P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

concentration sur l'alimentation

 

 

dernière modification de cette page le 19-oct.-2014

journal n° 56 du 10/2014

 

Les exercices proposés dans ce chapitre forment la quintessence de cet ouvrage. Donnez-leur la préférence, et cela tout particulièrement si vous avez envie de ricaner devant mon insistance à prôner une alimentation correcte. Elle est essentielle à l'obtention d'une personnalité intelligente et harmonieuse, elle est le « tire-bouchon » des inhibitions mentales. Si vous sentez que vous dépréciez l'importance des chapitres consacrés à l'instinct de faim, si vous les avez carrément sautés, vous pouvez prendre cela pour une indication d'inhibitions dentales et d'attitudes névrotiques bien installées.

Revenons rapidement sur la différence fondamentale des stades prédental et dental. Le nourrisson ne se concentre que sur une action unique - la « morsure-crampon », c'est-à-dire la création d'un vide identique à celui que fait une ventouse collée à une fenêtre. Il n'y a pas besoin de la maintenir tant que la succion continue. Après la morsure-crampon préliminaire, l'activité consciente du bébé s'interrompt, pour faire place à des mouvements de succion inconscients, subcorticaux. L'enfant somnole de plus en plus et finit par s'endormir. Le « sourire » de l'enfant repu (que nous prenons pour une expression du bonheur) est en fait une relaxation complète, achèvement de la morsure-crampon motrice. Nous pouvons en tirer deux conclusions. La première : le rythme d'alimentation du nourrisson, à tension décroissante, présente une courbe complètement différente de celle de la gratification sexuelle, à tension croissante et decrescendo rapide - nouvelle preuve au passif de la théorie de la libido.

La seconde conclusion, plus en rapport avec notre propos : le nourrisson n'a besoin que d'une courte période de concentration, alors que l'adulte, qui traite une nourriture solide, doit, lui, se concentrer durant la totalité du processus alimentaire. L'assimilation correcte de la nourriture solide nécessite une concentration continuelle et consciente sur la destruction, le goût et le « senti » du matériau ingéré qui se modifie en permanence. Il ne sert à rien de vouloir corriger son alimentation tant qu'on n'a pas totalement compris cette différence fondamentale. Vous avez certainement déjà rencontré de ces gloutons impatients qui, comme des nourrissons, ne s'intéressent à la nourriture qu'avant le repas ; dès qu'ils passent à table, ces individus adoptent une attitude de morsure-crampon, ils ne se concentrent que sur la première bouchée ; puis, comme le nourrisson, ils tombent dans une sorte de transe, moins en ce qui concerne l'ingestion, et se mettent à penser, à rêver, à bavarder ou à lire. La nourriture solide passe par la gorge d'un individu de ce type « comme si » c'était une boisson, et son incapacité à transformer la structure et le goût de sa nourriture (de même qu'aucune transformation de structure ou de goût ne se produit lorsqu'on boit) se réfléchit dans son attitude générale à l'égard de la vie. Il est effrayé ou incapable de modifier son environnement et sa propre personne, même si cela s'avère nécessaire. Il ne sait pas dire « non », par peur de voir la bienveillance se transformer en antagonisme. Il préfère se cramponner à des habitudes complètement caduques plutôt que les remplacer par des institutions meilleures. Le moindre changement lui semble risqué, même si on lui fait une proposition des plus prometteuses.

Il n'arrivera jamais à l'indépendance, la confluence[1] avec son environnement lui étant tout aussi désirable qu'elle l'est pour le nourrisson vis-à-vis de sa mère. Il ne peut acquérir le sentiment de son individualité, qui exige une prise de conscience des limites. Autre possibilité : l'édification d'un mur artificiel - fermeture de la bouche, refus de tout contact avec le monde - conduit à la solitude, au manque d'intérêt et de contact, à la misanthropie et à l'ennui. Ces deux phénomènes, la confluence totale (manque d'individualité) et la résistance totale à la confluence (affectation d'une individualité) - se retrouvent dans l'automatisme et le négativisme de la démence précoce. Dans la première phase, le patient suit automatiquement tout ce qu’on lui dicte et dans la seconde, il fait tout le contraire. Dans les cas moins extrêmes, on voit se manifester une hyper-obéissance et une méfiance.

