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alzheimer

 

 

dernière modification de cette page le 02-avr.-2017

journal n° 66 / journée du 28/01/2017

 

1 - MELTING POT DES DEMENCES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Tableau 2-2

2 - Principales fonctions cognitives

 

FONCTIONS COGNITIVES

 

Mémoire

Mémoire à court terme : petite  capacité d’emmagasinage  d’informations, pendant  une courte période.

• Mémoire  de travail : manipulation de l’information visant l’encodage.

Mémoire à long terme : emmagasinage de l’information pendant  une longue  période.

• Mémoire  épisodique : emmagasinage d’informations concernant des phénomènes qui se sont produits à un moment  précis et à un endroit précis.

• Mémoire  sémantique : emmagasinage de connaissances générales, signification des mots.

• Mémoire  procédurale : emmagasinage d’informations concernant les habiletés motrices.

• Mémoire  prospective : emmagasinage d’informations concernant des comportements à adopter dans le futur ou des événements à venir.

Mémoire quotidienne : comportement de la mémoire  dans la vie de tous les jours.

Métamémoire : connaissances  et croyances de l’individu concernant sa mémoire.

Langage

• Lexique : reconnaissance des mots.

• Phonologie : reconnaissance du son des mots.

• Sémantique : capacité de nommer  des objets et des personnes.

Fonctions exécutives

Capacité de conceptualisation, de pensée, de contrôle  de soi, d’abstraction, d’indépendance et de flexibilité.

Orientation

Capacité de se situer dans le temps et dans l’espace.

Intelligence fluide

Capacité de résoudre de nouveaux problèmes.

Intelligence cristallisée

Capacité de récupérer, de réutiliser  des connaissances et des expériences accumulées.

Attention

Capacité de rester attentif ou vigilant durant  l’accomplissement d’une activité,  en l’absence de fac- teurs de distraction (bruit,  douleur,  etc.).

Concentration

Capacité de rester attentif durant  l’accomplissement d’une tâche, en présence de stimuli  non perti- nents ou gênants.

Niveau de conscience

État de vigilance allant  de l’hypervigilance (grande sensibilité à l’environnement), à l’état  d’alerte

(état normal)  puis à l’hypovigilance, qui inclut  la léthargie, l’état  de stupeur et l’état  comateux.

Capacité visuo-spatiale

Capacité de traiter l’information visuelle (reconnaissance des formes, orientation dans l’espace et organisation d’éléments visuels dans l’espace). Capacité qu’on  évalue généralement en demandant à la personne de faire un dessin ou d’en copier un (capacité visuo-constructive).

Vitesse de traitement de l’information

Vitesse des processus mentaux  lors de l’exécution d’une tâche.

 

 

 

 


 

 

 

 


 

 

3 - MALADIE D'ALZHEIMER

 

1) La maladie d’Alzheimer : qu’est-ce que c’est ?

La maladie d’Alzheimer est une maladie dégénérative qui engendre un déclin progressif des facultés cognitives et de la mémoire. Peu à peu, une destruction des cellules nerveuses se produit dans les régions du cerveau liées à la mémoire et au langage. Avec le temps, la personne atteinte a de plus en plus de difficultés à mémoriser les événements, à reconnaître les objets et les visages, à se rappeler la signification des mots et à exercer son jugement.

En général, les symptômes apparaissent après 65 ans et la prévalence de la maladie augmente fortement avec l’âge. Cependant, la maladie d’Alzheimer n’est pas une conséquence normale du vieillissement.

La maladie d’Alzheimer est la forme de démence la plus fréquente chez les personnes âgées : environ 65 % des cas de démence. La démence se caractérise par une diminution irréversible des facultés mentales. Les particularités de cette démence sont : une évolution progressive qui touche surtout la mémoire à court terme, dans ses débuts.

Cependant, le diagnostic n’est pas toujours évident et il peut être difficile de différencier la maladie d’Alzheimer d’une démence « à corps de Lewy ».

L’Alzheimer peut être vue comme une forme très accélérée de vieillissement. En théorie, si nous vivions jusqu’à 150 ou 160 ans, il est quasiment certain que nous aurions tous l’Alzheimer. Pour que l’Alzheimer survienne dans la soixantaine, il faut être prédisposé à la maladie par l’hérédité, les habitudes de vie, etc

 

1.1)            Prévalence

On estime que 1 homme sur 8 et 1 femme sur 4 en souffriront au cours de leur existence. Pour les maladies cardio-vasculaires et le cancer la proportion est de 2/3 pour les hommes et 1/3 pour les femmes, pour les AVC c’est 50/50.

En raison du prolongement de l’espérance de vie, cette maladie est de plus en plus fréquente. En 2013 la France compte 860 000 personnes atteintes et 36 millions dans le monde. On estime que, d’ici 20 ans, le nombre de personnes atteintes doublera.

En retardant l’apparition de la maladie de 5 ans on diviserait par 2 le nombre de personnes atteintes.

 

1.2)            L’atteinte du cerveau

Le Dr Alois Alzheimer, un neurologue allemand, a donné son nom à la maladie, en 1906. Il est le premier à avoir décrit ces lésions cérébrales. Il avait observé lors de l’autopsie d’une femme morte de démence des plaques anormales et des enchevêtrements de cellules nerveuses désormais considérés comme les signes physiologiques principaux de la maladie d’Alzheimer.

La maladie d’Alzheimer se caractérise par l’apparition de lésions bien particulières, qui envahissent progressivement le cerveau et détruisent ses cellules, les neurones. Les neurones de l’hippocampe, la région qui contrôle la mémoire, sont les premiers touchés. L’origine de ces lésions n’est toujours pas connue.

Voici les 2 types de dommages qui apparaissent dans le cerveau des personnes atteintes.

Les plaques amyloïdes :

Dues à la production excessive et l’accumulation de protéines bêta-amyloïdes dans certaines régions du cerveau. Ces protéines forment des ou plaques séniles, qui sont associées à la mort des neurones.

La dégénérescence neurofibrillaire :

C’est la déformation de certaines protéines structurales (appelées protéines Tau), qui entraine l’enchevêtrement des neurones.

À ces lésions s’ajoute une inflammation qui contribue à altérer les neurones. Il n’existe pas encore de traitement qui puisse faire cesser ou renverser ces processus pathologiques.

 

1.3)            Causes

Les causes de la maladie d’Alzheimer ne sont pas connues.

Dans l’immense majorité des cas, la maladie apparaît en raison d’une combinaison de facteurs de risque :

Le vieillissement est le principal facteur.

Il existe 7 facteurs de risque principaux :

1)      Diabète

2)      Hypertension artérielle non équilibrée à 40 ans

3)      Obésité

4)      Inactivité

5)      Dépression

6)      Tabagisme

7)      Faible niveau d’éducation (inférieur à 12 ans)

Les traumas crâniens et la trisomie 21 sont aussi très exposés.

