P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

Jacques Salomé à Nîmes

 

 

dernière modification de cette page le 19-sept.-2015

journal n° 16 du 26/06/2004

Conférence du 25 avril 2004

« De l’amour de soi à l’amour de l’autre »

A 9 ans, j’ai eu la tuberculose osseuse, je suis resté 4 ans dans le plâtre et je me souviendrai toujours de ces 4 années, la parole de ce médecin qui m’a dit « Salomé, vous vous en sortez bien, vous allez pouvoir vivre sur une chaise roulante » et ce mot m’a terrifié. J’ai mis 5 ans à apprendre à marcher.

La leçon de vie que j’ai tiré de cette expérience, c’est ne plus jamais me laisser définir par l’autre.

La 2ème expérience, c’est l’expérience amoureuse. A 18 ans je l’ai rencontrée et elle avait aussi 18 ans, et naïvement elle et moi nous pensions que puisque nous nous aimions, ça devrait suffire et que cela pourrait durer toute la vie. Cela n’a duré qu’un an et demi. Nous nous sommes séparés dans beaucoup d’incompréhension et de souffrance. La leçon de vie que j’ai tirée de cette expérience, c’est que l’amour n’est pas suffisant pour maintenir ensemble 2 êtres dans la durée. Il faut quelque chose de plus que l’amour : la qualité de la relation qui va nourrir cette relation. Pour qu’une relation d’amour puisse se transformer éventuellement en relation de couple dans la durée, il faut au-delà de l’amour une qualité de relation.

La 3ème expérience, c’est l’expérience professionnelle. J’avais quelques titres universitaires et j’ai commis l’erreur d’accepter un poste à responsabilité, et là j’ai découvert qu’il ne suffisait pas d’avoir l’étiquette directeur pour animer une équipe de 65 personnes, qu’il fallait aussi quelque chose de plus que je n’avais pas à l’époque. Il fallait animer donc du souffle et que ça passait aussi par une certaine qualité de la communication.

La leçon de vie que j’ai tirée de cette expérience, c’est que nous sommes tous des infirmes de la communication. Personne ne nous a appris à communiquer. Si vous voulez d’ailleurs avoir une idée de ce qu’est l’incommunication dans le monde aujourd’hui, essayez d’imaginer la circulation automobile dans laquelle chacun conduirait en fonction de ses propres repères de ses propres désirs, de ses propres aspirations personnelles. Vous auriez une idée de ce qu’est l’incommunication qui sévit aujourd’hui.

Pour ceux qui me connaissent, vous savez que je me bats depuis 30 ans pour qu’on enseigne la communication à l’école comme une matière à part entière.

Donc j’ai perdu mes premières naïvetés de début de vie professionnelle, je ne crois plus que cela viendra du haut, c’est-à-dire d’un ministère quelconque ou des personnes décisionnelles, je crois que cela viendra de vous, vous les parents. Il me semble qu’un jour vous allez descendre dans la rue, vous allez vous mettre en grève, pour qu’on enseigne la communication comme une matière à part entière, au même titre que l’histoire, la géographie, la biologie. S’il y a des enseignants dans la salle, ils doivent le savoir, je crains que dans 10 ans, peut-être dans moins, les enseignants ne puissent plus tenir les enfants à l’école, parce que ce qui manque le plus, c’est justement qu’on apprenne quelques règles de mise en commun. Parce que le mot communication veut dire cela, mettre en commun. La question va être quoi et comment.

L’autre expérience qui m’a beaucoup ébranlé, c’est l’expérience parentale. J’ai été père à 24 ans et demi, et je le dis aujourd’hui sans rougir, je fais partie de cette génération d’homme qui disait à sa bien-aimée – regardez mon geste – « les enfants, ma chérie, c’est ton affaire ». Je disais : « moi je m’en occuperai à l’âge de raison ». Je ne sais pas si ce mythe existe toujours. Cela voulait dire à mon imaginaire : à 7, 8, ou 9 ans, quand on peut discuter avec eux, quand on peut bricoler, quand on peut avoir une relation. Mais ma fille Nathalie n’a pas attendu d’avoir 7 ou 8 ans, elle a dû tirer quelque chose ici, le reste est venu et c’est elle qui m’a transformé en papa. J’ai beaucoup de reconnaissance pour mes enfants. Je suis le père de 5 enfants. Je ne serais pas l’homme que je suis si je n’avais pas eu ces 5 enfants. Les 46 livres que j’ai écrits, je les ai écrits pour eux, pour mes petits enfants, car je suis grand-père.

Une autre expérience qui m’a beaucoup ébranlé, c’est l’expérience du désamour.

Vous savez, toute la littérature universelle parle de cette souffrance qui peut naître chez quelqu’un qui aime, quand il n’est plus aimé par celui ou par celle qu’il aime. On parle donc de cette souffrance à ne plus être aimé.

Mais personne ne parle de cette incroyable souffrance qui peut exister chez un homme ou chez une femme d’aimer quelqu’un à la folie, d’être ensoleillé par son amour, et un matin, même si cela ne se déroule pas aussi brutalement que je l’énonce, et un matin de se réveiller et si on est honnête avec soi-même, on ne peut plus appeler amour les sentiments qu’on a encore pour l’autre. Cela peut être de la tendresse, de l’affection, de l’admiration, de la reconnaissance, mais ce n’est plus de l’amour. Vous savez qu’en français c’est incroyablement difficile de dire à quelqu’un « je ne t’aime plus », parce que c’est entendu comme « tu ne vaux rien, tu es mauvais, je te rejette ».

Non. Dire à quelqu’un je ne t’aime plus, cela veut simplement dire « je n’ai plus pour toi, ma chérie, les sentiments que j’avais jusqu’à aujourd’hui pour toi ». Et j’ai vécu cela dans une période difficile de ma vie, de ne plus aimer la femme que j’avais aimée, et je pleurais de rage, je pleurais de désespoir, j’avais une sorte de faille, j’avais le cœur froid, j’étais gris à l’intérieur alors que quelques mois avant j’étais lumineux, ensoleillé, je faisais des poèmes d’amour, j’étais porté vers elle. Et là je me trouvais paralysé, froid, sec.

Et vous savez comme moi qu’on ne peut pas se dicter d’aimer, pas plus qu’on ne peut dicter de ne plus aimer.

Ce que m’a fait découvrir la leçon de vie que j’ai tirée de cette expérience, c’est l’humilité. Combien nous sommes humbles, nous devrions être humbles devant ce que j’appelle quelques uns des mystères de l’amour.

Qu’est-ce qui fait que nous aimons, qu’est-ce qui fait que nous n’aimons plus, car nul ne sait à l’avance la durée de vie d’un amour.

Je sais bien que dans nos mythologies habituelles, nous souhaiterions faire rimer amour et toujours, et quand je parlais de cela avec mes filles, elle me disaient « tu ne sais pas ce que c’est, tu as oublié, tu es trop vieux … ».  C’est inacceptable pour elles d’imaginer que nul ne sait à l’avance la durée d’un amour.

 

J’ai divisé mon propos ce soir en 3 parties.

- Dans un 1er temps, je tenterais de démystifier, de clarifier quelques uns des malentendus qu’il y a autour de l’amour. Chacun d’entre nous a une idée sur l’amour, et des certitudes et des croyances, et c’est très difficile de déloger et de nous sortir des croyances que nous avons.

Je vais tenter de poser d’autres jalons possibles, au fond proposer des balises, des repères. Des balises qui vous disent « Avignon 45 km », ne vous disent pas que vous devez aller à Avignon, mais vous indiquent que si vous avez envie d’y aller, c’est plutôt dans cette direction et qu’il y a 45 km. Je vais vous proposer quelques balises pour mieux distinguer peut-être ce que j’appelle l’amour, de ce qu’on pourrait appeler des pseudo-amours.

- Dans un 2ème temps, je tenterais de répondre à la question d’une de mes filles. J’ai eu 3 filles, non je n’ai pas eu, je suis le père de 3 filles et de 2 garçons. Une de mes filles me dit « C’est quoi Papa, la source de l’amour ? »

ça vient d’où l’amour ? Parce qu’on dit on est tombé amoureux, comme on est tombé malade, comme si ça nous tombait dessus, comme si l’amour était quelque chose par là dans l’espace et que cela nous arrivait. Je ne crois pas cela. Donc je tenterais de partager avec vous quelques réflexions sur ce sujet.

