Mais la plupart du temps, on arrive à en trouver un qui danse à peu près convenablement et on le garde. A ce moment, il s’entoure d’une couche de cellules, c’est l’antrum à l’intérieur de l’ovaire, et on va le bichonner. Cette cour de cellules, c’est une peau. Il est à l’intérieur d’une peau. L’ovocyte est comme un embryon à l’intérieur du placenta. Si c’est confortable, si ça marche bien, on le garde, si ça ne va pas, on l’élimine, ce sera encore un cycle non fécondant avec éventuellement un petit embryon avorté qu’on ne remarquera même pas. Si ça passe bien, ça va s’ouvrir et l’ovocyte va sortir dans la cavité abdominale, toujours en dansant, toujours en mouvement. On pense que ce sont les membranes, les peaux qui sont à l’origine du mouvement. Sans membrane pas de mouvement. Il faut que quelque chose soit défini à l’intérieur d’une limite, pour qu’il puisse y avoir danse, mouvement. Le mouvement nécessite une limite. Ca paraît bizarre parce que pour bouger il faut de l’espace, mais pour que je puisse bouger moi, il faut que je sois à l’intérieur d’une limite à l’intérieur de laquelle mon sang bouge mes cellules bougent, me donnant un mouvement.

Cet ovocyte est pondu avec toute sa cour, les cellules qui sont autour, les hormones, des sels minéraux, des acides aminés, tout ce qu’il faut pour bien démarrer dans la vie. A ce moment-là, les trompes de Fallope qui sont elles aussi des équivalents de peau, imaginez des doigts creux, et des doigts qui eux aussi dansent et aspirent. La trompe droite est capable d’aspirer à gauche, c’est-à-dire qu’une personne qui n’a plus qu’un ovaire à gauche et une trompe à  droite peut se retrouver enceinte. Ca donne une idée de la puissance d’aspiration. C’est l’aspirateur, et il y a plein de petits cils, des milliers de petits cils qui bougent qui bougent. A ce moment-là, l’ovocyte rentre, il est toujours en mouvement, dans ses 2 membranes qui communiquent, la membrane de l’oviducte et la membrane de l’ovocyte. Et pour que ça communique bien, il y a 3 mouvements : un premier mouvement en ondulation qui permet d’avancer, un 2ème comme si vous poussiez une bille dans un tube de caoutchouc, et un 3ème hélicoïdal. C’est le mouvement qui va permettre à chaque partie de l’ovocyte d’être en contact avec chaque partie de la membrane de l'oviducte. On ne sait pas trop ce qui se passe à ce moment, mais l’ovocyte, grâce à ces mouvements devient ovule. Il n’est pas ovule quand il est pondu. Ce n’est pas une ponte ovulaire, c’est une ponte ovocytaire. Une fois qu’il a parcouru les 2/3 du chemin il est devenu ovule.

Et là on part du côté des spermatozoïdes, et c’est pas triste pour eux non plus. Les spermatozoïdes ont une très grande membrane, c’est le flagelle. On dit souvent que c’est pour nager vers l’ovule. Ce n’est pas vrai, parce que toutes proportions gardées, il faudrait qu’ils fassent plusieurs milliers de kilomètres si je les comparais à ma taille. Ils ne peuvent pas. Ils vont être pris en charge par les cils vibratiles de la femme. Contact encore de la membrane des cils et la membrane du flagelle des spermatozoïdes, et ils vont arriver dans l’utérus. Dans l’utérus, on assiste à un véritable squash, c’est-à-dire que la paroi de l’utérus projette les spermatozoïdes, on les voit bousculés, chahutés, et à ce moment-là, ils deviennent fécondants, ils acquièrent leur capacitation. Si l’utérus ne bouge pas, pas de fécondation. Il a fallu qu’il y ait ces mouvements, ces contacts répétés par le biais d’un brassage. Ca me fait penser à des personnes qui jouent au tennis, c’est vraiment ça, ça bouge ça part ça cogne, mais le spermatozoïde devient fécondant. Ca fait partie des techniques de contraception. Si on arrête le mouvement de l’utérus pas de fécondation possible. Si on arrête le mouvement des cils vibratiles, pas de fécondation possible. Pour des raisons commerciales, on ne commercialise pas les prostaglandines qui permettraient ça, et ça ne coûte pas cher, c’est fabriqué avec des huiles, des acides gras insaturés, ça ne coûte pas cher. Mais la source de revenus des laboratoires c’est quand même la pilule, donc on ne va pas liquider la pilule comme ça, comme si on arrêtait brutalement la production automobile. Quand on veut récupérer de l’argent c’est la même problématique. Sinon ça ne coûte pas cher, c’est une contraception qui serait applicable à tout le monde, ce n’est pas dangereux, et il s’agit d’arrêter pendant un temps donné un mouvement. Si vous arrêtez ce mouvement, les spermatozoïdes vont crever, ils n’ont pas assez de réserves.