Des infections ou l’exposition à des produits toxiques peuvent jouer un rôle dans certains cas, mais aucune preuve formelle n’a été obtenue.

Les facteurs génétiques jouent également bien qu’ils ne soient pas directement la cause de la maladie. En effet, les chercheurs ont découvert qu’environ 60 % des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer sont porteuses du gène Apolipoprotéine E4 ou ApoE4. Un autre gène, le SORL1, semble également être souvent impliqué. Cependant, plusieurs individus sont porteurs de ces gènes et n’auront jamais la maladie et, inversement, certaines personnes sans ces gènes peuvent développer la maladie.

Il existe aussi des formes héréditaires de la maladie, mais qui comptent pour moins de 5 % des cas.

 

1.4)            Évolution de la maladie

La maladie d’Alzheimer évolue sur plusieurs années et sa progression varie beaucoup d’une personne à l’autre. On sait aujourd’hui que les premières lésions apparaissent dans le cerveau au moins 10 ans à 15 ans avant les premiers symptômes.

Ceux-ci apparaissent généralement après l’âge de 60 ans.

En moyenne, une fois que la maladie se déclare, l’espérance de vie est de 8 ans à 12 ans. Plus la maladie survient à un âge avancé, plus elle tend à s’aggraver rapidement. Lorsqu’elle se manifeste vers l’âge de 60 ans ou de 65 ans, l’espérance de vie est d’environ 12 ans à 14 ans ; lorsqu’elle survient plus tard, l’espérance de vie n’est plus que de 5 ans à 8 ans. Il est actuellement impossible d’enrayer l’évolution de la maladie.

 

         Stade léger.

Des pertes de mémoire surviennent de façon occasionnelle. La mémoire à court terme, c’est-à-dire la capacité à retenir une information récente (mémoire de travail : un nouveau numéro de téléphone, les mots d’une liste, etc.), est la plus touchée. Les personnes atteintes tentent de pallier leurs difficultés en recourant à des aide-mémoire et à leurs proches. Des changements d’humeur et une légère désorientation dans l’espace peuvent aussi être observés. La personne atteinte a plus de mal à trouver ses mots et à suivre le fil d’une conversation.
À ce stade, il n’est pas certain qu’il s’agisse de la maladie d’Alzheimer. Avec le temps, les symptômes peuvent rester stables ou même diminuer. Le diagnostic se confirme si les problèmes de mémoire s’accentuent et si d’autres fonctions cognitives se détériorent (langage, reconnaissance des objets, planification des mouvements complexes, etc.).

 

         Stade modéré.

Les troubles de la mémoire s’amplifient. Les souvenirs de jeunesse et d’âge moyen deviennent moins précis, mais sont mieux préservés que la mémoire immédiate. Il est de plus en plus difficile pour les personnes atteintes de faire des choix ; leur jugement commence à être altéré. Par exemple, il leur devient graduellement plus difficile de gérer leur argent et de planifier leurs activités quotidiennes. La désorientation dans l’espace et le temps devient de plus en plus évidente (difficulté à se souvenir du jour de la semaine, des anniversaires...). Les personnes atteintes ont de plus en plus de mal à s’exprimer verbalement. Entre les stades modéré et avancé, des problèmes de comportement inhabituels surgissent parfois : par exemple, de l’agressivité, un langage atypique ou ordurier ou un changement des traits de la personnalité.

         Stade avancé (ou terminal).

À ce stade, le malade perd son autonomie. Une surveillance permanente ou l’hébergement dans un centre de soins devient nécessaire. Des problèmes psychiatriques peuvent apparaître, notamment des hallucinations et des délires paranoïdes, aggravés par une perte de mémoire grave et de la désorientation. Les problèmes de sommeil sont courants. Les patients négligent leur hygiène corporelle, deviennent incontinents et peinent à s’alimenter seuls. S’ils sont laissés sans surveillance, ils peuvent errer vainement durant des heures.

La personne atteinte peut mourir d’une autre maladie à n’importe quel stade de l’Alzheimer. Cependant, dans son stade avancé, la maladie d’Alzheimer devient une maladie mortelle, comme le cancer. La plupart des décès sont causés par une pneumonie engendrée par la difficulté à avaler. Les malades risquent de laisser entrer dans leurs voies respiratoires et dans leurs poumons de la salive ou une partie de ce qu’ils mangent ou de ce qu’ils boivent. Il s’agit d’une conséquence directe de la progression de la maladie. La maladie d’Alzheimer est maintenant la 7ème cause de décès.

 

1.5)            Diagnostic

Pour poser le diagnostic, le médecin utilise les résultats de plusieurs examens médicaux.

D’abord, il interroge le patient afin d’en savoir plus sur la manière dont ses pertes de mémoire et les autres difficultés qu’il vit dans le quotidien se manifestent.

Des tests permettant d’évaluer les facultés cognitives sont effectués, selon le cas : des tests de vision, d’écriture, de mémoire, de résolution de problèmes, etc. En cas de trouble de la mémoire, même en étant attentif, les performances au test du patient seront anormales.

Dans certains cas, diverses analyses médicales peuvent être effectuées afin d’exclure la possibilité que les symptômes soient attribuables à un autre problème de santé (une carence en vitamine B12, un mauvais fonctionnement de la glande thyroïde, un accident vasculaire cérébral, une dépression, etc.).

S’il le juge nécessaire, le médecin peut aussi conseiller au patient de passer un examen d’imagerie cérébrale (de préférence une IRM, imagerie par résonance magnétique) afin d’observer la structure et l’activité des différentes zones de son cerveau. L’imagerie permet de mettre en évidence la perte de volume (atrophie) de certaines zones du cerveau, caractéristique de la dégénérescence des neurones.

Diagnostic précoce

De nombreuses recherches sont en cours dans le monde pour créer des outils permettant de diagnostiquer la maladie à un stade plus précoce, lorsque les pertes de mémoire sont légères ou même avant l’apparition des symptômes. En effet, la maladie s’installe de façon insidieuse bien avant que les symptômes de démence n’apparaissent. Plusieurs tests, encore expérimentaux, montrent qu’il est possible d’obtenir un diagnostic précoce : tests de mémoire, tests d’imagerie cérébrale ou encore analyses de sang ou du liquide céphalo-rachidien.

 

2) Symptômes de la maladie d’Alzheimer

         Altération de la mémoire à court terme (nom des nouvelles personnes rencontrées, événements des heures ou des jours précédents, etc.).

         Difficulté à retenir de nouvelles informations.

         Difficulté à exécuter les tâches familières (fermer les portes à clé, prendre des médicaments, retrouver des objets, etc.).

