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approche de la douleur

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n°25 / journée du 07/10/2006

La sophrologie dans l'approche pluridisciplinaire de la douleur

Plan

1. Introduction

2. Quelques mots sur la douleur

3. Un peu d'histoire

4. La douleur a travers les âges et le monde

5. Douleurs et rites

6. L'homme et sa douleur

7. Sophrologie et douleur

8. Techniques sophrologique utilisées

 

1. Introduction

Depuis 30 ans, mon métier d'infirmière m'a amenée à être au contact étroit de l'être humain, de sa réalité face à la vie, mais aussi face à la maladie et à la mort, Évidemment interpellée, marquée par la confrontation quotidienne à la douleur et à la souffrance, j'ai cherché à trouver une ébauche de réponse à cette réalité. Ma formation d' infirmière en anesthésie et réanimation m'a permis d'évoluer dans un milieu où la prise en compte de la douleur est une préoccupation constante, ne serait­-ce que face au geste chirurgicale et ses suites.

Mais que faire en cas d'échec ; échec en cas de douleurs chroniques, rebelles, échec à la vie quand la maladie gagne la partie ?

Dans les soins prodigués, souvent gestes agressifs, la douleur est souvent là, parfois omniprésente. Elle est un des acteurs si je puis dire, d'une dimension beaucoup plus vaste, plus « fine », la souffrance.

Comment progresser dans ma démarche de soignante pour appréhender cette réalité de la douleur et de la souffrance ?

La sophrologie m'a attirée par son coté profondément respectueux de l'être humain, de sa liberté, de son énergie propre, de ses compétences et de sa souffrance. Elle m'apparaît non pas comme un remède miracle, mais comme la base d'une réflexion et une utilisation de nos ressources potentielles pour faire face à la vie en général, mais aussi face à la douleur et à la souffrance.

 

2. Quelques mots sur LA DOULEUR

Définition : la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable liée à une atteinte tissulaire réelle ou potentielle

Elle n'est pas seulement un objet de science. Il s'agit toujours d'une expérience unique d'une personne porteuse d'une histoire, d'idées, de croyances, d'expériences antérieures, de motivations dans l'état physique et mental à un instant donné.

Le caractère douloureux du stimulus est variable d'un individu à l'autre; la sensation que perçoit le sujet souffrant a des caractéristiques spatiales, temporelles et qualitatives. Elle représente la réponse affective et émotionnelle de l'individu à ces stimuli, dans cette situation et à ce moment là.

La douleur est déclenchée par une gamme de stimuli algogènes intenses dus à une lésion ou à une maladie. L'information est filtrée, codée, intégrée, modulée, en amplification ou en réduction du message douloureux, le long des voies qui mènent de la périphérie vers les centres supérieurs, entraînant une réponse adaptée à l'agression.

Durant des siècles, la douleur a été vécue intimement, comme une expérience impossible à partager, impossible à quantifier et surtout impossible à soigner. Elle a été longtemps et largement sous-estimée par la médecine.

Beaucoup de praticiens, plutôt que de s'en remettre à des thérapies dont les effets restaient limités ou comme la morphine, suscitaient la méfiance, ignoraient les douleurs de leurs patients, les minimisaient ou au contraire rappelaient la dimension rédemptrice de la douleur.

Les lacunes du savoir justifiaient la vision moralisatrice, laquelle dispensait de chercher plus loin.

Les recherches sur la douleur ont permis, heureusement, de faire de grand progrès dans sa compréhension et dans son traitement. En tout cas, désormais, elle n'est plus taboue.

Parallèlement ou suite aux découvertes des chercheurs, des actions se mettent en place, en France:

• 1975-1980, développement de consultations officieuses de la douleur à Montpellier, Strasbourg, puis à Paris.

• 1987 des travaux montrent que le système nerveux du nouveau-né, même prématuré, peut véhiculer des messages douloureux.

• 1992 l'enseignement sur la douleur devient obligatoire dans les écoles d'infirmières, les premiers diplômes universitaires spécialisés dans le traitement de la douleur sont créés pour les médecins. Actuellement, sur huit ans de formation, un médecin reçoit un enseignement de 30 heures sur la prise en charge de de la douleur !

