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accompagnement de fin de vie

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 10 / journée du 24/03/2001

La sophrologie dans l’institution hospitalière.

Le sujet que nous souhaitions vous présenter aujourd’hui, reflète en fait notre réflexion d’infirmières, essayant d’inclure au quotidien dans nos plans de soins la pratique de la sophrologie. La sophrologie à l’usage de l’accompagnement de la fin de vie et de l’accompagnement des malades guérissant d’une maladie grave.

Nous présentons ce travail à deux voix. Il couvrira l’aspect des soins à domicile, présenté par Geneviève Hullein (voir la suite) et l’aspect des soins à l’hôpital par Valérie Herrmann.

Dans la partie concernant la sophrologie à l’hôpital, Valérie vous fera part d’un travail qui lui à été demandé au niveau institutionnel à Chambéry sur la possibilité d’incorporer la sophrologie à l’hôpital.

Présentation de l'auteur :

V.Herrmann, infirmière depuis 1986, diplômée en Soins Palliatifs en 1995 et en Sophrologie ( diplôme de base en 1998). Travaille depuis cinq ans en secteur fixe et mobile de soins Palliatifs en milieu hospitalier. Expérience de trois ans en consultation douleur chronique.

Pour situer le sujet, voici la définition des Soins palliatifs. C’est aussi une philosophie de vie.

Définition des soins palliatifs élaborée par la société française et internationale de Soins Palliatifs ( la SFAP):

"Les SP sont des soins actifs dans une approche globale de la personne atteinte d’une maladie grave évolutive ou terminale. Leur objectif est de soulager les douleurs physiques ainsi que les autres symptômes et de prendre en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle.

Les SP et l’accompagnement sont interdisciplinaires. Ils s’adressent au malade en tant que personne, à sa famille et à ses proches, à domicile ou en institution. La formation et le soutien des soignants et des bénévoles font partie de cette démarche.

Les SP et l’accompagnement considèrent le malade comme un être vivant et la mort comme un processus naturel. Ceux qui les dispensent cherchent à éviter les investigations et les traitements déraisonnables. Ils se refusent à provoquer intentionnellement la mort. Ils s’efforcent de préserver la meilleure qualité de vie jusqu’au décès et proposent un soutien aux proches en deuil….."

En d’autres termes, comme le dit dame Cicely Saunders, pionnière en SP, "c‘est tout ce qu’il reste à faire, quand il n’y a plus rien à faire."

Je vous propose maintenant la lecture du travail présenté à la surveillante chef des Soins Palliatifs de l’hôpital de Chambéry.

Bilan d’actualité:

Les malades que nous rencontrons à l’hôpital ont de nombreuses pertes à vivre par rapport à leur vie sociale, familiale, leur intégrité corporelle, leur autonomie, leur qualité de vie et même leur personnalité. Voire pour certains, perte de leurs liens affectifs et de leur vie.

Ces patients font des expériences multiples de douleurs, de stress et quand ils arrivent dans nos services de soins ( court séjour, moyen séjour, long séjour, réadaptation, ou en soins palliatifs), ils ont déjà derrière eux un long parcours de maladie. Ils ressentent souvent des émotions intenses qui parfois les submergent et rendent ce parcours de leur vie plus difficile.

Les réponses habituelles que nous sommes habilités à leur fournir, en milieu hospitalier sont d’ordre médical, paramédical, psychologique: antalgiques, antidépresseurs, traitements curatifs et palliatifs des autres symptômes, soins de confort, écoute, travail de type psychothérapeutique, ergothérapie, psychomotricité, etc...

Ces réponses nécessaires ne sont pas uniques et d’autres alternatives peuvent en renforcer les effets. Elles sont complémentaires.

Exemple: la douleur est une urgence. Et nous sommes parfois confrontés, nous soignants, a notre impuissance à la soulager par des thérapeutiques médicamenteuses en l’absence d’un médecin.

Il est fréquent que les soins (toilettes) soient plus difficiles car le malade est tendu ou apeuré.