- Le 3ème point que je voudrais développer : comment nourrir nos relations d’amour ? J’appelle cela le nourrissement de la relation, et cela répondrait à des leçons de vie que j’ai apprises.

Ce n’est pas l’amour qui maintient 2 êtres ensembles dans la durée, mais c’est la qualité de la relation qu’on peut se proposer l’un à l’autre, ou qu’on ne peut pas se proposer.

 

Pour ceux qui ne sont pas habitués à mes conférences, je montre ce dont je parle, j’utilise autrement dit des outils que j’enseigne au travers de la méthode ESPERE : la visualisation. Ici, je vais vous demander votre aide. Dans la vie vous n’allez pas appeler votre voisine du 2ème en disant « Veux-tu représenter l’amour que j’ai ou la colère que j’ai », vous utilisez des objets, peut-être des objets symboliques, une assiette, un verre un couteau, une boîte d’allumettes… Tout est bon pour visualiser, mais ici pour dynamiser la conférence, je vais vous demander de m’aider.

J’ai besoin de 2 personnes, un homme et une femme. Je prends l’amour hétérosexuel. Voici un homme qui rencontre une femme, et supposons, c’est le meilleur des cas, que cette femme ait des sentiments. Madame, vous symbolisez le bel amour qu’éventuellement cette femme aurait pour cet homme, et ce que nous souhaitons, c’est la réciprocité. Supposons qu’il y a réciprocité, et vous représentez, Monsieur, le bel amour.

Donc, qu’est-ce que c’est pour moi l’amour ?

Au risque de vous surprendre, c’est la rencontre de 2 sentiments : un sentiment qui est chez l’un et un sentiment qui est chez l’autre. C’est le meilleur des cas, parce que dans beaucoup de cas, il y en a un qui aime quelqu’un qui en aime un autre, ou bien quelqu’un qui n’est pas porteur pour l’instant d’amour. Et ils ne vont pas d’ailleurs se quitter. Celui-là va rester avec elle.

C’est pour cela que j’ai dit à mes filles très vite : « quand un garçon vous dira je t’aime, regarde bien où il a les yeux. »

Regardez bien où j’ai les yeux, je vous dis je t’aime, autrement dit, j’aime l’amour que tu as pour moi.

Cela c’est un pseudo-amour. C’est ce que j’appelle l’amour de consommation.

40% des couples sont dans cette dynamique-là. Il y en a un qui aime, et l’autre se laisse aimer. Parfois, ce n’est pas toujours dans ce sens là, parfois c’est lui qui aime et n’aime pas nécessairement se laisser aimer. Un amour de consommation.

Mais allons au meilleur, il y a réciprocité. Ils s’aiment, et c’est cela l’amour, la rencontre de 2 sentiments.

Et là, c’est un des mystères pour lequel je n’ai pas de réponse : qu’est-ce qui fait que parfois ces 2 amours telles 2 notes de musique, c’est la meilleure image que j’ai pour comprendre l’amour, vont vibrer ensemble, et ça va faire du Mozart. C’est ce dont nous rêvons tous. Et parfois ces 2 notes de musique se rencontrent et ne vibrent pas ensemble, elles font un couac et c’est un des drames de l’amour : ils ne vont pas se quitter, ils vont tenter pathétiquement de rester 10, 15, 20 ans ensemble en essayant de transformer ce couac en Mozart. Et je n’ai jamais vu un couac se transformer en Mozart.

C’est un des mystères de l’amour : qu’est-ce qui fait que cet amour de cette femme a pour cet homme ne s’accorde pas ?

Autre image : ça fait 100, on pourrait croire que quand ils se rencontrent, ça fait au moins 200, mais parfois ça fait 10 000. Il y a une sorte d’alchimie qui fait que ces 2 amours quand ils se rencontrent se magnifient, s’amplifient et font une sorte de feu d’artifice. d’autres fois ça fait l’inverse. Comme les confitures de ma grand-mère, ça réduit. Qu’est-ce qui fait que 100 + 100 ça ne fait plus que 50 ? C’est un des mystères de l’amour. Et la souffrance de certains couples, c’est que certains amours ne s’accordent pas. Cela n’a rien à voir avec on va se culpabiliser « je ne l’aime pas assez, je devrais plus l’aimer, je devrais accepter de faire plus souvent l’amour, etc… » Non, ça ne s’accorde pas. Quand je disais cela à mes filles, je les mettais hors d’elles. « Ce n’est pas possible, je sais que je l’aime, je sais qu’il m’aime donc ça devrait marcher. » Eh bien non ça ne marche pas toujours, ça ne s’accorde pas comme 2 notes de musique.

 

Alors, et parfois c’est ce que ma grand-mère appelait les sentiments “senti-ment”, qui parfois se développent en “ressenti-ment”. Cela entraîne parfois beaucoup de frustrations et de rancœurs, et de malentendus et de malaises dans ces 2 amours qui sont, je le répète, formidables chacun, et pourtant ça ne vibre pas ensemble.

Ce que je vous souhaite, c’est de rencontrer au moins une fois dans votre vie un sentiment chez vous et un sentiment chez l’autre qui s’accordent et fassent du Mozart. C’est ça que je souhaite à chacun d’entre vous.

Vous avez remarqué que j’utilise cet objet symbolique (une écharpe), qui symbolise pour moi la relation. Qu’est-ce qu’une relation ? C’est un tuyau, un canal, une passerelle dans laquelle va passer les messages de moi vers elle et d’elle vers moi.

J’ai mis 35 ans, et je regrette de ne pas l’avoir découvert avant, à découvrir ce qui me paraît aujourd’hui une évidence : nous sommes toujours 3 dans une relation : l’autre, moi et la relation qu’il y a entre nous. Avez-vous remarqué que cette relation (cette écharpe tenue à chaque bout par 2 personnes) a 2 bouts : un bout chez moi et un bout chez elle. Donc j’ai mis encore plus de 10 ans pour découvrir que je ne suis responsable que de mon bout.

Pendant plus de 40 ans, je voulais contrôler le bout de l’autre, je pratiquais ce que j’appelle la relation klaxon : tu tu tu, tu devrais te laisser pousser les cheveux, tu devrais t’habiller ainsi, maigrir, tu devrais avoir envie de faire l’amour quand j’en ai envie sinon tu n’es pas normale etc….

Je devais pressentir qu’une relation avait 2 bouts, et je vais vous dire comment je la maîtrisais à l’époque : j’étais un homme, alors voici comment je pratiquais avec ma bien-aimée, j’avais même perfectionné le système, ce qui fait que sur la fin de notre relation, elle me disait d’une voix de plus en plus faible « j’ai tout fait, étouffais, pour toi mon chéri » Elle m’a quitté.

Ce que je viens d’énoncer de façon simple c’est incroyablement difficile d’accepter cette règle d’hygiène relationnelle : je suis responsable de ce que j’envoie et je suis responsable de ce que je reçois. C’est celui qui reçoit le message qui lui donne un sens. Avec le même mot qu’elle m’envoie, je peux me consolider ou je peux me blesser. C’est celui qui reçoit un message qui lui donne un sens.

 

2 ou 3 personnes pour la suite : 2 dames et un homme.

Je vous ai dit qu’une relation, c’est un canal, un pont, une passerelle sur laquelle va circuler 2 types de messages : des messages positifs, il ne suffit pas que l’envoyeur envoie un message positif, il faut qu’à l’autre bout, nous sachions les accueillir. Or nous sommes souvent des handicapés du recevoir. Nous avons beaucoup de mal à recevoir en particulier des messages positifs. « Quand j’étais marié avec vous ma chérie, une fois je vous ai dit : Tu as des yeux qui ressemblent à des étoiles, c’est formidable. Elle me répond : Ah bon, c’est seulement aujourd’hui que tu t’en aperçois ? ….. » ou bien je la félicite : « vous avez un corsage X, qu’est-ce qu’il vous va bien, vous avez beaucoup de goût. Elle répond : « oui je l’ai acheté en solde ». J’adore le poisson, j’étais invité, l’hôtesse avait fait un poisson merveilleux, je la félicite « J’ai rarement mangé un poisson aussi bon ». Elle répond : « oui, j’ai un bon poissonnier…. ». Je ne parle pas de votre poissonnier, je parle de vous.