• 1994 Le rapport de la commission sénatoriale dirigée par Lucien Neuwirth jette les 1ères bases d'une politique de prise en charge de la douleur en France :

 l'organisation de nouvelles structures de la douleur

 la libéralisation de la prescription des morphiniques

 la formation et l'information

• 1995 la charte du patient hospitalisé oblige les hôpitaux français à se doter de moyens pour soulager la douleur

• 1998 Premier plan d'action triennal de lutte contre la douleur lancé par Bernard Kouchner, avec organisation, entre autre, de structures pluridisciplinaires de prise en charge de la douleur.

• 2002 Deuxième plan triennal lancé par son successeur JF Mattéi.

• Juin 2005, Premières Assises nationales de la douleur, constat médiocre (Livre blanc). Beaucoup de disparités dans le traitement de la douleur, parfois au sein d'un même établissement. 96 7o des Français réclament une prise en charge plus performante de la douleur, mais finalement, combien osent en parler à leur médecin?

A savoir :

70 % des personnes hospitalisées déclarent avoir eu mal après une opération,

50 % des patients hospitalisés qui entrent à l'hôpital sans douleurs se plaignent au bout d'une semaine.

 

"Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le soir, il descend ; le voici : une atmosphère obscure enveloppe la ville. Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Charles Beaudelaire ("Les fleurs du mal")

 

3. UN PEU D'HISTOIRE

Dans I' Antiquité, probablement parce que la douleur était au premier plan de la symptomatologie, l'analgésie tenait une place certaine parmi les thérapeutiques utilisées. Le traitement de la douleur apparaît comme un objectif important de la thérapeutique de la Rome Antique, En 50 après JC, l'auteur romain Pline l'Ancien entreprend la rédaction de son « Histoire naturelle », recueil exhaustif de l'ensemble des connaissances de l'époque, dans laquelle les plantes tiennent une place majeure dans les thérapies; différentes parties du corps humain et leur sécrétions sont décrites comme analgésiques: le lait de femme, la sueur, les « raclures récoltées après le bain », le sang menstruel .... L'application locale d'extraits d'animaux (éléphant et hyène) permettait de lutter contre les céphalées.

 

4. La douleur à travers les âges et le monde

Expérience subjective, la douleur est un expérience universelle. Elle revêt une signification très différente selon les cultures et les croyances. Les Civilisations lui assignent une place ou un rôle pour maîtriser au moins symboliquement sa présence.

Le vécu douloureux et son expression, gémissements, plaintes, cris, résignation ou apparente indifférence sont modelés par l'appartenance à un groupe social et par l'ensemble des valeurs qu' il véhicule.

Pour tes civilisations primitives, la douleur résultait de l'intrusion de différents objets, de fluides magiques ou de démons à l'intérieur du corps humain. Les sorciers et les chamans pratiquaient incisions ou succions afin que fluides ou esprits puissent s'échapper.

Cette idée a aussi longtemps prévalu chez les Egyptiens et les Assyro­-Babyloniens.

Chez les peuples sémites, la douleur est apparue comme la conséquence du péché, comme une punition divine.

Avec les philosophes grecs Platon et Aristote, la douleur échappa aux influences divines pour devenir sensation éprouvée en contrepartie d'un plaisir.

Pour Aristote, qui avait identifié les cinq sens, vision, audition, goût, odorat et toucher, la douleur était due à un accroissement de la sensibilité au toucher.

Dès la période gréco-romaine l'oeuvre de Galien attribuait au cerveau un rôle essentiel

A la Renaissance, Léonard de Vinci adopta la conception d'Aristote. Sur ses fameux dessins d'anatomie, on constate qu'il avait déjà saisi le rôle des nerfs périphériques et de la moelle épinière

Dans son Traité de l'homme, publié en 1664, Descartes reliait les voies de la douleur directement au cerveau. Pour lui, les nerfs n'étaient pas simplement des tubes creux, mais contenaient un grand nombre de filaments délicats qui sous l'effet d'une flamme conduisaient certaines particules, les esprits animaux, jusqu'au cerveau.

Dés 1838, les découvertes anatomophysiologiques se succèdent.; jusqu'en 1965, avec la théorie du portillon (gate-control theory) de Melzack et Wall et dans les années 1970 avec la découverte des molécules fixant la morphine à la surface de certaines molécules, les récepteurs opioïdes.

Quelques années plus tard, on s'est aperçu que des molécules synthétisées et libérées par certaines cellules du système nerveux, se fixent elles aussi sur ces récepteurs, reproduisant certains effets pharmacologiques de la morphine. D'où le nom de morphines naturelles, de morphines de l'intérieur ou endomorphines.