Ils sont triés également : il y a une sorte de glaire cervicale, une espèce de grande membrane repliée qui ressemble un petit peu à la salive. Ils sont triés, les pas beaux liquidés digérés par cette membrane, après à nouveau les cils qui prennent en charge les spermatozoïdes. Mais pour prendre en charge, il faut une adhérence avec eux. Il y a des charges électromagnétiques qui permettent ça, et en fait ils se laissent porter jusqu’à l’ovule. Ceux qui arrivent le plus vite, ce sont les moins lourds. Et les moins lourds ce sont ceux qui donnent des hommes. Les andro-spermatozoïdes sont plus longs, sont moins lourds. Les gyno-spermatozoïdes sont plus gros, pleins de réserves, plus lourds, donc ils arrivent après. Si l’ovule est prêt, ce sera un garçon parce que les premiers arrivés c’est les « andro », s’il n’est pas tout à fait prêt, il va falloir 24h, 36h, 48heures pour qu’il soit prêt, à ce moment les « gyno » arrivent et c’est une fille.

A partir de ce moment, il se passe encore quelque chose – on est toujours dans la peau – des contacts de peau – à ce moment, ils arrivent sur une espèce d’énorme planète qu’est l’ovule. Imaginez que c’est une énorme planète parce que il y a 100000 têtes de spermatozoïdes qui peuvent se coller dessus à la verticale perpendiculairement à la sphère. Là, la membrane analyse, on a l’impression que l’ovule pense quand on filme ça : alors qu’il était en train de bouger, brutalement il s’arrête, et brutalement il se décharge, il éjecte, il tue tout le monde sauf un, et on ne peut pas savoir pourquoi, la sélection comment il la fait pour retenir celui-là.

Il y a des explications qui existent, je ne les donne pas parce que je n’y crois pas, des explications plus ou moins religieuses plus ou moins marquées finalistes, certains disent qu’il retient celui qui est le plus différent, mais il n’y a pas de preuve.

Toujours est-il que tout le monde est éjecté, et alors qu’il était perpendiculaire, il se couche sur la surface de l’ovule, ce qu’ils se racontent on ne le sait pas, toujours est-il que la membrane de l’ovule s’ouvre, elle s’invagine, elle le prend, elle se referme derrière lui, et à ce moment, les 2 membranes vont communiquer : la membrane du noyau  et la peau du noyau de l’ovocyte et la peau du noyau du spermatozoïde pour donner enfin naissance à une cellule œuf. Cette cellule, au départ les 2 noyaux sont là et communiquent entre eux, et le fait qu’ils communiquent entre eux conduit à leur fusion et à la séparation des 2 cellules. A ce moment se constitue progressivement un embryon dans le dernier tiers restant, et ce qui va tomber dans l’utérus, ce n’est pas un œuf, c’est un embryon. C’est pour ça que la fécondation in vitro est possible parce que l’organisme sait fabriquer l’embryon. Cet embryon va se scinder en 2. Quelque chose d’important à savoir, c’est que cet embryon primitif a d’une part le placenta et d’autre part l’enfant, l’embryon définitif. Le placenta est donc tout aussi important que l’enfant lui-même. Ce demi embryon se met à germer dans la paroi de l’utérus, il va créer des cellules hybrides, capables de parler le langage de la mère d’un côté et le langage de l’enfant de l’autre. Autrefois on pensait que l’utérus ne rejetait pas l’embryon comme il aurait dû le faire puisque c’est un corps étranger, parce qu’il n’était pas capable de faire des réactions antigéniques, de faire des anticorps. On sait maintenant que l’utérus sait fabriquer des anticorps, mais que au moment où le placenta se constitue, il fabrique des cellules hybrides, qui, étant à la fois mère et enfant ne sont pas rejetées, sinon la mère se rejetterait elle-même. Et plus tard, ça va donner les 2 membranes du placenta c’est-à-dire les 2 peaux communicantes parce que la peau c’est une zone d’échanges, parlant le langage de la mère d’un côté et le langage de l’enfant de l’autre. Ce qui fait que l’enfant peut effectuer des demandes chimiques à la mère. La lumière par exemple est transformée en un langage électrochimique, elle devient pour une part une molécule chimique, et c’est cette molécule chimique que le cerveau interprète, c’est pour ça que je peux avoir des images sous l’effet de drogues alors qu’il n’y a rien dehors, parce que cette molécule là est interprétée comme une image, c’est pour ça que l’interprétation du rêve permettrait peut-être de savoir ce que le cerveau est en train de fabriquer, puisque s’il fabrique des molécules qui fabriquent des images olfactives, c’est peut-être probablement qu’il fait tel truc donc l’interprétation des rêves n’est peut-être pas aussi idiote que ça puisqu’elle interpréterait de façon instinctive certaines choses que peut-être plus tard en sciences nous pourrons authentifier.