Comment éviter ces deux écueils, isolement et confluence ? Comment modifier le monde afin d'en retirer la substance qui nous est nécessaire sans pour autant nous comporter en nazis ? Comment effectuer la transition du stade prédental au stade dental ? La réponse peut paraître simple : nous devons nous servir de nos dents. Fletcher a prescrit de mâcher chaque bouchée une trentaine ou une quarantaine de fois ! Mais sa méthode est plutôt obsessionnelle, et qui ne l'est pas ne pourra supporter longtemps ce genre de calcul fastidieux. Les obsessionnels seront ravis, bien sûr, mais ils n'en tireront qu'un mince profit. Cela leur fournit un nouveau substitut, un nouveau prétexte de concentration sur une action insensée dans laquelle investir leur intérêt. Rien à voir avec la fonction biologique que nécessitent la liquéfaction et les autres modifications de la nourriture solide. Est-ce que vous imaginez une vache qui compterait ses mastications et s'arrêterait de ruminer quand elle aurait compté jusqu'à trente ?

Bien sûr que non. Nous avons décidé d'opérer différemment. Le début sera relativement difficile. Nous ne devons pas perdre de vue notre alimentation, nous devons être pleinement conscients du fait que nous sommes en train de manger. Cela vous parait tout simple, voire idiot ? Etes-vous bien certain de posséder cette conscience ? Est-ce qu'à table vous ne lisez pas, bavardez, rêvez ou réfléchissez ? Combien de fois n'avez-vous pas peur de manquer votre bus, d'arriver en retard au travail ou à une soirée ? Combien de fois ne spéculez-vous pas sur l'issue de telle ou telle affaire ? Combien de fois n'« avalez-vous » pas simultanément le journal ? Dès que vous aurez opté pour cette prise de conscience, vous allez faire des découvertes étonnantes. Au début, il vous sera très difficile de fixer totalement votre attention sur votre sustentation, même pour un court instant : vous allez découvrir que votre esprit se promène et que vous êtes partout ailleurs sauf à table. Ne vous forcez pas à vous concentrer, rappelez-vous à l'ordre dès que votre attention vous échappe. Lentement et sûrement, vous allez apprendre à vous concentrer pendant dix ou vingt secondes, puis pendant une minute et même plus longuement. Découvrez un nouvel état d'esprit - celui de la pure observation sans interférence prématurée. Bien sûr, vous êtes désormais impatient de vous servir de vos dents de devant et de vos molaires, mais ce genre d'interférence prématurée risque de perturber et de gâcher un bon développement. Cela ne fera que vous camoufler votre résistance â mâcher. Ce n'est que lorsque vous aurez pleinement pris conscience de la façon dont vous engloutissez certains aliments sans les détruire et buvez la nourriture solide au lieu de la manger que vous pourrez commencer à y remédier. Sinon, vous ne ferez que m'obéir bêtement et aveuglément, ce qui ne vous fera pas appréhender ce processus biologique fondamental. Si vous ne prenez pas réellement conscience de l'attitude familière, mais mauvaise - ici la gloutonnerie et l'impatience -, vous ne pourrez vous empêcher d'y revenir dès que vous n'y accorderez plus d'attention. Il vous faut rendre consciente l'impatience, la transformer ensuite en contrariété, puis en agression dentale, agression que vous affirmerez finalement en tant qu'intérêt porté à une tâche quelle qu'elle soit - mastication patiente et énergique de votre nourriture physique et mentale.

Si au bout de quelque temps vous éprouvez toujours de difficultés à vous concentrer, usez de la technique descriptive. Décrivez en détail ce que vous goûtez, ce que vous ressentez : chaud et froid, amer et suave, épicé et insipide, mou et dur. Evitez en revanche délicieux et infect, ragoûtant et écœurant, etc... En d'autres termes, apprenez à apprécier les faits au lieu de les évaluer. Concentrez-vous finalement sur la structure de la nourriture et contrôlez tout ce qui n'est pas détruit et tente d'échapper à la meule des molaires. Reconditionner-vous jusqu'à être le « censeur » idéal qui perçoit au fond de sa gorge tout ce qui n'est pas liquéfié et le ramène automatiquement à sa bouche pour qu'il y soit détruit. Bientôt vous maîtriserez l'art de l'alimentation. Parallèlement, la connaissance des détails et la pleine conscience du processus apporteront les transformations nécessaires de la nourriture. Vous allez avoir « bon goût » et cesser d'introjecter votre nourriture physique et, par-là, votre nourriture mentale.