Dans les civilisations occidentales, de tradition judéo-chrétienne, la douleur est encore assimilée à une épave envoyée par Dieu. Il s'agit « d'accepter » la douleur comme une épreuve salvatrice, une rédemption.

Les théologiens s'interrogent sur la signification de la souffrance dans une religion qui prône un Dieu bon et tout puissant. La douleur revêt alors une dimension « impénétrable »

Pendant des millénaires, les femmes ont entendu ce précepte « tu enfanteras dans la douleur ».Y avait-il là, au travers de la douleur, signification d'une punition ?

 

Dans l'islam, mouvance chiite, la douleur s'inscrit également dans un concept de rédemption.

Dans le bouddhisme, la douleur est une épreuve purificatrice qui permet de solder les erreurs commises dans les vies antérieures.

Dans les sociétés animistes, la signification de la douleur est plus volontiers attribuée à des attaques de sorcelleries ou assimilée à une man des esprits tantôt malfaisants, tantôt en souffrance.

La douleur sous toutes ses formes ne révèle-t-elle pas notre fragilité, notre essence éphémère, notre angoisse de la mort ?

Il semble que donner un sens à la douleur la rend plus supportable.

 

« Seule la grande douleur, la douleur longue et lente qui nous consume en quelque sorte à petit feu, la douleur qui prend son temps, nous force, nous autres philosophes, à descendre dans notre dernière profondeur et à éloigner de nous toute confiance, toute atténuation, toute tendresse. Je doute qu'une telle souffrance rende meilleur, mais je sais qu'elle nous rend plus profond ». Nietzsche

 

5. DOULEURS ET RITES

L'adhésion aux valeurs du groupe social peut modifier de façon impressionnante le seuil de tolérance à la douleur. Les rites initiatiques de certaines sociétés dites primitives le prouvent.

Au Sri Lanka, un rituel de sacrifices aux dieux de l'ethnie des Mandas est supporté sans broncher par les initiés. Ils se laissent suspendre à un bras de charrette par des crochets transperçant la peau et les muscles superficiels des membres et du dos.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, les jeunes d'une tribu de pêcheurs, les Iatmuls, acceptent avec flegme les pratiques douloureuses de scarifications initiatiques. Par grattage de plaies, il s'agit de donner à la peau l'apparence de celle d'un crocodile, ancêtre totémique. Les jeunes initiés sont très fiers de ces marques identitaires.

A la Réunion, on assiste aux rituels de « marcheurs sur le feu » dans le cadre de cérémonies hindoues ; cette pratique défie les lois de la nature, ils en sortent « victorieux, non pas forcément indemnes de brûlures, mais capable de les nier ».

L'influence de la culture sur le vécu de la douleur est bien moindre dans les sociétés occidentales, plus individualistes.

Dans le cadre du premier plan d'action de lutte contre la douleur lancé par Bernard Kouchner, Ministre de la Santé, en 1998, une étude qualitative sur la perception de la douleur, fait ressortir que la douleur est toujours ressentie comme « un accident, ne procédant d aucune nécessité, sans possibilité aucune, révoltante et injuste.».

Paradoxalement, des pratiques douloureuses de marquages corporelles réapparaissent en Occident et connaissent un véritable succès : tatouages, piercing et autres scarifications.

Traditionnellement, ces pratiques douloureuses sont associées à des rites de passage qui visent à imprimer, à même la chaire de l'individu, des signes identitaires exprimant fortement l'appartenance au groupe­

On constate que la démarche devient beaucoup plus individuelle, motivée par un désir d'autonomie vis-à-vis de la famille. La douleur est alors acceptée, voire désirée, parce qu'elle constitue le passage d'une identité héritée de la famille à une identité choisie.

Ces marquages corporels constituent aussi une recherche d'esthétique, d'embellissement du corps, de personnalisation marquée.

Ces marquages corporels, formes d'automutilation pour certaines, seraient aussi pour les plus marginalisés, une manière de dire - donc d'affronter- la souffrance morale.

 

Ceux qui ont parlé de l'utilité biologique de la douleur ont seulement projeté dans l'ordre physiologique ce qui n'est qu'un phénomène pathologique. La douleur n'est pas dans le plan de la nature. René Leriche

 

6. L'homme et sa douleur

Lorsqu'un sujet parle de sa douleur, son discours est éloquent : il parle des sentiments, des émotions désagréables qui lui sont liées, de ses interrogations, de son intolérance à lui même, aux autres, le désespoir, la lassitude, l'isolement, le repli sur soi, la prostration sur cette douleur dont il a honte, cette douleur difficile à exprimer, à raconter.