         Difficultés de langage ou aphasie (difficulté à trouver ses mots, discours moins compréhensible, emploi de mots inventés ou inappropriés).

         Difficulté à suivre une conversation, un cheminement de pensée.

         Difficulté ou incapacité à planifier (repas, budget, etc.).

         Perte graduelle du sens de l’orientation dans l’espace et dans le temps (difficulté à retrouver le jour de la semaine, se souvenir de la saison, des dates d’anniversaire, du moment de la journée, incapacité à retrouver son chemin...).

         Troubles des gestes ou apraxie (difficultés à écrire, à boutonner sa veste, à utiliser des objets courants, à se laver...).

         Difficulté à saisir les notions abstraites et à suivre un raisonnement.

         Difficulté à reconnaître les objets, les visages des proches (agnosie).

         Atteinte progressive de la mémoire à long terme (perte des souvenirs d’enfance et de l’âge adulte).

         Changements d’humeur ou de comportement, parfois agressivité ou délire.

         Changements de personnalité.

         Perte progressive d’autonomie.

 

3) Personnes à risque

         Les personnes âgées de 60 ans et plus. L’âge est le principal facteur de risque : le risque de développer la maladie double tous les 5 ans à partir de 65 ans.

         Les femmes (parce qu’elles vivent plus longtemps que les hommes).

         Les personnes qui ont un parent, un frère ou une sœur atteint de la maladie d’Alzheimer. Leur risque d’en être atteint à leur tour est accru de 10 % à 30 % par rapport au reste de la population.

         Les personnes dont un parent est atteint de la forme familiale héréditaire de la maladie d’Alzheimer. Les enfants ayant un parent atteint ont une probabilité de 50 % d’avoir eux-mêmes la maladie.

         Les personnes d’origine hispanique et afro-américaine ont plus de risque d’avoir la maladie (jusqu’à 2 fois plus).

 

4) Facteurs de risque

Facteurs les plus importants

         L’hypertension systolique.

         L’hypercholestérolémie.

         Un diabète mal contrôlé par la médication.

         Le tabagisme.

 

Facteurs de moindre importance

         Des traumatismes graves à la tête avec perte de conscience (survenant, par exemple, chez les boxeurs).

         L’obésité.

         Des antécédents personnels de dépression.

 

5) Prévention de la maladie d’Alzheimer

 

Peut-on prévenir ?

Actuellement, il n’existe aucun moyen clairement efficace de prévenir la maladie d’Alzheimer. Certaines mesures semblent toutefois contribuer à préserver les facultés cognitives et à réduire le risque de développer la maladie. Voici les plus étudiées

 

Mesures préventives au stade de recherche

 

Mesures générales

Il est possible de diminuer les risques de souffrir de la maladie d’Alzheimer en intervenant médicalement, en faisant attention à ses habitudes de vie (saine alimentation, exercice physique, etc.) et en évitant certains facteurs de risque, comme l’hypertension artérielle, le diabète, l’hypercholestérolémie et le tabagisme.

L’hormonothérapie substitutive chez les femmes à l’âge de la ménopause ou la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (tels que l’aspirine et l’ibuprofène) pourraient assurer une certaine protection contre la maladie d’Alzheimer, selon des études de population, mais les études prospectives à ce sujet se sont révélées négatives.

Alimentation

Diverses études ont été menées afin de savoir si un régime alimentaire particulier pouvait prévenir la maladie d’Alzheimer en retardant le vieillissement.

- Le régime méditerranéen. Ce type de régime typique des pays qui bordent la Méditerranée protège des maladies cardiovasculaires et améliore l’espérance de vie. Il se distingue, notamment, par une grande consommation d’huile d’olive, de fruits, de légumes et de poisson, et par une ingestion modérée de vin rouge. Ce régime pourrait contribuer à prévenir la maladie d’Alzheimer. Une étude prospective menée en 2006 auprès de 2 258 Américains indique en effet que les personnes dont l’alimentation se rapproche le plus du régime méditerranéen courent moins le risque de souffrir de la maladie d’Alzheimer. La même équipe de chercheurs a aussi remarqué que ce type de régime réduisait la mortalité associée à la maladie.

Ces observations ont été confirmées en 2009 par une étude menée sur une cohorte de 1 796 Français âgés de 65 ans et plus. Selon l’étude, le régime méditerranéen est associé à un moindre déclin cognitif. Les scientifiques expliquent en partie son effet protecteur sur les neurones par son fort contenu en antioxydants. L’acide eicosapenténoïque (EPA), un acide gras oméga-3 trouvé dans le poisson, semble être particulièrement protecteur.

- La restriction calorique. Différentes études menées sur des êtres humains et sur des animaux laissent croire que la restriction calorique augmente la résistance des neurones du cerveau à la maladie d’Alzheimer, à la maladie de Parkinson et aux accidents vasculaires cérébraux. Elle permet aussi de limiter la perte neuronale normale liée à l’âge.

- Une alimentation riche en antioxydants. De nombreuses études confirment que les antioxydants réduisent les effets néfastes des radicaux libres sur les neurones. Bien qu’il n’existe pas encore suffisamment de preuves pour recommander un régime précis permettant de prévenir la maladie d’Alzheimer, selon les auteurs d’une revue de littérature scientifique, certains aliments riches en antioxydants devraient être privilégiés. Les auteurs ciblent les aliments riches en acide folique, en vitamine B6 et en vitamine B12.

Activité physique

Le bénéfice d’une activité physique régulière pour la prévention des démences et du déclin cognitif a été montré par plusieurs études épidémiologiques et des essais cliniques récents. L’un d’eux a montré qu’un programme d’entraînement physique modéré, à domicile (3 séances de 50 minutes par semaine, ou 20 minutes de marche par jour, pendant 24 semaines), permettait d’améliorer les performances cognitives de personnes souffrant de troubles de la mémoire. Par ailleurs, les adultes pratiquant une activité physique de façon régulière semblent moins fréquemment atteints par la maladie d’Alzheimer.

Entraînement mental

Plusieurs études prospectives récentes ont montré que les personnes s’adonnant régulièrement à des activités mentales stimulantes (lecture, apprentissage, jeux de mémoire, etc.), quel que soit leur âge, sont moins susceptibles de souffrir de démence. Citons, par exemple, le cas de la fameuse Nun Study, une étude épidémiologique portant sur le vieillissement et la maladie d’Alzheimer. Cette étude est menée depuis 1986 auprès de 678 religieuses de l’ordre des School Sisters of Notre Dame, une communauté où l’âge moyen est de 85 ans et où plusieurs sœurs ont plus de 90 ans. Chez ces religieuses, qui mènent une vie saine, ont une bonne alimentation et peu de stress, le taux de la maladie d’Alzheimer est nettement plus bas que celui de la population en général. Fait significatif, beaucoup d’entre elles sont très instruites et mènent des activités intellectuelles fort exigeantes pour leur âge.