L’embryon se développe, mais ce n’est au départ qu’une immense membrane qui va se diviser à nouveau en 2 territoires : l’endoblaste et l’ectoblaste tout autour qui va donner toute notre peau et ses ramifications. Ses ramifications, c’est quoi ? On va faire un petit voyage dans la peau montrant qu’on a beaucoup appris au plan tactile. On a montré que toutes ces interactions qui se produisent entre les peaux, on a montré qu’il n’y a pas de mouvement possible sans la peau, on a montré que la peau, c’est un critère de choix. D’ailleurs on se reconnaît ou non par sa peau. Parce qu’on ne peut pas entrer dans un territoire trop intime qui est le goût et l’odorat, et on n’est pas trop loin, la mise à distance c’est la vue et l’audition. Donc la peau c’est vraiment la zone privilégiée pour la relation. Donc la peau, ce n’est pas que la peau. Elle devient transparente pour former la cornée, elle devient vibrante pour former le tympan, c’est la peau qui est le support de toutes nos perceptions du monde extérieur, tout passe par la peau. Elle s’ouvre sur la bouche, passe dans l’intestin, s’ouvre à nouveau par le rectum. L’intestin, c’est aussi de la peau, c’est une peau spécialisée mais c’est de la peau parce que ça a un contact avec l’extérieur. On a cette espèce de grande bulle pulmonaire, c’est aussi une différentiation de la peau. Donc il faut envisager la peau comme fabriquant des bulles des canaux qui nous pénètrent et ressortent de l’autre côté, et qui sont là pour essayer de nous permettre de percevoir au mieux le milieu extérieur. Quand on dit qu’on sent quelque chose dans ses tripes, ce n’est pas idiot, on peut aussi sentir dans ses tripes, ça rentre par la bouche et ça ressort de l’autre côté mais c’est au contact du milieu extérieur. Donc voilà pour la peau.

Ensuite apparaît chez l’enfant l’audition. Elle se construit, elle était déjà là.

Et en dernier lieu la vision. C’est important de savoir, si vous travaillez un jour avec des personnes âgées, c’est que quand on vieillit et quand on meurt, ça se produit dans le sens inverse. La première chose qu’on perd physiologiquement parlant, c’est la vision puis l’audition, puis le toucher puis le goût puis l’odorat. Quelqu’un qui va mourir et vous tient la main, à un moment donné, vous sentez dans sa main s’il a accepté de mourir ou pas. Ca peut arriver que la personne ne veuille pas, à ce moment elle vous serre, elle veut vous entraîner avec elle. Progressivement il faut essayer de faire en sorte de soi-même être dans une grande détente pour qu’elle accepte. Au moment où elle accepte, c’est fait, et puis la main se détend, et vous avez l’impression qu’elle est morte, mais sachez qu’elle n’est pas encore morte. Autrefois, on mettait un petit peu de sel sur la langue du mourant quand il n’y avait plus de manifestation tactile, ou du sucre. On pourrait conserver ça. Si on veut accompagner un mourant jusqu’au bout, on peut l’accompagner avec quelque chose qu’il puisse encore sentir sur sa langue, et le dernier accompagnement c’est le parfum. Si cette personne aimait un parfum, pourquoi pas le lui offrir au moment de sa mort. Donc ça se fait dans l’autre sens.

 

Qu’est-ce qui fait qu’on perde la sensation et l’émotion ? On perd la sensation et l’émotion quand on perd le toucher. A ce moment, on devient des êtres de mise à distance. Quelque part le langage c’est une visualisation de quelque chose, c’est une mise à distance du réel. Quand je m’enferme dans mon imagination, je peux devenir schizophrène, autiste, je peux me couper totalement du monde réel. Nous le sommes partiellement. Nous sommes partiellement malades vous et moi, parce que nous appartenons à une civilisation qui devient progressivement une civilisation du non toucher. Pour avoir travaillé avec des enfants autistes et schizophrènes, si vous vous trouvez avec de tels enfants, c’est peut-être pas très beau l’image que je vais donner, mais pensez à apprivoiser un renard, un animal sauvage. Cet enfant à un moment donné a eu une rupture totale dans le toucher, qui l’a isolé du monde. Toutes les maladies qu’on ne sait pas soigner au plan psychologique, parce que la psychologie soigne par la parole, ne peuvent se soigner que par l’approche corporelle. Et à ce moment-là, il va falloir s’asseoir à côté de cet enfant là, assez loin. Parce que si vous êtes tout prêt il va avoir peur il va se recroqueviller, il ne pourra pas se laisser aller. Et vous passez une demi-heure simplement à être assis à côté de lui. Vous regardez la distance où c’est possible. La fois suivante vous revenez, vous vous assoyez à 50 cm jusqu’au moment où il va accepter que vous le touchiez. Le toucher seulement comme ça. Vous allez essayer de voir s’il accepte ou pas, parce que vous devez tout recommencer si vous allez trop vite. Donc si vous sentez un mouvement de retrait, vous partez. La main s’est arrêtée à 50cm, la fois prochaine elle ira à 40, 30, et à un moment donné quand vous le prenez dans vos bras, l’enfant est guéri. C’est le seul moyen qu’on connaisse, seul moyen qui a pu réussir sur les enfants autistes. C’est la récupération du toucher. Alors il faut que je le prouve. Je vais essayer de le faire.