La douleur transforme profondément celui qui l'expérimente. Avoir mai longtemps, intensément, de façon répétées touche l'être humain dans son intégrité corporelle et psychique. Elle le diminue, le mine, l'avilit.

La douleur impose une déstructuration de la personnalité, suivie par un réaménagement vers un équilibre différent.

La douleur y impose son temps propre, son espace propre, dans un bouleversement des perceptions : la douleur devient rupture, énergie, force extérieure ou intérieure, ennemie contre laquelle il faut se battre.

Celui qui a mal transforme la douleur suivant sa personnalité, les aléas de son état actuel, ses difficultés passées ou présentes (identificatoires, relationnelles, existentielles: difficultés à être, à entrer en relation, à être seul, à supporter les séparations, les pertes).

Frustration, culpabilité, désir de punition, douleur des séparations, agressivité non exprimée, sentiment de devoir payer quelque chose sont réactivés par association dans le processus douloureux.

La douleur suppose que celui qui s'en préoccupe soit à l'écoute de celui qui souffre ; le sujet qui souffre tente de communiquer son expérience intime par des mots, des maux et un comportement. C'est au travers d'une écoute attentive, dans l'observation, dans l'empathie, dans le respect, associés à l'usage de tous les moyens et techniques antalgiques que l'on parviendra à donner à celui qui a mal la réponse et le soulagement qu'il mérite,

 

Les mots pour dire la douleur

« Sentiments et émotions désagréables », « Difficultés à entrer en relation avec autrui », « Intolérance à soi-même », « Désespoir », « Repli sur soi », « Difficulté à être seul », « Honte », « Lassitude », « Avilissement », « Prostration sur la douleur », « Interrogations », « Punition », « Intégrité corporelle et psychique touchées », « Douleur difficile à exprimer à raconter », « Déstructuration de la personnalité », « Bouleversement des perceptions », « Rupture », « Ennemie à combattre », « Combat contre une force intérieure », « Frustration », « Culpabilité », « Désir de punition », « Dévalorisation », « Sentiment de devoir payer quelque chose », « Douleurs des séparations réactivées », « Agressivité non exprimée »... (et aussi souffrance, insupportable, pourquoi, peur, supporter, injustice, enfermement, isolement, résistance, incompréhensible, crispation, envahissement, démission, parler, dégradation, perte, affolement, stress, agression, régression, humiliation, négation)

 

7. Douleur et sophrologie

Trois principes fondamentaux de la sophrologie :

1 Le schéma corporel

2 L'action positive

3 La réalité objective

 

L'être humain est au centre de l'approche sophrologique, avec sa corporalité, c'est-à-dire avec son schéma corporel comme une réalité vécue et avec l'action positive dirigée vers la conscience (sous forme d'images, de mots, de sensations) entraînant une dynamique positive de l'ensemble de l'être humain.

 

Le schéma corporel est la représentation que chacun se fait de son corps : le schéma corporel comme réalité vécue est un des principes fondamentaux posé par à la base de l'entraînement sophrologique. Il s'agit « de l'intégration du schéma corporel dans la conscience, la conquête du corps est la conquête de l'esprit tout passe par le corps, c'est la Corporalité »

La définition la plus classique du schéma corporel est « la représentation que chacun se fait de son corps » Aux simples représentations topographiques du corps, la notion de schéma corporel a évolué vers une image spatiale du corps, puis vers un schéma postural, la position du corps. Mais le schéma corporel est sans doute beaucoup plus. Il inclut aussi un contenu affectif et émotionnel, des facteurs sociaux, des jugements de valeurs sur le corps, l'aspect sexué du corps.

Pour Jean Feijoo, « sans mémoire, nous n'aurions pas de schéma corporel ; si l'on ne peut gommer la mémoire, il faut gommer la sensation de la première fois qui empruntera toujours la voie préférentielle, en situation émotionnelle, pour la remplacer par une antre sensation qui empruntera un « chemin de traverse », en l'occurrence la voie réticulée, activée pendant une séance de sophrologie ».

L'acquisition du schéma corporel chez l'enfant illustre la complexité de cette fonction. Ce n'est que vers l'âge de 2 ans que l'enfant s'attribue sa propre image dans le miroir, comme reflet de lui-même. L'image du corps dans le miroir ne prend en effet un caractère de réalité que lors de la formation de la conscience corporelle. La part de cette conscience de soi est d'acquisition progressive.