Ou encore il est difficile d’être en face d’un patient qui pleure beaucoup et reste bloqué sur certaines étapes de son cheminement. Cela nous renvoie encore une fois à un sentiment d’impuissance dans certains cas. Que faire pour aider ce patient avec notre savoir être et savoir faire de soignant?

Face à ces situations de douleur, stress, émotions, difficultés à traverser les pertes successives, que pouvons-nous apporter d’autre que les réponses classiques que nous connaissons déjà ?

Pourquoi la sophrologie?

Le travail de qualité réalisé au sein de l’hôpital offre déjà aux malades de nombreuses aides pour faire face à leur maladie dans l’esprit de la prise en charge globale de la personne soignée. Comme nous l’avons vu, ces réponses nécessaires ne sont pas uniques et d’autres méthodes peuvent en renforcer les effets et devenir complémentaires. Elles s’inscrivent donc dans la pluridisciplinarité autour du malade.

La sophrologie est assez bien connue du milieu soignant où elle s’est largement répandue depuis plusieurs années.

Cette méthode que je me propose de vous exposer pour contribuer à l’accompagnement des malades dans les services de soins, est très simple d’utilisation. Elle fait appel à des techniques de Relaxation Dynamique et des exercices spécifiques ( Sophronisation ) pour permettre la mobilisation des capacités potentielles de chacun à traverser des situations de vie difficiles.

Cela peut sembler antinomique de se relaxer de façon dynamique, mais c’est une réalité. C’est même l’une des bases de la sophrologie. Il s’agit de la représentation de la loi d’action-détente qui stipule que toute action est obligatoirement suivie d’une détente. Le temps de détente est un moment d’intégration de ce qui vient d’être vécu dans l’activation du corps pendant l’action. L’action est différente de l’agitation et la détente du laisser-aller.

Son but est de dynamiser de façon positive les qualités et ressources de la personne malade en élargissant sa conscience. "Elle vise à renforcer les structures saines de la personnalité." (C. Gagnaire) (1).Elle permet alors à la personne malade de trouver de meilleures possibilités d’adaptation à ses nouvelles conditions de vie occasionnées par la maladie.

La sophrologie est parfois suivi d’une terminologie " Caycédienne", car Caycedo s’est vu obligé de protéger sa découverte de certaines dérives. Le label "Caycédien" est un gage de sérieux dans la formation, en accord avec les principes de la sophrologie: respect, dignité et autonomie de la personne.

A l’attention des lecteurs de la parenthèse, je rajoute que sans rentrer dans les polémiques qui agitent actuellement le monde de la Sophrologie, celles-ci posent de sérieux problèmes face à des administrations très centrées sur la possession de diplômes reconnus par l’état. Même si la sophrologie se pratique dans les hôpitaux, les professionnels l’utilisant doivent avoir une autre pratique professionnelle reconnue par un diplôme d’état (infirmière, kinésithérapeute…). Il n’existe pas à ma connaissance actuellement de possibilité d’obtenir un statut repéré comme tel de sophrologue de l’institution. Et les administrateurs exigent des labels de qualités. Il est vrai qu’il est difficile pour eux d’apprécier la qualité professionnelle d’un sophrologue et que des formations très diverses existent.

Qu’apporte-t’elle?

En écho au vécu de la personne soignée, l’aide à la gestion de la douleur en attendant l’efficacité de l’antalgique, du stress et des émotions se révèle utile. Elle est un moyen d’améliorer le sommeil et de diminuer la fatigue. Le travail sur un réinvestissement du corps qui est devenu lieu de souffrance et non plus de plaisir, aide, dans le cadre d’un plan de soins établi par une équipe, à freiner la perte d’autonomie et à potentialiser l’énergie restante. La sophrologie permet au patient de retrouver confiance, de prendre appui sur ses ressources intérieures et continuer à sentir son corps vivant.

Dans le cas de la fin de vie, le futur du malade se réduit. Il est pourtant à investir, considérant que la personne est vivante jusqu’à son dernier souffle et qu’il y a des projets à la mesure de ce qu’elle vit qui sont à mener. Ils sont à soutenir et à favoriser par la visualisation positive. Ex: projet d’un retour à domicile pour quelques jours ou quelques heures.