Quelques remarques sur les avantages supplémentaires que vous pourrez en retirer. L'estomac et les intestins sont des tissus internes que la nourriture (le morceau de viande qui se trouve dans votre assiette par exemple) doit traverser. Cela ne peut se produire sans une liquéfaction complète. Les sucs que produisent les glandes buccales, stomacales, etc... ne peuvent s'écouler sans une mandibulation suffisante et ne peuvent se mélanger à la nourriture si elle n'est pas correctement émincée.

Evitez donc par-dessus tout le danger de l'introjection, l'engloutissement d'éléments physiques et mentaux voués à demeurer des corps étrangers à l'intérieur de votre système. Pour comprendre et assimiler le monde, il faut employer les dents au maximum. Apprenez à mordre franchement, débarrassez-vous de l'habitude de grignoter et de déchiqueter. En déchiquetant votre nourriture au lieu de mordre dedans, vous restez en confluence au lieu d'être en contact ; la brèche mentale - la porte qui sépare le monde intérieur du monde extérieur - reste béante. Je parle pour ceux qui ne savent pas trancher dans le vif, qui ne savent pas se tailler leur part dans la vie, qui ne peuvent «parti»ciper ( «teil»nehmen), prendre leur part. Vous avez peur de blesser autrui, de l'attaquer, de dire « non » alors qu'il le faudrait ? Essayez cet exercice : imaginez-vous en train de mordre dans le corps de quelqu'un. Voyez-vous vos dents enlever nettement un morceau ou simplement laisser leur marque comme si vous mordiez dans une gomme ? Dans le premier cas, pouvez-vous « sentir » la chair sous vos dents ? Cet exercice vous semble peut-être pervers et cruel ; mais cette cruauté est aussi inscrite dans votre organisme qu'elle l'est chez l'animal qui lutte pour vivre. Votre agressivité biologique doit trouver une issue, où qu'elle soit et de quelque façon que ce soit, derrière le masque de la personne la plus aimable, du caractère le plus doux et le moins rancunier qui soit, se cache une nature agressive latente qui doit s'exprimer d'une façon ou d'une autre, que ce soit en projetant, en moralisant, ou en « tuant » autrui avec sa gentillesse. A bien y réfléchir, qu'a donc gagné l'humanité à refouler l'agressivité biologique individuelle ? Voyez les guerres, les savantes destructions, les souffrances qui en résultent... L'agressivité, engagée dans le cercle vicieux du pseudo-métabolisme, n'a-t-elle pas atteint un stade paranoïaque de destruction massive ? Plus nous nous permettons d'exprimer la cruauté et la joie de détruire en un lieu biologiquement correct - les dents - et moins l'agression risque de devenir un trait du caractère. Toutes les appréhensions pathologiques que nous pouvons avoir diminuent également, car plus l'agression s'investit dans la morsure et la mastication et moins il en reste à projeter. On aboutit donc automatiquement à une diminution du nombre des appréhensions (phobies). Ne confondons pas celui qui dispose de son agressivité avec celui qui est irrité en permanence, qui ronchonne et grommelle toute la journée, tout en étant incapable de s'occuper de ses problèmes et de les résoudre. L'irritabilité permanente est un nouvel exemple de situation incomplète, d'une agression tiède et mal employée. Ce genre d'individu est un « grognon », non un « mordeur ». Il côtoie l'individu du type « confluence », qui laisse toujours un espace entre ses dents de devant, qui se promène la bouche entrouverte ou, par hypercompensation, soigneusement fermée. Il a particulièrement peur d'être un individu, ou bien veut se prouver et prouver aux autres qu'il est un individu, avec une opinion propre, même si elle consiste à s'opposer à tout ce qui existe. J'ai connu un homme qui est devenu communiste pour s'opposer à sa famille bourgeoise. Il est ensuite entré dans un parti d'obédience communiste, mais opposé à la doctrine orthodoxe. Il s'est mis à déprécier également ce parti et a fini dans la peau d'un fasciste !