A la naissance, les excitations internes et externes ne sont pas différenciées. L'acquisition dans la différenciation des différents aspects du corps est progressive et va permettre une délimitation, distinction fondamentale entre le corps et le monde extérieur. Vient ensuite l'intégration des diverses parties du corps à l'unité de l'individu. La liaison des activités tournées vers le monde extérieur et de celles tournées vers les besoins et attitudes corporels s'opérera par la suite.

II semble que ce travail de construction n'est jamais fini, le schéma corporel est essentiellement évolutif et perfectible aux différents niveaux de la personnalité.

Dans un processus douloureux, peut-être lié à une chirurgie mutilante, ou à un processus dégénératif, le schéma corporel est malmené, voire complètement détruit.

 

Enfin, la réalité objective, 3ème principe fondamental de la sophrologie.

Rechercher le positif ne signifie pas se voiler les yeux et refuser de voir la réalité.

Ainsi, quand en relaxation, le sujet perçoit des sensations désagréables (fatigue, douleur musculaire...) il est nécessaire de les reconnaître et de les accepter. En contrepartie, il prend également conscience des sensations agréables. Quand le mal-­être, la douleur ou la gêne sont perçus au sein d'une totalité où le positif prédomine, ces points négatifs perdent beaucoup de leur intensité. L'attention n'étant plus uniquement axée sur le négatif, la conscience tout entière de l'individu se trouve dynamisée et régénérée.

 

Dans l'approche sophrologique de la douleur, ces trois principes fondamentaux, corporalité, action positive et réalité objective me semblent particulièrement importants et adaptés.

 

Quelques mots sur la conscience, la sophrologie se définissant comme une étude de l'harmonie de la conscience.

Selon le Dr Jean-Louis Marcel, médecin et sophrologue, directeur pendant de nombreuses années du Centre Lyonnais de Sophrologie, qui a participé avec Caycedo au développement de la sophrologie dans les années 1960-1970, la conscience peut être considérée comme : « une force intégratrice de tous les éléments et structures physiques et psychiques de l'individu, la conscience réintégrant, reconstruisant sans arrêt la manière d'être au monde d'un sujet à un moment donné », ce qui implique une dynamique qui décode les phénomènes et les intègre dans une construction sans cesse en mouvement pour constituer la subjectivité = la manière dont un individu est à un instant donné dans le monde, en fonction du vécu propre.

Cet aspect est essentiel dans le vécu d'un douloureux. Pour autant que la douleur soit calmée par un moyen ou un autre, la personne va pouvoir découvrir ou redécouvrir, au cours de séances de relaxation statique ou dynamique, des sensations agréables, les réintégrer dans son schéma corporel mis à mal et reconstruire une estime de soi.

 

La phénoménologie

C'est « l'outil de travail » du sophrologue ; c'est « l'appréhension instinctive des choses sans avoir recours à la réflexion ».

Ce courant philosophique inauguré par Hegel (philosophe allemand ,1770-1831) développe différentes étapes de la conscience humaine, codifiée par Husserl (philosophe et mathématicien allemand, 1859-1938), elle se caractérise par :

 

le retour au phénomène (= représentation sensible (= qui a un sens) de la réalité objective)

la suspension du jugement

la mise entre parenthèse du phénomène

la captation pluridimensionnelle ou universelle des choses (le monde est transcendant)

 

Ce qui apparaît, ce qui est vécu, ce qui est là, ici et maintenant.

 

Cette méthode de pensée met entre parenthèse les questions fondamentales que posent les raisons et les causes de l'existence ; elle s'oppose au cartésianisme, dans lequel il y a mise en doute et négation systématiques des choses.

 

8. Techniques sophrologiques

Respiration abdominale profonde

Relaxation

Sophronisation de base

Sophro-acceptation progressive

Sophro-correction sérielle

Sophro-substitution sensorielle (sophro-analgésie)

Sophro-plastie de reconstruction

Sophro-mnésie

Relaxation dynamique

 

Techniques utilisées dans l'approche de la douleur

Rappelons que la douleur est individuelle, subjective et intransmissible. C'est une expérience sensorielle affective et cognitive dont la seule traduction est donnée par le patient; que la douleur soit aiguë ou chronique, l'investissement psychologique et la symbolisation inconsciente attachés à cette douleur sont présents. Ces caractéristiques de la construction de la sensation douloureuse expliquent l'intérêt que peut avoir la pratique de la Sophrologie dans le cadre des traitements de la douleur, prise en charge globale et multidisciplinaire, prenant en compte l'histoire personnelle, le contexte socioculturel, ethnique, spirituel et religieux.