Ainsi, le fait de garder un esprit actif tout au cours de sa vie favorise le maintien et la croissance de connexions entre les neurones, ce qui retarderait la démence. Par ailleurs, certains estiment qu’un haut degré d’instruction aide à réussir plus facilement les tests cognitifs utilisés pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer. Cela permettrait de compenser plus longtemps les effets la maladie.

Plusieurs essais en cours tentent d’évaluer les effets d’un entraînement mental régulier chez les personnes présentant un début de maladie d’Alzheimer. Il semble toutefois que les effets de ce type d’exercices soient moins marqués lorsque le déclin cognitif a débuté.

 

6) Traitements médicaux de la maladie d’Alzheimer

À ce jour, il est impossible de guérir la maladie d’Alzheimer. Toutefois, plusieurs médicaments sont en développement et sont porteurs d’espoir. Les approches thérapeutiques, qui sont actuellement au stade de la recherche, visent à s’attaquer au processus pathologique de la maladie dans l’espoir de la guérir ou de l’enrayer. De plus, il existe des médicaments qui en atténuent les symptômes et qui améliorent, dans une certaine mesure, le fonctionnement cognitif.

Pour le moment, les bénéfices des traitements sont modestes et les médicaments n’empêchent pas la maladie d’évoluer.

Médicaments

Les médicaments suivants sont délivrés sur ordonnance. On ne peut savoir a priori lequel conviendra le mieux au patient. Il faut parfois quelques mois pour trouver le traitement approprié. Selon les études, après 1 an de médication, 40 % des gens voient leur état s’améliorer, 40 % ont un état stable et 20 % ne ressentent pas d’effet.

Inhibiteurs de la cholinestérase

On les utilise principalement pour traiter les symptômes légers ou modérés. Cette famille de médicaments aide à augmenter la concentration en acétylcholine dans certaines régions du cerveau (en diminuant sa destruction). L’acétylcholine permet la transmission de l’influx nerveux entre les neurones. On a remarqué que les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ont de plus faibles quantités d’acétylcholine dans le cerveau, car la destruction de leurs cellules nerveuses réduit la production de ce neurotransmetteur.

Il existe actuellement 3 principaux inhibiteurs de la cholinestérase (l’enzyme qui détruit l’acétylcholine) :

         Le donépézil ou E2020 (Aricept®). Il est pris sous forme de comprimés. Il atténue les symptômes légers, modérés et avancés de la maladie.

         La rivastigmine (Exelon®). Depuis février 2008, celle-ci est aussi proposée sous forme de timbre cutané : le médicament est absorbé lentement par l’organisme durant 24 heures. La rivastigmine convient aux patients qui ont des symptômes légers ou modérés.

         Le bromhydrate de galantamine (Reminyl®). Il est vendu sous forme de comprimé pris 1 fois par jour dans le cas de symptômes légers ou modérés.

La tacrine (Cognex®) a été utilisée mais elle peut occasionner des effets secondaires graves sur le plan hépatique.

Ces médicaments perdent leur efficacité avec le temps, étant donné que les neurones produisent tout de même de moins en moins d’acétylcholine. Par ailleurs, ils peuvent entraîner des effets indésirables, comme des nausées et des vomissements, une perte d’appétit et des maux de ventre.

Antagoniste du récepteur NMDA

Depuis 2004, le chlorhydrate de mémantine (Ebixa®) est donné pour soulager les symptômes modérés ou graves de la maladie. Cette molécule agit en se fixant sur les récepteurs NMDA (N-méthyl-D-aspartate) situés sur les neurones du cerveau. Elle prend ainsi la place du glutamate qui, lorsqu’il est présent en grande quantité dans l’environnement des neurones, contribue à la maladie. Rien n’indique, cependant, que ce médicament ralentisse la dégénérescence des neurones.

Recherches en cours

Des efforts importants sont investis dans la recherche de nouveaux médicaments. Les principaux objectifs sont les suivants.

         Détruire les plaques de protéines bêta-amyloïdes, grâce à l’injection d’anticorps capables de les supprimer. Ces plaques sont, en effet, l’une des lésions cérébrales les plus importantes de la maladie. Un tel anticorps a été développé (le nom de la molécule est bapineuzumab) et est en cours d’évaluation clinique auprès de personnes atteintes de la maladie. Cette approche est nommée « vaccin thérapeutique ». Une autre solution testée serait d’activer certaines cellules du cerveau (microglies) pour qu’elles éliminent les plaques en question.

         Remplacer les neurones. La communauté scientifique fonde beaucoup d’espoir sur le remplacement, à l’aide d’une transplantation, des neurones détruits par la maladie. De nos jours, les chercheurs parviennent à créer des cellules qui ressemblent à des neurones à partir de cellules souches obtenues de la peau humaine. Cependant, la méthode n’est pas tout à fait au point. Elle ne permet pas encore de créer des neurones qui possèdent l’ensemble des propriétés des neurones « naturels ».

 

Exercice physique

Les médecins encouragent vivement les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer à faire de l’exercice. Il améliore la force, l’endurance, la santé cardio-vasculaire, le sommeil, la circulation sanguine et l’humeur, et accroît le dynamisme et le degré d’énergie. De plus, l’exercice physique a des effets particulièrement bénéfiques pour les personnes atteintes de cette maladie :

- il aide à conserver les capacités motrices ;

- il donne une impression de sens et de but ;

- il exerce un effet calmant ;

- il maintient le niveau d’énergie, de souplesse et d’équilibre ;

- il réduit les risques de blessures sérieuses en cas de chute.

 

Soutien social

Considéré comme une composante du traitement, le soutien social apporté aux malades est crucial. Les médecins conseillent diverses stratégies à la famille et aux aidants des patients.

         Faire des visites régulières aux patients pour leur offrir du soutien, selon leurs besoins.

         Leur fournir des aide-mémoires.

         Créer une structure de vie stable et calme dans la maison.

         Établir un rituel du coucher.

         S’assurer que leur environnement immédiat présente peu de danger.

         Veiller à ce qu’ils aient toujours dans leur poche une carte (ou un bracelet) avec une indication sur leur état de santé, ainsi que des numéros de téléphone au cas où ils s’égareraient.

 

7) Approches complémentaires

Tout comme les traitements médicaux, les approches complémentaires ne guérissent pas la maladie d’Alzheimer. Selon le cas, elles en retardent l’évolution, en soulagent les symptômes ou améliorent un tant soit peu le fonctionnement cognitif.