Pour ceux qui trouvent à redire à leur propre individualité, voici un exercice qui permet d'améliorer la zone de contact (limite du Moi de Federn). Faites légèrement se toucher vos deux mâchoires, sans trop contracter leurs muscles ni trop les relâcher (sinon la mâchoire inférieure tomberait) ; il ne doit y avoir ni hypertonie ni hypotonie. Au début, vous percevrez peut-être un tremblement léger ou un peu plus prononcé (comme si vous claquiez des dents de froid ou de peur). Transformez alors ce tremblement inconscient en légers mouvements de mastication, rapides et conscients, puis recommencez. Une fois que vous aurez commencé à reconditionner votre mode d'alimentation, vous pourrez essayer un petit exercice qui aide particulièrement à soigner l'impatience et la pagaille mentale. Apprenez à stopper le flot alimentaire. Bien des gens prennent une nouvelle bouchée sans avoir fini de mâcher, la dernière, traitant encore une fois la nourriture solide comme un liquide. Exagérez l'attitude correcte, gardez la bouche vide quelques secondes entre chaque bouchée : vous apprendrez à parachever chaque détail de votre vie ; votre estomac mental - votre cerveau - sera bien mieux ordonné. Vous allez voir disparaître en vous une certaine forme d'incohérence et de fouillis, vos idées et vos concepts vont se clarifier, et il en sera de même pour vos activités en général. Si vous êtes de ceux qui entamez une nouvelle tâche avant même d'en avoir terminé avec la première, si vos affaires sont en pagaille, cet exercice est exactement ce qu'il vous faut.

Si vous avez pu mettre en pratique les exercices que nous venons de proposer, vous avez déjà obtenu un certain nombre de résultats. Vous avez dû certainement affronter quelques résistances - les prétextes, l'apathie, le manque de temps, etc. - mais il suffit d'un peu de détermination et de persévérance pour que ces exercices soient à la portée de tout un chacun. Vous allez vous heurter à des résistances bien plus puissantes lorsque nous aborderons les exercices pourtant sur le dégoût. Ne les entreprenez qu'après que ces premiers exercices soient devenus plus ou moins automatiques.

 

 

L'ambivalence de notre attitude à l'égard de la nourriture (en particulier) et du monde (en général) est si profondément ancrée que la plupart d'entre nous croyons puérilement qu'une chose est totalement infâme ou délicieuse. Je suis toujours surpris d'entendre la réaction première de bien des gens devant un morceau de musique ou un film : « horrible » ou « merveilleux ». On cherche bien souvent à raffiner ses capacités critiques au lieu d'approfondir ses impressions. Certaines personnes admettent qu'elles sont incapables de regarder un film sans élaborer une sorte de commentaire permanent, sans cesser de se dire : « Ça, c'est bien » ou « Que c'est bête », etc..., toute leur attention se fixant sur l'évaluation et non sur l'émotion. 90 % des pensées de ce type d'individus consistent en simples préjugés. On peut les caractériser par la paranoïa sélective, et pour venir à bout de cette attitude il est nécessaire de soigner leur frigidité orale en ressuscitant leur dégoût et en leur apprenant à en disposer. Ils mangent avec leur jugement et non avec leur palais. Les exercices précédents vous ont fait découvrir qu'il est beaucoup plus aisé de se concentrer sur la nourriture que l'on aime que sur celle qui nous déplaît ou qui nous est inhabituelle. Vous aurez certainement noté que dans une certaine mesure la portée de votre goût s'est élargie, et qu'une fois surmonté l'effort de concentration, vous prenez beaucoup plus de plaisir à manger qu'auparavant. Très peu de gens ont conscience de leur frigidité orale. Le véritable gourmet, celui qui savoure soigneusement chacun de ses plats, est devenu l'oiseau rare. Nous avons de plus en plus adopté une attitude de barbares à l'égard de ce que nous consommons. La torpeur palatale est hypercompensée par toutes sortes d'épices stimulantes et par toutes sortes de comportements pervers. Un de mes patients n'appréciait sa soupe que brûlante, sinon elle lui paraissait totalement insipide.

Nous avons perdu, pour la plupart, le bon sens animal qui consiste à ne pas toucher à ce qui est trop chaud ou trop froid. Notre attitude à l'égard de notre alimentation se reflète dans d'autres sphères de plaisir, amenant une dégénération sur toute la ligne. Au dancing, il faut de la musique « hot » (chaude) et un partenaire excitant ; au casino, les mises doivent être élevées ; dans le monde de l'élégance, il faut être « à la page ». Dans tous les cercles où le langage se compose d'une suite de superlatifs, l'intelligence se trouve, elle, à un niveau particulièrement bas. Toutes les couches sociales ont leurs stimulants, qui, pour faire effet, doivent s'administrer à doses croissantes. Prenons l'exemple de l'alcoolisme qui sévit dans toutes les classes : l'alcoolique n'emploie jamais correctement ses dents et son palais, sinon il n'aurait pas besoin de s'adonner à la boisson. Sa cure doit obligatoirement abolir la réflexion de l'autodestruction et ramener le plaisir de la destruction au niveau dental.