La prise en compte de la douleur en Sophrologie part du principe que toute cause de douleur a été investiguée et traitée; son champ d'action est tourné plus vers la douleur chronique, mais ce n 'est pas exclusif. Une grande adaptabilité du thérapeute et des méthodes est indispensable, selon le terrain, la symptomatologie, Ici réceptivité du sujet et son environnement. La sophrologie peut aider à contrôler la douleur par deux actions différentes;

en agissant directement sur les tensions musculaires locales par la relaxation,

en agissant sur le cerveau lui-même, au niveau des centres responsables de la douleur, par augmentation de la quantités d'endorphines au niveau cortical, créant une inhibition assez forte des centres responsables de la douleur.

 

1. La respiration abdominale profonde (respiration consciente)

La respiration est la seule fonction vitale dépendante du système neurovégétatif que nous pouvons maîtriser. Participant à la régulation du système nerveux, de la circulation sanguine, la fonction respiratoire est capitale d'un point de vue physiologique. D'un point de vue psychologique, la relation entre respiration et état émotionnel n'est plus à prouver Dans le cadre de la gestion émotionnelle, l'important est de constater que cette relation est bilatérale :

La vie psychique influe sur la respiration

La respiration influe sur la vie psychique

 

La fonction respiratoire

Pour respirer, il faut des muscles. Le diaphragme est le muscle le plus important de la fonction respiratoire. Dans une respiration libérée, le diaphragme s'abaisse à l'inspiration et monte à l'expiration. Il assure une respiration abdominale et ample. bans les respirations superficielles, irrégulières, arythmiques, le diaphragme est souvent bloqué. Des tensions musculaires contrarient la liberté du souffle, ce qui impose à l'individu un surcroît d'effort. On sait que la douleur entraîne beaucoup de tensions musculaires, de crispation « sur la douleur ». La concentration de la personne sur sa respiration consciente permet également d'éviter la montée d'émotions désagréables, par exemple l'angoisse, la rumination.

En redonnant sa mobilité au diaphragme, on accroît la ventilation pulmonaire, on masse le plexus solaire, on tonifie la région abdominale.

La respiration abdominale est celle du bébé et du jeune enfant avant l'apprentissage, elle est celle des dormeurs et des animaux.

L'éducation (« Tiens-toi droit, rentre ton ventre »), la vie sociale, le diktat de l'esthétisme et de la mode modifient la respiration naturelle et profonde : elle devient thoracique et superficielle.

Une respiration libre, calme et diaphragmatique assure un meilleur équilibre émotionnel ; complète, elle provoque une relaxation profonde et tonifie l'organisme. En respirant amplement on détend également les muscles intercostaux, on libère la cage thoracique, les crispations souvent liées à la peur, la timidité, la rigidité morale...

Une respiration complète, équilibrée et stable permet la prise de conscience de l'individu dans sa globalité, ce qui me paraît un élément déterminant face à la déstructuration de l'individu provoquée par la douleur.

 

2. La relaxation

Tonus musculaire et formation réticulée

Les techniques de relaxation, agissent sur le tonus musculaire et visent à sa régulation, quel que soit le but recherché. Le tonus musculaire est la contraction habituelle, au repos, des muscles striés du corps. On oppose ce tonus de base au tonus d'activité qui comprend les attitudes, l'orientation et l'expression.

L’acquisition d'un tonus optimum limite la dépense d'énergie dans les actes les plus courants. Parvenir à réguler son tonus, c'est parvenir à être plus à l'aise dates son corps et dans sa relation à autrui.

Les méthodes de relaxation agissent sur la fonction tonique, qui constitue un point charnière où convergent le psychologique et- le physiologique. II existe des rapports étroits entre tonus, vigilance, émotions et relation à autrui. Le rôle de la Formation Réticulée structure nerveuse située dans le tronc cérébral, est de réguler, contrôler la vigilance et les alternances veille sommeil directement impliquée dans la relaxation. La Formation Réticulée est au carrefour de multiples fonctions.