 

En prévention

Huiles de poisson (oméga-3)

 

En traitement

Ginkgo biloba (améliore la circulation sanguine et effet antioxydant important),

Huperzine (plante chinoise qui inhibe la production d’acétylcholinestérase) (Qian Ceng Ta)

Oméga-3 (moins efficace qu‘en prévention)

 

Efficacité contestée :

Sauge, mélisse, zoothérapie, Art-thérapie ; éviter l’exposition à l’aluminium

 

SOMMAIRE DES CRITERES SERVANT AU DIAGNOSTIC CLINIQUE DE LA MALADIE D'ALZHEIMER

Diagnostic clinique de maladie d'Alzheimer probable

Démence établie par l'examen clinique (par exemple, grâce au MMS)

Au moins deux types de déficits parmi les déficits des fonctions cognitives suivants :

Aphasie

Apraxie

Agnosie

Déficit dans les fonctions exécutives (planification, organisation, capacité de faire une tâche comprenant plusieurs étapes et capacité d'abstraction)

Aggravation progressive de la mémoire et détérioration d'autres fonctions cognitives

Pas d'altération de la conscience

Début se situant entre 40 et 90 ans, mais le plus souvent après 65 ans

Absence de causes systémiques ou d'affections cérébrales pouvant être à l'origine des troubles

Eléments en faveur du diagnostic de maladie d'Alzheimer probable

Détérioration progressive de fonctions cognitives telles que le langage, les praxies et les gnosies

Perturbation des activités de la vie quotidienne et du comportement

Existence d'une maladie neurologique similaire dans les antécédents familiaux

Diagnostic clinique de maladie d'Alzheimer certaine

            Seulement après examen histologique du tissu cérébral post-mortem

 

La Mémoire à long terme.

Intendante en chef de notre conscience et vigile du passé...

Comptable de notre conscience et d’une capacité stupéfiante, la mémoire à long terme est le disque dur de notre cerveau. Par sa capacité phénoménale et ses données enregistrées à jamais, elle est dépositaire de notre journal intérieur, de nos expérimentations, en définitive de notre histoire.

La mémoire à long terme, ou mémoire secondaire, concerne tous les souvenirs en aval de la mémoire immédiate, qu'on les rappelle au bout de quelques minutes ou au bout de plusieurs années. Entre le long terme et le court terme on parler de mémoire des faits récents où les souvenirs sont encore fragiles, et de mémoire des faits anciens, où les souvenirs ont été consolidés.

Il est possible de schématiser cette Mémoire à long terme comme la succession dans le temps des trois grands mécanismes pivots : l'encodage, le stockage et la restitution des informations :

- L'encodage, étape très importante et fort complexe qui fait intervenir ce que l’on appelle les processus d'encodage : traitement et élaboration de l'information, vraie fabrique à souvenirs. Processus parfois conscient, parfois inconscient, l'encodage vise à donner un sens et un poids à l'information en la traitant si possible sous tous ses aspects. Par exemple, si le mot "Photographie "est prononcé, il peut être encodé de la manière suivante : "Papier, glacé, sépia".  Ainsi, ultérieurement, si ce mot n'est pas spontanément restitué, l'évocation d'un indice de l'encodage (par exemple : papier) permettra de le retrouver dans l’instant.

Processus un peu comparable du reste au principe journalistique, il suffira de se souvenir ou noter quelques mots-clefs au cours de l’interview pour pouvoir mémoriser l’interview tout entier. De la profondeur de l'encodage par de simples mots signifiants, dépendra l'efficacité de la récupération de l’information. Pour l’encodage de la mémoire il en est de même.

Un autre procédé consiste à établir des associations d'idées, d'images, entre différentes informations et qui permettront grâce à ces "liens mentaux" de retrouver une information. C'est le cas des fameux moyens mnémotechniques comme : "Mais où est donc Ornicar ?". Les données font l'objet d'une structuration, d'une organisation mnésique, donc relative à la Mémoire. Cette organisation dépend des procédures mentales propres à chaque individu. Parallèlement, le souvenir subit une indexation, notamment dans l’espace et le temps qui le range comme s'étant déroulé à tel endroit et à tel moment.

- Le stockage est une information qui a subi les processus d'encodage et peut être stockée de manière définitive. Néanmoins, il existe un certain degré d'effacement témoignant que le stockage dépend là-aussi de processus actifs. Ainsi, l'information doit être consolidée pour devenir moins vulnérable à l'oubli. C'est cette consolidation qui différencie le souvenir des faits récents du souvenir des faits anciens. Le sommeil, dans sa phase paradoxale notamment, ainsi que les révisions scolaires, par exemple, jouent un grand rôle de consolidation. Le processus de reconstruction intervient ensuite. De nouvelles informations peuvent en rappeler de plus anciennes. Ces anciennes sont alors confrontées aux nouvelles, retravaillées, réactualisées. Les anciens souvenirs sont donc inconsciemment à nouveau mémorisés, en fonction des souvenirs plus récents.

- La restitution rappel d'un souvenir est aussi un phénomène élaboré. L'activation des souvenirs, volontaire ou non, fait appel à des mécanismes actifs qui vont travailler grâce aux indices de l'encodage.

Très important : plus un souvenir sera codé, élaboré, organisé, structuré, plus il sera facile à retrouver. Cela explique que l'évocation d'un indice peut rappeler à la conscience une information qui elle-même peut constituer un indice pour retrouver une autre information.

Tout au long de notre vie, nous répéterons inlassablement ces trois processus. La mémoire sensorielle s'occupera de l'opération d’encodage. Le cerveau capte l'information et, une fois codée, celle-ci se dirige vers la mémoire à court terme et s'y maintient le temps nécessaire à son assimilation. Par la suite, elle est soit oubliée, soit jugée suffisamment importante pour être conservée de façon permanente. Dans ce dernier cas, l'information est alors entreposée dans la mémoire à long terme, et repêchée au besoin.

Comme pour préserver des munitions de guerre la mémoire à long terme stockera les informations pendant une longue période et même pendant toute l’existence, contrairement à la mémoire à court terme qui aura effacé les données aussitôt après leur traitement.

 

La mémoire de travail

C'est une mémoire ultra courte qui enregistre temporairement, pas plus de deux minutes, les informations d'origine visuelle et verbale qui nous parviennent à chaque instant. Elle a pour fonction de faire le tri entre les nombreuses perceptions auxquelles nous ne prêtons pas attention et celles qu'il faut garder en mémoire ou qui nécessitent une action immédiate de notre part.

Prenons un exemple : si je marche dans la rue, je n'attacherai aucune importance à la couleur de la voiture qui me dépasse, ni au passant qui me croise, ni à des dizaines de petites scènes de rue, mais je réagirai en voyant mon fils arrêté devant une vitrine de magasin alors que je le croyais au lycée.

Cette mémoire, que l'on appelle également superviseur attentionnel, est localisée dans le cortex préfrontal.