Dans le cas d’un patient retournant à la guérison après une longue maladie ou avec un handicap à vie, la "futurisation" par la même technique permet d‘anticiper et donc de mieux le préparer à la suite de l’existence après cette rupture importante qu’a été le séjour hospitalier.

Le passé prend une place très importante, à l’heure du bilan de vie. Le travail en sophrologie, se fait sous forme de visualisation positive. Il s’agit d’aider le patient à exploiter ses propres ressources et l’éclairer sur ce que son passé peut lui apporter comme expériences vécues, à ramener dans son présent pour faire face à sa maladie.

Cette méthode permet au malade de réinvestir le temps présent, valoriser le temps qu’il reste à vivre.

Mais aussi de restaurer ou d’améliorer le sentiment de dignité, sentiment largement mis à mal par la perte d’autonomie et l’altération de l’image corporelle.

A travers cet exposé, je souhaite montrer que la théorie de la sophrologie repose sur le fait que tout être humain est un processus en mouvement, constant jusqu’à son dernier souffle. Tout à fait en accord avec la philosophie des SP

Le malade prend "conscience du temps qui façonne le corps. Mais aussi conscience des événements qui aident à grandir." ( 2 )

Mais, vous me direz…

La sophrologie n’est elle pas une secte?

Non, car elle applique ces principes: respect de la personne, valorisation de la dignité, et vise à augmenter l’autonomie de la personne. Principes différents de ceux des sectes dont le but est justement la manipulation mentale et non pas les valeurs exprimées ci-dessus. Sophrologie et scientologie sont donc à différencier.

Ce que vous proposez n’est-il pas un luxe dont nous pouvons nous passer?

Les témoignages tirés de mon expérience personnelle démontrent que la sophrologie permet de potentialiser les résultats dus aux actions mises en places par les équipes de soins. A l’heure de la gestion et maîtrise des coûts de santé, améliorer les performances des soins mis en place, réduire les manifestations d’anxiété de certains patients, renforcer la ré-autonomisation des malades, peut avoir une incidence certaine sur la durée de séjour dans les services de soins, donc sur le coût d’hospitalisation.

De même, un travail mené conjointement avec les centres de consultations (douleur, CEG…) et hôpitaux de jour peut peut-être permettre de retarder voire supprimer certaines hospitalisations. Encore une fois, l’angoisse des malades est un facteur régulièrement repéré conduisant à des hospitalisations dans des conditions particulières. L’utilisation dans ce cas de la sophrologie se situe dans le domaine de la prévention. Le stress dont font preuve nombre de personnes en contact avec les différents acteurs de soins de l’hôpital, a une action directe sur le stress des soignants et le risque d’épuisement professionnel. Agir en synergie avec les autres ressources existant sur l’établissement par rapport à l’anxiété des patients, est une manière de lutter indirectement contre l’épuisement professionnel, et donc, indirectement sur le coût qu’il représente pour le Centre Hospitalier.

A qui s’adresse cette méthode?

A toutes les personnes n’ayant pas les restrictions exposées ci-dessous (cf. le paragraphe suivant: limites de ses applications) , atteintes dans leurs corps et/ou dans leur vie, par la maladie.

Celles –ci, ont de nombreuses pertes à vivre par rapport à leur vie sociale, familiale, leur intégrité corporelle ( Amputés, Hémiplégiques, paraplégiques, tétraplégiques, personnes ayant subi l’ablation d’un organe, apparition d’un cancer, S.L.A., S.E.P… ). Leur corps peut devenir le siège d’intenses douleurs. Certaines voient leur autonomie diminuer et leur personnalité se modifier. D’autres pourront aller jusqu’à la perte de leurs liens affectifs et se trouver confrontés à leur fin de vie. Situations de vie,"situations de soins qui peuvent laisser démunis même les soignants les plus expérimentés, car l’angoisse de mort sous-jacente est parfois très présente." (3 )

Elle s’adresse aux adolescents à partir de douze-treize ans. En dessous de cet âge, cela dépendra de la maturité de l’enfant. D’autres techniques de relaxation, plus ludiques me semblent alors plus appropriées pour eux.