Voyez-vous, il ne suffit pas d’envoyer des messages positifs, encore faut-il que l’autre sache les accueillir.

J’ai besoin de 3 personnes pour montrer la suite.

Ce schéma que je suis en train de vous montrer : nous sommes toujours 3. Et dans une relation, on envoie des messages positifs et si on sait les accueillir, repérez bien ces 3 symboles, à travers eux je vais vous donner une clé importante sur ce qu’est la source de l’amour :

Si on sait accueillir les messages positifs, ça agrandit la vivance de notre vie, ça agrandit nos énergies, on devient énergétigène, on engendre de l’énergie et ça agrandit l’amour, la confiance, l’estime de soi. Quand je dis amour de soi, je ne veux pas parler de l’amour narcissique, je veux parler de cet amour de bienveillance, cet amour de respect, d’écoute de soi-même dont nous avons tous besoin.

Voici donc un des enjeux de ce que j’appelle le nourrissement » de la relation. Si dans une relation parentale, c’est ma mère et je suis là, elle m’envoie des messages positifs, des gratifications, ça grandit la vivance de ma vie, ça me donne plus d’énergie et j’ai plus d’estime d’amour de confiance en moi.

Mais malheureusement, on n’envoie pas que des messages positifs, on envoie aussi des messages caca, des messages toxiques. On en reçoit beaucoup dans la vie : « espèce d’idiot, tu ne comprends rien, tu commences 10 choses à la fois et tu ne termines rien, avec ton sale caractère personne ne t’aimera …. ». On dit cela avec beaucoup d’amour si on est parent, et paradoxalement, car sentiment et relation sont 2 registres totalement différents.

C’est mon fils : « je t’ai aimé beaucoup mon fils, et je peux déposer, et j’avais déposé, aujourd’hui passe leur dire de leur restituer. Ils venaient chez moi, ils avaient de gros paquets. « Dis, papa, j’ai encore trouvé ce message négatif que tu m’avais envoyé quand j’avais 12 ans…. » Et c’est très bon, parce que quand vous envoyez un message toxique négatif caca, ça blesse la vivance, ça devient énergétivore, ça blesse l’estime et la confiance en soi. Voilà le prix que nous faisons payer à ceux que nous aimons quand nous déposons dans une relation des messages négatifs. Or ça ne sert à rien de se dire, de se donner des injonctions, que vous le vouliez ou non, vous enverrez toujours des messages négatifs, parce que à ce bout là peut-être moi je suis persuadé que j’envoie un message positif, mais quand il arrive là-bas, puisque règle d’hygiène relationnelle, c’est celui qui reçoit le message qui lui donne un sens. Et donc, lui s’il le reçoit comme négatif, ça blesse la vivance de la vie, ça devient énergétivore et ça blesse l’amour et la confiance en soi.

Et voici ce que j’enseigne et je souhaiterais qu’on enseigne dans toutes les écoles dès l’école maternelle, quand les petits garçons et les petites filles reçoivent un message qu’ils ressentent comme négatif, on devrait leur apprendre à le restituer : « espèce d’idiot tu ne comprends rien » : on ne traite pas l’autre d’idiot, c’est le réactionnel, la cour d’école maternelle, c’est celui qui l’a dit qui l’est… Je ne fais pas du réactionnel, je fais du relationnel, donc je note le message : espèce d'idiot tu ne comprends rien, et je dis : maman, monsieur le professeur, c’est ton regard sur moi, c’est ton point de vue, et ce point de vue, je le laisse chez vous. Le jour où on apprendra en particulier aux petites filles quand elles sont tripotées par leur professeur de piano, et qu’elles disent à leurs parents je ne veux plus faire de piano, et leurs parents insistent et les repoussent dans les mains du professeur, le jour où cette petite fille dessinera des mains, les découpera et dira « je vous rends la violence de votre geste », il y aura moins d’abus, moins de violence sexuelle et moins d’auto-violence, dont nous sommes d’une incroyable habileté pour déposer chez nous.

Et bien la source de l’amour, elle est là.

J’ai cru longtemps que si on avait été très aimé de ses parents, l’amour, c’est comme un problème de vases communiquants : j’ai reçu beaucoup d’amour en amont de papa maman, donc puisque j’ai reçu je peux en donner en aval. Ma chérie j’ai reçu beaucoup d’amour, je vais pouvoir t’en donner.

Et bien non. J’ai mis longtemps à savoir aimer : jusqu’à l’âge de 30 ans je ne savais pas. Et même à 18 ans quand je croyais aimer, j’ai découvert que c’était beaucoup de pseudo-amour. J’ai découvert que l’origine de l’amour, ce n’est pas l’amour qu’on a reçu en amont, ce n’est pas quelque chose qui nous tombe dessus, c’est lié à la qualité des relations significatives (des personnes significatives dans notre vie ne sont pas nombreuses : parents, grands-parents, cousins, un professeur significatif…)

J’étais toujours dernier à l’école, et une année pendant 1,5 mois j’ai eu une remplaçante, et je suis devenu premier de la classe, tout le monde a cru que j’avais triché. Au début je faisais des bêtises, et pour m’en empêcher, elle me mettait sous le bureau, et j’essayais d’accéder au mystère féminin. Je n’ai jamais rien dit. C’est pour ça que je garde encore une nostalgie, je suis toujours fasciné par …. 

Ces personnes significatives, parents, amis, professeurs, plus tard partenaire conjugal, qui va nourrir la relation avec suffisamment de messages positifs pour confirmer la vivance de votre vie, pour vous rendre plus énergétigène et vous donner plus d’amour et de confiance en vous et d’amour de vous-même.

 

Mais nous ne recevons pas que des messages positifs. Nous recevons beaucoup, beaucoup, et paradoxalement, les personnes dont nous recevons le plus souvent des messages négatifs, ce sont nos proches.

Quand je pense aujourd’hui aux millions de messages que j’ai déposés sur chacun de mes enfants, je devrais rougir, rentrer sous terre, mais ce qu’il y a de formidable dans les relations humaines, c’est qu’on peut toujours achever une situation inachevée. Même quand papa est mort, je peux aller sur sa tombe et lui dire « je te restitue à travers ce petit objet symbolique, toutes les disqualifications que tu as déposées sur moi, je te les rends, c’était ton point de vue à toi sur moi, je ne le prends plus, je ne garde plus. Voilà ce que j’enseigne ».

J’ai besoin de 5 personnes (1 personne et 4 symboles)

Maud, une personne derrière, une à gauche, une devant.

Je vais tenter de répondre à cette question : d’où vient l’amour ?

J’ai cru longtemps que c’était un problème de vases communiquants. Je ne le crois plus.

L’amour que nous pouvons donner à quelqu’un est lié à l’amour de soi. Si je ne m’aime pas, il est vraisemblable que je ne peux pas aimer.

Vous symbolisez l’amour que Maud peut avoir pour elle-même, ce que j’appelle l’amour de soi. Cet amour de soi n’est pas l’amour narcissique égocentrique, mais cet amour de confiance, de respect, d’estime de soi-même. Donc vous symbolisez l’amour que Maud pourrait avoir pour quelqu’un. Si nous aimons quelqu’un, cela veut dire que nous sommes dans le don d’amour, nous avons quelque chose à donner en direction de l’autre.

Vous symbolisez le bel amour : si Maud s’aime, c’est pour des raisons qui appartiennent à son histoire, et en particulier si elle n’a pas reçu des personnes significatives de sa vie suffisamment de messages positifs ou qu’elle a reçu trop de messages négatifs qu’elle n’a pas restitués, je prétends et je suis sûr de ne pas me tromper, que Maud aura beaucoup de mal à s’aimer et donc qu’elle aura beaucoup, beaucoup de mal à aimer, par contre elle sera dans le besoin d’aimer, et dans un énorme besoin d’être aimée.

Vous sentez bien que besoin d’aimer et besoin d’être aimé, ce n’est pas des sentiments, c’est de l’ordre de la relation.