Elle est constamment altérée dans les premiers stades de la maladie d'Alzheimer. Les patients ne peuvent plus traiter plusieurs informations en même temps pour les sélectionner. Les conséquences cliniques sont nombreuses et parfois inattendues.

Un patient atteint de maladie d'Alzheimer déjeune en face d'un autre patient qui se lève de table. Il risque fort de se lever lui aussi : n'étant pas capable de comparer cette information avec le fait que son assiette est encore vide et que le repas n'a pas commencé, il pensera que le repas est terminé. De même dans les groupes d'animation demandant la poursuite d'une tâche un peu spécialisée, comme des activités manuelles, les patients sont très sensibles aux stimulations parasites. Une simple porte qui s'ouvre peut complètement désorganiser un groupe. Un patient Alzheimer ne peut traiter qu'une seule information à la fois, là où nous en traitons des dizaines.

 

La mémoire épisodique

C'est la mémoire de notre histoire personnelle, celle de nos événements de vie, les plus importants comme les plus anodins. Notre mère qui nous refuse une deuxième crème glacée, nos premiers émois amoureux, etc. C'est aussi la petite madeleine de Marcel Proust.

Chacun remplit sa mémoire épisodique avec son roman personnel. On distingue une mémoire épisodique à court terme (moins d'une heure) et une mémoire épisodique à long terme. Elle enregistre des informations situées dans un contexte visuo-spatial. Le mode visuel est prédominant.

Dans la maladie d'Alzheimer à son stade débutant, c'est la mémoire épisodique à court terme qui est atteinte en premier : le patient parle normalement, évoque sans difficultés les grands événements de son passé, donne sa date de naissance mais oublie ce qu'il a fait dans les heures qui précèdent.

 

Dans toute institution spécialisée qui accueille des personnes âgées psychiquement dépendantes, une partie des résidents présente une atteinte isolée de la mémoire épisodique sans atteinte des autres mémoires. C'est avec eux que l'on peut faire les programmes d'animation les plus ambitieux : ateliers "mémoire souvenirs" pour stimuler la mémoire épisodique à long terme, "revue de presse" pour les réorienter dans le présent, "atelier de stimulation cognitive" pour entretenir les facultés d'apprentissage et stimuler le lobe frontal.

Grâce aux techniques modernes d'imagerie cérébrale (TEP : tomographie par émission de positons, technique nécessitant la présence d'un cyclotron) qui nous permettent de visualiser le cerveau en activité, on a pu localiser les structures cérébrales concernées par cette mémoire : il s'agit de l'hippocampe, du thalamus, du cortex préfrontal et du cortex occipital.

 

La mémoire sémantique

Sous ce terme, on désigne la mémoire des mots : une table, une fleur, etc. Les mots sont les outils du langage. Contrairement à la mémoire épisodique qui est strictement personnelle, la mémoire sémantique est commune à tous ceux qui parlent la même langue.

Lorsque des résidents participent à un atelier de "jeux de mots" ou aux "chiffres et les lettres", c'est leur mémoire sémantique que nous sollicitons.

Les connaissances générales font également partie de la mémoire sémantique ([es tables de multiplication, les capitales des pays, etc.).

Certains résidents ont une mémoire épisodique très altérée : ils ne savent pas où ils se trouvent, ne connaissent pas la date actuelle, ignorent le nom du Président de la République, oublient cinq minutes après ce qu'ils ont fait. Et pourtant, lorsqu'ils participent à l'atelier des "jeux de mots", ils construisent des mots de cinq lettres comme vous et moi lorsque nous jouons au Scrabble. Leurs performances sont proches de celles d'un sujet normal.

Cela provient du fait que la mémoire épisodique et la mémoire sémantique n'ont pas la même localisation anatomique dans le cerveau. L'une des deux peut être lésée alors que l'autre est intacte.

La mémoire sémantique est localisée dans le néocortex.

Parler nécessite l'intégrité de la mémoire sémantique. Mais lorsque celle-ci est altérée et que nous avons perdu l'usage de la parole, nous disposons encore de deux autres types de mémoire qui continuent à fonctionner.

 

La mémoire procédurale

C'est la mémoire des "savoir faire" gestuels et intellectuels :

ü marcher, se servir d'un couteau et d'une fourchette, s'habiller, faire un nœud de cravate, dessiner, chanter, jouer d'un instrument de musique ;

ü jouer aux dames, aux échecs, relève également d'un savoir-faire qui peut être appliqué de façon automatique sans paroles.

 

Certains patients qui ont de grosses difficultés à trouver leurs mots peuvent encore chanter très correctement. Nous en avons fait l'expérience dans notre chorale. Cela s'explique par le fait que leur mémoire procédurale est relativement bien préservée, alors que leur mémoire sémantique est lésée. De même, certains patients qui jargonnent sont encore capables de jouer d'un instrument de musique.

On nous a cité le cas d'une patiente qui battait tout le monde aux dames alors qu'elle avait perdu tout langage et qu'elle était complétement désorientée. Même chez des patients très avancés dans la maladie nous avons pu mettre en évidence la conservation d'automatismes gestuels qui ne demandent qu'à s'exprimer si on les sollicite.

De nombreux patients sont capables de renvoyer correctement un ballon ou de répondre à votre sourire alors qu'ils ont perdu tout langage. Ils ne vous reconnaissent pas mais ils ont gardé les automatismes de la politesse.

Peut-être avez-vous fait cette expérience d'observer de loin deux patients en train de converser. Lorsque vous vous êtes approché, vous avez constaté que leur conversation était incohérente et qu'il n'y avait aucun échange verbal. Ces patients ont reproduit le rituel de la conversation avec ses gestes et ses mimiques. Et ils semblaient en tirer certaines satisfactions.

C'est en cela que la neuropsychologie peut nous aider à mieux communiquer avec les patients. Lorsque l'outil du langage verbal est perdu, il reste encore le langage du corps et l'utilisation de tous les gestes de convivialité. Lorsqu'un patient a un langage incohérent, il ne sert à rien de rechercher à tout prix du sens et de lui faire répéter ce que l'on arrive pas à comprendre. Mais on peut lui donner le sentiment qu'une relation entre lui et nous a eu lieu si nous utilisons de façon appropriée le langage infraverbal de la convivialité.

De même, il est utile d'essayer de réactiver tous les automatismes gestuels que les patients ont appris pendant leur vie, depuis les plus simples acquis dès la petite enfance (marcher, renvoyer un ballon, chanter), jusqu'aux plus complexes acquis plus tardivement (jouer d'un instrument, peindre, se relaxer, etc.). La mémoire procédurale se situe dans les noyaux gris centraux et dans le cervelet.

