P Adoptez l'éco-attitude. N'imprimez ces pages que si c'est vraiment nécessaire

1,3,2,4 par Bernard Santerre

 

 

dernière modification de cette page le 24-sept.-2012

journal n° 17 du 10/12/2004

1,3,2,4

Bernard  SANTERRE, Directeur de l’Institut de Sophrologie  de Rennes. 1, 3, 2, 4….. Est-il possible d’envisager un agencement différent des Relaxations Dynamiques en vue de permettre plus de cohérence et une meilleure efficacité.

 

La notion de beauté « Soyez belles et beaux ». C’est une notion très importante. On parle beaucoup des valeurs en sophrologie. Pour moi la beauté est une valeur ontologique. Si nous sommes beaux de ce que nous faisons, il y a de grandes chances que nous soyons justes. Cela me semble important, soyez beaux et belles.

 

La 2ème chose qui m’a beaucoup plu dans l’intervention de Christian, c’est « en faire le moins possible ». Ce n’est pas en faisant beaucoup de choses qu’on dévoile plus d’énergie. Ce n’est pas en faisant beaucoup de choses qu’on se permet de conquérir son espace de liberté, ce n’est pas en pensant pour l’autre ce qui est bon pour lui, etc. que nous allons lui permettre d’avancer. Donc moins nous en faisons, plus nous laissons de place à l’autre et j’ai une confiance indéfectible dans l’individu et sa capacité à s’approprier ce qui lui appartient, et pour moi, nous ne sommes là que comme révélateur.

 

3ème point : la notion d’adaptabilité :

Effectivement si la sophrologie doit se résoudre à un ensemble de techniques appliquées à tout prix, cela ne va pas. Mais ceci dit, pour que l’adaptabilité soit juste, il est nécessaire que nous ayons intégré aussi parfaitement que possible la méthode quelle qu’elle soit. Je vous invite à étudier de façon aussi appliquée que possible la méthode pour ensuite pouvoir vous en libérer, non pas pour en faire n’importe quoi, mais pour en faire quelque chose qui sera toujours cohérent, construit, quelles que soient les circonstances dans lesquelles nous aurons à les appliquer. On appelle ça l’intuition.

 

Ce n’est pas penser pour l’autre, c’est qu’à un moment donné dans la relation à l’autre, dans ce qu’on appelle d’un mot que j’aime beaucoup « l’alliance » en sophrologie, dans cette alliance, on va pouvoir proposer un outil à la personne qu’elle pourra intégrer à sa façon.

Et depuis au moins 20 ans, je cherche à mettre en relation aussi juste que possible, la théorie de la sophrologie et la pratique de la sophrologie. Caycedo a enseigné de très belles choses, en théorie ou en pratique, mais j’ai souvent trouvé presque des incohérences entre théorie et pratique, et depuis longtemps je cherche à harmoniser les choses, aidé en cela par la phénoménologie (M. Esposito à Rennes).

La linguistique, le langage est une chose fondamentale. C’est vrai que la sophrologie n’est pas une méthode à médiation langagière comme peut l’être l’hypnose par exemple. C’est un ensemble de techniques à médiation corporelle, il n’empêche que le sophrologue parle. Et que dit-il quand il parle ? Nous avons à nous réinterroger à ce sujet s’il s’agit de se faire plaisir à nous-mêmes en employant de jolis mots etc. Ce peut être un beau langage, mais pour qui ? Si tout cela ne s’inscrit pas dans la réalité de ce que je suis en train de vivre, je ne sais pas où je suis, et très vite, on peut se perdre.

Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord avec cela.

Actuellement dans cette phase de ma vie, je suis de plus en plus attentif à la réalité, je pense que le lieu de ma vie est ici, tout de suite, maintenant. Bien sûr je peux m’évader par l’image, le symbole, mais dans ce moment de ma vie, ce qui m’intéresse c’est ce réel que je suis en train de vivre.

 

J’étais en train de réfléchir sur l’ordonnancement des différents degrés de relaxation dynamique. Personnellement je suis pour les relaxations dynamiques étant entendu que dans relaxation dynamique je vois la méthode RD 1 2 3 4 etc. Mais dynamique ne veut pas dire que l’on bouge, parce qu’il y a aussi une dynamique mentale, qui est donnée de manière évidente dans le 1er degré avec les exercices de concentration. Je pense que la relaxation dynamique peut être appliquée dans l’immobilité puisque c’est plutôt un positionnement par rapport à un type de relaxation.