Dans les frigidités orales sévères, la nourriture n'existe que lorsqu'elle est dans l’assiette. Une fois en bouche, elle n'est pas perçue et encore moins goûtée. Il s'agit là bien sûr d'un cas d'introjection extrême. Ce genre de comportement s'associe à une grande consommation de liquides, un emploi d'épices excessif et une gloutonnerie qui ne peut apporter aucune satisfaction véritable ; les phases de gourmandise irrésistible alternent avec une discipline alimentaire rigide. Du côté mental, on peut noter un appétit permanent d'affection, de puissance, de succès et de frissons nouveaux, qui n'apportent cependant jamais de plaisir ou de satisfaction réels.

Alors que les gens comprennent facilement l'importance qu'il y a à analyser l'angoisse, la peur ou l'embarras, il est difficile de leur faire admettre la valeur de la prise de conscience et de l'analyse de cette puissante émotion (ou sensation) qu'est le dégoût. Pour son appréhension et celle de son développement, il nous faut distinguer au moins quatre niveaux. Le niveau de base est l'appétit normal, naturel, non perverti, avec toutes ses tensions et ses gratifications qui peuvent se voir contrariées de deux façons : l'appétit original, intense, peut être condamné parce qu'il s'oriente vers des choses « dégoûtantes » ; on oblige aussi l'enfant à ingérer des aliments contre lesquels son organisme proteste violemment. C'est cette protestation, le dégoût, qui constitue le deuxième niveau. Bien des parents y font des objections, considérant dégoût et vomissement comme une rébellion et punissant l'enfant qui vomit ses épinards ou son huile de foie de morue. C'est ainsi que s'établit le troisième niveau, la frigidité orale, afin d'éviter le dégoût, le vomissement et la punition. Ultérieurement, dans le but d'obtenir une sorte de pseudo-goût, cette frigidité se voit recouverte par un quatrième niveau, la stimulation artificielle.

La trame analytique du dégoût est la même que celle de l'embarras. En règle générale, le dégoût domine la situation et l'on refuse alors d'approcher son objet, ou bien c'est la détermination à incorporer ce qui évoque normalement le dégoût qui l'emporte : on refoule le dégoût et on engourdit le goût et l'odorat. Il va donc falloir apprendre à supporter le dégoût, à ne pas le refouler et à ne pas reculer devant son objet, à ne pas éviter le contact avec des personnes, des aliments, des odeurs, etc..., qui vous révoltent. Pour venir à bout de l'analyse de la frigidité orale, il faut parvenir à une réelle prise de conscience du dégoût, même si elle implique des vomissements ou bon nombre de désagréments. N'essayez surtout pas de l'exhumer et de le soigner avant de vous être parfaitement concentré sur vos repas habituels. Même s'il ne s'exprime qu'à moitié, par une toux brutale ou une sensation bilieuse, il vous aidera énormément à vaincre votre indifférence vis-à-vis de la nourriture et du monde. Quelles que soient vos inclinations à l'égard de l'environnement, vous les découvrirez irrémédiablement liées à la qualité de votre appétit ou de votre dégoût. Celui qui est dégoûté des autres et de leurs actions est bien plus vivant que celui qui accepte n'importe quoi avec un palais mental triste et ennuyeux.

 

L'absorption physique et l'absorption mentale obéissent aux mêmes lois ; votre attitude à l'égard de la nourriture mentale va donc évoluer en fonction des exercices précédents. La preuve de cette progression m'a été fournie par des tests psychologiques sur des patients atteints de maladies stomacales et par mes observations psychanalytiques générales. La nourriture mentale doit s'appréhender du point de vue de l'assimilation. Apprenez à distinguer la littérature fadasse et douceâtre du matériau solide qui peut aider à la croissance de votre personnalité. N'oubliez pas cependant que la littérature « sérieuse » sera un fardeau inutile si elle n'est qu'introjectée - si elle demeure corps étranger dans votre système. Une seule phrase correctement mâchée et assimilée a plus de valeur qu'un livre entier introjecté. Si vous voulez améliorer votre mentalité, mettez-vous à étudier la sémantique : c'est la meilleure antidote à la frigidité du palais mental. Apprenez à assimiler le noyau des mots - le sens, la signification de votre langage.

 

Texte utilisé lors d’une formation en Gestalt-Thérapie avec Catherine Deshays

[1]Ce qu'on appelle instinct grégaire ou instinct de nasse est un phénomène de confluence

 

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