 

Un autre exemple de pseudo-amour : à une personne sur scène en donnant le tuyau : l’autre bout de la relation : je ne m’aime pas et je suis dans le besoin d’être aimé ou le besoin d’aimer, mais surtout le besoin d’être aimé. Et je dis je t’aime (tenez bien la relation, je vais la capter) ou le mouvement inverse : je t’aime veut dire ne me quittes pas...

Et l’autre dira mais je t’aime. Mais ce n’est pas de l’amour.

Le besoin d’être aimé n’est pas un sentiment, mais de l’ordre de la relation.

Ou un autre pseudo-amour moins violent physiquement mais autant psychologiquement : ce que j’appelle les amours de manque : je dis à l’autre je t’aime, et cela veut dire tu devrais m’aimer comme ma mère n’a pas su m’aimer, la salope. Autrement dit, je lui donne une mission. Ou : tu devrais m’aimer comme celle qui m’a quitté il y a 5 ans… : on donne des missions de sentiments, des diktats, des injonctions. On appelle ça de l’amour. Non nous ne sommes pas dans l’amour, nous sommes dans le pseudo-amour.

Voilà la démonstration : je prétends que si Maud s’aime, elle va être capable d’aimer et elle sera moins dans le besoin d’aimer (pas totalement car on en a toujours un peu besoin d’être aimé, elle aura beaucoup moins besoin d’aimer).

Pour moi, la source de l’amour, si Maud a de l’amour à donner, cela veut dire qu’elle s’aime, qu’elle a une capacité d’amour, de respect de bienveillance envers soi-même, et ce que je découvre aujourd’hui, c’est qu’il me semble qu’il y a de moins en moins de gens qui s’aiment. Allez à la sortie d’un lycée, d’un collège, regardez la façon dont beaucoup de jeunes ne s’aiment pas, la façon dont nous maltraitons notre corps.

Quand je dis par exemple à des gens connaissez-vous vos besoins relationnels ? J’ai l’impression que la plupart des gens sont des spécialistes, des experts, qu’ils savent qu’il leur faut du magnésium, du calcium etc... , mais quand je précise la question, vos besoins relationnels vous les connaissez ?, il y a un grand silence et je découvre avec stupéfaction que la plupart des gens ignorent complètement leurs besoins relationnels.

Je vais vous en citer 6 :

Les 6 grands besoins relationnels que nous avons, et s’ils ne sont pas respectés vous entendez bien l’amour de soi va en prendre un coup, la vivance bien sûr et l’énergie :

1 - Le besoin de se dire.

Mais le besoin de se dire avec des mots à soi, pas des mots qu’on a empruntés copiés. J’ai écrit 45 livres, mais j’ai commencé à écrire à 35 ans. J’ai découvert dernièrement dans un grand carton mes cahiers carnets que je tenais. J’ai commencé à écrire bien plus tôt, mais quand je lis ces carnets, je découvre qu’il n’y a rien de moi dessus, je copiais les pensées des autres. Je me nourrissais mais je n’avais pas accès à travers cela à ma propre parole. J’ose le dire aujourd’hui, ce n’est qu’à l’âge de 35 – 36 ans que j’ai entendu dans mes oreilles des mots qui sortaient de moi, qui étaient vraiment de moi, qui m’appartenaient.

Besoin de se dire avec des mots à soi. C’est un besoin très maltraité par notre culture : on s’exprime plus qu’autrefois, mais on communique moins.

2 - Besoin d’être entendu, mais d’être entendu dans le registre où je parle.

Quand je te dis : « ma chérie, je rentre du travail, il ne fait pas chaud, j’ai un peu froid ».

– Mais le radiateur est à 28 !

- Je ne te parle pas du radiateur, ma chérie…

Je me souviendrais toujours ce qui m’avait donné envie d’étrangler ma mère : j’avais 8 ans et demi, je rentre à la maison, je dis « maman je suis triste parce que la petite Marion que j’aime à la folie ne veut plus me parler » et tu me réponds « une de perdue, 10 de retrouvées ». Attends, je suis en train de te parler de ma tristesse. C’est ici que je veux être entendu, ce n’est pas que tu me parles de Marion, que ce n’est pas une fille pour moi, je ne me sens pas entendu. C’est cela qui m’a plongé dans un désarroi incroyable, que ce sont souvent les personnes les plus proches de moi qui étaient le moins capables de m’entendre dans le registre.

Et je découvre que je répétais le même système : 30 ans plus tard, voici ma blonde, elle rentre un soir du travail à me dire « j’en ai assez, mon chef de service essaie de me pincer les fesses » et je lui réponds « il a 63 ans et dans 2 ans il est à la retraite » elle m’a regardé et dit tu entends ce que je te dis ?, c’est de moi que je te parle, c’est moi qui me sens humiliée et tu me parles du chef de service, je ne me sens pas entendue.

C’est un des drames de l’écoute qu’on parle ici et l’autre nous entend là ou là, mais rarement là où on le dit, on n’est pas sur la même longueur d’ondes.

En matière de relations humaines : c’est une femme que j’aime, elle me dit quelque chose d’elle important. Un jour elle me dit : je reçois un coup de téléphone de ma mère, elle est inquiète et a peur d’avoir un cancer. Et moi : ta mère elle se plaint toujours, elle doit toujours inventer quelque chose….

Vous croyez qu’elle se sent entendue, elle ? Elle est en train de me dire je suis inquiète. Elle me parle de sa mère, mais ce n’est pas là qu’il faut écouter. Il faut entendre non pas ce dont on parle mais celui qui parle si on veut être entendu. Est-ce clair ?

3 - Besoin d’être reconnu.

Mais reconnu tel que je suis et non pas tel que tu voudrais que je sois papa ou mon patron ou mon conjoint.

Je me souviendrais toujours de mon fils Bruno qui est venu vers moi avec 4 photos de lui. Sur la 1ère, il avait mis du chewing-gum, des taches d’encre, il l’avait froissée, il m’a dit : Papa tu ne vois que ce Bruno là, celui qui fait qu’on te convoque tous les 8 jours à l’école et je sais que tu n’aimes pas ça et ça te fait passer pour un mauvais père. Mais je ne suis pas que ça : regarde la 2ème photo : est-ce que tu sais que je suis le meilleur goal du collège ? la 3ème photo : est-ce que tu sais que je suis le meilleur copain à la vie à la mort pour 2 copains de ma classe, est-ce que tu sais que je suis le grand amour de la petite Christelle dont je ne t’ai jamais parlé ? Je ne suis pas que ce Bruno là. Je ne veux pas être reconnu uniquement dans ce qui te dérange, dans ce qui t’inquiète, ce qui te gêne, je veux aussi être reconnu aussi dans toutes mes autres potentialités.

4 - Besoin d’être valorisé, d’avoir le sentiment que j’ai une valeur.

J’aurais rêvé de rencontrer un enseignant qui me dise : Salomé, dans une dictée de 80 mots tu en as écrit 75 de justes. J’aurais aimé que dans ma dictée en bleu ou vert il souligne les mots justes. Bien sûr qu’il va souligner les fautes, peut-être que j’en aurais 5 ou 6, mais vous sentez bien que je ne me développe pas en terme d’énergie de confiance de vivance, sur les mêmes bases si chaque fois j’ai 5 fautes et zéro et donc je suis un nul.

Qu’est-ce qui fait que nous voyons souvent ce que l’autre n’a pas fait ? J’ai écrit 3 livres avec Sylvie Galland, elle dirigeait l’hôpital de jour pour enfants de Lauzanne. C’est, après Françoise Dolto, la plus grande thérapeute d’enfants que j’ai connu. J’ai travaillé 25 ans avec elle, elle me racontait un petit épisode de son enfance. Elle disait : j’avais 7 ans, mes parents me disent on va chez des amis, ils n’ont pas d’enfants, on sait que ce n’est pas marrant pour toi, mais on t’estime assez grande, si tu veux, on te laisse pour garder la maison. Elle disait j’étais toute fière, assez grande pour garder la maison ! Et pour leur faire plaisir, elle prépare le gâteau de pomme d’api, arrivée des parents, et la mère : Tu as vu dans quel état tu as laissé le four ! Elle m’a dit : j’ai pris le gâteau que j’avais fait avec cet amour, il n’y avait pas que de la farine et du sucre, j’ai été le jeter aux toilettes, j’ai reçu la plus grande fessée de ma vie.