Quoi qu’il en soit, tant qu’il y a eu les 3 premiers degrés de relaxation dynamique, au début de la sophrologie la question ne se posait pas, parce que le 3ème degré, très inspiré du Zen, essentiellement la posture et les thèmes de méditation. Ensuite Caycedo a introduit le 4ème degré, et le 3ème tel qu’il était proposé ne pouvait plus convenir, puisqu’il y avait tout dans l’ancien 3ème degré et que Caycedo a fait le 4ème degré vivance de la totalité. Donc il a transformé le 3ème degré, sophrostimulation, pour créer un stade de liberté. Cela ne me convenait pas trop. J’aimais beaucoup l’ancien 3ème degré.

 

J’ai réfléchi depuis 11 ans, quand nous faisons du 1er degré, que se passe-t-il ? Je crois que ce qui est important aussi, c’est qu’à chaque fois j’aimais bien quand Caycedo disait qu’on avait à se rendre compte de notre propre conscience. Le 1er degré, interrogez-vous quand vous faites une méthode : pourquoi est-ce que je fais cela, comment est-ce que je le fais, ce que ça peut faire chez l’autre, en l’occurrence c’est quoi le 1er degré ? Pour moi la 1ère partie du 1er degré (chaque degré a 2 parties), c’est vraiment poser la réalité du corps, le schéma corporel comme réalité vécue, permettre à la personne par des gestes x ou y de se rendre plus présente à son propre corps. C’est une évidence, on pose la réalité du corps en premier.

A la fin de la 1ère partie, il y a quelque chose d’important que je conseille de faire dès la 1ère  séance, c’est l’entraînement à la concentration, c’est qu’on va introduire du mental. Effectivement l’être humain a ce pôle corporel et ce pôle mental au sens large, et dès la 1ère  séance, on va montrer à la personne qu’il y a ces 2 aspects en elle. Le but du jeu est de les harmoniser.

 

La 2ème partie de la relaxation dynamique, on a déjà sérieusement changé d’intentionnalité puisqu’on va s’attacher à vivre ce qu’on appelle la rencontre entre le corps et l’esprit, c’est-à-dire d’avoir en même temps la dynamique du corps et la dynamique du mental.

 C’est très difficile. Ou bien les gens sont concentrés sur le corps ou bien sur l’objet de concentration, mais parce que ces gens là ne sont pas dans la lecture (notion phénoménologique) du corps, c’est-à-dire une simple présence au corps. Si je suis uniquement dans la réception des sensations, je n’ai rien à faire, le cerveau est complètement libre, je n’ai pas à penser mon corps ni à me représenter mon corps.

La concentration sur l’objet, on la confond souvent avec la focalisation de l’attention. Si on vous demande de voir l’objet, sa couleur, sa forme etc., ce n’est pas de la concentration, c’est plus de la focalisation de l’attention puisque je vais penser l’objet, je vais le représenter et là mon cerveau n’est plus libre, il est dans une forme de pensée donc je ne peux pas sentir le corps en même temps, je peux le sentir mais pas le penser en même temps. On ne peut pas faire 2 choses en même temps. Donc si j’arrive à être dans une réceptivité optimale du corps, pas de problème. Et si au lieu de chercher à voir l’objet, je suis simplement dans une dynamique de présence à l’objet, si je suis concentré simplement parce que je l’ai décidé, à ce moment là, la rencontre va être possible.

Dans un 1er temps, la focalisation de l’attention peut être intéressante puisqu’elle va limiter le flot de pensées. L’objet permet de fixer l’attention. Avec un peu d’entraînement, il faut laisser tomber l’idée même d’objet, pour être simplement dans la dynamique de concentration. Je suis simplement là, et du coup cette rencontre va être possible.

Une parenthèse. Caycedo a proposé les termes de moi corporel et moi présentiel. Quand le corps est parfaitement structuré et vécu dans toute sa dimension, on va parler d’un moi, d’une entité corps, et pour tout ce qui est mental ou non corporel, il a parlé de moi présentiel.