La Formation Réticulée, colonne de tissus nerveux constituée de très nombreux neurones enchevêtrés, à axones souvent très courts, avec de multiples ramifications, est en inter-relation constante avec le cortex, le système neurovégétatif, les récepteurs sensoriels et les muscles : elle exerce une action sur le niveau de vigilance, le tonus musculaire, le fonctionnement des organes qui dépendent du système neurovégétatif. Son rôle est prépondérant dans la régulation tonique, le degré de vigilance, les conduites émotionnelles.

La Formation Réticulée reçoit, « en vrac », des messages nerveux d'origines très diverses :

messages des organes des sens

messages des propriocepteurs, concernant la position, les déplacements corporels

messages des intérocepteurs, concernant le fonctionnement des organes

messages émanant des organes des sens (ouïe, odorat goût, toucher, vue)

L'accumulation de ces messages, de ces influx, arrive à augmenter l'activité électrique globale de la Fonction Réticulaire, il y a élévation du « tonus réticulaire ».

Les signaux sortant de la Formation Réticulée sont très nombreux :

vers le cortex cérébral, où ils contribuent au niveau général de l'activité électrique cortical «(tonus cortical »), sans donner d'information spécifiques

vers les motoneurones de la moelle épinière qu'ils excitent.

L'augmentation ou l'abaissement du tonus réticulaire s'accompagnent de changements ans les conduites, niant du sommeil le plus profond jusqu'à une hyperexcitation et à des états d'émotions violentes.

Des circuits à double sens permettent une régulation entre la FR (formation réticulée) et le cortex cérébral, la FR et le système neurovégétatif la FR et les voies sensorielles.

L'activation réticulaire intervient également dans les état de stress, par excitation du système sympathique : accélération du rythme cardiaque, dilatation des vaisseaux sanguins (rougeurs), inhibition des glandes salivaires (bouche sèche).

Toute technique de relaxation (verbale ou non,) facilitant l'abaissement du niveau de vigilance, va donc induite un relâchement musculaire et une régulation émotionnelle.

L'apprentissage de la détente, la « résolution tonique», permettront de se protéger face aux situations stressantes et leur cortège de réactions émotionnelles.

 

La relaxation statique

La « porte d'entrée » d'une séance de sophrologie est ce que nous appelons une sophronisation de base. Elle va permettre, par le relâchement musculaire et mental, d'atteindre un niveau que nous appelons « sophro-liminal » entre éveil et veille, « tout au bord du sommeil », qui est la zone de travail, d'activation proprement sophrologique.

La conscience sophronique est l'état de conscience qui précède l'endormissement; il s'accompagne d'une hyper vigilance concernant les sensations du corps et Ici présence de soi au monde; elle permet d'élargir son champ de conscience. Le champ de conscience constitue un sous-ensemble de toutes les perceptions qui sont amenées par le système nerveux, au travers des 5 sens - vue, ouie, odorat, goût et toucher - a un moment précis. L'individu peut saisir, retenir, authentifier ces perceptions comme son vécu propre.

L'intégration du schéma corporel s'élabore, lors de la sophronisation de base, par l'identification des différents segments corporels (véritable repérage topologique), avec le sentiment d'une identité propre « je suis mon corps ». Toute sensation corporelle est la bienvenue, sans jugement ni à priori.

 

La relaxation

Elle peut se pratiquer en position allongée, debout ou assise; dans l'approche de la personne douloureuse, je privilégie la détente statique en position allongée. La sophronisation de base agit autant par la prise de conscience de la dimension anxieuse de la douleur que par une action directe rééquilibrante.

Elle a un effet régulateur sur les fonctions neurovégétatives et induit une modification du profil psychologique. Le principe général est de travailler sur la manière dont le sujet vit cette douleur, dans le but d'une rééquilibration de l'individu dans son corps physique, affectif et mental. Elle permet à terme de travailler sur les ancrages de la maladie dans le corps.

 

Différentes techniques peuvent ensuite être intégrées à la relaxation :

La sophro-acceptation progressive : c'est le vécu, par anticipation d'une action, d'une échéance sous son angle le plus positif possible. Cette technique repose sur les capacités positives dynamiques dont le sujet dispose pour « mettre en échec le négatif ». Il développe une attitude active, il peut, en imagination, essayer des comportements différents de ceux, négatifs, qu'il adopte habituellement. L'image est ici beaucoup utilisée, plus proche du langage inconscient. Elle permet de transformer le vécu d'une situation douloureuse en le rendant tolérable, en dynamisant une situation positive.