Limites de ses applications:

Elle s’adresse à des patients ayant une faculté intellectuelle suffisante pour comprendre des ordres complexes. Elle ne s’appliquera donc pas, dans le cadre de travail que je propose, aux patients atteints d’une altération des fonctions intellectuelles supérieures (Alzheimer (sauf au début de la maladie), démence, psychiatrie, coma…)

De même, cela suppose que le malade soit entendant ou malentendant. Pour les personnes sourdes, il sera peut-être possible ultérieurement de travailler à une application de la méthode en collaboration avec l’équipe qui présentera au forum de soins infirmiers le livret "outil de communication à l’usage des sourds et malentendants".

Cadre de travail proposé:

En sophrologie, la priorité est le confort du patient, ce qui rejoint par là même l’esprit des soins palliatifs. De même, d’un point de vue déontologique le travail se fait sans analyse, ni jugement de la situation et des personnes. C’est ce que les sophrologues posent sous le terme de "l’alliance". L’accord préalable du patient est indispensable.

Il est aussi important que le sophrologue puisse avoir des contacts réguliers avec l’équipe soignante qui a en charge le malade afin de réajuster les séances de sophrologie en fonction de l’état du patient. De même, il me semble utile de pouvoir accéder au dossier de soins infirmiers pour recueil des données et transmissions nécessaires aux soignants dans le cadre de leur prise en charge de ce patient. La connaissance de la pathologie et des handicaps pouvant en résulter, ainsi que le vécu du malade sont fondamentaux pour conduire des séances bien adaptées.

La coordination avec la psychologue, lorsqu’elle intervient me semble aussi naturelle. Le travail sophrologique n’interfère pas dans le suivi du psychologue car le but est de potentialiser le positif dans la vie de la personne malade. Ces deux acteurs autour du lit du malade travaillent dans la complémentarité.

Ce type de travail (sophrologue), est bien adapté à une fonction transversale. L’expérience réalisée aux Eglantines à montré que, dès que le rythme doit être suivi pour plusieurs patients, cela n’est pas compatible avec la charge de travail d’une infirmière active dans un service de soins. Celle-ci ne peux intégrer des séances de sophrologie dans son plan de soins. Sa disponibilité doit être totale pendant le temps consacré à la relaxation du malade. La régularité ne peut s’observer si elle doit prendre en charge plusieurs malades à la fois en soins et en relaxation. Or, la régularité dans le cadre d’un accompagnement sophrologique est importante pour le patient. De plus, la sophrologie dans le cadre de l’accompagnement de fin de vie nécessite pour le sophrologue une mise à distance pour rester au plus juste de ce que vit le malade. Cela n’est pas possible si c’est la même personne qui prodigue également les soins infirmiers.

Un quart de temps pour démarrer une fonction comme celle-ci permet d’avoir du temps pour:

O Rencontrer les équipes, les informer de ce que peut apporter la sophrologie aux patients.

O Repérer leurs besoins dans l’accompagnement de leurs patients.

O Analyser les demandes.

O Rencontrer les patients.

Cette activité demande prudence et délicatesse dans le contact avec les autres soignants. Cette méthode est connue dans le monde paramédical, mais peu pratiquée ainsi. La présence d’une sophrologue transversale nécessite alors un "temps d’apprivoisement" dans les services.