 

Qu’est-ce qui fait que nous sommes dans une situation du non toucher et dans une civilisation abusivement mécanisée ? C’est que nous substituons par peur du toucher, nous avons sexualisé le toucher. Le toucher ce n’est pas que sexuel. Il reste la poignée de mains [poignées de mains avec le 1er rang] une simple poignée de mains, la durée 30 secondes, il s’est passé beaucoup entre vous et il y a eu une émotion qui s’est suscitée, soit d’attrait soit de rejet simplement parce que vous avez touché. On ne peut pas le faire avec tout le monde mais c’est intéressant. Vous verrez qu’il y a des mains qui sont des mains de personnes actives, on pense aux leader politiques qui sont des gens qui sont capables de commander de diriger des groupes, et il y a des mains qui sont plus passives plus molles plus réceptives. Les 2 sont nécessaires. On parle de leader réceptif et de leader expressif. Donc ces personnes qui ont des mains plus souples, quelquefois on n’aime pas trop ces mains-là, en général ce sont des gens extrêmement fidèles, qui sont capables de vous rendre mot par mot tout ce que vous avez dit sans rien en changer, sans eux-mêmes modifier par leur désir d’action ce que vous avez fait. Donc on peut dire que ce sont des miroirs fidèles. Ils sont nécessaires dans les groupes. Ce sont de bons modérateurs. Par contre, sachez que la poignée de main est définitive. Si vous devez travailler avec des gens, pensez à entrer dans la poignée de mains, c’est là la première communication, ce n’est pas votre poignée de mains que vous imposez, c’est vous qui devenez la poignée de mains de l’autre, et c’est difficile parce que instinctivement, il faut sentir ce qu’est l’autre pour être pour devenir un moment donné lui-même. On peut essayer.

 

Qu’est-ce qui fait qu’on va être obligé de développer, de se développer une approche du corps dans la société ? C’est qu’on s’est trop éloigné. Pour moi on est devenu l’équivalent d’une civilisation du non toucher. Pourquoi ? On remplace le sein par le biberon, on remplace le contact de la mère par le berceau, on remplace le contact des parents dans le lit par la chambre de l’enfant à part, on remplace le jeu dans le bain avec les enfants, parce qu’on a peur de la  nudité, par des petits jouets des poissons qui flottent, donc progressivement plus tard, on remplace le coup de poing par un missile intercontinental. Ca va jusque là. Je crois que c’est Deleuze qui disait que les guerres comme la guerre de 14 est horrible, mais c’était encore des guerres de contact, ça avait permis à des gens de se rencontrer, les gens du midi avaient découvert la France alors qu’ils n’étaient jamais sortis de chez eux. Le simple voyage en train qu’ils avaient fait pour aller dans la Marne avait totalement modifié leur façon de voir le monde, ils avaient été en contact avec d’autres hommes. Par contre la guerre à distance est la pire de toutes parce qu’elle ne met en contact personne. Quand une bombe atomique tombe sur Hiroshima, il n’y a pas ensuite des américains qui vont à Hiroshima. Donc imaginez la détresse. On a quelque chose qui arrive, on n’identifie pas l’agresseur. Beaucoup de japonais pensaient que les gens de Hiroshima avaient une maladie grave, ils ne pensaient pas que c’était la bombe, c’est pour ça qu’ils étaient rejetés comme des pestiférés, on avait peur qu’ils donnent la maladie. Une société totalement déséquilibrée parce qu’on ne peut pas  identifier l’autre, on n’a pas de contact avec l’autre. Plus tard ça va être le téléphone la télévision le réseau internet, c’est-à-dire qu’on peut communiquer avec les gens sans jamais être en contact avec eux. Vous imaginez les dégâts sur un être sensible qui a besoin d’être touché. On ne devrait pas passer une journée sans être touché au moins une fois ou sans toucher une fois. On va compter le nombre de jours où ça peut arriver qu’on ne soit pas touché du tout.