Qu’est-ce qui a empêché cette femme de voir le gâteau en premier ?

Si votre enfant rentre de l’école, vous lui dites : tu fais bien d’arriver, tu as vu dans quel état tu as laissé ta chambre ? Vous croyez que c’est cela dont il a besoin quand il rentre de l’école ? Que vous mettiez le doigt sur ce qu’il n’a pas fait ?

C’est cela le besoin d’avoir le sentiment que j’ai une valeur, une place au monde, se dire être entendu, reconnu, valorisé.

5 - Besoin d’intimité.

Remarquez qu’à une certaine époque, vos enfants mettent sur la porte de la chambre « défense d’entrer, frapper avant d’entrer ». Mes enfants qui partageaient la même chambre avaient tracé un trait à la craie : c’est chez moi, c’est chez toi, tu dois demander la permission…

Ce besoin d’intimité est aujourd’hui violenté. Violenté par le bruit, par la télévision, par l’irruption de l’extérieur. C’est un besoin en souffrance.

6 - Besoin d’influencer autrui.

Au fond qu’est-ce que c’est qu’une relation vivante ? C’est une relation où il y a alternance des positions d’influence. Je veux bien être influencé par toi, mais à certains moments je voudrais aussi que tu acceptes un peu de mon influence. Vous savez comme moi que dans beaucoup de relations, en particulier dans les couples, très rapidement les relations se figent parfois comme ça, mais plus souvent comme ça. Vous savez comment commence la révolution relationnelle dans un couple ? Quand l’un des 2, devinez lequel, dit à table : tiens il n’y a pas de sel aujourd’hui ? et que l’autre se lève confus : excuse-moi. Non elle ne devrait pas se lever, mais devrait dire : « A ton bout de la relation, c’est toi qui a besoin de sel ? » Bien sûr qu’elle peut se lever, mais 25 ans après, elle se lève toujours.

Une de mes amies me disait : je suis sur le divan, mon mari est sur le divan et regarde son match de foot préféré, il me dit d’une voix dolente : il reste de la bière au frigidaire ? Je peux me lever et la lui ouvrir, mais 25 ans après on n’est plus dans une relation d’amour mais d’asservissement, d’aliénation dans laquelle l’un des 2 a mis l’autre au service de ses besoins ou de ses désirs.

Il y a d’autres besoins : de rêver, d’espérer, etc… qui ne sont pas beaucoup respectés. Mais je prétends qu’il n’y a qu’à écouter : nous sommes dimanche, revenez en arrière depuis lundi, essayez d’écouter en vous …

Ce besoin de se dire, d’être entendu dans le registre où je parle, être reconnu valorisé, et besoin d’une intimité, je prends cet exemple : j’appelle au téléphone, votre mari décroche, je dis je voudrais parler à Françoise – de la part de qui ? – Je réponds toujours je vais lui dire moi-même.

Je trouve scandaleux, c’est une adulte, le téléphone ne s’adresse pas à lui, elle dira si elle veut répondre ou pas. Cette sorte souvent d’intrusion dans l’intimité : qui as-tu appelé, qu’as-tu fais ce soir, où vas-tu ? …  Nous avons comme ça dans les couples beaucoup d’intrusion, et c’est violent. J’ai une règle qui consiste à ne jamais se justifier, ne jamais répondre à des questions qui paraissent intrusives.

Si je sors avec elle et que tu parais inquiet, tu me parles de ton inquiétude et je ne vais pas répondre qui c’est, qu’est-ce qu’elle représente pour toi… Parle-moi de toi, je suis prêt à parler de ce qui se passe dans notre relation, je ne parlerais pas de ce qui se passe ici. Règle d’hygiène relationnelle : ne jamais mettre dans une relation ce qui appartient à l’autre.

C’est pour cela, je vous choque peut-être, et je m’élève contre cette sorte de terrorisme de la transparence : « oh ma chérie, on se dira tout, on ne fera pas comme les autres. Tu vois j’ai rencontré une femme, si tu savais comme c’est bon de faire l’amour avec elle… je n’ai jamais eu autant de plaisir. Tu es contente ma chérie ? Je te dis tout. »

Je caricature, mais il y a parfois un véritable sadisme à mettre dans une relation ce qui appartient à une autre, et donc à blesser cette relation.

Ma règle à moi, c’est parle-moi de toi si tu es inquiète, je suis prêt à entendre ton inquiétude et écouter ce qui se passe dans cette relation, dans l’idée que peut-être il se passe quelque chose de moi avec une autre, et cela ne t’appartient pas, cela m’appartient. Je sais que je choque beaucoup quand je dis cela, mais vous faites comme vous voulez, si vous voulez entretenir ce mythe du tout se dire et du terrorisme qu’il y a dans cette dynamique.

Quand je parlais du « nourrissement » de la relation, et je répète ce nourrissement va agrandir la vivance de sa vie, l’énergie, l’amour de toi, j’ai beaucoup parlé de l’amour de soi la confiance l’estime, mais je devrais parler de la vivance de la vie.

Il me semble que c’est ce qui est le plus blessé aujourd’hui dans l’histoire de chacun d’entre nous, que les hommes et les femmes d’aujourd’hui ont moins de vivance que les hommes et les femmes d’autrefois. Sous Napoléon 1er, il y avait 1,5 milliard d’habitants. Aujourd’hui près de 6 milliards, 4 fois plus. Il me semble qu’il y a moins de vivance dans ces 6 milliards que dans les 1,5 milliards de Napoléon même si la durée de vie était 2 fois plus courte et les conditions de vie incroyablement plus difficiles.

Je ne crois pas que les dangers qui nous guettent sont les Chinois, la bombe atomique, je crois que c’est la dévitalisation, la dévivance de la vie par le fait qu’aujourd’hui on communique moins qu’autrefois. Je ne suis pas un passéiste, je ne dis pas qu’autrefois c’était mieux. Ce que je suis en train de dire, c’est qu’autrefois les conditions de la communication existaient.

Je prends un exemple. Papa, maman, mais je suis il y a 100 ans dans une famille élargie, c’est-à-dire dans un périmètre de 150 mètres : papa, maman, grand-père, grand-mère, cousins, tonton, tata. Donc je suis en conflit avec toi papa, ce n’est pas grave j’ai toujours quelqu’un à qui parler, peut-être même le chien de la ferme. Aujourd’hui, il y a ce qu’on appelle, écoutez ce mot horrible, la famille nucléaire : papa, maman, ma sœur et moi sur 80 m2 de HLM, je suis en conflit avec toi, tu es déjà en conflit avec ta bonne femme, avec qui je vais parler ? les Goldorack ?

Vous n’avez pas été surpris de voir la passion des enfants pour ce qu’on appelle les sitcoms ? C’est-à-dire des films qui passent entre 16h30 et 19h, qui mettent en scène des familles où il y a des pères qui rient, des frères et des sœurs, il y a plein de blagues, c’est un peu américain, latino ou africano-américain. Ils ont accès à une sorte de communication irréelle qu’ils ne rencontrent pas dans leur propre famille.

Nous avons fait des mauvais choix : on a développé la communication avec le lointain au détriment de la communication avec le prochain. En 3 secondes j’appelle quelqu’un à Tokyo, mais je mets 6 mois à adresser la parole à ma voisine de palier. Les Américains friands de statistiques ont calculé que la durée moyenne de communication dans le couple américain : 2,5 minutes par jour. En France : c’est le double… 2 couples sur 4 se séparent. Et s’ils se séparent, ce n’est pas qu’ils ne s’aiment plus, c’est parce qu’ils ne savent pas se proposer des relations.

Je vais vous présenter le système anti-relationnel dans lequel nous nous sommes tous développés depuis des générations, et que nous avons reçu en amont de nos parents, et que, c’est mon cas, j’avais transmis dans un premier temps à mes enfants. Ce système, je l’appelle le système SAPPE : S comme sourd, A comme aveugle (ça me rend aveugle à l’essentiel), P comme pernicieux, P comme pervers, non que je sois pervers mais il m’est arrivé de proposer des relations perverses à ceux que j’aimais, proches de moi, et E comme énergétivore.