Dans un deuxième temps, il peut être possible d’imaginer de créer des séances de groupe pour malades chroniques venant régulièrement à l’hôpital. Je pense notamment aux douloureux chroniques venant en consultation ( douleur, rhumatologie, hématologie…). Pour l’avoir pratiquée en consultation pluridisciplinaire de douleur dans les Hautes-Alpes, proposer des séances de groupe à ces patients au long parcours hospitalier, isolés par leur maladie, a des effets à deux niveaux:

O Les aider à mieux apprivoiser et gérer leurs handicaps au quotidien. C’est donc un travail en lien avec le médecin qui les suit, kinésithérapeutes, psychologues, ergothérapeutes…

O Leur permettre un début de re-socialisation. Ce temps où le malade se retrouve en groupe a été dans le cadre de mon expérience, chaque fois primordial selon les patients eux-même. Cette envie de revivre au milieu des autres alors que la douleurs les a isolés sur le plan physique, affectif, social, a un impact certain sur la réussite de toutes les thérapeutiques mises en place par ailleurs pour leur permettre une amélioration de leur qualité de vie.

Techniques utilisées

Relaxations dynamiques.

Exercices statiques. (1er, 2ème, 3ème, 4ème degré)

Déroulement des séances

Elles peuvent se réaliser à n’importe quel moment de la journée et sans matériel spécifique si ce n’est le lit ou le fauteuil dans lequel la personne est installée.

La structuration est toujours la même. Son contenu adapté à chaque séance en fonction de l’état du patient.

Le cadre posé sans analyse et sans jugement.

La première séance peut durer une heure, le temps de la rencontre et l’analyse de la situation.

Ensuite chaque séance est précédée du recueil de données et de l’évaluation du vécu du malade par l’équipe.

Le temps moyen de l’intervention au lit du patient est de 20 minutes par séance. Ce temps contient l’écoute du patient (où en est-il à ce jour, que s’est-il passé depuis la dernière fois?), la mise en relaxation ou sophronisation, les exercices, la désophronisation et un temps de feed-back sur le vécu de la séance.

Puis transmissions à l’équipe et sur le dossier de soins. Ce qui correspond pour le sophrologue à un temps moyen de trois quart d’heure de présence dans le service pour un malade.

Pour une séance de groupe, le temps de la séance est de une heure. La structuration est la même.

Le rythme: en moyenne une à deux fois par semaine (en groupe, une fois par semaine). Toujours défini avec l’équipe ayant en charge le malade, et le malade lui même. Celui-ci a toute liberté pour les interrompre à tout moment. C’est lui qui est au centre des soins.

Coût

Matériel: aucun. La chaise, ou le lit du malade suffisent.

Sophrologue: tarif calqué sur celui d’une infirmière.

Conclusion

La sophrologie à l’hôpital peut apporter un plus à la qualité des prestations de soins dispensés aux malades. Elle permet d’accompagner ceux-ci dans leur parcours hospitalier, vers la guérison ou la fin de vie. Elle participe à la gestion de la douleur, du stress, du vécu émotionnel en valorisant la dignité et l’autonomie des personnes. Enfin, elle permet aux malades de potentialiser ses ressources et l’énergie qui lui reste pour mieux faire face à cette période de crise existentielle qu’est la maladie. Proposer la sophrologie à nos patients, peux aussi aider à réduire nombre de situations difficiles où les soignants sont mis de façon répétée devant des vécus d’impuissance. Cela peut avoir un effet indirect sur la prévention de l’épuisement professionnel. Au terme de l’exposé de ma réflexion sur "la sophrologie à l’hôpital", je vous pose alors la question: cette réflexion peut-elle maintenant s’étendre à des actions concrètes sur l’hôpital de Chambéry ? Je vous remercie de votre lecture attentive.

Il m’a été répondu que les difficultés d’effectifs actuels que rencontre la fonction hospitalière font qu’il n’est pas possible de débloquer un poste pour une sophrologue. Et que même si des idées sont à retenir, ce n’est pas à l’ordre du jour.

Il est encore difficile d’insérer autrement que par des initiatives particulières de certains services isolés (quand le chef de service est convaincu de l’utilité de la sophrologie), cette activité repérée sur tout un site hospitalier. La pratique de la sophrologie et ce qu’elle apporte au malade s’éloigne de la réponse dans l’urgence, immédiate, qui est la base des soins à l’hôpital. Elle s’éloigne de l’agitation, de l’activisme pour proposer de se recentrer, de réfléchir à ce que l’on fait. Elle permet de développer la créativité et la mobilisation de ressources, tant pour les malades que pour le personnel de soins. Et cela sort des schémas de soins et des moules dans lesquels malades et professionnels doivent se couler, dans la logique hospitalière. La sophrologie s’approche en cela des SP.