 

La mémoire implicite

C'est certainement le concept le plus étonnant mis en évidence par les neuropsychologues. La mémoire implicite est une mémoire automatique : on apprend mais on ne se souvient pas.

Le meilleur exemple en est la publicité subliminale au cinéma (qui est interdite). Toutes les 24 images, on intercale une image de publicité qui vous suggère d'acheter une marque de boisson. À la sortie du film, les spectateurs affirment n'avoir vu aucune publicité, et pourtant si on leur présente sur une table une dizaine de boissons différentes, ils choisiront en majorité celle qui correspond à l'image subliminale. Ils ne se souviennent de rien mais leur comportement montre qu'ils ont enregistré le message.

On s'est beaucoup interrogé pour savoir si la mémoire implicite était préservée chez les patients Alzheimer. La réponse est oui, sauf dans les tout derniers stades de la maladie.

Nous avons constaté des phénomènes d'apprentissage implicites chez les patients qui participent à notre groupe de chant. D'une séance à l'autre, ils ne se souviennent pas de ce qu'ils ont fait, mais à chaque séance ils chantent de plus en plus facilement le répertoire qui a été répété.

Les phénomènes de mémoire implicite peuvent concerner tous les types de mémoire : épisodique, sémantique, procédurale.

La mémoire implicite n'est pas localisée. Cela veut dire que les patients continuent à enregistrer toutes nos attitudes, nos gestes, nos mimiques, l'ambiance générale qui les entoure, le ton de notre voix et que cela module leur comportement. Ils ne peuvent pas nous restituer par la parole ce que nous avons fait ou dit mais ils en gardent une trace. C'est la raison pour laquelle nous devons veiller à ce que leur environnement humain soit le meilleur possible.

 

Souvenir et sentiment de familiarité (Mémoire affective)

D'autres recherches ont mis en évidence qu'il fallait distinguer le souvenir et le sentiment de familiarité. Le souvenir se rattache à des événements que nous avons vécus et que nous pouvons dater : je me souviens ce matin être monté dans ma voiture à 9 heures pour prendre la route et vous rejoindre. C'est un souvenir. C'est ce que l'on perd en premier dans la maladie d'Alzheimer. Le souvenir dépend de la mémoire épisodique.

En arrivant à Strasbourg et en regardant la décoration de mon hôtel, j'éprouve un sentiment de familiarité. Je ne sais pas pourquoi mais cela doit sûrement me rappeler un hôtel similaire où j'ai peut-être séjourné. Pourtant, je n'arrive pas à y associer un souvenir particulier, pas de lieu, pas de date, pas d'image, mais seulement un sentiment de familiarité.

Chez le patient atteint de maladie d'Alzheimer, le sentiment de familiarité est conservé beaucoup plus longtemps que le souvenir. Le sentiment de familiarité dépendrait à la fois de la mémoire sémantique et de la mémoire procédurale qui ne sont pas touchées aux premiers stades de la maladie :

Mme D. jargonne, cela fait déjà plus d'un an qu'elle ne reconnaît plus sa famille. Souvent elle chantonne, même si on ne comprend rien à ce qu'elle chante. Quand sa petite-fille vient lui rendre visite, elle chante nettement plus fort et uniquement en sa présence. C'est sa façon à elle d'exprimer qu'elle l'a reconnue. Cela passe par le sentiment de familiarité qu'elle a éprouvé en sa présence.

Tel patient qui mange difficilement en institution est emmené dans un restaurant. On constate alors qu'il reste à table sans difficultés et mange proprement. L'ambiance du restaurant a provoqué chez lui un sentiment de familiarité et réactivé des automatismes sociaux de convivialité et de politesse.

De même, lorsque l'on constitue des petits groupes de malades qui se réunissent à jour fixe et à heure fixe pour faire des animations, on observe que les patients y participent de plus en plus facilement au fil des séances. Ils ne se souviennent pas de ce qui a été fait lors des réunions précédentes, mais leur comportement montre qu'ils se sont familiarisés avec le groupe et qu'un apprentissage inconscient s'est produit.

 

 La prosopagnosie

Elle se présente à un stade très avancé de la maladie d’Alzheimer. Il s’agit d’un trouble limité à l’identification des visages. Les patients ne reconnaissent plus les visages familiers (ou même leur propre visage dans un miroir), mais peuvent reconnaître les personnes par leur voix, par leur démarche, par leur silhouette … Les patients peuvent déceler les différences entre deux visages, tout en restant incapable de les reconnaître.

 

L'hétérogénéité des déficits

Quatre grandes fonctions sont habituellement touchées dans les démences :

· la mémoire,

· le langage,

· les praxies (c'est-à-dire la coordination des gestes),

· les gnosies, (c'est-à-dire la faculté de reconnaître ce que nous percevons par le toucher, la vue, l'ouïe).

 

Chez deux tiers des patients, les atteintes de ces quatre grandes fonctions évoluent de façon parallèle. Chez un tiers d'entre eux, les atteintes sont dissociées. Cela signifie, par exemple, qu'on peut être très atteint au niveau du langage et garder cependant une excellente mémoire visuelle. Nous avons eu des patients qui étaient encore capables de lire ou de jouer du piano alors qu'ils jargonnaient.

Il faut donc systématiquement tester les malades pour vérifier s'il n'existe pas chez eux des fonctions préservées qui seraient restées méconnues …/... »

 

RESUME DES PRINCIPALES CARCTERISTIQUES DE DEMENCE

CARACTERISTIQUES

DEMENCE DE TYPE ALZHEIMER

DEMENCE A CORPS DE LEWY

DEMENCE FRONTOTEMPORALE

DEMENCE VASCULAIRE

Début

Insidieux

Insidieux

Insidieux

Soudain ou insidieux

Symptômes inauguraux

Perte de mémoire, anomie

Troubles des fonctions exécutives, hallucinations visuelles, idées délirantes, inattention et altération du niveau de conscience

Modification des comportements et de la personnalité

Varient selon les sites des multiples infarctus cérébraux. Troubles des fonctions exécutives semblent cependant dominer.

Évolution

Perte progressive des capacités cognitives

Perte progressive des capacités cognitives. Fluctuations importantes des capacités cognitives.

Perte progressive des capacités cognitives

Possibilité de récupération d'une partie des capacités cognitives. Pertes cognitives par paliers, par la suite.

Mémoire

Perte de mémoire importante dès le début de la maladie

Peu de troubles de la mémoire dans les premiers stades. Mais augmen­tent tandis que la maladie évolue.

Pas de troubles de la mémoire dans les premiers stades. Détérioration aux stades modérés.

Peu de troubles de la mémoire dans les premiers stades, habituellement. Variabilité possible.

Apraxie

Perturbation aux stades modérés

Déficit notable dès le début

Pas d'atteinte dans les stades légers et modérés. Mais perturbation par la suite.