La sophro-correction sérielle : une situation anxiogène est reprise en état de relaxation sophronique, séquence par séquence, puis revécue dans la détente. Les principales applications sont les symptômes phobiques, situation habituellement génératrice d'angoisses. A la réponse anxieuses déclenchée par telle situation ou objet sera peu à peu substitué une réponse « détente ». Dans le vécu douloureux, elle va aider le patient à transformer progressivement un vécu désagréable en vécu agréable.

La sophro-susbtitution sensorielle : elle est d'un grand bénéfice en faisant remplacer la sensation douloureuse par une autre sensation jugée agréable par le sujet ( sensation de chaud, de froid, d'engourdissement, de sensation « cotonneuse ». Cette technique nécessite un certain entraînement sophrologique, mais on peut utiliser un vecteur réel. On va utiliser cette technique pour réaliser une sophro-analgésie : l'analgésie correspond à la disparition des phénomènes douloureux, avec conservation des autres sensations. On peut la définir comme une « anesthésie respectant la conscience ». Le froid va être utilisé pour toute chirurgie susceptible de saignements, afin d'en limiter la quantité par vasoconstriction. En plus, le froid réduira les risques d'hématomes et d'oedèmes post-opératoires, il limitera le syndrome douloureux. Le chaud va être utilisé lorsqu'une vasodilatation locale est souhaitée, dans le cas de douleurs de périarthrite ou de dysménorrhées (spasmes circulatoires).

La visualisation d'un symbole associé au froid ou au chaud, choisi librement par le sujet, l'aide considérablement à ressentir la modification thermique.

Par la suggestion, on étend ensuite cette sensation à une zone débordant largement la zone opératoire ou douloureuse, et en profondeur, plan par plan, cutané, sous-cutané, musculaires, ostéo-tendineux, viscéral, etc. Le contact avec le sujet par l'intermédiaire de discrets signaux convenus à l'avance permet de connaître l'avancée de l'insensibilisation. Un espace-temps d'une vingtaine de minutes doit être respecté, temps nécessaire à la libération des neuro modulateurs inhibiteurs de la douleur (morphiniques endogènes : enképhalines et endorphines) dans la région concernée ; ces neurotransmetteurs empêchant l'influx douloureux d'arriver au cerveau, créant ainsi une élévation du seuil de la douleur.

La sophro-mnésie travaille surtout la dimension mémorisation de la douleur; toute douleur antérieure engendre un phénomène de mémorisation (comme une empreinte) qui augmente les douleurs suivantes (abaissement du seuil de tolérance à la douleur).

 

Ces techniques suscitent une mobilisation énergétique, dynamique du « potentiel positif » de l'individu, pour transformer les attitudes relatives à un problème précis, tout en demeurant dans la même problématique personnelle. Il n'est pas question de rechercher les causes du symptôme, ni de remanier la personnalité.

 

La relaxation dynamique

Elle se pratique en position debout, ou assise lors de certains mouvements.

 

Relaxation et enracinement

Se relaxer debout peut paraître une chose étrange, mais essentielle car adaptée au réel, tel est en tout cas l'approche Caycédienne de la relaxation;

Quand il y a difficulté, tension, mal-être, c'est en relation avec soi, les autres ou le monde. La position première est alors la position debout. Position difficile, lieu d'un dilemme entre exigences extérieures et ressentis intérieurs; être présent à soi et au monde. Position juste que l'enfant possède, installé dans son centre de gravité, mais pervertie par les enjeux de nos exigences, celles des autres ou du monde qui nous entoure.

Ainsi déséquilibré, la confiance ne vient plus pour l'homme de ce qu'il est, corporellement et réellement, mais de ce qu'il pense, de ce qu'il sait ou de ce qu'il croit savoir, de ce qu'il est pour les autres. Ce déséquilibre provoque des tensions, de l'insécurité, des rapports conflictuels,

Se recentrer, c'est permettre de se retrouver pleinement: homme debout, responsable, libéré, en pleine confiance, installé autant en lui-même que dans le monde qui l'entoure, ressentant un juste équilibre entre être et paraître, entre présence n soi et au monde.

Pour le sujet douloureux, la Relaxation Dynamique, lorsqu'elle est possible, permet de décharger énergie et agressivité, stimule le corps, relâche les tensions. Elle permet aussi un travail sur le schéma corporel, l'angoisse de la maladie et de la mort.

Dominique Raetz - Infirmière.D.E. et Sophrologue diplômée

 

 

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