Donc je pense qu’il convient de réhabiliter le toucher. C’est très grave. Nous n’en sommes pas encore là, mais aux USA, un père qui touche son fils en public peut avoir un procès, ça ne se fait pas il est pédéraste. Actuellement, il y a peut-être 600 pédérastes avérés en France. Regardez la presse les récupère tous les uns après les autres… Pourquoi ? Ca accroît encore l’effet de distance. Bientôt on ne va plus oser toucher les enfants, on ne va plus oser les laver avec la main, parce que si on les lave avec la main, on va se dire je suis pédophile. Donc progressivement, il s’installe une espèce de terreur alimentée par des sectarismes divers qui fait que voilà on ne touchera plus. Et quand on ne touche plus, c’est là que naît la violence. Je pense que l’homme peut être un être non violent. C’est Ashley Montagu, dans la peau et le toucher, parle de ça, parle d'une tribu indienne qui se trouve au nord du Canada, des Inuits qui se trouvent isolés sur une presqu’île. Les canadiens ont l’intelligence d’interdire cette presqu’île au tourisme et leur laisser un territoire immense, pour laisser survivre une des dernières sociétés du toucher. Chez ces indiens, il fait tellement froid, qu’on ne peut résister au froid qu’en étant au contact corps à corps, dans les igloos tout le monde dort nu comme une grappe, et c’est un peu comme chez les pingouins, celui qui est dehors qui a un peu froid rentre à l’intérieur et les autres l’entourent, la nuit se passe comme ça sinon on mourrait. L’enfant est porté carrément nu sur le dos de la mère, ventre contre dos de la mère, enfermés dans une peau d’ours, on les appelle les femmes bossues parce qu’on ne voit pas la tête de l’enfant. Quand l’enfant a envie de téter, il paraît qu’il mâche le dos de la mère. A ce moment la mère le retourne et lui donne la tétée. Il porte des petites couches de caribou, donc dès qu’il fait pipi, ça lui fait chaud dans le dos, immédiatement elle enlève la couche, elle la secoue dehors ça devient de la glace, ça tombe et on lui remet. Comme l’eau est très difficile à obtenir, l’eau coûte très cher, il n’y a pas d’eau puisque tout est gelé. Pour avoir de l’eau il faut chauffer donc c’est cher. La mère lèche son enfant pour le laver comme une chatte lèche ses petits. Là vous êtes dans l’opposé, la civilisation du toucher. On considère qu’un enfant Inuit est capable de vivre dans la communauté, c’est-à-dire de quitter le dos de sa mère quand il est capable de vivre agréablement avec les gens qui sont avec lui et qu’il est capable de toucher sans avoir peur. Et quand des explorateurs sont allés là-bas, immédiatement des gens sont venus et sont allé les toucher les palper. On s’aperçoit que chez eux, le fait d’avoir été porté sur le dos leur permet de voir les images dans toutes les directions de l’espace, parce que à l’intérieur de l’igloo quand la tête est dégagée et quand la mère se penche il voit le monde à l’envers. Donc un Inuit, vous lui présentez une photo à l’envers, il la voit à l’endroit, ça le fait beaucoup rigoler paraît-il quand nous on retourne la photo. Et puis c’est aussi un apprentissage à la marche. Contrairement à nous, où on apprend à l’enfant, l’enfant inuit quand on le pose par terre, 3-4 jours après il marche, l’apprentissage de la marche est extrêmement court, il semble qu’il ait appris la marche par les mouvements sur le corps de la mère. Ca vaudrait la peine d’étudier cette civilisation mieux que ça n’a été fait, parce que ça nous permettrait peut-être de retourner vers ce territoire perdu, on pourrait dire ce paradis perdu, du toucher. Ce toucher, chez nous, s’est connoté de plus en plus sexuellement.

Quand vous massez, il y a du plaisir à masser, c’est ça qui est normal. Vous ne masserez pas si vous n’avez pas de plaisir. Il y a du plaisir à être massé. Vous serez mal massé si vous ne recevez pas ça avec plaisir. Ca suppose que le massage, on ait fait un sacré chemin par rapport au toucher. De la sensation et l’émotion. Mais cette sensation et cette émotion ne vont pas être connotées sexuellement. Dans nos sociétés, c’est ça qui est un peu difficile. C’est pour ça que quand vous touchez des personnes qui n’ont jamais été touchées, parfois elles se mettent à  pleurer, l’émotion est tellement forte, il y a une telle privation que à ce moment-là, on redécouvre que pendant si longtemps on n’a jamais été touché, on en prend conscience et c’est terrible et on pleure.

 

On me pose la question : le problème de la reconnaissance entre 2 peaux. Si vous voulez, il n’y a pas que des images visuelles, il y a une image cognitive, une image tactile, une image celle-là on l’atteint rarement, gustative, il y a une image olfactive. Quand vous ne pouvez pas sentir quelqu’un, c’est irrémédiable. Si quelqu’un a une odeur corporelle qui ne vous convient pas, c’est fichu. C’est le plus terrible de tout, parce que vous pourrez l’aimer, la trouver belle, etc, et pouf, c’est terrible. C’est pareil pour l’image gustative, aimer le goût de la peau de quelqu’un. Vous sentez votre enfant, il y a certaines mères qui rejettent leur enfant parce qu’elles ne peuvent pas sentir leur odeur, ça arrive. Autrefois, on savait soigner ça. Il suffit de donner un tout petit peu une goutte d’essence de térébenthine, ce n’est pas dangereux, très peu sur la langue d’un enfant. Il y a une réaction chimique dans le corps humain qui fait que l’urine prend l’odeur de la violette, et de vieux médecins, quand ils avaient des phénomènes de rejet, faisaient ça systématiquement.

par exemple, ce rideau je le vois bien parce que je l’ai déjà touché, peut-être pas très bien, je me suis fais planter je pensais qu’il y avait du relief, il n’y en a pas, donc comme je suis déjà plus proche, je me dis c’est un tissu qui n’est pas rêche qui peut être léger, j’ai touché déjà.

Je ne vois bien que ce que j’ai touché. Cette feuille de papier, sans que je m’en rende compte ça passe par mon toucher. Je sais qu’elle est glacée, que le stylo peut glisser dessus. Et si on veut vraiment appréhender le monde, il faut toucher, après quand on va voir la chose quand on l’a touchée, elle va exister pleinement dans notre regard. Ce qui explique qu’une relation qui se construit bien commence par le toucher.