C’est dans le sigle que j’ai formé le système SAPPE. C’est celui qui naît dans la famille, qui est entretenu par l’école, pérennisé par le monde du travail, et comme nous sommes un peu comme Obélix tombé dans la marmite de potion magique, nous sommes tombés dans la marmite du système SAPPE, il nous colle à la peau. Et pendant des années, je l’ai pratiqué. Souvent on le reconnaît mieux chez les autres. En le voyant chez les autres, vous pouvez être sûr qu’il est chez vous, c’est un miroir. Comment vous le reconnaissez ?

Ce système SAPPE fonctionne avec des injonctions. On parle sur l’autre au lieu de parler à l’autre :

Tu devrais te laisser pousser les cheveux, tu vas arrêter d’embêter ta sœur, tu pourrais aider ta mère à mettre la table etc….

C’est l’abus de la relation klaxon tu tu tu, ce qui faisait dire à ma grand-mère que le tu tue.

Donc arrêtons de pratiquer les messages à base d’injonctions et utilisons les messages à base de « je ».

Au lieu de dire : tu devrais te laisser pousser les cheveux, je peux dire : je te préfère avec des cheveux longs, je suis très irrité quand je te vois te disputer sans arrêt avec ta sœur, etc…

Apprendre à parler de soi à l’autre plutôt que de parler sur l’autre. C’est comme cela qu’on nourrit la relation, parce que si on parle sans arrêt sur le bout de l’autre, on ne nourrit pas la relation, il n’y a personne, vous n’existez pas si vous parlez sur l’autre. Si vous commencez à parler à l’autre, vous commencez à exister pour l’autre et donc il peut se construire, s’affirmer, développer la vivance, l’énergie, l’amour de soi…

Injonctions, disqualifications, dévalorisations… : on voit toujours ce que l’autre n’a pas fait.

C’est ma fille : elle arrive au petit déjeuner, elle ne s’est pas peignée, peut-être que je peux remarquer qu’elle s’est nettoyé les ongles, que son cartable exceptionnellement est déjà prêt, est-ce que je peux remarquer cela ?

Mais nous voyons souvent la dévalorisation disqualification. Je suis frappé de voir que dans les relations proches, des gens qui s’aiment se disqualifient.

Chez des amis, l’hôtesse qui nous accueille, commence à l’égard de son mari : Ah tu as encore oublié de déboucher le vin, tu sais bien que… Qu’est-ce qui a empêché cette femme de parler à son bout et de dire – responsabilisation – j’ai oublié de te rappeler de déboucher le vin. Cela c’est une relation claire.

Mais tu as oublié, alors il s’excuse, il va vers la cave, et avant même qu’il ne descende : Ne fais pas comme la dernière fois ne confonds pas le bordeaux et le bourgogne….

Moi je serais déjà parti : à mon âge, 2 disqualifications coup sur coup c’est trop. Mais lui continue.

Puis il commence à déboucher, et 3ème disqualification : et fais attention, tu laisses toujours du liège.

J’étais atterré, je disais ils vont faire l’amour ceux-là ?... Je suis stupéfait de voir que des gens qui prétendent s’aimer se disqualifient par des petites phrases. On disqualifie devant les amis ! il s’applique verse et dans le verre de sa femme un minuscule bout de liège, et elle triomphante regardez…

Ce jour là j’ai décidé de ne plus jamais accepter une invitation quand ils sont ensemble, ils sont très sympathiques séparément, surtout lui...!

 

Injonction, disqualifications, dévalorisations, menaces chantages :

Tu finiras au bagne. Si tu peux me faire cet enfant, je peux me marier avec vous. Vous avez déjà 2 enfants, vous en souhaitez un 3ème mais lui non, alors si tu ne veux pas me le faire, je vais le faire avec un autre….

Qu’est-ce qui fait que nous ayons besoin comme ça de déposer des menaces, des chantages ?

Et ça aussi dans le système SAPPE, c’est redoutable : la culpabilisation.

La culpabilisation, c’est rendre l’autre responsable de ce que l’on ressent. Moi je faisais pleurer le petit Jésus… Depuis il me téléphone et me dit ne t’inquiète pas, j’ai bien d’autres raisons de pleurer que les bêtises que tu faisais…

La culpabilisation, c’est certaines mères qui vous appellent en général le vendredi soir avec ce genre de coup de téléphone : Allo ma chérie, tu vas bien ? parce que tu sais moi ça ne va pas du tout.. Là déjà votre soirée est foutue ! Le temps qu’elle ajoute : ne t’inquiète pas – il faut dresser l’oreille – j’ai été chez le docteur il m’a donné pour 120 euros de médicaments… C’est le week-end qui est foutu ! Et si elle ajoute : et ta sœur est venue elle…

C’est ça la culpabilisation, c’est de rendre l’autre responsable.

La culpabilisation, c’est l’équivalent d’un cancer : ça tue les cellules vivantes d’une relation. C’est d’ailleurs typiquement français. La France est un des pays où on cultive ++ la culpabilisation.

Exemple : ma chérie, quel besoin as-tu de faire tes études aux Etats-Unis, tu as vu dans quel état est ta mère, et s’il lui arrivait quelque chose pendant que tu es là-bas ? ... Elle va partir tranquille ? Elle va partir et revenir avec 35 kg de plus. Souvent la culpabilisation, ça se paie avec beaucoup de poids, il faut faire le poids.

 

Injonction, culpabilisation, dévalorisation, culpabilisation, menaces, chantages, et ça surtout : maintien des relations dominant – dominé.

C’est-à-dire dans une relation, il y en toujours un qui veut avoir raison, qui veut dominer l’autre : Mais chérie si tu m’aimais, tu devrais aimer ma mère, le foot, et faire l’amour quand j’en ai envie… C’est terrifiant.

Ce système de SAPPE, je l’ai pratiqué pendant des années. C’est aujourd’hui mes enfants qui m’alertent, me disent, mais pourtant je tente d’enseigner l’inverse, ce que j’appelle la méthode ESPERE, une autre façon de communiquer que je souhaiterais qu’on apprenne à l’école, une façon de communiquer sur un mode moins violent, avec moins d’auto-violence.

Parce que quel est le prix que nous payons ? D’abord l’auto-violence. Nous nous faisons beaucoup d’auto-violence. Nous avons besoin d’un béquillage médicamenteux. Va-t-on continuer à vivre ainsi ?

Avez-vous remarqué que malgré les progrès fabuleux de la médecine et de la chirurgie, il y a de plus en plus de gens malades. C’est une des impasses de la médecine. Aujourd’hui on sait soigner, on sait difficilement guérir. Pour guérir il faudrait avoir accès au sens de la maladie. La médecine d’aujourd’hui sait repérer les causes et soigner les conséquences des causes. On sait soigner, on sait plus difficilement guérir. 53% de la population des hôpitaux sont des malades récurrents qui viennent déposer chaque 4 ou 5 ans une nouvelle mise en maux parce qu’on n’a pas entendu les mots. Quand il y a le silence des mots, se réveille la violence des maux.

J’ai beaucoup écrit là dessus, j’ai été chargé de cours à l’université, je tentais de faire de la formation post-universitaire de médecins et d’enseigner cela, que les maladies sont des langages métaphoriques, symboliques, avec lesquels nous tentons de crier l’indiscible, de dire les blessures de notre histoire.

 

Je voudrais vous présenter les 5 grandes blessures que nous recevons la plupart du temps dans notre histoire, et c’est souvent la présence, la réactivation, le réveil d’une de ces blessures qui dans nos relations contemporaines font que souvent on n’est pas un bon compagnon pour soi, font que souvent on ne s’aime pas, et donc ne s’aimant pas on a du mal à aimer, alors qu’on crève d’être aimé, alors qu’on veut ? Et c’est une sorte de cercle vicieux qui tourne sur lui-même.