Ces quelques réflexions que je vous livre expliquent peut-être en partie pourquoi la place de la sophrologie dans l’accompagnement des malades est si peu considérée. Votre avis sur ce sujet m’intéresse.

Quelques situations vécues…

Mr R. vient d’avoir 60 ans lorsqu’il nous est adressé en consultation externe de soins palliatifs par le médecin chef du service d’oncologie du C.H. de Briançon. Le diagnostic de cancer a déjà été posé. Il s’avère que Mr R., atteint d’un cancer primitif inconnu, présente d’emblée des manifestations secondaires de sa maladie. Il souffre en effet de localisations pulmonaires et osseuses (métastases). Ancien militaire parachutiste, il se présente comme une personne résistante à la douleur et comme peu communicative. Sa femme est également reçue à la consultation.

La proposition thérapeutique faite par les oncologues concerne une chimiothérapie palliative et la prise en charge par l’UMSP ( Unité mobile de soins palliatifs ) pour mieux gérer des douleurs rebelles déjà présentes et accompagner cet homme sur le plan psychologique. En effet il n’est pas au courant de la gravité de sa maladie et une difficulté de communication importante s’est installée entre lui et sa femme qui sait.

L’intervention de la sophrologue est demandée dès la fin de la première consultation par le médecin des soins palliatifs pour aide à la prise en charge de la douleur. Mr R. présente aussi des moments de panique, incontrôlables, déclenchés par des crises d’étouffement. En accord avec Mr R., il est convenu que les séances auraient lieu le même jour que ses cures de chimiothérapies, pendant les perfusions, à l’hôpital de jour du C.H. de Briançon. Le temps nécessaire à ce type de prise en charge est inclus dans le plan de soins de l’infirmière. Le suivi du malade se fait conjointement par l’UMSP et le service d’oncologie avec coordination permanente de tous les acteurs de soins.

Rapidement, Mr R acquière quelques techniques respiratoires et de déplacement du négatif ( rare technique en sophrologie où l’on s’intéresse à des sensations désagréable. Le principe, est d’en diminuer l’intensité et de favoriser la potentialisation de sensations agréables existant dans un autre endroit du corps, en associant une technique de visualisation), lui permettant de mieux contrôler à domicile ses douleurs et les posologies d’antalgiques, ainsi que la dyspnée. Mr R. habite en montagne et la pharmacie se trouve loin. Les difficultés d’approvisionnement des antalgiques du pallier trois de l’OMS ont provoqué quelques fois de fortes inquiétudes. Celles-ci ont disparu lorsqu’il s’est senti acteur de la prise en charge de sa douleur et qu’il pouvait agir dessus efficacement en attendant d’être ravitaillé en médicaments. Les épisodes de dyspnée accompagnés d’un sentiment de panique, ont totalement cessé dès la troisième séance.

Puis la psychologue me demande dans un second temps de participer à l’accompagnement de ce Mr, en complémentarité de son travail. En effet, Mr R; est taciturne, refuse de communiquer avec sa femme, avec les soignants et la psychologue. Je travaille donc avec lui sur le réinvestissement de son présent et de projets à mener dans un futur proche, projets accessibles à son état physique ( jardinage ). Cela lui permet au cours d’une séance de rencontrer sa peur. A partir de là, sa parole se débloque et la communication avec sa femme s’améliore. Il peut alors définir qu’il ne souhaite pas être suivi par la psychologue et aborder avec les médecins la gravité de son état.

Celui-ci s’altère rapidement par la suite et nous travaillons alors à rechercher et capitaliser ce qui à été positif dans son passé, qui peux l’aider à faire face à l‘acceptation de sa fin de vie prochaine, en utilisant des techniques de visualisations. Mr R. trop faible ne peut plus réaliser de relaxations dynamiques, mais à l’approche de sa mort, ses capacités à élargir son champ de conscience se sont accrues et il se dit heureux de pouvoir vivre ces moments là. " pourquoi n’ai-je pas connu ces techniques plus tôt?" seront ses derniers mots à l’égard de son plaisir à pratiquer la sophrologie.