Et symboliquement c’est important. Là, on rejoint quelque chose qu’on avait fait ensemble, c’est la symbolique. Qu’est-ce qui fait que au niveau de l’humanité, on essaie de prendre des choses que tous les hommes ont connues, c’est-à-dire des points communs. Il faut bâtir une symbolique. Ce que tous les hommes connaissent, on en est sûr, c’est le soleil et la lune, le jour et la nuit. Ca on en est sûr. Tout le monde a cette expérience sauf les aveugles, mais il y a quand même les expériences associées : c’est-à-dire il fait plus froid la nuit il fait plus chaud le jour. L’autre chose, c’est l’homme et la femme. Et notre civilisation à nous occidentale, a connecté l’homme au soleil et la femme à la lune. Comme l’homme est connecté au soleil, l’homme est un être lumineux. Dieu est homme. A l’origine, dieu était la Terre Mère. Mais c’est un choix symbolique et on va le retrouver en sciences, on va le retrouver dans le toucher sans s’en rendre compte parce qu’on l’a appris depuis toujours. Donc quelque part, le + en mathématiques c’est masculin, le – c’est féminin. La droite c’est le domaine de l’action, on agit le jour, la nuit c’est plus difficile. La droite c’est le domaine de l’action, c’est l’homme. Domaine du repos de la détente de la réflexion, c’est la femme. Le haut c’est l’homme le bas c’est la femme. La vue c’est l’homme. L’homme est un voyeur dans notre civilisation, donc il met la vue en premier, c’est-à-dire c’est la mise à distance qui existe en premier. Pour un homme, ce qui est érotique, c’est le corps nu d’une femme, on a tous eu à un moment donné un « Lui » qui traînait dans le placard ! Parce que pour une femme, un corps nu ce n’est pas important, c’est pas vraiment son problème. Son problème, c’est le toucher. L’équivalent d’un corps nu pour une femme, c’est 2 corps qui se touchent. Pour un homme non, au bout d’un certain temps, mais pas au départ. Au départ, vous avez un homme qui arrive et qui a tout de suite envie de voir. Vous avez une femme qui arrive et qui a tout de suite envie d’être touchée. Alors si l’attraction est assez puissante on se met ensemble, et au bout d’un certain temps, on se quitte en claquant la porte. Parce que l’homme est dans l’activité, la femme plutôt dans le repos. Si vous voulez, la ligne courbe c’est la femme, la ligne droite c’est l’homme. Il veut toujours aller trop vite. La ligne droite est le plus court chemin entre 2 points. C’est faux, le plus court chemin entre 2 points sur la terre c’est une courbe parce que la terre est ronde, et si je veux prendre le plus court chemin en caressant un sein, je vais le caresser en zigzag, ce sera donc beaucoup plus long. C’est pareil sur la terre, on aurait pu construire une géométrie des courbes. Et si on avait construit une géométrie des lignes courbes, le plus important ce n’aurait pas été la vitesse, ce n’aurait pas été la randonnée, c’aurait été la promenade. On aurait été des promeneurs et non pas des randonneurs. Dans un monde comme ça, ça existe, les Tin Diama. Pour nous, ils paraissent fainéants, parce qu’ils sont dans la promenade et prennent le temps de regarder les choses. On aurait pu construire des routes, non pas pour aller le plus vite possible d’un endroit à un autre, mais pour traverser les plus jolis paysages possibles. On aurait été une civilisation indolente et tranquille, plus féminine, capable de s’installer, capable de repos, capable de rêver.

Donc vous voyez que la symbolique, ça nous entraîne loin. Alors, vous pouvez continuer : il y a le ciel et la terre, le yin et le yang, tout ce que vous voulez. Et puis ça rejoint une autre symbolique.

Tout ça pour dire que l’homme, au départ, c’est la vue qui va compter pour lui, la femme c’est la peau. Donc la femme ne supportera pas que l’homme touche, et l’homme ne supportera pas que la femme regarde. L’homme sera pris dans la rapidité, l’activité, la femme plutôt dans une certaine forme de lenteur de détente. A un moment donné ça craque parce que l’homme n’est pas du tout entré dans le territoire de la femme, la femme dans le territoire de l’homme, donc généralement ça craque comme ça. « tu ne penses qu’à me sauter dessus » et « tu mets des heures à te mettre en route ». C’est la première cause de divorce entre 25 et 35 ans. Puis plus tard, l’homme, quand il découvre le toucher, ça peut l’occuper pendant un temps, il est tellement content, c’est la planète toucher qui s’ouvre. Il est dans le territoire féminin. L’homme rentre assez facilement dans le territoire féminin, et la femme rentre très difficilement dans le territoire masculin. Le territoire masculin pour une femme, c’est accepter d’être vue, accepter de devenir active dans une relation etc. A un moment donné, l’homme s’ennuie, parce qu’il aimerait bien qu’elle devienne active, et lui, la cause de divorce ce sera je m’en vais parce qu’il ne se passe rien. C’est ça entre 40 et 60 ans, c’est parfois plus tard. C’est des divorces tardifs. L’homme est entré dans le territoire féminin, donc ça a permis de maintenir la relation sur une période assez longue, mais comme la femme n’est pas rentrée dans le territoire masculin, à un moment donné, il y aura rupture, ou il n’y aura pas rupture mais ce sera des couples tristes qui marcheront côte à côte. On sent que c’est bancal, 2 dromadaires qui avancent côte à côte, ça ne donne pas envie de vieillir.