Atteinte à des moments variables dans l'évolution de la maladie, selon la zone cérébrale affectée.

Capacité visuo-constructive

Perturbation dès les premiers stades

Perturbation dès les premiers stades

Pas de perturbation dans les premiers stades, mais apparait par la suite.

Perturbation à des moments variables dans l'évolution de la maladie, selon la zone cérébrale affectée.

Niveau de conscience

Pas d'atteinte

Atteinte

Pas d'atteinte

Pas d'atteinte

Hallucinations

Rares au début, puis ont tendance à augmenter

Présentes dès le début

Peu fréquentes dans le cadre de cette démence (environ 13 % des cas)

Peu fréquentes dans le cadre de cette démence (environ 13 % des cas)

Idées délirantes

Surtout aux stades sévères

Dès le début de la maladie

Plutôt rares

Plutôt occasionnels (22 % des cas)

Changements sur le plan moteur

Seulement aux stades sévères (rigidité et myoclonie)

Dès le début de la maladie (rigidité, bradykinésie)

Mouvements répétitifs et stéréotypés

·  Dès le début, présence de signes et de symptômes neurologiques focaux (40 % des cas)

·  Faiblesse musculaire

Risques de chute

Seulement aux stades sévères

Dès le début de la maladie

Seulement aux stades sévères

Dès le début de la maladie

Incontinence urinaire

Seulement aux stades sévères

Seulement aux stades sévères

Fréquente aux premiers stades de la maladie

Fréquente aux premiers stades de la maladie

Dépression

Fréquente

Fréquente

Plutôt rare (16 % des cas)

Très fréquente

Personnalité

Peu de changements aux premiers stades, mais évolution imprévisible

Modification de la personnalité, habituellement

Modification majeure dès le début de la maladie

Grande désinhibition

Modification, habituellement

 

Autres particularités

·  Perturbation du sommeil aux stades modérés et sévères

·  Anosognosie aux stades modérés et sévères

·  Labilité émotionnelle dans 33 % des cas

·  Réflexes primitifs dans les derniers stades

Sensibilité accrue aux neuroleptiques

 

·      Apathie importante

·       Perturbation des comportements alimentaires dans 30 % des cas

·      Anosognosie dès le début de la maladie

·      Labilité émotionnelle dans 49 % des cas

·      Réflexes primaires dès le début

·  Labilité émotionnelle fréquente

Réflexe de Babinski habituellement présent

 

 

Principes de facilitation de la communication

 

Communiquer avec un malade atteint de démence de type Alzheimer

De façon générale

parler lentement

laisser au malade suffisamment de temps pour répondre

avoir une attitude pleine de réceptivité, de bienveillance, d’empathie

faire attention au timbre de la voix

éviter de parler à la place du patient

discuter dans un endroit calme

ne pas utiliser le langage enfantin

préférer les situations duelles

éviter les circonstances de mise en échec

être clair et logique dans son discours et ses intentions communicatives

éviter les mots non spécifiques

ne pas hésiter à segmenter les consignes

utiliser les mêmes mots et les mêmes phrases pour les mêmes situations

réagir avec bienveillance aux émotions exprimées par le malade

prêter attention aux messages non verbaux

ne pas hésiter à utiliser le langage non verbal

ne pas penser à priori que ce que dit le malade est incohérent

 

Absence de cohésion du discours du patient

(notamment en cas de manque du mot ou paraphasies)

encourager le patient à faire une périphrase

proposer des choix multiples (oui/non)

demander de donner un mot en rapport avec le

«mot cible» (synonyme, qualificatif,...)

demander de faire un geste

demander de montrer ou désigner

ne pas interrompre le malade si ses erreurs n’empêchent pas de le comprendre

Absence de cohésion

faire preuve de déduction et d’interprétation en s’aidant notamment du contexte,...

si la lecture est préservée: préparer des listes de mots importants que le patient peut lire ou désigner

ne pas combattre l’écholalie ou le langage grossier

favoriser le langage non verbal

 

Absence de feed-back à l’interlocuteur / à la situation

établir et maintenir le contact visuel

utiliser des gestes et des mimiques car ils facilitent le compréhension et l’attention

se placer face au malade, au même niveau

éviter les discussions longues, faire des pauses

utiliser des actes de description ou la définition,... si l’absence de f-b semble liée à un problème de compréhension

Absence de feed-back

en cas de réactions de défense, préférer une réponse rassurante

ne pas hésiter à changer de thème si le patient

«n’adhère» pas au thème en cours

ne pas hésiter à rejoindre le patient là où il se trouve («entrer dans la démence»)

se demander si le discours apparemment incohérent ne fait pas référence à une situation que le patient

«vit» mentalement

utiliser la « validation » et ne pas ramener le patient à tout prix dans la réalité

 

Résumé des échanges de l’atelier sur la pratique de la sophro avec des personnes ayant des troubles Alzheimer.

A la suite des deux ateliers de la réunion du 28/01, il parait important :

·         De ne pas faire de groupe, sauf pour des personnes étant au tout début de cette démence ; de prendre plutôt en individuel si la personne en est d’accord ou alors de limiter à 2 personnes.

·         De prévoir des séances courtes, d’une durée entre 10 et 30 minutes, en fonction des capacités de la personne ; écourter la séance si besoin.

·         Tenir compte de la difficulté majeure de la personne qui a mémoire à court terme qui ne fonctionne pas très bien ou mal :

o    ne pas faire une information de préséance mais donner les informations au faire et à mesure

o    faire un terpnos logos soutenu avec peu de blanc car la personne risque de décrocher complétement et de ne plus savoir ce qu’elle fait là.

·         Faire des pratiques sur les 5 sens qui permettent de connecter les souvenirs

·         Utiliser des images pour soutenir l’attention : une feuille qui tombe pour accompagner la sophronisation, ou le mouvement des vagues …

·         Utiliser les pratiques du troisième degré sur les souvenirs en proposant des plages assez larges si besoin.

·         Adapter les exercices qui mobilisent le corps (bras, jambe, tête…) aux capacités de la personne.

·         Reprendre les infos du PowerPoint sur la communication et notamment :

·         Se mettre en face de la personne

·         Se mettre à sa hauteur

·         S’assurer que la relation est bien établie pour communiquer

·         Veiller à un environnement très calme qui ne risque pas de distraire la personne

·         Éviter les lumières vives et surtout de se placer devant une lumière vive.

 

Il est assez difficile de donner des indications plus précises pour une démence qui est évolutive et pour des difficultés qui peuvent être aussi fluctuantes en fonction du stress, de la fatigue ou d’autres difficultés de santé. L’adaptabilité et l’écoute de la personne sont donc des choses fondamentales.

 

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Pascal ZIMMERMANN - 38ème journée du 28/01/2017

 

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