Les retours fait par les autres acteurs de soins concernent surtout la détente visible qu’a montré Mr R. à partir du moment où il a commencé la sophrologie. Pour certaines infirmières, il en a aussi résulté un confort lors des prises en charge en hôpital de jour, où ses attaques de paniques parfois difficilement contrôlables auparavant, ne se sont plus renouvelées.

Mr I. est adressé par son médecin traitant à la consultation pluridisciplinaire de douleur chronique, au C.H. de Gap. Son cas est complexe sur le plan clinique, et rapidement, en accord avec le médecin traitant, le rhumatologue, son kinésithérapeute à domicile, le médecin de la consultation douleur et la psychologue, la sophrologie est proposée à Mr I.

L’objectif défini en équipe est déjà de le rendre à nouveau acteur de sa guérison. En effet, Mr I. à subi deux graves accidents du travail au niveau du dos. Il est actuellement en arrêt maladie longue durée (depuis huit mois). C’est la deuxième fois. Ces mois ont été jalonnés d’hospitalisations à répétitions, d’interventions chirurgicales lourdes sur la colonne vertébrale. Il présente à la consultation une impotence fonctionnelle importante liée à ces lésions et à une douleur rebelle aux traitements antalgiques classiques. Il est sévèrement déprimé. Il se sent socialement inutile, son patron venant de le licencier. Le moment de basculement dans le chômage approche. Son invalidité chronique fait qu’il ne trouve plus sa place à la maison : "Ma femme est obligée de tout faire, je ne suis plus rien."

En parallèle débute alors un traitement médicamenteux plus spécifique de sa pathologie et la sophrologie. Mr I. résiste à déposer son vécu par rapport à la douleur avec la psychologue.

Ma première intention a été encore une fois de l’aider à acquérir techniques respiratoires, déplacement du négatif, techniques de substitution sensorielle (remplacement d’une sensation désagréable par une autre), pour l’aider à contrôler sa douleur. Cette intervention s’est doublée de temps d’éducation (rôle infirmier) par rapport à l’observance de son traitement et de conseils d’hygiène de vie (alimentation, conduites addictives multiples…). Rapidement, Mr I a pu recommencer à se mouvoir un peu à domicile. Plusieurs séances ont été consacrées à anticiper le lever et le "dérouillage du dos" le matin, par des techniques de visualisation. Ensuite à été préparée la reprise d’une activité quotidienne à domicile, en aidant Mr I. à mieux vivre le présent. Mr I. l’a verbalisé en disant: "Je ne m’étais jamais rendu compte combien mon jardin est beau et qu’il y a beaucoup d’oiseaux. Et je prends conscience que j’ai une épouse charmante." Ce temps du travail à été également consacré à ce que Mr I. récupère un bon schéma corporel. Celui-ci avait été sérieusement modifié par la chirurgie, les lésions dorsales et la douleur chronique.

A partir de ce moment là, Mr I. à pu commencer à envisager son avenir et "apprivoiser" le moment du passage au chômage. Des techniques de "futurisation" l’ont aidé à se retrouver acteur de son futur.

Lorsque le travail fut déjà bien avancé, Mr I. a pu, à la fin d’une séance, raconter pour la première fois la mort de sa première femme , décédée brutalement dix ans auparavant. De lui même il a fait le lien avec une attitude de fuite en avant, le poussant depuis à travailler de plus en plus jusqu’à… son accident du dos. Il a pu aussi ce jour là, contacter le fait qu’il était resté bloqué à une étape de son processus de deuil et qu’il était temps pour lui de considérer cette perte autrement. Il a décidé de reprendre contact avec la psychologue de l’unité. L’accompagnement sophrologique s’est alors déroulé en complémentarité du suivi psychologique. Il a aussi également formulé le souhait d’arrêter de fumer. Cette demande a été intégrée dans la suite du suivi sophrologique.