Voilà pour la symbolique. La symbolique existe aussi dans d’autres sens : ce qui est en haut, c’est l’homme, en bas la femme. Et on a subdivisé cette symbolique, en haut c’est mieux en bas c’est pas bien. Donc on a un front intelligent et on est bête comme ses pieds. En fait les pieds sont intelligents. On commence à sentir le sol avec ses pieds, ça inverse la symbolique. Pour certains, marcher, reprendre contact avec ses pieds, sentir qu’ils existent, c’est quelque chose d’important, parce qu’on sort d’une symbolique qui nous a appris à ne pas considérer ça. C’est extrêmement triste parce que les religions ont fait dériver le terme « sexe » du terme « sectare » c’est-à-dire couper, et le sexe c’est ce qui coupe le corps en 2, on sépare les parties honteuses des parties nobles, comme si vous aviez dans un bœuf avec le filet et les bas morceaux. Et quelque part, on va mettre la pensée dans le cerveau. C’est grave, parce que je pense qu’il y a aussi une pensée, et je suis convaincu que la pensée la plus importante, c’est probablement la pensée de la peau, c’est les muscles, la pensée des organes. Tout notre corps pense. Nous sommes une totalité pensante. Qu’est-ce qui fait penser ça ? C’est que certaines cellules qui n’ont pas de système nerveux, l’amibe par exemple, vous approchez une petite épingle de l’amibe, elle s’en va. Elle n’a pas de système nerveux, donc c’est bien sa membrane qui a été capable de réagir. Alors le cerveau, c’est probablement la mise en place d’une structure raisonnable, parce que on avait dit au départ que quand je suis dans la sensation et l’émotion, je ne pense pas. Mais si je me plante, je vais être obligé de réfléchir. Si le monde ne me convient pas, du fait que quelque chose a échoué, je vais me mettre à réfléchir. Sans doute que beaucoup de choses ont échoué dans la vie des hommes pour qu’ils aient développé à ce point un cerveau pensant. Devereux, un sociologue réputé disait que probablement on avait inventé le cerveau pour faire face aux pathologies mentales, pour être capable de survivre avec elles. En fait, c’est comme si le cerveau mettait en place des choses utiles mais mécaniques très élaborées, par exemple, qu’un ordinateur pouvait faire. Il est certainement beaucoup plus performant qu’un ordinateur, mais il aurait le même fonctionnement, par exemple les mécanismes du langage, de la marche, c’est intégré par le cerveau. Mais le système nerveux, l’influx nerveux, c’est 1 à 100 métres par seconde. C’est pour ça que les marches d’escalier, c’est plus ou moins 2cm. Parce que quand on fait la descente d’escalier, c’est un programme qu’on met en route, la première marche nous indique que toutes les marches après sont pareilles, et si toutes les marches ne sont pas pareilles, et que vous ne connaissez pas l’escalier, vous vous cassez la figure. Par contre quand vous connaissez l’escalier, vos pieds, votre peau a dit là ce n’est pas la bonne marche, le programme a été modifié, et la personne de la maison pourra descendre l’escalier alors qu’il faudra prévenir l’invité.

Donc le cerveau nous apprend des mécanismes comme l’écriture, tout ce que je vois de façon habituelle dans mon environnement, la langue, il va le stocker. Ca va être des programmes auxquels je fais appel rapidement, ça me soulagera. Par contre si quelque chose de nouveau se présente, c’est la peau, c’est mes organes qui vont intervenir, pas le cerveau. Il y a des organes qui sont là pour traiter la fluctuance, et des organes qui sont là pour traiter la continuité. Le cerveau est un organe selon moi qui est là pour traiter la continuité, c’est-à-dire qui nous inscrit dans une donnée qui est une invention de l’homme qui est le temps. Nous avons inventé le temps parce que nous existons entre une naissance et une mort, dans un espace déterminé. Et nous postulons qu’il y a une avant naissance et qu’il y aura une après mort. Donc quelque part cela peut conduire à nous enfermer entre un passé fautif, et c’est ça la source du pouvoir, parce que c’est la source de peurs, le pouvoir ne survit qu’en maintenant la peur ou en réunissant les gens autour d’une peur en les mobilisant contre quelque chose et non pas pour. C’est l’histoire qui nous apprend ça. Donc en nous enfermant entre un passé fautif quelque part et un futur réparateur. Et ça, ça nous prive des sensations et des émotions parce que nous sommes dans le raisonnement. L’histoire est raisonnée. Sans aller dans l’irraisonnable, parce que du côté de l’irraisonnable, il y a la folie. On peut être fou de la raison comme on peut être fou de la sensation et de l’émotion. Les fous de la raison, c’est des gens comme Hitler. Il faut être très raisonnable pour être capable d’organiser un tel empire, d’organiser de tels massacres, il fallait une sacrée organisation une sacrée raison. Des gens comme Napoléon, comme Louis XIV, Hitler. Ce sont des organisateurs. Il y a des règles, des lois. Le code Napoléon raisonne tout et installe des cases à l’intérieur desquelles nous cessons vivre. Nous ne sommes plus autorisés, presque à un moment donné nous devenons des êtres immobiles, rien ne sert de faire quelque chose sur terre puisque c’est après que ça va se passer, ni ne sert de faire quelque chose sur terre puisque avant j’ai fait de telles conneries que c’est par hasard et pure bonté qu’on m’autorise à vivre de la naissance à la mort. Voyez l’émotion, elle est là.