Ces 5 grandes blessures, c’est la trahison (Nous avons tous été trahis un moment par quelqu’un de significatif), l’humiliation, l’injustice :

Par exemple à l’âge de 8 ans pendant une année scolaire et encore 2 autres, j’ai été accusé d’avoir volé le porte-monnaie d’un camarade, et ce n’était pas moi. J’ai été vu comme un voleur, et les années suivantes, j’ai porté cette étiquette, donc j’ai vécu dans mon histoire beaucoup, beaucoup, cela aurait été aujourd’hui, je suis très sensible à l’injustice, y compris tout à l’heure quand il y avait ¼ d’heure de retard pour le début de cette conférence, ça a réveillé cette blessure en moi, et j’étais prêt à partir parce que je me sens un peu blessé, on ne me respecte pas en ne tenant pas compte de ce que moi je suis à l’heure. Bien sûr les organisateurs n’ont pas à tenir compte de ça, ne savent pas qu’ils réveillent des réactions disproportionnées par rapport à un incident apparemment banal, si le conférencier précédent a commencé en retard c’est normal qu’il déborde sur son heure mais moi, à l’autre bout de la relation, si on ne sait pas que ça réveille des blessures anciennes ça provoque un certain nombre de tensions et de conflits.

Trahison, humiliation, injustice, sentiment d’impuissance :

Quand un plus grand vous met la tête dans le ruisseau, ou que papa a toujours raison ou qu’un plus fort etc…

Sentiment de rejet et d’abandon

Ce sont les 5 grandes blessures.

Qu’est-ce que cela veut dire quand on dit j’ai une bonne relation avec quelqu’un ?

On va dire que c’est une femme extraordinaire et un homme exceptionnel, mais cela veut dire que nos blessures anciennes ne sont pas réveillées dans la relation. Donc tant que je n’envoie pas des messages dans la relation qui réveillent ces blessures, nous avons une relation formidable.

Ce qui existe dans un couple, une relation professionnelle, une relation de proche, quand on dit : je ne comprends pas, je m’entendais avec elle et aujourd’hui ça ne va plus du tout. Cela veut dire que soit elle a remis à jour une de mes blessures qui se remet à saigner et la relation est difficile, ou moi j’ai remis à jour une blessure. Autrement dit, dans une relation, ce n’est pas ce que j’ai dit, ce que j’ai fait, pas dit, pas fait qui est important, c’est ce que ça touche en moi. Ce qu’elle a dit, pas fait, pas dit : qu’est-ce que ça touche chez moi, une ancienne blessure qui est réveillée. Je suis en désarroi, en souffrance, et ça commence à déraper dans la relation, et l’amour que je peux avoir pour vous à ce moment risque de ne plus avoir de valeur parce que ce n’est plus un adulte qui est en face d’elle, c’est un ex-enfant blessé. C’est pour cela qu’on croit voir dans un couple 2 adultes, en fait il y a parfois un adulte et un ex-enfant, ou même un enfant et un enfant, et vous savez comme moi que les enfants sont d’une habileté incroyable pour réveiller l’ex-enfant qui est en vous et les blessures qu’il a. Souvent il n’y a pas un adulte et un enfant, mais 2 enfants en présence et parfois le plus petit des 2 n’est pas celui que vous croyez.

Je vous remercie. Merci à vous.

Je pourrais dire encore beaucoup de choses, j’ai tenté de poser quelques jalons, quelques balises.

Je ne sais pas si vous souhaitez m’interpeller…

 

Questions du public

Madame demande si après cette présentation, un exemple :

Vous avez découvert qu’il était alcoolique, vous le quittez et 2 ans après vous retombez sur un alcoolique suicidaire… Qu’est-ce qui fait que ça ne va pas marcher dans cette relation ?

- ?

- Vous pensez que vous avez la peur d’être heureuse en vous ? OK prenez cette peur, il y en a plein.

Donc vous ouvrez une relation avec la peur que ce salaud risque de me rendre heureuse. C’est ce qu’on appelle un couple.

Prenez votre peur. Je vais vous dire quelque chose que je n’ai découvert qu’à 50 ans : et je regrette de l’avoir découvert si tardivement car cela aurait changé ma vie : j’ai découvert ceci que derrière toute peur il y a un désir. Vous pouvez tourner cette question dans tous les sens. Si j’ai peur que tu me quittes, quel est mon désir ? : que tu restes le plus longtemps possible. Si j’ai peur d’être licencié par mon patron, que maman meurt, ça on devrait l’apprendre à l’école, la grande fonction des peurs c’est de cacher les désirs. Derrière toute peur il y a un désir.

C’est une découverte fondamentale.

Donc si vous avez peur d’être heureuse, quel est votre désir ? C’est à vous d’écouter, écoutez bien… Si c’est le désir d’être malheureuse vous tombez bien en choisissant celui-là… et il va vous rendre malheureuse…

 

Quand je pense aujourd’hui aux millions de peurs que j’ai déposées sur mes enfants : fais attention tu vas tomber, te brûler etc… Si j’avais entendu plus tôt que derrière toute peur il y a un désir. Vous vous rendez compte la relation différente que je propose !

J’habite à Roussillon, je vais le samedi au marché d’Apt. Pendant des années j’y suis allé avec ma peur de ne pas trouver de place de parking. Je n’en trouvais jamais. Depuis que j’ai découvert que derrière toute peur il y a un désir, vous voyez la différence, je trouve toujours la place du parking. Vous pouvez faire l’expérience quand vous voulez. Vous n’êtes pas dans la même énergie, ni dans le même mouvement quand vous êtes dans l’ordre du désir ou de la peur.

Je n’ai pas répondu à votre question, mais je vous invite vraiment à écouter et essayer de symboliser avec des objets.

J’ai peur d’être heureuse et justement je vous poserais une 2ème question (ne me donnez pas la réponse, c’est votre travail à vous) : A qui ferais-je de la peine si je prenais le risque d’être heureuse ? Essayez d’écouter cela en vous. Est-ce que je rendrais malheureuse maman ? Votre mère a-t-elle perdu un enfant ? non ? demandez-le lui.

Je vais inventer une histoire : si maman a perdu un enfant, peut-être un garçon, il y a une incroyable tristesse et peut-être je ne prends pas le risque d’être heureuse comme si je risquais de faire encore plus de peine à maman si j’avais du plaisir. J’invente… C’est à vous de vous interroger : à qui je ferais de la peine si je prenais le risque d’être heureuse. Je ne sais pas si je suis clair ? Elle m’a téléphoné ce matin à 6h votre mère et m’a dit : si tu vois ma fille, dis-lui que c’est possible quand même, c’est ma tristesse à moi d’avoir perdu un enfant. C’est vrai qu’en enfant fidèle, elle en a pris une partie sur ses épaules, elle pourrait me la restituer symboliquement.  Dites à votre mère qu’elle ne m’appelle pas à 6h du matin….

 

- Autre question dans le public : à quoi correspond la peur irraisonnée de la maman de voir un enfant risquer toutes sortes de dangers, à quels désirs correspond cette peur ?

- S : Je suis votre fils : à quelle peur pensez-vous à mon sujet ?

- Peur que vous vous fassiez violer dans le métro par exemple le soir en rentrant.

- S : Comment vous savez ça ? vous avez vu que je marche les fesses serrées ? ... Madame, si j’ai bien entendu, c’est surtout vis-à-vis de votre fille que vous avez cette peur là ?

- En fait c’est ma belle-fille qui a peur de tout. Elle a peur que ses filles se fassent violer dans le métro.

- S : cette mère a une relation maternelle avec sa fille, pour des raisons qui lui appartiennent elle a une relation avec sa peur ; elle ne sait pas pour l’instant que derrière toute peur il y a désir : que sa fille puisse sortir le soir sans courir le risque de se faire violer. C’est clair ? Si cette femme n’est pas ambivalente, vous pouvez faire cela avec votre belle-fille : prenez des objets des photos pour symboliser. Vous lui dites : tu as une relation avec ta fille, il me semble que dans cette relation tu fais beaucoup passer la peur qu’elle puisse se faire violer, et j’entends que le désir. Si tu as peur que ta fille, ma petite-fille, se fasse violer, c’est que vraisemblablement tu as le désir. Je crois qu’il vaudrait mieux montrer cela à votre fille plutôt que cela, et pour le monter il faut un objet symbolique : quand tu sors le soir, j’ai vraiment le désir que tu rentres en entier, que tu ne sois pas agressée sexuellement. Comme ce désir est important pour moi, de temps en temps je vais l’amener au cinéma acheter 2 places, une pour mon désir et une pour moi. Je vous assure que quand une petite fille a l’adulte devant lui : Tu ferais ça pour ton désir maman !. Je ne sais pas si vous entendez le message de force, de structuration, de confirmation que cela comporte.