Mr I. a arrêté le suivi psychologique et sophrologique dès qu’il s’est senti prêt à continuer à cheminer seul. Le relais s’est poursuivi avec psychologue et sophrologues libéraux. Le suivi médical s’est poursuivi avec son médecin traitant.

Mr I. a été suivi cinq mois par la consultation douleur chronique, avec de bonnes " bases" selon lui pour "un nouveau départ dans la vie".

Mme F. est admise dans le service des Eglantines en juillet 2000 pour suspicion d’une maladie d’Alzheimer. En effet elle a présenté, les semaines précédant son hospitalisation des troubles de la mémoire plus ou moins importants, des manifestations d’angoisse difficilement réductibles sous traitement et des épisodes de fugue. Le constat fait par son médecin traitant et son fils est qu’elle ne peut plus rester à domicile seule, qu’elle nécessite d’être prise en charge dans une structure spécialisée.

Rapidement elle manifeste des sensations d’angoisse très fortes, mettant mal à l’aise le personnel devant la difficulté à les calmer. Le risque de fugue est certain. La neuropsychologue du service de gériatrie la suit depuis son arrivée aux Eglantines.

Les crises d’angoisses augmentent encore en fréquence et en intensité, malgré des offensives thérapeutiques régulièrement réévaluées par le gériatre. Le médecin me demande alors d’intervenir en urgence un jour de crise. L’objectif est, dans l’immédiat d’essayer de faire baisser le niveau d’angoisse, et de permettre de trouver dans un second temps des techniques de détente applicables par mes collègues la nuit et le week-end. Car Mme F. dans ces moments là, nécessite la présence d’un professionnel en permanence auprès d’elle. La psychologue et le médecin ne peuvent être présents tout de suite dès le début des crises, selon les heures de la journée ou de la nuit. L’équipe pluridisciplinaire se sent parfois impuissante face à la souffrance de cette femme.

Après avoir réalisé un recueil de données auprès du médecin demandeur, de la psychologue et de l’équipe, je me rends au chevet de Mme F. Il s’avère rapidement que Mme F. ne comprend même plus des ordres simples et que seule une relaxation par le toucher est possible. Sa pathologie s’aggrave très vite, elle est déjà en deçà des limites de la sophrologie.

Nouvelle concertation avec l’équipe et Mme F. Je retourne la voir trois jours plus tard. Le travail est à nouveau impossible, même une relaxation uniquement corporelle, qu’elle rejette.

Devant une crise de panique, le traitement chimique est augmenté. Un entretien avec le neurologue appelé pour bilan confirme qu’il est déjà trop tard pour que Mme F. bénéficie de cette méthode pour réguler ses angoisses.

Ce cas concret illustre une des limites de l’exercice de la sophrologie en milieu hospitalier.

Index

1- Christian Gagnaire, formateur à l’institut Rhône-Alpes de Sophrologie.

2- Rose-Marie Paradis, Cadre infirmier supérieur, C. H. de Mende. Mémoire de fin de formation de sophrologie 1er cycle. " Avec ceux qui accompagnent le crépuscule de la vie."

3- L’infirmier et les soins palliatifs. SFAP. "Approche complémentaire des soins page 200

Bibliographie

- Sophrologie. Fondements et méthodologie. Dr P-A. Chéné. Ed Ellebore

- "Avec ceux qui accompagnent le crépuscule de la vie". Rose-Marie Paradis. Cadre infirmier supérieur C.H. de Mende. Mémoire de fin de formation en sophrologie.

- L’infirmier (e) et les soins palliatifs. "Prendre soins: éthique et pratique". Collège de la SFAP. Ed Masson

- Bulletin N° 8 La parenthèse. Rencontres semestrielles des sophrologues de la région Rhône-Alpes, 24 juin 2000. Sophrologie et douleur, J. Lacour.

Valérie Hermann (24/03/2001)

voir aussi en rubrique exposés le sujet accompagnement de fin de vie suite

 

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