Si je suis dans la réalité de cette rencontre entre moi corporel et moi présentiel, je suis complètement immergé dans l’expérience de l’instant. Quoi que je fasse, je suis déjà en situation du 3ème degré actuel : on met en place une stratégie pour éloigner de ma réalité tout ce qui n’est pas d’ordre de cette réalité. Quand on dit d’éloigner loin dans le temps, dans l’espace les tensions inutiles physiques et psychiques, ce n’est pas tout ce qui m’embête dans la vie, mais c’est ce qui m’encombre dans ce moment de séance, donc je vais mettre en place une stratégie pour éloigner tout cela, pour en arriver à quoi ? à vivre l’instant tel qu’il est là.

De mon point de vue dans la 2ème partie  du 1er degré, je suis déjà dans cette situation. Donc je me dis que cela pourrait être intéressant de proposer le 3ème degré après le 1er degré.

 

Le 2ème degré, c’est quoi ? Ce n’est pas se voir, se représenter, car je vais risquer encore de partir dans un imaginaire plus ou moins bien stabilisé, contrôlé etc., mais c’est simplement un constat, le constat de ma présence dans le monde, et cela ne demande pas d’efforts particuliers si ce n’est une qualité d’être, c’est-à-dire que je suis ici dans cette pièce, je n’ai aucun effort à faire pour me rendre compte que je suis dans cette pièce.

 J’ai ma présence à moi-même (1er degré), voilà que je fais le constat de ma présence dans le monde, j’élargis considérablement ma conscience d’être au monde mais je ne peux le faire que si j’ai appris à me libérer de tout ce qui m’empêche de le faire.

 Il faut donc que je sois dans une espèce d’ouverture de mon esprit à la fois intérieur et extérieure pour pouvoir vivre cette expérience de présence dans le monde.

Je pense que si avec le 3ème degré j’ai pu conquérir cet espace de liberté dont on se gargarise dans le 3ème degré, cette approche du 2ème degré va être beaucoup plus facile puisque je vais pouvoir me rendre compte, et faire le constat passif que je suis dans le monde, et je vais renforcer avec la 2ème partie, où il ne s’agit pas de renforcer les organes sensoriels, ça c’est le 1er degré, mais simplement de donner du sens au sens. Je ne peux que jouer sur les mots, parce qu’il y a l’organe sensoriel, sa fonction qui est le sens, et puis le sens que donne la conscience.

Et à partir du moment où j’ai réalisé que c’est ma conscience qui en quelque sorte donnait le sens au monde, je me pose alors comme responsable dans ma réalité d’être au monde, et du coup qu’est-ce que je fais, j’ose un souhait.

 

Avez-vous réfléchi à ce que vient faire le souhait après l’exploration des organes sensoriels ?

Si c’est uniquement l’exploration des organes sensoriels, je ne vois pas pourquoi travailler avec le souhait. Mais une fois que j’ai osé me poser comme être humain dans cette projection, on pourrait presque dire humaniste, d’un souhait que je formule pour moi mais aussi l’humanité toute entière, c’est gonflé, ça ne peut pas se faire du jour au lendemain, c’est une responsabilité.

Et voilà qu’après avoir fait cela, je prends la décision de me mettre debout. C’est en me mettant debout que je conquiers complètement ma réalité d’être humain.

Je trouve que le 2ème degré à la place du 3ème, ce n’est pas mal parce que je me retrouve en vertical, j’ai pris la décision d’être debout. Ensuite je vais pouvoir aborder le 4ème degré, car là on veille sur quelque chose qui va changer d’aspect, qui va être sur quelque chose de l’ordre de l’existentiel.

Vous vous rappelez la différence entre valeurs morales et valeurs existentielles. Je me pose davantage en être humain avec toutes ces valeurs existentielles qui sont en moi, et j’ose me poser dans cette qualité-là. Moi, il m’apparaît évident que si je veux aller à la rencontre de mes propres valeurs existentielles, c’est tout un chemin à faire avant pour avoir ouvert mon regard au monde. Si je n’ai pas d’existence antérieure, je vais être coincé dans mes valeurs morales, je ne vais pas pouvoir partir à la conquête de ces valeurs existentielles, autrement dit ce qui est ma vérité vraie, celle de mes origines à moi. Je suis toujours relié à ceux qui m’ont précédé, mais c’est une véritable rencontre avec soi-même dans ces valeurs existentielles.

Et dans tout ce qu’on propose à ce moment là « comme si c’était la première fois », non, ce n’est pas comme si c’était la première fois. J’ai banni cela de mon langage. C’est la première fois à chaque fois.

Mais cela je ne peux le placer de façon juste, réelle, authentique, que si j’ai appris par le 1er et le 3ème degré à vivre ma qualité d’être dans l’instant, et tout ce que je fais c’est une 1ère fois.