J’ai eu 5 enfants, j’ai déposé beaucoup de peurs sur mes enfants, y compris sur ce fils Bruno. Les autres, des grosses têtes, Bruno à 17 ans a arrêté ses études. Cela m’a fait beaucoup de peurs. Il m’a dit c’est mon désir de travailler, j’entends que toi tu as le désir que je fasse des études, occupe-toi de ton désir papa. Je l’ai fait : comme j’avais payé des études aux autres jusqu’à 26 ans, je m’étais engagé, j’ai ouvert un compte en banque, compte pour mon désir que Bruno fasse des études et j’ai versé sur ce compte en lui disant : Je m’occupe de mon désir, j’espère que tu t’occupes du tien qui est de travailler. Il m’a dit donne moi juste 2 mois, il ne m’a jamais demandé d’argent. Pendant 9 ans, de 17 à 26 ans, j’ai versé dans ce compte pour mon désir. A 30 ans il est venu me voir et m’a dit : j’ai changé de désir, j’ai un nouveau désir et je veux être pilote.

Ecoutez ma réaction, moi qui enseigne aux autres : j’ai dit mais pour être pilote il faut avoir fait des études. Il m’a dit : tu retardes papa, sur internet il y a 9 écoles dans le monde qui prennent sur test, et je suis accepté à Dallas.

Moi, 2ème disqualification, au lieu de voir tout ce qu’il avait déjà fait dans son désir, je continuais à le disqualifier : tu ne sais même pas parler anglais. Lui : ce n’est pas grave je suis admis, je rentre dans 4 mois, je peux apprendre. Non seulement il a appris l’anglais, mais il avait acheté un logiciel d’Air France où on atterrissait et on décollait, ce qui fait que dans sa promotion, ce n’est pas parce que c’est mon fils, quand les autres ont eu leur brevet, lui a passé le diplôme d’instructeur aux Etats-Unis. Cet enfant qui m’avait fait beaucoup de peurs, qui m’a paniqué quand il a dit j’arrête mes études, derrière toute peur il y a un désir. Si j’ai peur qu’il échoue, devienne un clochard, il y a un désir, mais dans notre culture, on ne sait pas que c’est à ce bout là, c’est moi qui ai le désir que tu fasses des études, c’est à moi. Ce qui fait qu’à 30 ans, il m’a dit : Tu as toujours le désir que je fasse des études ? je lui avais parlé de ce compte, il ne m’a jamais demandé d’argent, je lui ai remis bien sûr, il a pu payer ses études.

Je reviens rapidement sur la situation. C’est cette femme, votre belle-fille, pour des raisons qui lui appartiennent, elle a des peurs. Derrière toute peur il y a un désir. Donc vous êtes très démunie dans la relation que vous avez : vous ne pouvez lui dire que ça. Elle fait ou ne fait pas, mais vous pouvez lui dire : je ne crois pas, parce que ça n’aidera pas une petite fille sur le chemin de l’école de partir avec cette peur sur les épaules. Donc c’est important de lui dire : tu le fais, tu ne le fais pas. Il est possible qu’elle ne puisse pas le faire dans un premier temps, mais elle peut découvrir que cela existe, que derrière toute peur il y a désir.

 

Dernière question :

Vous avez dit tout à l’heure votre mère a-t-elle perdu un enfant. Moi je suis entre 2 frères et ma mère a perdu 2 enfants un garçon et une fille avant notre naissance.

S - Prenez votre mère. Si j’ai bien entendu, cette femme, votre mère a perdu 2 enfants. Ma thèse à moi, je prétends que toute perte, rupture, séparation, fait violence à celui qui la subit. Cette femme qui a perdu 2 enfants, cela lui a fait violence, je le symbolise. Le premier geste que je vous inviterais, c’est d’aller sur la tombe de ces enfants, je sais que je scandalise quand je dis ça mais je souhaiterais être entendu, et avec un objet symbolique, lui dire : je te rends la violence que ta mort m’a fait, (je ne dis pas que cet enfant est violent). Il semble que cette femme ne l’a pas rendue, et je crois, on appelle ça les loyautés et les fidélités invisibles, je pense que certains enfants ont des fidélités invisibles, c’est-à-dire sentent la souffrance, la violence et tout se passe comme s’ils disaient : ne t’inquiète pas maman je vais te soulager, je vais prendre une partie de la violence.

Je crois que c’est votre cas, Madame. Et aujourd’hui vous, il faudrait trouver un objet symbolique et dire maman, je crois que j’ai commis une erreur en voulant te soulager, être une bonne fille idéale, remplacer… Pour toutes ces raisons, maman, je vais te le rendre, ne pas porter sur moi la violence que tu as reçue, la souffrance de cette violence c’est la tienne et je te la rends et comme je crois que tu l’as reçue, tu le fais, tu ne le fais pas, je t’inviterais à aller sur leur tombe. Voilà ce que j’enseigne. C’est ce qui explique ces chaînes familiales.

Ces chaînes familiales qui se répètent, parce que quand un problème n’est pas, j’ai du mal à le dire car beaucoup après me disent : vous nous avez culpabilisés etc..., ne l’entendez pas comme une culpabilisation, c’est une sorte de loi psychologique : quand une situation n’est pas résolue dans une génération, elle va être reprise dans la génération suivante et parfois même si vous avez des filles ou des garçons, eux aussi à leur tour, psychogénéalogie… vous êtes sensibilisé à cela aujourd’hui.

Certains de vos enfants, j’en parle en connaissance de cause, j’ai été un enfant fidèle de ma mère, j’ai entendu les blessures cachées de ma mère, et pendant une grande partie de ma vie, j’ai tenté de les réparer, j’ai passé une partie de mon existence à ne pas vivre pour moi mais à réparer les blessures cachées de ma mère. Et parfois ça saute 4 ou 5 générations, j’en parle dans « les mémoires de l’oubli ».

Ces chaînes familiales qui se répètent, c’est pour cela qu’il y va de notre éthique personnelle (pas au sens moral), de notre moralité personnelle. Si j’ai pris un enjeu, je dois le résoudre dans ma propre vie, dans ma génération sinon c’est un de mes enfants qui prendra le relais.

Si vous vous reconnaissez un peu dans ce que je dis, je vous invite vraiment avec un objet symbolique : « c’est vrai maman, je pensais rester fidèle, te soulager ». J’ai une grande admiration pour les enfants, les ex-enfants que nous sommes, parce que je trouve souvent qu’avec une ténacité, un courage incroyable, on se fout sur le dos, on prend des loyautés invisibles, des réparations, symboliquement on voulait soulager, prendre sur soi une partie des blessures cachées. Cela on peut le faire quand on est enfant et se construire comme ça, mais quand on est adulte et qu’on transmet la vie, je crois qu’il faut renoncer à ces fidélités, lâcher prise sur ces loyautés invisibles et remettre, tu fais, tu ne fais pas – ce n’est pas de ma responsabilité.

Toutes les cultures le disent, les morts doivent avoir une place. Je suis contre non pas l’incinération mais, je risque de choquer en disant cela, mais contre cette escroquerie relationnelle où certaines personnes disent : je suis le père : quand je serais mort vous me faites incinérer et vous allez jeter les cendres dans l’océan. Les morts ont besoin d’avoir une place pour qu’on puisse régler nos comptes avec eux. Même si on a fait cela, refaites une tombe symbolique, plantez un arbre, mettez un objet de la personne, et sur cette tombe symbolique, vous restituez la violence. Le drame dans ma génération quand il y avait par exemple des enfants morts/nés, ils passaient à la poubelle etc..., c’est terrible, il n’y avait pas de lieu où une femme pouvait restituer la violence, il n’y a rien de plus terrible que la mort subite d’un enfant………

Michel Billard

 

     P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

Retour au début de la page                                             parenthese2@wanadoo.fr