 

Par ailleurs, quand on dit l’infini, on n’a pas une perception d’infini, une perception d’immense. Regardez comme c’est beau quand je dis immense. Et quand je dis c’est immense, je suis homme, et quand je dis je suis infini je suis nul. Si je dis l’univers est infini, c’est faux. Pour moi, il y a 10 milliards d’années lumière suivant les connaissances que j’ai actuellement, c’est immense, c’est une immensité. C’est une immensité que je peux occuper en terme de sensation et d’émotions, mais je ne peux pas occuper l’infini. L’infini reste à découvrir. Et même mathématiquement, je disais souvent autrefois infini, maintenant, je dis si on pousse les choses à l’immense, qu’est-ce que ça nous donne. Je suis content quand je dis immensité, je suis heureux. Si je dis infini, je ne suis pas heureux, pour moi c’est vide. Donc c’est la réhabilitation de mon humanité. Réhabilitation en terme de sensation, d’étreinte, la femme, tout ce qui est très fort, l’union, la noce. Si vous redonnez du sens à de tels mots, c’est fantastique parce que dans la sensation et l’émotion, vous n’êtes plus dans le contrôle. Le contrôle c’est un contrat par exemple. Faites un contrat de mariage, ce n’est pas vous qui le faites, c’est un notaire. Quel engagement avez-vous l’un par rapport à l’autre ? Vous êtes donc privé de votre sensation et de votre émotion au profit d’une raison qui assure la transmission de vos biens matériels, point final, pas d’autre choix. Que se passe-t-il par exemple si je suis attiré par quelqu’un d’autre, que se passe-t-il si je meurs, que se passe-t-il si ceci ou cela ? On peut décider ça ensemble. Voilà un vrai contrat qui me re-situe dans la sensation et l’émotion. Je reviens à ce qu’on a vu, essayer de réfléchir sur le toucher, essayez tout à l’heure. Vous étiez dedans lorsque vous faisiez la toilette du samouraï, on réhabilite le toucher. Pour moi, de mon point de vue actuellement, l’émotion et la sensation c’est quand je peux arriver à un état d’équilibre, à un état de contentement qui est un état d’immobilité de ma pensée. Ca ne veut pas dire que je suis immobile dans mon corps, mais ça veut dire que quelque part à un moment donné, cette pensée qui est en permanence en train de m’écrabouiller, m’échappe pour que quelque part j’entre dans une forme d’extase. La sensation et l’émotion mènent à l’extase. La raison mène à des violences contre soi-même et les autres, de mon point de vue. L’excès de raison. Je ne dis pas que la raison n’est pas utile. Elle est utile, elle permet de reprendre le contact. Actuellement nous raisonnons. Par le biais de ce raisonnement, on essaie de reprendre contact avec la sensation et l’émotion. Elle est utile, uniquement là. La raison ne devrait être utilisée que pour ça. Par exemple, j’ai eu une relation amicale avec quelqu’un, cette amitié s’est rompue, j’en ai souffert et je peux dire pourquoi, ce qui a pu se passer. Et puis, à un moment donné, je vais sentir qu’il se passe en moi quelque chose qui fait que je peux repartir à nouveau vers l’amitié. La raison a été à ce stade un lieu immobile, un niveau auquel les choses ont pu se réorganiser, jusqu’au moment où je reprends courage. Et si je perds cette énergie, je suis mort que je le veuille ou non. Je développe un Alzheimer, je finis sous assistance respiratoire, etc., c’est fini. On peut déjà y être sous assistance respiratoire en ce moment même, c'est-à-dire avancer, avoir l’impression que rien ne se passe, que mon corps est vide, que la sensation et l’émotion ne sont plus là. Pourquoi on a voulu approcher tout cela ça avec Michel et Véro ? Parce qu’une discipline, une pratique comme la Sophro c’est aussi une mise en relation avec les personnes, quand on demande aux gens de faire attention à leur corps, on les met en relation avec eux-mêmes. Donc ces choses peuvent aider : si vous mettez un bouquet de fleurs, si vous modifiez votre environnement, vous êtes dans la sensation, à ce moment-là vous allez renforcer quelque part le travail que vous faites. Voilà, on a fini.

Christian Moreau  (07/10/2006) transcrit par Marie Laure Murgue

 

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