 

Au niveau du cerveau, il y a ce qu’on appelle « l’habituation ». Si je fais n’importe quel geste, au bout de 2 ou 3 fois, le cerveau connaît. On sait. Mais je peux prendre des dispositions différentes au niveau de ma conscience au sens large du terme. C’est que à chaque fois, c’est une fois unique, et non comme si c’était la première fois. C’est très Zen. Comme la respiration que vous faites, vous ne l’avez jamais faite avant et vous ne la ferez jamais plus. C’est extraordinaire si à chaque fois on peut vivre ça.

 

En conclusion, ce qui m’intéressait, c’est que quelques uns osent expérimenter 1 3 2 4, pour voir, mais ça pose des tas de problèmes parce que 3 entre 1 et 2, au niveau terminologie, il y a des éléments qu’on n’a pas, donc ce n’est pas si évident, mais pour voir ce que cela fait, et à mon avis, l’avantage est qu’on respecte, car il faut toujours respecter, l’autre qui est en face, mais cela m’intéresserait si jamais vous le faites d’avoir les résultats de la chose. Maintenant, pour vous, contentez-vous de vivre l’instant, c’est bien suffisant. Merci de votre attention.

 

QUESTIONS

- C : cette idée de casser la séquence est intéressante, en brisant l’ordre naturel. C’est aussi une façon d’inventer ce qu’on a l’habitude de faire dans un certain ordre, quelque part si à un moment donné d’une façon volontaire, parce qu’il faut casser des automatismes, on le fait et à ce moment on doit ouvrir des espaces nouveaux. Merci pour ça.

- MM : Un jour Bernard me parle de l’idée 1 3 2 4. Dans ma pratique c’était quelque chose que j’avais déjà mis en place, tout simplement parce que quand je démarre un travail avec une personne individuelle ou un groupe, je ne sais jamais ce que je vais faire avant. Donc le moment du dialogue présophronique est vraiment le moment pour moi où je me centre et je prends ce qui se passe dans l’environnement et la personne, et c’est seulement quand je démarre ma séance que les choses se mettent en place et, curieusement, un jour j’ai eu envie de faire un 3ème degré alors qu’il n’y avait pas eu de 2ème degré expérimenté. Je me rends compte que c’est quelque chose qui me semble pertinent. Je l’ai fais une 2ème fois sans le décider au préalable. Bernard m’en parle, je deviens plus observatrice, et dans la pratique ça devient plus facile et pertinent pour les gens lorsque je propose 1 3 2 4. Au delà de cela, dans le monde du travail, je fais des pratiques très courtes. Une chose que je propose souvent, c’est le déplacement du négatif en posture RD3. Très vite parce que c’est une posture où les gens sont souvent assis en réunion, donc cette posture permet de pratiquer le déplacement du négatif en travail, dans une réunion, et de rester assis de manière plus tonique et avec une écoute meilleure, donc qui rejoint cette idée d’aller très vite vers le 3ème degré.

 

- X : Quand vois-tu un processus actif ? Tu as beaucoup parlé de processus réceptifs, d’accueil, ne rien faire….

Réponse : un processus actif : à chaque instant. Je plie mon bras. On se demande pourquoi on plie les bras. Je me dis sans rigoler « pour plier les bras ». Si ce n’est pas un processus actif, qu’est-ce que c’est ?

Combien de fois faites-vous un geste ou quelque chose simplement pour faire la chose ? Quand je marche, je marche. Tout le monde fait ça. Le maître Zen dit « crois-tu que tout le monde fasse vraiment ça ? » Tous autant que nous sommes, quand on marche est-ce qu’on marche vraiment, ou est-ce qu’on ne marche pas pour aller quelque part etc. C’est rare de faire quelque chose gratuitement. Je trouve qu’à un moment donné, à quoi sert la marche du 3ème degré? A marcher. ça se suffit. Ce n’est pas une boutade.

Ce processus est actif tout le temps, ne serait-ce que dans cette intentionnalité (différent de l’intention) de vivre ce qui est en train de se passer. Pour moi, c’est un processus hyperactif. Faire rien, ça occupe beaucoup.

 

- D : quand passe-t-on du mouvement au geste ?

Réponse : quand il y a une intentionnalité.

 

Conférence de Bernard Santerre  (congrès de la C.E.P.S. du 17/09/04)

 

 

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